Les Plumeporters à Montreuil

Du 2 au 7 décembre, c’était le Salon de la Littérature et de la Presse Jeunesse, à Montreuil. C’est toujours pour les Plumes l’occasion rêvée de festoyer ensemble, de concilier IRL et littérature, d’envahir le resto japonais à proximité et de traumatiser quelques auteurs et lecteurs au passage. On se souvient de l’affaire des chapeaux Naruto en 2014… Cette année n’a pas fait exception à la règle !

Ce qu’il y a de nouveau en revanche, c’est qu’entre trois fous rires et sept parties de Loup-Garou, les Plumeporters se sont furtivement esquivées (que personne n’ose nous contredire) pour se la jouer vraies journalistes… Et interroger les auteurs en dédicace aux quatre coins du Salon ! Armées de nos téléphones en mode dictaphone – merci encore à Danah de nous avoir épargné l’angoisse de devoir tout consigner dans un carnet – nous avons multiplié les excuses bancales pour nous éloigner des Plumes et opérer en discrétion. Ce qui s’est révélé un échec total pour la journée du vendredi, même si nous avons pu sauver les apparences le samedi.

Nous en profitons donc pour présenter toutes nos excuses aux autres Plumes : si nous disparaissions par moments, c’était pour la bonne cause. Nous tenons aussi à remercier chaleureusement les auteurs que nous avons interviewés : Vincent Villeminot, Tristan Koëgel, Flore Vesco, Alex Alice, Béatrice Bottet, François Descraques, Slimane-Baptiste Berhoun, Vincent Cuvellier et Victor Dixen. Ils se sont tous prêtés à l’exercice avec amabilité et nous ont donné des réponses variées et intéressantes.

 

Voici donc le résultat de notre dur labeur et nous sommes ravies de vous le présenter !

 

Vincent Villeminot

Vincent Villeminot est journaliste, spécialiste des questions de l’éducation. En 2002, il signe son premier livre, Anatole n’aime pas l’école, et poursuit une carrière de romancier en multipliant les genres. Ouvrages jeunesses, thriller pour adultes et œuvres pour jeunes adultes, Vincent Villeminot touche tant par la diversité de ses travaux et de ses thèmes que par la rudesse de son écriture.

 

Dans quelle mesure les mythes, légendes et religions vous inspirent dans l’élaboration de vos intrigues ?

 

Dans aucune mesure. J’essaye de commencer par le monde réel. Il peut arriver que je me rende compte en cours d’écriture qu’un mythe ou une légende fait écho à ce que j’écris, mais je n’en prends jamais pour source d’inspiration.

 

Vous pensez qu’il peut s’agir d’une inspiration inconsciente, alors ?

 

Non, je ne pense pas. Je pense au contraire qu’un vrai mythe, c’est une histoire universelle et intemporelle. Elle répond à des questions qu’on se pose à chaque époque, elle est un moyen d’aborder ces questions. Donc ce n’est pas que le mythe m’inspire inconsciemment, c’est juste que ses réponses restent valables.

 

L’actualité de notre monde trouve-t-elle écho dans vos textes ? Peut-être un peu dans U4 ? Et si oui, quel message cherchez-vous à transmettre ?

 

L’actualité est essentielle pour moi, j’écris en regardant le monde comme il va ou comme il ne va pas. J’estime que mon rôle d’écrivain, c’est de parler de ce monde. Après, je ne cherche pas à délivrer un message, mais éventuellement à raconter le monde. Si message il y avait, ce serait de regarder ce monde-là en m’adressant à des jeunes gens de 14 ans ; peut-être que je suis un peu plus désillusionné qu’eux, et que j’ai un regard qui pourrait les inspirer eux. Le but, c’est que mon regard soit pour eux source d’inspiration et pas de message. C’est pour ça qu’on a détruit le monde dans U4, qu’on l’a mis dans les mains des adolescents, mais qu’on n’a pas commencé à le reconstruire. Le reconstruire, c’est à eux de le faire.

 

 

Tristan Koëgel et Flore Vesco

« Tristan Koëgel est né en 1980 et vit à Aix en Provence. Après avoir été tour à tour distributeur de prospectus, garçon de café, pizzaïolo, animateur radio, écrivain public, il obtient une maîtrise de Lettres et enseigne la littérature et la langue française.

