Chapitre 1

Par Leaf

Je prends une profonde inspiration, emplissant mes poumons d’air aseptisé. Un voile blanc est posé sur mes yeux. Un bruit strident se prolonge dans mes oreilles et me vrille les tympans. Pourtant, je n’ai pas mal.

J’essaie de bouger mais je ne sens rien ; pas le moindre de mes membres ne me répondent, comme si j’étais anesthésiée. Dans une nouvelle inspiration, je tente d’inspirer à mon esprit mes derniers souvenirs. Un klaxon, un choc, puis plus rien.

Alors que j’abandonne mes efforts mémoriels, je remarque que, peu à peu, mes yeux retrouvent leur usage. Un plafond aux dalles blanches se dessine face à moi. A intervalles réguliers, des néons éclairent la salle. Des rideaux bleus me séparent de cette dernière. Où est-ce que je me trouve ? Ces rideaux me sont familiers, mais je n’apprécie absolument pas le sentiment qu’ils m’inspirent.

Mes oreilles aussi recommencent à fonctionner. Le bruit strident laisse place à des voix. Une multitude de voix. Paniquée, surprises, tristes, rassurées, suppliantes, accusatrices, soulagées. Mêlées à toutes sortes de bruits. Des tissus se froissant, des rideaux s’ouvrant, un plateau en fer tombant au loin, un chariot en roulette qu’on apporte en vitesse. Mon hypothèse se confirme : A mon grand malheur, je me trouve sûrement dans un lieu ayant un rapport avec le médical.

Mais je ne sens toujours rien.

Je ramène mon attention vers l’intérieur des rideaux. Je sais que je suis allongée car je perçois ma position grâce à mes yeux, mais je suis incapable de sentir sur quoi je suis installée. Je tourne la tête et, sans surprise, je découvre que je suis installée sur un lit, recouvert de ce papier rugueux si familier aux hôpitaux. A côté de moi se trouve un chariot de soin, sur lequel sont posé plusieurs seringues vides. 

Je tente de me relever, mais une bouffée d’adrénaline emprisonne ma poitrine. Je peux bouger, mais lorsque mes mains se posent sur le papier recouvrant le lit, je ne sens absolument pas le contact rugueux qu’il est censé laisser sur ma main. Comme quelqu’un qui se pincerait pour vérifier s’il ne rêve pas, je me décide à tenter le tout pour le tout : j’approche mon doigt de ma bague en argent. Si ce geste que j’effectue si souvent ne me procure rien, là il y aura un problème. Quand le contact s’effectue, je ne sens pas sa fraîcheur habituel.

Je suis complètement anesthésiée, partout.

Il y a quelque chose qui ne va pas. Comme si elles pouvaient me donner un indice sur la situation, je ramène mes mains près de mes yeux. Avec ce geste, les manches de ma veste en cuir se remonte, dévoilant mes avant-bras. 

Je manque de vomir quand j’aperçois la montre à mon poignet gauche.

Avant de me retrouver ici, je ne portais pas de montre. Le bracelet est ouvert et la montre serait tombée, si un tuyau ressemblant à celui d’un cathéter ne me rentrait pas dans la veine située sur le haut de mon poignet.

Cette fois-ci, c’en est trop. Mon cri déchire le silence de mon petit espace.

Un pan de rideaux s’ouvre d’un coup sec. Un jeune infirmier aux traits délicats et aux cheveux blancs comme neige se précipite vers moi.

- Mademoiselle, ne paniquez pas, je vais régler ça. Tendez le bras.

Il prend délicatement mon poignet et me guide. Il rattache habilement le bracelet en cuir de la montre puis sourit.

- Ne vous inquiétez pas, c’est fini, assure-t-il doucement.

Je cligne des yeux. Il se fout de moi ?

- Ne pas m’inquiéter ? je m’écris. Je me sens complètement anesthésiée, je me trouve dans un lieu que je ne connais pas, une montre-cathéter me rentre dans le poignet sans même que je sache pourquoi et vous voulez que je me calme ?!

Il se relève et, avec un calme olympien, tire le chariot de soin près de lui.

- Nous allons régler ces problèmes un par un, d’accord ?

