Ruban bleu SENSATION

Cet été, nous avions présélectionné trois Fictions de Plume d’Argent autour du thème SENSATION : L’Université d’EryBlack,  Le Quatrième Monde (anciennement titré le Dernier Gardien) de Celine et Des Hommes sans Visage de Beul. Vous avez voté pour élire laquelle serait épinglée du Ruban Bleu et voici l’heure de l’annonce du résultat !

rubanbleu-4a5afb1 Le Ruban Bleu revient à L’Université par EryBlack rubanbleu-4a5afb1

Résumé : Endrin vit au Nord, là où les hommes sont en contact permanent avec une nature sauvage et parfois dangereuse que les gens du Sud ne connaissent pas. Malgré le mystère qui entoure ses origines, sa place parmi les Nordiques est indiscutable. Un hiver, alors que le grand Rassemblement saisonnier a commencé, on viendra la prévenir que l’Université l’attend. L’Université ! Un temple de la connaissance, un endroit où on peut tout apprendre ; et surtout, le seul moyen d’accéder aux États Suspendus, des contrées quasiment mythiques au-dessus des nuages. Mais l’Université se trouve au Sud, loin de tout ce qu’elle connaît. Pourtant, Endrin partira ; si on peut tout apprendre là-bas, peut-être pourra-t-elle découvrir d’où elle vient et qui elle est. Elle ignore qu’elle se lance ainsi dans un voyage, un vrai, de ceux qui durent toute une vie.

Commentaire : Au Nord, le froid s’immisce dans les vêtements et pénètre les os. Quand on s’éloigne du grand Brasier ou de l’auberge d’Azar, les sensations physiques s’engourdissent, mais d’autres facultés s’éveillent. Que l’on soit shaman ou non, le Nord vibre de magie et d’esprits ancestraux qu’on ressent au fond de soi. Ici, si les Sensations ne se nomment pas, elles n’en sont pas pour autant dénuées de force.

Vous pouvez lire l’histoire ici L’Université par Eryblack

Toutes nos félicitations, Ery et encore bravo à Céline et à Beul pour leurs histoires tout aussi sensationnelles ! Nous remercions également toutes les plumes argentées qui se sont prêtées au jeu de la lecture et du vote.

Perles & Citations

Entre les moments forts du fofo, la prose inspirée des plumes argentées et les envolées lyriques d’écrivains célèbres, nous partons régulièrement à la cueillette des perles. Est-ce que vous vous reconnaîtrez ?

Ces citations ont été sélectionnées par Elka et EryBlack autour du thème Sensation.

 

Soie douce et tiède
sous tes caresses furtives
s’érige et frissonne

Haïku de Aranck


Souffle chaud
Tes doigts sur ma peau
Frémissants

Haïku de Rachael

 

D’ordinaire ça me le fait quand je me veux me réveiller, mais n’y arrive pas. Je suis dans mon lit, ma chambre ressemble énormément à ma vraie chambre (sur le coup je ne remarque aucune différence), sauf que quand je veux allumer la lumière, rien ne se passe jamais, comme si les plombs avaient sauté. Je ne peux pas non plus ouvrir mes yeux complétement, ce qui fait que j’y vois vraiment pas grand chose (comme si j’avais trop pleuré et qu’ils étaient collés), et quand j’essaye de me déplacer pour trouver une source de lumière (ouvrir le store, trouver un briquet ou une lampe de poche) rien ne se passe comme prévu (… rien ne se passe tout court xD) et quand j’appelle dans l’escalier, personne ne me répond jamais.
Un très grand moment de solitude x’D

Beul dans Cette nuit, j’ai rêvé… – Forum Plume d’Argent

 

Je pense qu’une belle histoire d’amour doit être décrite et non racontée. En fait, j’aime bien quand on ne le dit pas explicitement, qu’on le sous-entend. Par exemple en décrivant des regards ou des pensées. Parce que, dans la réalité, personne n’est là pour te dire « Là, tu l’aimes » ou « Là, il t’aime ». Dans la réalité, on le ressent. Bref, c’est aussi comme ça que j’aime bien raconter les histoires d’amour.

DreamsAreLies dans Les histoires d’amour dans les récits – Forum Plume d’Argent

 

Il courait dans la froidure de janvier et qu’est-ce que ça pouvait faire du bien.
Son sac à dos bondissait contre ses reins à chacune de ses foulées, le balancement de ses bras marquait le rythme que sa respiration adopta immédiatement. Son cœur pulsa plus fort sous l’adrénaline, ses muscles chauffèrent et il dut rapidement ouvrir la fermeture de son blouson. Là, le vent s’engouffra dans son col, fit claquer les pans de son manteau et secoua ses cheveux déjà incoiffables. Lysander se laissait trop rarement aller et il ne savait jamais s’il devait haïr ou bénir l’euphorie qui l’étreignait alors.
Un humain éprouvait-il une telle joie quand il courait ? Se compromettait-il en l’exprimant ?

Elka dans Meutes – Fictions Plume d’Argent

 

Le parfum de Nordet lui manquait terriblement maintenant que la nuit s’avançait et que les vapeurs gagnaient en aigreur. Pour être franc, ça sentait la mort, ici. Les herbes en décomposition, la moisissure, les poissons rancis, les grenouilles et les œufs. Derdre n’osait même pas imaginer combien de miasmes dérivaient dans la brume, combien ils en avalaient à chaque inspiration courte et chaque goulée d’eau presque croupie. Les plaies, les fractures, il savait les guérir ; mais contre les saletés qui se multipliaient dans la puanteur grandissante, Derdre était impuissant.

Danah dans Ceo – Fiction Plume d’Argent

 

Le gif coup de coeur

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Quand je commence à me demander si FPA ne vient pas d’un autre monde… Ça expliquerait tellement de choses. (Mais genre TELLEMENT.) //proposé par Seja sur le Tumblr de PA//

La rencontre sensationnelle de juin 2015

Chose promise, chose due : voici le compte-rendu schizophrénique du grand rassemblement de Plumes Argentées qui s’est tenu en juin à la Halte du Pèlerin, à l’occasion du Festival du Lire. Vous trouverez ici le récit de nos reporters dépêchés sur place (EryBlack, Elka et Slyth), ainsi que le témoignage de celle qui a rendu l’événement possible, notre sensationnelle Vefree. Du frisson, de l’aventure, de l’amour, de la magie : une IRL comme si vous y aviez été !

 

 


 Récit de Vefree – récit à une voix


 

C’est toujours un grand moment pour moi de recevoir à la maison la grande rencontre annuelle des Plumes.

Cette année, j’avais un prétexte tout trouvé pour les motiver à venir : le Festival du Lire de Champoly, première édition du genre dans mon petit coin paumé.

Certains sont même arrivés bien en avance, ce qui, grâce à leur gentillesse inébranlable, m’a permis d’avoir de l’aide pour régler les dernières installations du grenier et de la véranda pour recevoir les 24 plumes dans de bonnes conditions.

Elles sont arrivées petit à petit, sans trop d’encombre, à part notre Beul échouée au milieu de nulle part dans le brouillard avec sa voiture qu’il a fallu tirer avec le gros 4×4 de son assurance. Heureusement, tout s’est bien fini.

Oui, parce que la météo n’était pas trop avec nous ce week-end là. Mais dans mon coeur, le soleil brillait à plein. J’imagine que dans celui des autres aussi lorsque j’ai vu les sourires s’étirer tout le long du séjour. Passée l’appréhension de THE rencontre pour les nouveaux, les maître-mots étaient découverte et partage. Tout ce que j’aime !!

 

Avec les lève-tôt, Drago, Seja et moi sommes rendus au festival pour installer notre stand et notre poster. Hélas, la configuration du salon ne permettait pas d’afficher notre poster dans de bonnes conditions. Nous avons dû attendre la deuxième vague d’arrivée des plumes pour avoir quelques grandes plaques de carton venues de la maison pour le soutenir. Et là, pas peu fières, les plumes affichées en évidence, attroupées en mode groupies près de notre stand, Plume d’Argent n’a pas manqué de se faire remarquer par la gent locale. Nous avions là un bel échantillon du travail d’écriture produit et concrétisé.

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Le samedi soir nous étions donc au complet et, de retour à la maison, nous avons posé tous ensemble pour la postérité devant les nombreux objectifs. Quel succès !! Tchiiiiizze !

Puis, soudain, l’attraction du soir qui a mis l’inspiration des Plumes en ébullition ; un énooorme nuage à l’horizon, se mouvait, tel une tempête de sable sur les collines du Forez faisait son spectacle a lui tout seul. Bâton de noisetier en avant (comprendre baguette magique de Harry Potter), une dizaine de Plumes héroïques a vaincu le dangereux nuage noir.