Épaulé par sa fille et sa compagne, Tristan Koëgel a l’ambition folle de visiter tous les pays du monde en ramenant à chaque fois une histoire à raconter. »

Il a écrit notamment le très bien accueilli Bluebird, qui raconte une rencontre à l’époque de la ségrégation raciale aux États-Unis. On n’a pas encore lu le livre, mais les quelques mots qu’on a échangés avec l’auteur donnaient envie !

« Flore Vesco a fait des études de lettres et de cinéma. Elle aime les anagrammes, les rébus, les listes et tout ce qui a des bulles (le champagne, le bain moussant, la bande dessinée…). De cape et de mots est son premier roman. »

L’histoire se passe visiblement au sein d’une cour pleine de manigances, de complots et d’intrigues, où Serine devra se faire une place en tant que demoiselle de compagnie. Parce qu’elle ne veut pas se marier ! (Ça vous évoque quelque chose ?)

 

Dans quelle mesure les mythes, légendes et religions vous inspirent quand vous écrivez ?

 

FV: Je pense que c’est une matière très intéressante. Pour le moment, je n’ai jamais écrit à partir de ça, mais si je le faisais, je pense que j’irais chercher vers la mythologie nordique. Ou quelque chose de moins retravaillé que la mythologie grecque, où on a eu par exemple Percy Jackson de Rick Riordan… (Qui s’est d’ailleurs attaqué à la mythologie nordique récemment, selon Elka)

TK: Je n’ai pas non plus eu l’occasion de travailler là-dessus, mais je suis assez passionné de mythologie gréco-latine…

FV : La mythologie hindoue, aussi, il y aurait des choses super à faire.

TK : Le mythe, je pense que c’est un trait d’union entre plusieurs civilisations, dont la nôtre. Je pense que ça fait partie du bagage culturel qui sert à cultiver notre imaginaire.

 

Est-ce que, dans ce que vous écrivez ou dans ce que vous lisez, vous avez parfois l’impression de voir des ressemblances avec les mythes ? Même involontaires ?

 

FV : Oui, d’un point de vue narratif, ça arrive souvent. Par exemple, pour mon livre, j’ai une structure qui rappelle le conte, donc forcément, quelque part, ça peut remonter jusqu’au mythe. L’obstacle à franchir, ce genre de choses… Sur l’intrigue et les schémas narratifs, je pense que les mythes ont un côté universel.

 

En quoi l’actualité vous inspire, ou ne vous inspire pas ? Est-ce que vous essayez de faire passer un message ?

 

FV : Personnellement, non. D’abord parce que je mets longtemps à écrire, donc je ne vais pas parler d’un événement qui survient alors que je suis en plein milieu de l’histoire. Après oui, on est influencés par l’ambiance ! Les événements récents ont amené une ambiance très particulière en ce moment en région parisienne, et on est touchés plus ou moins inconsciemment ; ça se ressent peut-être quand on écrit. Sinon, ce n’est pas une source d’inspiration pour moi.

TK : La littérature jeunesse permet d’apporter un autre regard sur l’actualité. Passer par l’enfant, par son prisme, c’est regarder le monde différemment. Je pense que c’est important.

 

 

Alex Alice

Alex Alice publie sa première BD, en collaboration avec Xavier Dorison, en 1997. Depuis, il a travaillé sur plus de quatre séries, participé à des ouvrages collectifs et acquis une grande reconnaissance dans le monde de la BD. Les quelques minutes qu’on a passées à l’interviewer nous ont révélé un auteur passionné par son travail, par la mythologie, les sciences, l’Histoire… Et un homme incroyablement ouvert et talentueux.

 

De quelle manière les mythes, légendes et religions peuvent vous inspirer dans vos œuvres ?

 

Oh mon dieu… Vous avez deux heures ! (rires) En gros, pour l’instant, toutes mes histoires en bande dessinée tournent autour des mythes et de la religion, à un degré ou à un autre. Par exemple, j’ai écrit une série qui s’appelle Le Troisième Testament, donc ça parle tout le temps de religion. C’est une aventure médiévale qui tourne autour d’un texte secret, inspiré par Dieu, qui aurait été perdu. J’ai écrit une deuxième série sur cette idée, qui s’appelle Le Troisième Testament – Julius, et qui est l’histoire de la personne à qui le testament aurait été révélé. Je suis en train de terminer le scénario en ce moment, mais ce n’est pas moi qui dessine. J’ai aussi publié Siegfried, une adaptation de mythes et légendes nordiques et germaniques.