Sur ces mots, il attrape une seringue vide sur le chariot, puis sort d’une poche de sa blouse une fiole remplie d’un liquide translucide. Après avoir adroitement transféré le liquide de la fiole à la seringue, il s’accroupit à mes côtés.

- Cela ne fera pas mal, mais évitez de regarder si vous craignez les piqûres.

Je ne détourne pas le regard. Je veux voir ce qu’il me fait. Le liquide transparent disparaît lentement dans mon bras puis, quand tout se termine, l’infirmier, fier de son travail, range la seringue dans sa blouse aussi blanche que ses cheveux.

- Vous aviez dit qu’on règlerait ces problèmes, je lui rappelle en voyant qu’il m’observe, silencieux. Je ne vois pas en quoi cette piqûre règle ces problèmes.

- Vraiment ? sourit-il.

Je hausse les sourcils. Alors que je m’apprête à fulminer que oui, je suis certaine de ce que j’avance, je me stoppe.

Je sens le contact du lit. J’observe mes mains toucher le papier rugueux et sens mes doigts râper contre lui. Immédiatement après ce constat, je pose à nouveau un doigt sur ma bague. Fraîche.

Je ne suis plus anesthésiée. J’ai retrouvé mes sens !

Alors que je trépigne de joie, l’infirmier pouffe de rire. Cependant, il retrouve vite son sérieux.

- Pour votre deuxième problème, je ne peux me montrer aussi rassurant que je le voudrais. Je ne peux vous dire que deux choses à propos de cette montre. La première est que tout le monde en porte une. 

Pour prouver ses dires, il lève le poignet. Effectivement, une montre blanche - quelle surprise - est enroulée autour.

- La seconde chose est qu’il vous est impossible de l’enlever, peu importe les moyens employés.

Alors que je commençais à être rassurée par son exemple, le reste de ses propos me refroidit. Je croise les bras sur ma poitrine.

- Qu’est-ce que je suis censée penser d’une montre qu’on ne peut même pas enlever ? Pourquoi c’est impossible de l’enlever, hein ?

Il sourit tristement.

- Je ne suis pas habilité à y répondre. Cependant, si vous me suivez, je pourrais vous conduire à quelqu’un qui y répondra.

- Vraiment ? Mais est-ce que je peux marcher dans mon état ?

Il me tend sa main.

- De toute façon, je serais là si ça ne va pas.

Méfiante, je me glisse tout de même hors du lit et sors de mon petit espace de soin. La scène en dehors des rideaux me coupe le souffle. Des dizaines et des dizaines de lits, arrangés en deux colonnes de parts et d’autres de la salle, accueillent des personnes de tous horizons. Toutes origines, tous âges se confondent et se mélangent. Des infirmiers aux blouses blanches mais aux cheveux différents s’occupent des personnes alitées. Entre deux rideaux, j’aperçois une infirmière d’âge mûre, sûrement hispanique, rassurer une vieille femme aux traits asiatiques. Mon cœur se serre quand j’aperçois un préadolescent se réveiller aux côtés d’une infirmière toute ridée mais au regard apaisant. J’évite de justesse une infirmière, elle aussi aux cheveux blancs, courir après un vieil homme noir, s’enfuyant avec sa cane.

Je baisse les yeux tandis qu'une drôle de sensation m'étreint. Je ne sais pas ce qui a pu se passer pour que je me retrouve dans un tel endroit avec autant de personnes, mais ce n’est pas en dévisageant ces gens que je trouverais mes réponses.

Nous arrivons au bout des deux rangées de lits, devant une porte à double battant. L’infirmier doit la pousser avec l’épaule pour me laisser passer tant elle est lourde.

- Bonne chance Ambre, me lance-t-il avant de refermer la porte derrière moi.

- Quoi ? Mais ne me laissez p…

La porte se referme sur mon nez. Aucune poignet de me permet de l’ouvrir de ce côté et, forcément, quand j’essaie de la pousser, elle ne bouge pas d’un pouce. Parfait. Non seulement, je ne sais pas où je me trouve, mais en plus, j’ai perdu mon seul guide.