 

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Puis, nous avons mangé, coude à coude, sur la loooongue table dans la véranda en regardant la pluie tomber dare-dare sur le vitrage. Et pour finir la soirée, tout le monde au grenier pour écouter des lectures de plumes. Aaaaah, que n’avais-je rêvé depuis que j’ai découvert «La Mousse» de Seja d’une lecture à deux voix dans le grenier ! Mon amie, auteure et conteuse, était venue un peu spécialement partager cette soirée avec nous et lire cette Mousse si vivante et si jouissive à écouter lire. Pascale et Ery se sont prêtées au jeu magistralement. J’ai jeté un oeil à Seja pendant la lecture et j’ai vu un visage si ému et si timide que j’en ai été toute émue aussi. Moooh, qu’elle mignonne notre Grenouille qui voudrait être aussi discrète qu’une souris !! Ce que tu écris est du grand art et c’est si vivant. Merci à toutes d’avoir rendu mon lieu si vivant, ce soir-là et les autres. Nous avons aussi découvert ou redécouvert les écrits de certaines autres. Je vous confirme, s’il en était encore besoin, que nous avons des talents chez les Plumes d’Argent !

Dimanche, c’était un peu décousu. Slyth et Sierra ont dû repartir les premières dès le matin et on a déjà commencé à pleurer les premiers départs. Peu à peu, la maison s’est vidée. Il y a eu une partie de loup-garou au grenier. J’entendais les éclats de voix deux étages plus bas. J’aime quand la maison est vivante, comme ça ! Et puis heureusement, certains ont aussi eu la bonne idée de prolonger leur séjour d’un ou deux jours et je les en remercie de ne pas avoir déserté les lieux trop vite. La transition a été beaucoup moins violente ainsi. Alors, je remercie tous les participants pour leur enthousiasme, leur bonne humeur et leur sympathie. Je vous aime toutes, les plumes, et je vous dis à l’année prochaine !

 


EryBlack et Elka – récit à deux voix.


 

Ery : Oh dis hé, faut qu’on fasse le compte-rendu de l’IRL… Galèèère.

Elka : C’est vrai que c’est pas qu’on est à la bourre, mais presque. Donc, le compte-rendu… De la journée du festival, c’est ça ?

Ery : Ouep. Par quoi on commence ? Bon, pour faire simple, on n’a qu’à dire par le début, hein ?
On avait trois Plumes invitées à ce festival : Vefree, Seja et Dragonwing. Elles sont parties dès l’aube (ou presque), accompagnées des quelques courageux qui ont réussi à se lever ! Moi, évidemment, je faisais partie des Plumes flemmardes qui sont arrivées plus tard dans la matinée, donc tous les événements du début du festival restent assez mystérieux… Enfin, pas tant que ça, parce qu’on a reçu un appel au secours de Vef qui nous a chargé d’amener des cartons et du scotch ; apparemment, la belle affiche de PA avait du mal à tenir derrière le stand de nos Plumes d’honneur.
Et puis on est arrivées en masse. Il y a eu une séance bricolage à faire rougir Mac Gyver, l’affiche a fini par se dresser fièrement sur une pile de valises et de cartons, et on a fait un petit tour du Salon, qui était sympa comme tout et en apparence parfaitement normal – avant qu’on débarque, bien entendu.

Elka : Ahaha moi je pense qu’on leur a fait bien ! 20 personnes en dessous de 65 ans qui surgissent, ça ne pouvait qu’être bénéfique !

Ery : C’est vrai qu’on apportait pas mal de fraîcheur *mouvement de cheveux parce-qu’on-le-vaut-bien* Mais pour être honnête, on servait surtout à bloquer les allées. On était quasiment tous là, à ce moment-là, ça fait du monde ! Mais Danette et toi vous êtes encore faites désirer pour un moment…

Elka : Luciole est venue nous récupérer à la gare pour nous conduire sur le lieux du festival. Et comme Chérier semble se trouver dans une dimension parallèle, il nous a fallu 30 minutes pour atteindre Champoly (qu’on pensait être tout proche).
A partir de notre arrivée, je le sais, votre journée s’est illuminée 8D

Ery : Ha, disons que ça voulait dire qu’on allait bientôt manger, donc oui, c’était réjouissant !

Elka : Tu me brises le cœur ! Surtout qu’on a pas mangé tout de suite.

Ery : Non, on a été sympas, on vous a laissées faire un tour avant.

Elka : Je retiens quand même certains livres du terroir aux couvertures artisanales assez magnifiques.

Ery : Et les affiches avec les titres des nouvelles écrites par des enfants d’une école du coin. Y’en avait des géniales – et là évidemment je me souviens pas des titres…

Elka : « Lumières vertes »

Ery : Ouiii c’était à peu près ça ! Un truc avec des chaussettes, aussi. « Les chaussettes maléfiques » ? « Les chaussettes capricieuses » ?

Elka : « Le crime de la chaussette » ?

Ery : Quelque chose comme ça… Avis aux Plumes qui auraient des souvenirs plus précis, n’hésitez pas à les partager !
Après le petit tour, après que Vef soit revenue de sa conférence, après de longues tergiversations, on a fini par se mettre en route pour le déjeuner. Enfin, d’abord pour trouver un endroit où dévorer nos sandwichs.

Elka : Dans les instants épiques nous pouvons raconter notre marche jusqu’à l’église, les bras chargés de glacières et de sacs, pour trouver un coin mi-ombre/mi-soleil assez sympa pour se poser. Au milieu d’un village déserté… Avec juste deux curieux en voiture qui nous on zieuté drôlement… Et Isy qui lance innocemment qu’il y avait un parc avec table et verdure juste à côté de la salle des fêtes… Epic fail.

Ery : Ménon ménon voyons, les Plumes ne se trompent jamais. On était très bien là où on était. Assis en cercle, avec nos boissons, à l’ombre d’une église… Mimi a sorti son turban et Sierra ses lunettes de soleil ; il ne manquait qu’un guitariste torturé pour compléter le tableau.

Elka : Après y’a eu distribution de sandwich et nous sommes repartis au salon où une annonce nous a appris… que Seja devait participer à une table ronde.

Ery : Le souci étant que Seja n’était visiblement pas au courant. Mais n’écoutant que notre fanatisme, nous nous sommes joyeusement précipités dans la toute petite salle de conférence pour prendre toutes les places disponibles, trop impatients de voir la Grenouille en imposer à tout le monde. On était tous là, tout mignons en rangs d’oignons, et elle nous a abandonnééés.

Elka : Coincés par l’ajout conséquent de chaises (forcément, les plumes seules étaient déjà trop pour la pièce) nous ne pouvions même plus nous esquiver discrètement (bon… et lâchement, okay).

Ery : Prises au piège. Mais finalement, je crois que personne ne l’a regretté. La conférence s’est révélée hyper intéressante !
Il aurait fallu l’enregistrer pour s’en souvenir vraiment, mais les intervenants ont dit beaucoup de belles choses sur la littérature en général. Ils parlaient de l’écriture avec du respect, de l’intérêt, et je crois me souvenir qu’ils ont même mentionné la « nécessité », le besoin d’écrire. Forcément, ça pouvait que nous parler !

Elka : Vraiment une belle conférence, sur la nouvelle mais pas que, menée très énergiquement par Jean-Noël Blanc et Jean-Claude Mourlevat (dont plusieurs plumes (moi comprise) ont acheté le recueil Silhouette).
Ils m’ont rabiboché avec la lecture de nouvelles je pense !

Ery : C’était cool d’être là, entourés par des gens qui aiment les livres et l’écriture <3
Et puis… Vint le boulet.
Un monsieur qui a pris la parole et ne l’a plus lâchée, en gros, sans toutefois parvenir à nous faire comprendre où il voulait en venir.

Elka : D’une impolitesse criante, fan de Françoise Sagan, il s’est mis à animer lui aussi la conférence tout en manquant d’assommer Slyth dans son élan. La tête que tirait Jean-Noël Blanc en l’écoutant était assez magique.

Ery : Tout pour plaire. Le genre de rencontre qui vous font regretter qu’il n’y ait pas de bouton « bannir » dans la vraie vie.

Elka : Il a même voulu nous spoiler l’une des nouvelles ! Et nos hurlements indignés l’ont fait sourire : « Oh bah ça va, on peut parler » – « Mais mais mais… Mais non ! »
Et comme il le disait si bien : « Merci de ne pas élucider ma question ! »

Ery : Bien, bien, cher monsieur… On ne vous élucidera jamais, promis.
Après cette éprouvante aventure, donc, nous sommes redescendus au Salon proprement dit. La journée était loiiiin d’être terminée. Le festival nous réservait encore de nombreuses surprises.

Elka : Quand les enfants sont montés sur scène lire leurs nouvelles c’était tout mignon ! Je maintiens qu’on aurait dû adopter la gamine dont la nouvelle finissait par « en fait mes parents ne m’aiment pas ».

Ery : Oh oui, cette pôv’choupinette. Viens nous faire un câlin, petit duvet ! C’était mignon et délicieusement absurde par moments – on se souviendra de l’histoire où une petite se retrouvait avec une fourchette plantée dans le pied qui la clouait au sol.

Elka : Oh que oui !

Ery : Une sadique en devenir, c’est pas Danah qui dira le contraire.

Elka : Du coup ça me rappelle la performance théâtrale des plus grands, ceux qui jouaient les nouvelles de Jean-Noël Blanc. Avec leur prof relou qui avait interrompu leur sketch pour leur tendre un micro…

Ery : On les entendait quand même mieux comme ça. C’était rigolo, leur truc, et courageux de jouer comme ça face à une salle !
Ah mais attends. Cette dame qui leur tendait le micro, c’est celle qui a ensuite essayé de nous convaincre de repeupler la région ! Elle s’appelait Mireille et elle était très gentille quoiqu’un peu effrayante.

