La chute de Troie

Notes de l’auteur : Bonne lecture !

L’équipage n’eut pas le temps de réagir à l’information que venait de lui donner Raphaël sur la disparition de la main d’Eloann que quelqu’un frappa à la porte. Tous se figèrent.

« Ça frappe non ?

— Comment ça “ça frappe” ? Ça ne peut pas frapper ?! On est dans l’espace.

— Je t’assure que ça a frappé.

— J’ai entendu ! Mais comment ?! »

Sans réfléchir et sans se concerter, ils avaient tous pris le parti de chuchoter, comme s’ils avaient peur d’être entendus par la personne de l’autre côté de la porte.

« Vous me recevez ? demanda la voix d'Albane qui sortait des speakers réglé sur un volume sonore assez élevé. Je ne vous entends plus. »

D'un geste, Aby coupa la communication pour mieux entendre ce bruit extérieur.

« Qu’est-ce qu’on fait ? On ouvre ?

— On ne peut pas ouvrir abruti ! rétorqua Gaylor en levant les yeux au ciel. Si ça t’avait échappé jusqu’alors : on est dans l’espace. Si on ouvre, il nous reste 15 secondes avant de mourir. »

Aby se racla la gorge. Tous se tournèrent vers elle.

« En réalité, on peut. Il suffit d’installer le sas. »

L’ingénieure n’attendit pas l’assentiment de ses compagnons de route et ne chercha pas à leur en dire plus. Elle commença à trifouiller les boutons du tableau de bord, la chasse gardée de Lina et Gaylor. Les deux pilotes n’eurent pas le temps de s’interposer qu’un espèce de caisson se dépliait autour de la porte pour matérialiser une entrée. Aby enfonça un dernier bouton et la porte s’ouvrit.

Un minuscule vaisseau, aussi grand qu’une boîte à chaussure, pénétra à l’intérieur de la fusée. La porte se referma dans un bruit sec. La miniature de vaisseau s’écrasa au sol au moment où il subissait l’action de la gravité. Aby pianota à nouveau pour faire disparaître le sas.

« Ce genre de truc peut toujours servir en cas de panne, se justifia-t-elle. Ça nous permet de faire une sortie dans l’espace pour réparer.

— Je t’avais dit que le vaisseau n’était pas si sûr » chuchota Lina à l’oreille de Gaylor.

Aby l’entendit et la fusilla du regard mais fut distraite par une toute petite voix. Ils s’approchèrent mais la voix était si fluette qu’ils n’entendaient toujours pas. Ludivine saisit délicatement la source de la voix : un petit bonhomme dans une combinaison rouge et bleu, pas plus grand que trois grains de riz, qui venait de sortir du vaisseau. Elle le posa sur la paume de sa main pour le mettre à leur hauteur.

« Qu’est-ce qu’il dit ?

— Tais-toi et écoute. »

Gaylor se pencha, jusqu’à mettre son oreille au niveau du petit bonhomme.

« … par un cheval de Troie. Préparez l’évacuation...

— Quoi ?

— Comment veux-tu que j'entende si tu me hurles dans les oreilles ?

— … l'évacuation.

— Fermez vos gueules !

— Votre vaisseau a été infecté par un cheval de Troie. Préparer l'évacuation. »

L'équipage eut un mouvement de recul. Par automatisme, Lina et Gaylor se mirent aux commandes et Aby se plaça debout, entre eux. Sans qu'ils ne touchent à rien, le vaisseau s'embranla. Les chevaux de Troie étaient de loin les pires bestioles à rencontrer dans l’Univers. Ils infestaient les vaisseaux spatiaux, faisaient en sorte qu’ils s’écrasent sur une surface où ils pouvaient survivre et les dévoraient. Ils engloutissaient tout : les circuits électriques, la carcasse du vaisseau, son contenu quel qu’en soit la matière dont il était composé sans oublier les corps des passagers.

« Il faut rappeler Albane, cria Raphaël en shootant dans la miniature du vaisseau pour le confiner dans un coin. Elle saura comment nous aider. Elle sait comment lutter contre ce genre de virus !

— Albane gère le numérique, lui beugla Gaylor. Là on est dans la merde en vrai ! »

Le vaisseau prenait de la vitesse. Aby essaya sans succès d’enfermer leur assaillant dans le sas pour limiter la contagion.

« Il va nous cramer tout notre carburant et nous crasher dans le décor ! Il faut reprendre le contrôle, ordonna l’ingénieure.

— C’est ta faute ! vociféra Lina. C’est toi qui l’as laissé entrer ! Trouve une solution. Les commandes ne répondent plus ! »

Aby ne voulait pas voir son vaisseau détruit avant d'avoir pu le tester dans ses pleines capacités. Elle n'était même pas certaine que son système de téléchargement complet fonctionnât. Elle s'approcha de l'invite de commandes du système. À l’inverse du tableau de pilotage, celui-ci continuait de fonctionner pour le moment.

« Il y en a partout ! » hurla Ludivine.

Le petit bonhomme qui leur avait annoncé l’infection n’était pas le seul à être sorti du vaisseau. Ils étaient des centaines, voire des milliers. Ils rentraient dans les circuits, infectaient le réseau et prenaient le contrôle de tous les systèmes à une vitesse affolante.

La jeune ingénieure n'avait pas le temps de réfléchir. Le vaisseau commença à faire des tonneaux sous l'effet du virus. Il allait se planter dans la première planète qu’ils croiseraient. Appeler Albane prendrait trop de temps. L'adresse d'un lien sécurisé lui revient en mémoire. Sans réfléchir, elle la tapa dans la barre de téléchargement et pressa le bouton qu’elle avait conçu énorme et rouge pour faire “comme dans les films”.

Tous les occupants du vaisseau ressentirent la sensation familière d’être contracté comme si on essayait de faire passer leur corps entier dans le chas d’une aiguille mais jamais ils n’avaient tenté cette expérience à plusieurs et encore moins dans un vaisseau. Ils étaient écrasés les uns contre les autres par les parois métalliques.

En un instant, ils perdirent tous connaissance.

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