Je me retourne vers la salle qui s’étend devant moi. Mon premier réflexe est de tenter à nouveau d’ouvrir la porte de l’infirmerie, pour me cacher à jamais dedans.

Devant moi s’étend un immense open-space grouillant de monde. Derrière des bureaux modernes, des personnes aux cheveux aussi immaculés que l’infirmier prennent en charge des gens de tous horizons, semblables aux patients de l’infirmerie. Je frissonne quand mes yeux se posent sur des hommes, ou plutôt des colosses, positionnés près des bureaux et surveillant cet étrange ballet. Cependant, les frissons laissent place au soulagement quand j’aperçois une porte de sortie prenant la forme d' une cage d’ascenseur.

Je force mes jambes tremblantes à se diriger vers cette sortie. Alors que je m’apprête à appuyer sur le bouton d’appel, une main immense m’empêche d’accomplir mon geste.

- Vous devez vous enregistrer avant de sortir, fait une grosse voix.

Je manque de me dévisser le cou pour comprendre la provenance de la voix.

- Pourquoi ?

Il affiche un air désolé.

- Vous aurez la réponse à vos questions lorsque vous serez enregistrés.

Encore attendre ? Cela dit, je n’ai absolument pas envie de me frotter à un tel humain. Alors, à défaut de pouvoir faire autre chose, je rebrousse chemin et me place dans une fil au hasard, les bras croisés. Heureusement pour moi, la fil avance rapidement et, en quelques minutes, je m’assoie sur la chaise en face d’une femme aux airs sévères et aux lunettes carrés.

- Nom ? dit-elle sans même me regarder.

- Je vous demande pardon ?

Je sais que j’ai l’air jeune et probablement un peu bête, mais je mérite au moins un regard !

- Votre nom, mademoiselle, répète-t-elle, cette fois-ci en levant un regard lassé sur moi.

- On m’a dit que vous répondriez à mes questions.

Elle pousse un soupir exaspéré.

- Oui oui, mais répondez aux miennes d’abord. Nom ?

Je réponds alors à toutes ses questions, en grommelant faute de mieux. Elle apprend alors que je m’appelle Ambre Roy, que j’ai dix-huit ans depuis quelques mois, que je suis française, que je me considère comme sans religion et que je n’ai aucune famille à part mon frère et mes deux mamans. Elle note tout sur son ordinateur et imprime un papier qu’elle me tend.

- Parfait, maintenant, veuillez donner ceci à la personne qui viendra vous récupérer en bas, et bon courage pour la suite.

- Et mes questions ?! je m’exclame, outrée.

- Suivant !

Je lui arrache le papier des mains et m’en vais, exaspérée par un tel comportement. Cette fois-ci, quand je me dirige vers l’ascenseur, personne ne m’empêche d’appuyer sur le bouton. Je m’engouffre dedans avec une dizaine d’autres personnes.

Lorsque les portes s’ouvrent, je traverse un hall tout aussi moderne que les bureaux que je viens de quitter, puis ouvre les portes vitrées menant à l’extérieur.

C’est là que je perds à nouveau la vue.

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elinamrtn
Posté le 05/01/2023
Salut ! Le résumé de ton histoire m'a intrigué, d'où ma présence ici. Et autant dire que je ne suis pas déçue ! J'aime beaucoup l'ambiance ainsi que ta façon de décrire l'environnement de la protagoniste. Quelques fautes d'accords, mais j'ai cru comprendre que c'était un premier jet alors c'est tout à fait normal et franchement bénin !
Ce premier chapitre nous met bien dans le bain. J'ai hâte de découvrir la suite !
Bonne chance pour l'écriture !
Elly Rose
Posté le 02/01/2023
Bonsoir à toi,
Et bien je viens de lire d'une traite ce chapitre et je ne sais que dire! J'aime vraiment beaucoup. On a vraiment la sensation de vivre ce que vit Ambre. On est avec elle à tous points de vues!
J'ai vraiment hâte de découvrir la suite de ton histoire, c'est un début des plus prometteurs!
Leaf
Posté le 03/01/2023
Merci énormément ! Cela m'encourage d'autant plus que ce début d'histoire m'a donné énormément de fil à retordre.
J'espère que je serai à la hauteur de vos attentes !
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