Elka : Surtout effrayante… C’était plus tard, on était sortis prendre un peu l’air, nous mettant machinalement en cercle (les Plumes, cette secte étrange capable d’un cercle parfait sans même y réfléchir). Là, nous avons rencontré Mireille.
« Bonjour, moi c’est Mireille. Toi tu t’appelles comment ? Tu viens d’où ? »

Ery : « Prénom, pseudo et ville d’origine pour tout le monde, allez hop ! »
Le traumatisme quand on entend, une à une, les vrais identités des plumes… Je m’en suis toujours pas remise.

Elka : Avec Isy on envisageait de lui donner un faux nom, mais Danah a lâché mon prénom à ce moment et Isy a pas osé après.
« Trouvez-vous un homme ici et faites pleins d’enfants dans la région ! » J’ai adoré le vent de malaise après la déclaration de Mireille. On tirait une tronche de dix pieds de longs !

Ery : « Euh. Elle rigole hein ? Oui, elle rigole, haha, allez, lol. »

Elka : Je pense que dans le fond elle était hypra sérieuse… Elle voulait nous faire interviewer.

Ery : Ah oui c’est vrai ça. C’est peut-être pour ça qu’on s’est enfuis aussi vite après…
Sans compter l’orage !

Elka : Oh l’orage a été gentil, il ne s’est mis à pleuvoir qu’une fois qu’on était dehors avec notre belle affiche et plein de cartons !

Ery : Un bon orage vicieux comme on les aime. J’avais un sac de livres de Vefree sous le bras et j’essayais désespérément de les préserver des gouttes de pluie en collant Luna qui avait un carton-parapluie… Aaah, doux souvenirs.
Et puis la petite flippe, une fois qu’il s’est mis à vraiment pleuvoir, c’est qu’on était tellement nombreux que je me disais qu’on allait forcément en oublier deux ou trois sur place.

Elka : J’ai pas réfléchi, je suis remontée avec Luciole ! En utilisant mon carton comme parapluie AVANT de songer que Vef’ le préférait peut-être sec…

Ery : Tu as bien fait de monter avec Lulu. Il y a peut-être en ce moment même une Plume perdue qui erre autour de la salle des fêtes…

Elka : Elle a dû se faire enlever depuis, cette pauvre Plume.

Ery : Capturée par Mireille.
D’ailleurs hé, la salle des fêtes, elle était en forme de bateau !! J’avais trouvé ça génial !

Elka : Danah ne t’avait pas subtilement fait remarquer que c’est pour ça qu’elle s’appelait la « péniche » ?

Ery : Ah oui ! Marrant comme j’oublie facilement quand on me fait des remarques subtiles…

Elka : Fort heureusement, je m’en souviens pour toi. Ne me remercie pas !

Ery : T’inquiète, ça ne me viendrait pas à l’idée.
Ensuite, eh ben, on est rentrés sous la pluie, chargés de nos acquisitions livresques. La Halte nous attendait, les chats de Vef étaient vautrés sur nos sacs de couchage dans le grenier, et la soirée promettait d’être aussi chouette que la journée !

 

 


 Slyth, EryBlack (en orange) et Elka (en bleu) – récit à trois voix


 

Après un nouveau repas succulent, les Plumes rassasiées sortent prendre un bol d’air frais. Le soleil a brillé durant la majeure partie de la journée mais, depuis la fin de l’après-midi, le ciel s’est considérablement voilé. (Et pourtant, c’est pas faute de lui avoir gentiment demandé de rester dégagé)
Mais c’est un adversaire de taille qui attend la bande repue : une monstrueuse masse nuageuse qui fonce droit sur eux ! (Vous voyez la tempête de Mad Max ? Ben ce nuage, ça devait être son cousin germain au deuxième degré) (Une petite beauté cataclysmique)

Ni une ni deux, la résistance s’organise. Une dizaine de Plumettes se précipitent vers un tas de bois pour choisir leurs baguettes (à moins que ça ne soit l’inverse…). (Si c’est pas un beau réflexe de survie ça !)Elles reviennent se mettre en place, parfaitement alignées. Les bras se tendent avec détermination et, dans une parfaite synchronie, nos apprenties sorcières d’un jour lancent leur sort : Expecto Patronum ! (Au début, c’était plus « Yaaah » mais quelques rappels à l’ordre nous ont rendu notre dignité)(Nous en avons même oublié nos guerre de maisons puisque nous étions un beau rassemblement de Griffondor, Serdaigle, Serpentard et Poufsouffle !)

L’incantation est même prononcée plusieurs fois, mais cela ne semble pas suffire à faire reculer leur ennemi vaporeux qui s’est fait plus menaçant. (Alors on essaye autre chose : des proverbes latins, par exemple. « In vino veritas ! ») « ça ne veut rien dire mais c’est ce que j’ai trouvé de plus… aigre«  Le dernier espoir de nos valeureux combattants : une étendue d’herbes hautes qui se dresse à quelques mètres devant eux. Le célèbre « Wall of Pâquerettes » ! Si le nuage l’atteint, le combat serait perdu et la Halte deviendrait l’unique refuge des Plumes. Winter is coming guys.

Hélas ! Rien ne semble pouvoir arrêter l’inexorable avancée de l’envahisseur brumeux. Toute la bonne volonté (et les délires) du joyeux groupe auront à peine réussi à retarder l’inévitable. Résignées, voyant leur Mur ployer, les Plumettes décident sagement d’aller se barricader à l’intérieur. Pas par couardise, non ! Mais parce qu’elles savent qu’une soirée magique les attend là-haut, dans le grenier de tous les possibles. Bon… et parce qu’il restait des bonbons et de l’alcool.

Le nuage peut bien savourer sa réussite, elle n’est qu’illusoire.

Dans les hauteurs de la Halte, un grand cercle s’est formé et une étrange réunion commence. Notre fabuleuse hôtesse a invité une lectrice étonnante, Pascale. Et qui dit nouvelle personne, dit présentations (ou l’occasion unique d’apprendre les véritables – et parfois difficilement avouables – prénoms des Plumes !) (Pour celles et ceux qui avaient rencontré Mireille, plus tôt, tout cela était digne d’une conspiration !). Mais, une fois n’est pas coutume, nos Plumettes doivent en plus pratiquer un exercice difficile : celui de résumer leurs projets scripturaux. Et c’est là que la galère commence. Des soupirs, des regards fuyants, des rougissements, des « euuuuuh » qui n’en finissent pas… c’est que derrière leurs pseudos et leur folie commune, les Plumes sont des timides mine de rien ! Mais, du coup, tout le monde se retrouve dans le même bateau et cette connexion (le champagne aidant peut-être un peu aussi) suffit à faire passer le malaise (même si personne ne se précipite pour prendre la parole !). (C’est à ce moment-là qu’on a réalisé que toutes nos histoires ont un point commun : il s’y passe des trucs !!)(Bon niveau promotion marketing, on repassera !)

Une fois ce tour de table version « alcooliques anonymes » terminé (pas si anonyme puisqu’il fallait décliner son nom pour avoir droit à son verre de champagne), il est temps de passer aux réjouissances : une lecture en live des productions plumesques ! Vef’ a monté sa collection personnelle et c’est Pascale et Ery qui ouvrent le bal avec une conversation tirée au hasard de Quand la mousse pousse. Les rires fusent presque immédiatement : difficile de rester de marbre (« Inutile d’opposer de résistance ») face aux talents des conteuses et de la maîtrise de l’absurde de Sej. Un rappel sera d’ailleurs rapidement demandé après cette première (et trop courte) bouchée. Pascale en remet une couche et c’est Elka qui reprend le flambeau pour l’accompagner. Puis une troisième salve sera envoyée avec le binôme Elka / Ery. (« Je veux faire le Rafistoleur! Je veux faire le Rafistoleur ! »)

Puis, c’est au tour de votre humble servante de se jeter à l’eau (de manière totalement involontaire et très maladroite, je tiens à le souligner !) avec un extrait de notre bien-aimée Passe-Miroir et la première rencontre entre ses deux personnages principaux, Ophélie et Thorn.

On passe ensuite (après un dilemme cornélien entre deux romans) à Rachael et à son Journal d’un chasseur de monstres (directement sur l’ordinateur, s’il vous plaît). C’est Elka qui se propose pour lire l’extrait, à croire qu’elle commence à y prendre goût ! (Et wouw. Elle a pas choisi le moment le plus chaste !)(J’ai choisi le premier chapitre ! Avec un regard de traviole à Rachael pour m’assurer que je pouvais VRAIMENT lire (mince quoi, Gwen était à côté ! xD)

Pascale, notre théâtrale lectrice d’un soir, s’empare alors des Pérégrinations d’une cuisinière : c’est qu’il faut bien faire honneur à notre hôtesse ! L’extrait choisi : une savoureuse description d’un potager qui a de quoi donner faim. (Alors qu’on venait de manger, hein, précisons-le à toutes fins utiles…)(Mais comme t’as tout le temps faim… (OK, moi aussi…))

Puis Nascana, qui a également embarqué son écran, nous propose le prologue de sa Dame qui sera porté par la voix mélodieuse de Luna.

Et finalement, malgré les protestations de la principale intéressée, un passage de L’Université est réclamé à grands cris. (Rétablissons les choses : j’étais beaucoup trop flattée pour protester correctement) C’est Elka qui prend l’écran sur ses genoux et nous offre un voyage dans le grand nord. Gâché par ma non-maitrise de la bestiole qu’est le Mac d’Ery (impossible de scroller convenablement !)

La soirée se termine doucement. Les Plumes sont étendues sur leurs matelas, les yeux brillants et le regard rêveur. Dans leurs oreilles tinte encore l’écho de tous ces univers brièvement visités. De merveilleux paysages plein la tête, c’est sans aucun doute le sourire aux lèvres qu’elles s’endormiront.
La journée du lendemain sonnera malheureusement l’heure de la séparation, toujours arrivée trop tôt.

 

 


Elka et EryBlack (en orange) – récit à deux voix.


Le dernier jour, après le repas, une brusque envie de partie de Loup-Garou happa les Plumes restantes. Certaines ne connaissant pas le principe il fallait FORCÉMENT y jouer ! Mais aïe, les cartes, c’était Slyth qui les avait… Et Slyth faisait partie des Plumettes disparues de la matinée. *petite musique dramatique*

« Bah, il suffit de les faire ! » lança une personne innocente « Le LG, à la base, on le faisait avec des bouts de papier ! »

Effectivement, écrire « villageois » sur des papiers et « loup-garou » sur d’autres, c’était facile. Mais comme on ne change pas les Plumes, nous avons rapidement digressé sur les cartes spéciales (tout en essayant d’apprendre les règles à Rachael et sa famille, il apparut que nous étions très quiche pour expliquer simplement…). « Quelle carte spéciale on met ? Oh et vous vous souvenez de… » et blablabla, 10 minutes après nous parlions toujours de nos parties de l’année précédente.

« Et le maître du jeu ? » rappela Beul « Je veux bien essayer, remarquez… mais faut me rappeler l’ordre des cartes. »

Cela nous a magiquement recentrés. Beulette en MJ, c’était parfait ! Et puis tiens, ce serait drôle qu’au lieu de raconter « Dans le petit village de Thiercelieux » (où se passe habituellement les parties de Loup-garou) on change en « Dans la cave aux auteurs de Seja… »

Une lueur passa alors de Plume en Plume, une illumination collective qui dut faire frémir la pauvre commune de Chérier déjà bien ébranlée par notre passage : et si nous faisions le LG de Plume d’Argent ??!

Cinq minutes après, c’était l’atelier artistique ! Un moment studieux, chaque Plume penchée sur sa carte, le front plissé de concentration ; c’était sans compter les grands éclats de rire chaque fois qu’une carte était révélée au grand jour… Pour faire honneur à la dernière cérémonie des Plumes d’Or (où Didier, le Dentier de Danah, s’est construit une belle réputation) les LG seraient remplacés par des Dentiers ! Les Villageois ? Des plumes voyons ! Qui mieux que notre chaton-garou pour représenter Cupidon ? Un petit Duvet dans le rôle de la Petite fille (Petit-Petite : notez. Sur PA, on est auteur de génie avant tout), un montreur de grenouilles à la place du montreur d’ours, un séquestré à l’armure rouillée au lieu d’un chevalier et… une reine de la fourchette en guise de sorcière ! (Fourchette plantée dans la cuisse : la carte survit. Fourchette dans les fesses : la carte meurt. Auteurs de génie vous dis-je)

Le plus beau dans tout ça c’est qu’on aurait pu s’arrêter là (avec le temps que ça nous a pris) mais non : nous avons bel et bien joué !
Comme aucun de nous n’était un MJ qualifié, la première partie fut comme les premières fournées de crêpes : bonne mais améliorable. Amoureux inconnus du MJ, tour de la sorcière oublié… on a tout fait pour, au final, plusieurs excellentes et mémorables parties !

Nous avons même trouvé un totem pour nous aider à voter ! Okay, on a jamais su interpréter ce qu’il disait correctement… (Rectification : J’AI fourni un totem INFAILLIBLE (mon pic à chignon). Il était juste un peu énigmatique dans les personnes qu’il désignait, mais une fois qu’on avait compris la logique, c’était TRÈS simple. Et c’était reparti pour des argumentations fallacieuses où « Et donc, si on se fie au totem… » était un argument tout à fait recevable.) Okay nous avons peut-être prouvé être les joueurs de LG les moins stratégiques du monde : mais qu’est-ce qu’on a ri !

 

Les cinq sens de l’écrivain

Coucou les plumes,

Dans ce nouveau numéro du PAen, nous avons choisi de nous intéresser aux « sens ». Cinq, c’est le nombre de sens du corps humain, mais c’est également le nombre de significations du mot sens. Son étymologie en fait un nom masculin tiré du latin sensus : percevoir par les sens, autrement dit ressentir. Son évolution linguistique en a fait un mot aux multiples visages. Ainsi, selon le contexte, il peut à la fois faire référence à :

  • La raison d’être d’une chose, d’une personne ou d’un lieu, sa valeur, son but (Ex : le sens de la vie).
  • La direction (Ex : le sens du vent).
  • La signification d’un mot ou d’une phrase, sa définition dans un dictionnaire (Ex : le sens d’un mot).
  • La capacité de connaitre ou apprécier quelque chose, représenter quelque chose aux yeux des autres (Ex : avoir du sens).
  • La fonction physiologique en charge de la réception et du traitement des stimuli extérieurs (Ex : les cinq sens)

Selon le contexte, il appartiendra à chacun de décider quel sens donner au sens. Mais, dans cet article, la signification qui nous intéressera plus particulièrement est la cinquième. Le sens dans sa dimension corporelle, que l’on peut rapprocher de la perception de notre environnement. Recto mettra donc en lumière la place de la sensation dans le roman, là où Verso vous présentera le point de vue d’une auteure en la matière. En effet, Bénédicte Fleury, auteure de la série de romans Oniria a accepté de répondre à nos questions.

 

Tout de suite, entrons dans le vif du sujet.

 

1/ Recto

 

Les sensations, autrement appelées perceptions, désignent toutes les formes de stimuli auxquelles est soumis un être vivant et qui induisent une prise de conscience, autrement dit, une réaction physiologique. Lesdits stimuli servent à apporter des informations au corps qui va les traiter et réagir en conséquence. Les sensations regroupent un éventail divers et varié de perceptions. On a coutume de citer parmi eux et avec raison, les cinq sens, mais ils ne sont pas les seuls. Tour d’horizon de ces sensations méconnues.

 

  • Les différentes facettes de la sensation

Dans le recensement des sensations, on dénombre deux grands groupes de perceptions que sont les perceptions conscientes et inconscientes.

Dans le groupe des perceptions conscientes sont rangés les cinq sens, autrement dit l’ouïe, l’odorat, le toucher, le gout et la vue, mais également les perceptions de types chimiques, comme le changement de pression ou de température, et les perceptions de types mécaniques comme la tension d’un muscle, la raideur d’une articulation. Ils apportent des informations évidentes et immédiates au cerveau qui déclenchera après traitement une réaction adaptée.

Du côté des perceptions inconscientes, on retrouve des mécanismes plus subtils et indirects qui font appel non pas à des organes particuliers chargés de reconnaitre et traiter l’information de manière directe, mais à l’interprétation de différents changements dans l’environnement du sujet, comme la perception du temps et de l’espace qui s’établi par le biais de la perception des alternances entre jour et nuit, ou encore la perception de la réalité qui se fait au travers du raisonnement déductif, de l’expérience ou encore de l’intuition.

La subtilité des perceptions inconscientes, c’est qu’elles font appel à des informations recensées par les cinq sens, mais le traitement ne se fait pas de manière volontaire. Prenons un exemple : la vue. La perception consciente, c’est le meuble que je regarde, la personne qui passe dans mon champ de vision. La perception inconsciente, c’est la clarté du jour qui diminue et provoque dans mon corps non seulement la sécrétion d’hormones favorisant le sommeil, mais aussi une prise de conscience du temps qui s’est écoulé depuis le matin.

Attention cependant à ne pas les confondre avec les émotions. Si ces deux processus sont très intimement liés, l’émotion est une conséquence de la sensation et non son équivalent. L’émotion est une réaction de l’organisme en réponse à une perception.

 

Cas particulier de la perception extrasensorielle.

Ce type de sensation fait appel à des mécanismes inconscients qui se mettent en place en dehors du schéma sensitif classique. Autrement dit, elles suscitent une réaction de l’organisme en dehors de tout stimulus conscient ou inconscient. Ce type de perceptions restant à l’heure actuelle un grand mystère scientifique pour ne pas dire une croyance de bonne femme tout juste bonne à exciter l’imaginaire des romanciers, les informations pertinentes à ce sujet sont peu développées. On peut néanmoins citer les principales perceptions extrasensorielles dont sont très friands les auteurs de tous horizons, spécialement dans le domaine de la littérature jeunesse, que sont la télépathie, la clairvoyance, la précognition ou encore la rétro-cognition. On notera également que les auteurs utilisant ces sensations hors normes, ont recours à un éventail de sensations classiques couplées ensembles afin de décrire les mécanismes de survenue de ces perceptions. Par exemple, pour illustrer un cas de précognition, on couplera la vision à l’audition pour décrire la perception du futur à travers un filtre semblable au rêve.

 

  • Sensations et écriture

Comme nous venons de le voir, la sensation est différente de l’émotion. La sensation sert donc essentiellement à donner une information. À ce titre elle a parfaitement sa place dans le roman et plus particulièrement dans les mécanismes descriptifs, où le but est d’informer le lecteur de ce qui se passe dans le récit.

En effet, il n’est pas rare de rencontrer des auteurs qui se demandent comment rendre une description plus vivante, ou comment sortir de la traditionnelle et ennuyeuse description catalogue. La réponse est simple, en faisait appel aux sensations. La sensation suscite l’émotion. L’émotion maintient l’intérêt du lecteur jusqu’à l’action ou au dialogue qui suit.

L’exemple le plus célèbre de contextualisation sensorielle dans la description est sans nul doute la madeleine de Proust. Dans ce passage, ce sont les sensations éprouvées par l’auteur qui font ressurgir le souvenir de jours heureux. La sensation sert la description. En quelques mots bien choisis se dégagent une odeur, une image, un souvenir, une ambiance particulière propre à trouver un écho dans chaque lecteur.

La sensation constitue donc l’ingrédient secret d’une bonne description dans ce sens qu’il fait appel non seulement à l’imagination du lecteur mais également à ses expériences passées. Ainsi, une même description sera perçue de manière unique et originale par chaque lecteur, et permettra donc à un récit de prendre d’autant plus de profondeur. À la fin de sa lecture, chaque personne aura été marquée par telle ou telle phrase, passage, chapitre que son voisin n’aura que pas ou peu remarqué. La sensation fait ainsi la richesse d’une œuvre.

 

Cas particulier du roman à sensations.

Le roman à sensation peut se décrire comme un genre littéraire du 19ème siècle dérivant d’une évolution du roman mélodramatique. Ils abordent en général des thèmes sérieux que leur époque a tôt fait de qualifier de choquants comme par exemple le meurtre, l’adultère ou encore le vol, les faits répréhensibles. Un concentré de ce que nous rapprocherions aisément aujourd’hui comme un genre à part entière, très prisé des amateurs d’énigmes qu’est le polar. Si les deux genres sont en apparence très différents les sujets abordés et les thèmes traités se rejoignent et se confondent très fréquemment. Si les sensations y sont présentes comme dans tous romans, l’appellation du genre est plutôt trompeuse en ce sens qu’elle ne place pas les sensations ou les émotions sur le devant de la scène. Elle ne fait finalement référence qu’au fait que l’on traitera dans le roman d’un sujet tabou pour son époque.

 

2/ Verso

Nous voilà maintenant paré pour comprendre l’importance des sensations dans le roman, voyons un peu ce qu’en pense une auteure : Bénédicte Fleury, plus connue sous le nom de B.F. Parry, auteure de la série Oniria qui se composera de quatre tomes, dont les deux premiers sont actuellement publiés par Hachette Hildegarde sous les titres :

  1. Oniria – Le Royaume des Rêves, paru le 1er octobre 2014.
  2. Oniria – Le Disparu d’Oza-Gora, paru le 8 avril 2015.

Le résumé :

Eliott, 12 ans, est un garçon en apparence comme tous les autres.

Jusqu’au jour où il découvre un sablier magique qui lui permet de voyager dans un monde aussi merveilleux que dangereux : Oniria, le monde des rêves. Un monde où prennent vie les milliards de personnages, d’univers, et toutes les choses les plus folles et les plus effrayantes rêvées chaque nuit par les êtres humains. Collégien ordinaire le jour, Eliott devient la nuit, parmi les rêves et les cauchemars qui peuplent Oniria, un puissant Créateur, qui peut faire apparaître tout ce qu’il souhaite par le simple et immense pouvoir de son imagination. En explorant Oniria pour sauver son père, plongé depuis plusieurs mois dans un mystérieux sommeil, Eliott est finalement confronté à son extraordinaire destin. Car Eliott est l’ « Envoyé » : il doit sauver le Royaume des rêves, menacé par la sanglante révolution des cauchemars.

Pour la preview du tome 1 c’est par ici 

 

Les présentations faites, voyons maintenant son point de vue sur la question.

 

  1. Votre roman se déroule dans un monde onirique bâti de toutes pièces sur l’imagination et la sensibilité. Comment vous est venue cette idée ? Est-elle venue d’un rêve particulièrement réel comme certains l’expérimentent parfois, ces rêves où les sensations perdurent même après le réveil ?

Presque ! Je fais depuis toujours des rêves très mouvementés : je me bats contre des pirates, je me perds dans un labyrinthe poursuivie par des monstres… De vrais films d’aventure pour enfants ! Un matin où le réveil a sonné au milieu de l’un de ces rêves, j’ai réalisé que l’endroit que je visitais chaque nuit était une mine d’aventures extraordinaires. J’ai décidé d’inventer ce lieu, de lui donner une consistance, une réalité, et j’ai créé Oniria. En parallèle j’ai inventé des personnages, des péripéties pour « habiter » ce monde… Tout cela est devenu la saga Oniria. Aucun de mes propres rêves n’est présent dans les romans. D’ailleurs je les oublie très vite après le réveil. En revanche, les sensations perdurent souvent en effet : l’exaltation de l’aventure, la peur du danger, les émotions fortes… les mêmes que lorsqu’on lit un roman, finalement. Ce qui est drôle, c’est que depuis que j’ai commencé à écrire, je ne fais plus ce type de rêves, ou très rarement. Peut-être ai-je trouvé une autre manière de canaliser mon imagination et ma soif d’aventure ?

 

  1. Un autre principe de base de votre roman est de mêler le rêve aux sensations, d’expliquer que malgré le caractère onirique du voyage du héros, il ressent tout. Quelle est la place des sens dans votre roman ?

La place des sens est au cœur de mon écriture, et cela remonte à la classe de 5e ! Notre professeur de français nous avait proposé une rédaction en marge de l’étude des « Lettres de mon moulin » d’Alphonse Daudet. Il fallait raconter une journée de Tistet Védène. La consigne : utiliser les 5 sens du protagoniste. J’avais tellement bien réussi la rédaction que la prof m’avait convoquée pour me demander si elle n’avait pas été écrite par un adulte de ma famille… Affront mis à part, pour moi cet exercice a été une révélation. J’ai compris que pour faire partager une aventure à un lecteur, il ne faut pas seulement la lui montrer, il faut la lui faire ressentir. Et quand on a un corps le ressenti passe nécessairement par les cinq sens : nous ne sommes pas de purs esprits ! Si le héros est debout en haut d’une falaise, la réalité de la scène vient du vent qui lui fouette le visage.

Pour en revenir plus spécifiquement à Oniria, c’est vrai que pour moi se pose la question de la sensation de réalité : lorsqu’on rêve, on a l’impression que tout est vrai : on ressent des émotions, on a chaud, on peut avoir mal. Tout est déformé bien sûr, et les sensations sont créées par notre cerveau au lieu d’être ressenties par notre corps. Mais tout est là je crois, même si on ne s’en souvient pas toujours au réveil.

 

  1. Perception, ressenti, émotions, il est de coutume d’associer ces mots, de les considérer comme des synonymes. Quelle nuance apporteriez-vous à chacun d’entre eux ?

Je dirais que la perception est le message qui nous arrive par nos 5 sens, à travers les filtres de notre personnalité, de notre éducation, du contexte… Le ressenti a une dimension plus intellectuelle, on est déjà dans l’analyse. Quand on parle de son propre ressenti, il y a une certaine prise de recul.

Quant à l’émotion, elle est ce qui naît en nous suite à la perception de quelque chose. Elle est primaire, incontrôlée, immédiate.

Mais bon, je ne suis pas sûre du tout de coller aux définitions du dictionnaire : si ça se trouve c’est tout le contraire !

 

 

  1. L’écriture est une activité solitaire qui demande temps et patience. Pour certains, c’est un passe-temps, pour d’autres un long processus de reconstruction intérieure. Quelle a été pour vous le déclic qui vous a décidé à prendre la plume ? Comment ressentez-vous l’écriture ?

J’ai envie d’écrire depuis l’âge de 9 ans. Une écrivain jeunesse est intervenue dans ma classe de CM1, et ça a été le premier déclic. Ce jour-là, j’ai décidé qu’un jour j’en ferai mon métier. A l’époque j’avais commencé à écrire des choses, mais je faisais tout à l’envers et j’ai fini par laisser tomber. L’idée a continué à cheminer en moi, parfois en se dissimulant, en prenant des chemins de traverse. Et c’est finalement 20 ans plus tard que le deuxième déclic s’est produit, comme une évidence, ce fameux matin où je me suis réveillée avec en tête l’idée du monde d’Oniria. Pendant quelques mois je me suis contentée de prendre des notes dans un petit carnet, et puis je me suis décidée à faire le grand saut : j’ai quitté mon emploi, je n’en ai pas cherché d’autre, et je me suis plongée tout entière dans l’écriture. Je n’ai jamais été aussi épanouie. Inventer, raconter, mettre en mots, faire vivre des émotions… J’y passe mes journées et j’adore ça.

Mais je dois admettre que lorsque je sors du « tunnel », j’ai grand besoin de m’aérer et de voir du monde !

 

  1. Question bonus : En tant qu’auteur, il n’est pas rare de remettre souvent en question la qualité de ce que l’on écrit. Le doute fait partie intégrante du processus chez la plupart des écrivains, mais un jour on lance une bouteille dans la vaste mer du monde. Quelqu’un la trouve et un bébé d’encre et de papier voit le jour. Quelle sensation ressent-on à ce moment-là ?

La comparaison avec la naissance d’un bébé est assez juste et d’autant plus parlante pour moi que j’ai vécu les deux à quelques mois d’écart. Voir son premier livre en librairie c’est un peu comme un accouchement : on l’a attendu, on l’a imaginé, on l’a nourri, peaufiné, on s’est demandé à quoi il ressemblerait, on a eu peur qu’il ne soit pas en bonne santé… Et puis tout d’un coup le voilà qui est là, on se sent un peu démuni, on ne sait pas très bien quoi faire, on se demande si c’est vraiment nous qui avons fait ça et en même temps on est si fier, on trouve que c’est lui le plus beau ! On est devenu auteur un peu comme on devient parent : l’aventure ne fait que commencer.

Pour moi ça a été encore plus particulier : au moment où le tome 1 est sorti j’habitais encore au Maroc, et le livre n’était pas encore disponible sur place. Ma famille, mes amis et même des inconnus m’ont envoyé des photos de mon livre dans les librairies de France, de Belgique… Mais je ne pouvais pas le voir ni le toucher. En fait, j’avais l’impression d’avoir accouché d’un bébé prématuré qu’on aurait mis en couveuse !

 

  1. PS: J’ai l’immense plaisir de vous annoncer que ça y est, après plus d’un an de doutes et de suées, je viens de mettre un point final au tome 3 d’Oniria !!!

 

Voilà les Plumes c’est terminé pour aujourd’hui. Remercions chaleureusement Bénédicte pour ses super réponses, et je vous invite à aller jeter un œil sur sa page facebook pour davantage d’informations sur le monde d’Oniria.

Comme nous l’avons vu, le mot sens revêt de multiples significations, dont celle de perceptions sensorielles. Les sensations sont au cœur du roman même si nous n’en avons pas toujours conscience, et servent essentiellement à créer des ambiances en faisant appel à l’inconscient et au souvenir de chacun. La différence entre un roman banal et un roman sensationnel tient parfois à ce petit pas grand-chose que sont les sensations et leur retranscription efficace dans un texte, ces émotions que l’auteur parvient à faire passer à travers ses écrits, comme le rappelle si bien Bénédicte. Alors, n’oubliez pas, vous êtes votre premier lecteur, si vos mots éveillent vos sensations, pour sûr, ils parleront à d’autres.

J’espère que cet article aura éclairé votre lanterne et je vous dis à bientôt pour un nouveau numéro inédit du PAen.

 

À vous les studios !

SENSATION

SENSATION. Voilà un thème littéraire qui en englobe beaucoup d’autres. La sensualité, le ressenti, la perception, l’extrasensoriel : il y a de quoi débattre tapageusement, aussi nous ne ferons qu’effleurer avec doigté le sujet en espérant vous apporter quelques réponses éclairantes, un avant-goût savoureux et quelques pistes à flairer par vous-mêmes. Mais qu’est-ce que je raconte, moi ? On n’effleurera rien du tout, on ira au fond des choses et en bonne compagnie de surcroît !

L’équipe du PAen remercie de toutes ses plumes l’auteure B. F. Parry pour son témoignage, Vefree pour sa participation, ainsi que Gueuledeloup et Beul pour leurs œuvres d’art.

Cristal, rédactrice en chef

Note : La version PDF du PAen sera disponible d’ici quelques jours !

 

Au sommaire de ce numéro :

Recto Verso — Les cinq sens de l’écrivain

Plume et Astuce — Sensations fortes

Livresquement vôtre — Ceux qui nous mettent sens dessus-dessous

IRL — La rencontre sensationnelle de juin 2015

Perles & Citations — Pour vous en mettre plein la vue

Galerie des plumes — Geuledeloup, Beul et Cie

Plumes à lire – Votez pour votre fiction « sensation » favorite !

Votez pour votre fiction « sensation » favorite !

Et la course au ruban bleu continue ! L’équipe du PAen a cette fois-ci sélectionné trois histoires autour du thème SENSATION. Vous avez jusqu’au 10 septembre pour découvrir les histoires nominées et voter pour celle que vous avez préférée. La gagnante se verra enrubannée et mise à l’honneur !

 

L’Université – EryBlack

Endrin vit au Nord, là où les hommes sont en contact permanent avec une nature sauvage et parfois dangereuse que les gens du Sud ne connaissent pas. Malgré le mystère qui entoure ses origines, sa place parmi les Nordiques est indiscutable. Un hiver, alors que le grand Rassemblement saisonnier a commencé, on viendra la prévenir que l’Université l’attend. L’Université ! Un temple de la connaissance, un endroit où on peut tout apprendre ; et surtout, le seul moyen d’accéder aux États Suspendus, des contrées quasiment mythiques au-dessus des nuages. Mais l’Université se trouve au Sud, loin de tout ce qu’elle connaît. Pourtant, Endrin partira ; si on peut tout apprendre là-bas, peut-être pourra-t-elle découvrir d’où elle vient et qui elle est. Elle ignore qu’elle se lance ainsi dans un voyage, un vrai, de ceux qui durent toute une vie.

Au Nord, le froid s’immisce dans les vêtements et pénètre les os. Quand on s’éloigne du grand Brasier ou de l’auberge d’Azar, les sensations physiques s’engourdissent, mais d’autres facultés s’éveillent. Que l’on soit shaman ou non, le Nord vibre de magie et d’esprits ancestraux qu’on ressent au fond de soi. Ici, si les Sensations ne se nomment pas, elles n’en sont pas pour autant dénuées de force.

***

Le Dernier Gardien – Celine

La Rivière des Âmes maintient depuis toujours l’équilibre entre les trois Mondes : le Monde des de Vivants, le Mondes des Morts et l’Entredeux Monde qui fait la jonction. La Rivière des Âmes prend racine dans chacun d’eux et charrie les âmes des défunts afin de les purifier et de leur permettre de renaître une nouvelle fois. L’équilibre instable entre ce qui entre dans la Rivière et ce qui en sort doit être maintenu, quoi qu’il arrive. Mais des choses étranges se trament dans les trois Mondes. Les Passeurs sont assassinés par des créatures sanguinaires dirigées par un homme vêtu de noir. Les trois Juges du Tribunal des Âmes se livrent une lutte sans merci pour obtenir les faveurs du roi de Shéol qui n’a pourtant plus été aperçu depuis des années. Les âmes disparaissent de façon inexpliquée de la Rivière menaçant dangereusement le fragile équilibre les trois Mondes. Des scientifiques, appartenant à une mystérieuse organisation, jouent aux apprentis-sociers avec des forces qui les dépassent… Une lueur d’espoir apparait un jour devant la porte du Deadly Sweet Café, un étrange petit établissement qui accueille les renégats et qui ne peut être vu que par ceux qui ont vraiment besoin d’aide. Et cette lueur d’espoir n’est autre qu’un petit garçon sans nom…

Passer de l’autre côté révèle un monde encastré dans celui qu’on croyait connaître. Bâtiments et créatures émergent, accueillent, menacent parfois ; qu’à cela ne tienne, c’est ainsi que les trois mondes s’équilibrent ! Sauf quand les anciennes lois se dérèglent. Que ce soit un don imprévu ou aidé par une machine : la vue de certains s’ouvre toute grande face au monde des morts. Des morts qui usent de sens délicats pour soutenir les renégats, ramener leurs souvenirs à la surface et les pousser loin de ces humains qui voient trop.

***

Des Hommes sans Visage de Beul

Enfer, Paradis, tout ça n’est que sornettes. Bobbie le sait. Bobbie sait certainement mieux que beaucoup de gens, en fait. À douze ans, elle est au courant de choses qui échappent aux non initiés. Des choses qui doivent leur échapper.

Pour Bobbie Davis, activités extrascolaires riment avec activités extrasensorielles. Elle perçoit des choses qui échappent aux vivants : la présence des défunts, la persistance de leurs émotions et des choses pas bien nettes sous l’évier. La plume de Beul n’est pas désincarnée pour autant et si les Hommes sans Visage a l’apparence d’une petite histoire macabre, elle est en fait dense de vie : on entend les graviers crisser, on savoure la chaleur de la cheminée et on revit les premiers troubles de l’adolescence. Sensations garanties !

 

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Sensations fortes

« Par les soirs bleus d’été, j’irai dans les sentiers » disait Rimbaud. Dans le domaine de l’écriture, la sensation est cette capacité que nous avons, nous, auteurs, à stimuler l’imagination matérielle du lecteur ; susciter chez lui, par la seule évocation des mots, une empathie qui lui fasse ressentir ce que ressentent les personnages ; l’incarner à l’intérieur même du récit. Ce plume et astuce se penchera sur la place des cinq sens dans l’écriture d’une histoire, mais aussi sur ce qui dépasse nos limitations sensorielle et verse dans l’extrasensoriel, matière première des récits SFFF.

 

Le sensoriel

Quand on se lance dans l’écriture et qu’on veut faire appel aux sens du lecteur, on a spontanément tendance à privilégier la VUE. Pourquoi ? Dans Imagination, il y a le mot « image » : de fait, ce sont des images que nous voulons souffler dans la tête de ceux qui nous lisent. Cette visualisation du décor et des personnages passent par la délicate étape de la description. À trop vouloir décrire, on zigouille l’imagination du lecteur. Ça m’a pris moi-même énormément de temps pour le comprendre (et je ne suis pas encore sûre de l’avoir bien assimilé), mais il faut savoir se reposer sur les propres capacités de représentation du lecteur et ne pas lui imposer systématiquement des blocs de description qui vont énumérer chaque détail de chaque scène. Et vas-y que je te mets encore un adjectif ici, et vas-y que je te faufile un nouvel adverbe là, et ni vu ni connu que je te fasse le compte-rendu des couleurs, des formes et des dimensions. Restez focalisés sur l’action et ne décrivez que ce qui est en rapport direct avec elle. L’idéal serait de parvenir à évoquer le plus de choses possibles avec le moins de mots possibles. Simenon, le papa de Maigret, était très fort à cet exercice :

« Vendredi 7 novembre. Concarneau est désert. L’horloge lumineuse de la vieille ville, qu’on aperçoit au-dessus des remparts, marque onze heures moins cinq. C’est le plein de la marée et une tempête du sud-ouest fait s’entrechoquer les barques dans le port. Le vent s’engouffre dans les rues, où l’on voit parfois des bouts de papier filer à toute allure au ras du sol. Quai de l’Aiguillon, il n’y a pas une lumière. Tout est fermé. Tout le monde dort. Seules les trois fenêtres de l’hôtel de l’Amiral, à l’angle de la place et du quai, sont encore éclairées… » (Le chien jaune de Georges Simenon)

Je ne m’en lasse pas. Ce conseil que je vous donne n’a évidemment rien d’absolu. Il serait même absurde de le suivre si la démarche même de votre roman repose sur la description. Prenez les histoires de LinE, sur Plume d’Argent, où histoire et description ne font qu’une et où chaque scène est un tableau. Ça n’aurait aucun sens de tailler là-dedans.

Bref, si de manière générale je vous recommande de ne pas surcharger vos descriptions, je vous encourage par contre à les diversifier. C’est ici qu’entrent en scène les autres sens. Ce qui va créer l’intensité d’une scène, ce qui va faire que votre lecteur est présent ici et maintenant dans le récit, ce sont ces petits détails qui font toute la différence. Une odeur chaude de café. La pulpe du citron qui éclate sous la dent. L’intonation particulière d’une voix. Une main qui se pose sur une autre. En l’espace de quelques mots, vous avez donné toute sa substance à votre scène. Vous pouvez jouer sur les matières, souffler le froid et le chaud ou même mélanger les sens — rappelez-vous ces parfums « doux comme les hautbois » de Baudelaire. Mais là encore point trop n’en faut. A systématiser ce procédé (et là, moi je lève bien haut la main pour plaider coupable), vous finissez par atténuer son effet. Il ne faut pas sensorialiser le texte juste pour le sensorialiser. Ce verbe n’existe pas, refermez les dicos. L’appel aux sens doit être relié à l’action. Si l’action principale de votre scène est la détente, alors mettez ici l’accent sur le bien-être physique et vous pouvez vous permettre d’être anecdotique. Si l’action principale de votre scène est le danger, alors concentrez-vous uniquement sur l’essentiel : des bruits de pas précipités, l’odeur suffocante de la fumée, le goût métallique du sang dans la bouche et autres joyeusetés. Et si l’action principale de votre scène est l’érotisme, eh bien… vous… bref, je ne vais pas vous faire un dessin, vous avez saisi l’idée.

 

L’extrasensoriel

Nous pénétrons à présent dans le royaume des romans d’anticipation, du mystère et du fantastique. Non que les notions que je vais aborder ici n’aient aucun fondement réaliste et scientifique (des recherches très acceptables sont menées dans ce domaine), mais les infâmes bibliothécaires les classent d’office dans les livres « à-ne-pas-prendre au-sérieux »*.

Un mot d’abord sur le supra-sensoriel — ce qui est supérieur aux sens ordinaires — à ne pas confondre avec l’extra-sensoriel — ce qui est hors de portée des sens ordinaires. Pour faire simple, le supra-sensoriel, c’est quand les sens de votre personnage sont surnaturellement développés. Les loups-garous et les vampires (que je cite en exemple parce que je suis terriblement dans le coup) sont souvent caractérisés par une vue, une ouïe, un odorat, un goût et une sensualité hors-normes. Tout votre talent d’auteur va consister à transcrire en mots cette exacerbation des sens sans tomber dans le déjà-lu-et-relu. Ne vous reposez pas trop sur le décalage entre les super-sens de votre créature et le commun des mortels : ça a été déjà exploité de nombreuses fois et ça ne suffira pas à créer une histoire personnelle. Cherchez votre propre approche, votre propre décalage, votre propres enjeux ailleurs.

En ce qui concerne maintenant l’extra-sensoriel, on ne parlera plus de super-sens, mais de méta-sens, à savoir des facultés qui transcendent les cinq sens : la clairvoyance, la télépathie et la télékinésie.

La clairvoyance transcende la VUE. Un clairvoyant visualise une (ou des) réalité(s) qui échappe(nt) aux perceptions normales. Ce personnage peut ainsi avoir la vision d’événements à venir, d’événements passés ou d’événements à distance.

La télépathie transcende l’ÉCOUTE. Un télépathe entend les pensées des autres personnages ou des voix/sons émanant d’un autre plan d’existence.

Enfin, la télékinésie transcende le TOUCHER. Le télékinésiste a une action à distance sur la matière et peut la transformer, la déplacer, la détruire sans bouger le petit doigt.

Ces trois facultés sont les plus couramment exploitées dans les genres de l’imaginaire**, mais y recourir n’est pas un cliché en soi. Si vous voulez exploiter ces pouvoirs dans votre roman, posez-vous simplement les bonnes questions. Qu’est-ce qui a provoqué ces pouvoirs ? Est-ce un recours artificiel, un don transmis de génération en génération ou autre chose encore ? Quelles sont les limites de ces pouvoirs ? Le personnage utilise-t-il ou subit-il ses pouvoirs ? Quel usage (moral ou immoral) le personnage fait-il de son pouvoir ? Quel est le prix à payer en échange de ces pouvoirs ?

Vous vous en doutez à l’éclairage de ces questions, un personnage qui aura un usage facile, inconditionnel et illimité de sa faculté extrasensorielle, et qui s’en sert sans jamais se soucier de la question éthique, ne présentera pas grand intérêt pour votre histoire. Ce qui va accrocher votre lecteur, c’est la difficulté liée au pouvoir. Sa contrepartie en quelque sorte.

 

* Attention, ceci est un clin d’œil humoristique aux romans de Brandon Sanderson (Alcatraz contre les infâmes bibliothécaires et compagnie). Les bibliothécaires sont des gens très bien. J’ai failli en devenir une moi-même pour tout vous dire. Alors pitié, pas les cailloux, pas les cailloux.

** Maintenant que j’y pense, je ne crois jamais avoir lu d’histoires où un personnage pouvait goûter à un plat situé de l’autre côté du globe ou sentir une odeur en provenance du futur… Hum, à méditer.

 

Je terminerai cette réflexion sur une dernière question : quid de l’absence de sens ? Imaginez par exemple une histoire dont le narrateur (le personnage qui raconte toute l’histoire à lui seul, donc) serait aveugle de naissance : tout le défi consisterait à écrire le récit sans jamais, à aucun moment, recourir à une image. Ou encore, tiens, pensez à une histoire en full-dialogues où les personnages ne feraient pas la moindre allusion à ce qu’ils voient, entendent, ressentent : juste deux voix silencieuses dans le vide intersidéral. Osez vous aventurer là où personne ne va, ça fera sensation ! Oui, d’accord, elle était facile celle-là.

Ceux qui nous mettent sens dessus-dessous

Le Parfum (Patrick Süskind)

« C’est par une belle journée de mars, comme il était assis sur un tas de bûches de hêtre qui craquaient au soleil, qu’il prononça pour la première fois le mot « bois ». Il avait déjà cent fois vu du bois, et entendu cent fois le mot. D’ailleurs, il le comprenait, ayant souvent été envoyé en chercher en hiver. Mais jamais l’objet « bois » ne lui avait paru assez intéressant pour qu’il se donne la peine de dire son nom. Cela n’arriva pas avant cette journée de mars où il était assis sur le tas de bûches. Empilé à l’abri d’un toit en surplomb, contre le côté sud de la grange de Mme Gaillard, ce tas faisait comme un banc. Les bûches du dessus dégageaient une odeur sucrée et roussie, du fond du tas montait une senteur de mousse, et les parois de sapin de la grange répandaient à la chaleur une odeur picotante de résine.

Grenouille était assis sur ce tas, jambes allongées, le dos appuyé à la paroi de la grange ; il avait fermé les yeux et ne bougeait pas. Il ne voyait rien. Il n’entendait et ne ressentait rien. Il sentait uniquement l’odeur du bois qui montait autour de lui et restait prise sous l’avant-toit comme sous un éteignoir. Il buvait cette odeur, il s’y noyait, s’en imprégnait par tous ses pores et jusqu’au plus profond, devenait bois lui-même, gisait comme une marionnette en bois, comme un Pinocchio sur l’amas de bois, comme mort, jusqu’à ce qu’au bout d’un long moment, une demi-heure peut-être, il éructe enfin le mot « bois ». Comme s’il avait été bourré de bois jusqu’aux yeux, gavé de bois jusqu’à plus soif, rempli de bois du ventre au gosier et au nez, voilà comment il vomit ce mot. Et cela le ramena à lui et le sauva, juste avant que la présence écrasante du bois lui-même, son odeur, ne menaçât de l’étouffer. »

(Patrick Süskind, 1985)

 

Le Parfum, c’est un OVNI littéraire.

Un grand classique avant tout, intemporel, international, indispensable. On n’échappe pas au Parfum. Et après l’avoir lu, je peux vous assurer qu’on n’a en fait pas la moindre envie de lui échapper. Car le Parfum capture et captive, et je vous mets au défi d’en lever les yeux. Jean-Baptiste Grenouille, un archi-anti-super-héros à l’odorat surdéveloppé, vous mène littéralement par le bout du nez. Lui qui sent tout, sans distinction, est constamment à la recherche de nouvelles odeurs et de nouveaux moyens de se les approprier. Et cela va l’emmener assez loin, comme on peut s’en douter en lisant le titre en entier : « Le Parfum, Histoire d’un meurtrier ».

On ne pouvait décemment pas parler de Sensation sans parler du Parfum. Quand je dis que c’est un OVNI, c’est que je crois n’avoir jamais lu une œuvre qui accorde une importance aussi primordiale à un sens généralement laissé de côté : l’odorat*. On en fait des tonnes avec les paysages et les concerts symphoniques, on décrit les frémissements de la peau caressée et le goût stupéfiant de la madeleine trempée dans le tilleul, mais quand il s’agit de parfum, y’a plus personne !

Il faut dire aussi que ce n’est pas évident à décrire, une odeur, peut-être parce qu’il y a beaucoup de choses à prendre en compte. Est-ce le souvenir d’une odeur ou est-elle sentie dans l’instant, est-elle agréable ou non, est-elle familière, comment est-elle interprétée, quel effet produit-elle sur le corps… ? Quoi qu’il en soit, Patrick Süskind y parvient haut la main.

Je ne sais pas vous, mais moi, il y a un nombre incroyable de parfums qui me font éternuer et pleurer jusqu’à ce que je m’enfuie loin de la personne qui les porte. Mais pas celui-là. Ce Parfum-là, c’est loin d’être uniquement de la rose et de la fleur d’oranger, c’est parfois rude, sale, puant par endroits ; et pourtant je vous le dis, c’est bien le seul parfum que je trimballerais avec moi sur une île déserte.

 

*D’autant plus que, soyons honnêtes, il faut bien dire que l’Allemagne ne collectionne pas les succès littéraires. Alors un bouquin allemand qui traite d’un sujet aussi unique, avec un retentissement aussi important, et une qualité aussi insolente, je suis navrée, c’est un OVNI ou je mange mon clavier !

 

Patients (Grand Corps Malade)

« La première fois que j’ai re-bougé quelque chose, j’étais en réanimation depuis deux semaines. Un matin, je me suis aperçu que j’arrivais à remuer le gros pouce du pied gauche. Comme je ne pouvais évidemment pas vérifier de mes yeux cette grande nouvelle, j’ai dû demander à une infirmière de me le confirmer.

Toutes les cinq minutes, je remuais mon pouce pour m’assurer que j’étais capable de ce petit mouvement-là. Peu de gens sur terre ont bougé le bout du pied avec autant de plaisir. Les médecins ont alors dit à mes parents qu’à partir de là on ne pouvait rien pronostiquer de sûr, mais qu’on ne pouvait plus affirmer qu’il n’y avait pas d’espoir… De fait, jusqu’à ce matin-là, le moins que l’on puisse dire, c’est que les médecins s’étaient montrés très pessimistes : mes parents ne m’en avaient pas parlé mais on leur avait annoncé que je ne remarcherais pas. »

(Grand Corps Malade, 2012, Éditions Don Quichotte)

 

Vous avez forcément entendu parler de Grand Corps Malade. Non ? Même pas entendu trois lignes d’un de ses morceaux à la radio ? Même pas croisé une critique dithyrambique dans un journal ? Même pas aperçu une affiche pour un de ses concerts ? Non. Vous me faites marcher.

Je me suis rendue compte qu’il était génial pendant mon année de Seconde. L’apogée de mon adoration a été atteinte en Première, lorsque je l’ai hissé au même rang que Baudelaire dans mon panthéon personnel : dieu des Lettres et des Mots. Parce que l’œuvre de Grand Corps Malade, avant d’être un livre, c’est… Hum, c’est… Quoi, des morceaux ? Des poèmes ? Ni vraiment l’un ni franchement l’autre. Grand Corps Malade pratique le slam, un genre entre-deux, cousin du rap, mais plus doux que ce dernier à mon humble avis…

Je suis convaincue que quelqu’un qui aime écrire ne peut pas rester impassible face aux textes de mon Grand héros. Sur le thème « Sensation », Toucher l’Instant et La Nuit comptent parmi mes préférés, je vous les recommande – ils sont trouvables facilement sur Youtube ou n’importe où sur Internet, et valent vraiment le coup d’être entendus – avant de revenir au sujet de base…

 

Le livre, donc ; Patients. Grand Corps Malade y relate son expérience en tant que pensionnaire d’un centre de rééducation pour handicapés, après un accident qui l’a rendu tétraplégique incomplet. Son quotidien de l’époque est décrit avec une grande simplicité, sans fioritures ; il raconte les choses telles qu’elles se sont passées, et on l’entendrait presque nous dire tout ça de sa belle voix grave, vibrante de sincérité. La force du récit autobiographique, combinée à la dureté de cet univers généralement méconnu, le tout enrobé d’une écriture d’une rare délicatesse, cela donne un récit frappant, dans le bon sens du terme. Comme il le dit lui-même, « C’est jamais inintéressant de prendre une bonne claque sur ses propres idées reçues ».

Ici, la sensation est au cœur du sujet. La plupart des patients l’ont perdue, à divers degrés, en même temps que le mouvement. Leur travail consiste donc à retrouver un maximum d’autonomie. Tout est une question de degrés : certains peuvent nourrir l’espoir de marcher à nouveau, d’autres doivent se contenter de choses aussi simples que de tenir leur fourchette, changer de chaîne, manier leur fauteuil roulant… Et parfois, même ces actes en apparence anodins restent inaccessibles. Il en résulte forcément beaucoup de souffrance et de frustration, mais aussi une extraordinaire volonté, une volonté que Grand Corps Malade décrit comme un 6ème sens : l’envie de vivre.*

Je ne sais pas vous, mais moi, ça m’a tout de suite donné envie de lire…

 

*Dans sa chanson 6ème sens, allez hop, tous sur Youtube…

Geuledeloup, Beul et Cie

L’art éveille les sens, c’est bien connu ! Pour ce numéro, Lou nous a concocté spécialement deux dessins au délicieux parfum d’iode. Nous remercions aussi Beul pour nous permettre d’exposer ses dessins de Milo en différentes tenues ! Et comme les plumes sont artistes à toutes heures, même quand elles se voient, nous dévoilons officiellement la version PA du jeu du loup-garou ! Plumettes, Plumeaux : la fortune est proche ! Qui pourrait refuser de commercialiser ces cartes (totem vendu séparément) ?

 

De Lou, dessin traditionnel au feutre

 

De Lou, dessin traditionnel

 

De Beul, illustration de son personnage Milo, dessin et colo à l’ordinateur
Carte Loup Garou
Carte Loup Garou
Carte Loup Garou
Carte Loup Garou
Carte Chasseur
Carte Cupidon
Carte Montreur d’Ours
Carte Petite Fille
Carte Sorcière
Carte Maire
Carte Le Chevalier à l’Armure Rouillée (qui est, avouons le, la meilleure carte existante, puisqu’elle donne au loup qui le mange le tétanos)
Carte Villageois
Carte Villageois
Carte Villageois
Carte Villageois
Le totem du jeu de LG (utilisé pour désigner (au hasard) avec une efficacité quasi infaillible les loups-garous qui seront brûlés) (ou plus précisément, il désignait une personne entourée de loups-garous, on s’en est rendus compte à nos dépends)