 

Alors, vous avez pris les mythes comme base d’inspiration ?

 

Siegfried, c’est la relecture d’un mythe en partant des sources mythologiques que j’ai trouvées. L’avantage, c’est que contrairement à chez Homère par exemple, il n’y a pas un texte unique, les sources et traditions sont multiples. Ça m’a permis d’aller faire une espèce de marché mythologique. J’ai gardé ce qui me correspondait, ce qui me parlait à moi.

 

Donc on peut dire que ça vous inspire carrément.

 

Oui ! Dans le Château des Étoiles, c’est moins direct. Mais à travers le personnage du roi Ludwig, par exemple, les mythes et légendes de la table ronde sont présents. Il y a aussi un propos du roi sur le rôle des mythes et légendes, même dans le monde moderne du XIXème siècle.

Comme c’est un sujet qui m’intéresse, je pense que c’est vraiment difficile, aujourd’hui, de ne pas parler de religion.

 

 

Béatrice Bottet

Béatrice Bottet était autrefois professeure de Lettres et d’Histoire. Aujourd’hui, et depuis un certain temps, elle se consacre entièrement à l’écriture. La saga du Grimoire au Rubis, Fille de la Tempête, l’Encyclopédie du Fantastique et de l’Étrange… Tous contiennent une grande part de fantastique. Elle parle de magie, de légendes, de créatures inconnues et de mythologie ; parfois avec beaucoup d’humour, souvent avec suffisamment de sérieux pour qu’on y croie.

 

Notre prochain numéro porte sur les mythes, légendes et religions. C’est un thème très présent dans vos œuvres. Est-ce que vous êtes partie en prenant les mythes pour base d’inspiration ?

 

Je m’y intéresse depuis que j’ai quinze-seize ans. J’aimais déjà beaucoup tout ce qui est étrange, bizarre et mystérieux. De là, on a vite fait de passer à toutes les mythologies. Celles de l’Antiquité comme celles qui sont moins connues, celles des pays celtes par exemple. Donc on se retrouve avec des contes, avec un imaginaire très vivant, souvent méconnu d’ailleurs, et que moi j’aime bien. Voilà, ça ce serait la réponse express. (rires)

 

Donc c’est vraiment une source d’inspiration pour vous.

 

Ça a formé mon imaginaire, je dirais. Ce n’est pas une source d’inspiration à proprement parler, sinon dans un deuxième temps. Mon imaginaire est plus aventureux que ça. Mais c’est toujours bien d’y mettre un petit poil de fantastique.

 

 

François Descraques et Slimane-Baptiste Berhoun

 

François Descraques est réalisateur, scénariste et acteur. En 2009 il réalise Le Visiteur du Futur, une websérie où un jeune adulte ordinaire se trouve harcelé par un étrange clochard venu tout droit du futur. Le succès de la série est tel qu’au terme de 4 saisons de plus en plus fouillées, François Descraques et Slimane-Baptiste Berhoun (qui joue le Docteur Castafolte) sortent le roman La Meute en guise de saison 5. Il travaille actuellement sur divers projets pour la télé (Dead Landes) ainsi que sur la chaîne Frenchball.

Slimane-Baptiste Berhoun est acteur et réalisateur. Il réalise et interprète la websérie La Théorie des Balls, qui reprend les personnages de J’ai jamais su dire non, et a écrit Les Opérateurs pour le collectif Brainsonic. Frenchballiste de compète, il multiplie les rôles dans divers projets de Frenchnerd. Il joue dans la pièce Milarepa, mise en scène par Stanislas Grassian.

 

Est-ce que vous utilisez l’actualité dans vos séries ? Faites-vous passer un message ?

 

FD : J’ai été contraint, disons, par les évènements, de changer des trucs. Quand tu écris quelque chose, tu peux penser que c’est de la science-fiction et te dire « Ah, ça arrivera jamais dans la vraie vie ». Et quand tu vois que trois semaines plus tard, un mois plus tard, ça arrive, tu te sens vraiment dépassé. La seule façon d’essayer de se reprendre en main, d’être dans le contrôle dans un moment comme ça, c’est de créer quelque chose.

Je pense que tout le monde, tous mes potes créateurs, réalisateurs, etc… On se sentait tellement dépossédés, tellement victimes, qu’il a fallu que chacun essaye de faire quelque chose. Moi, à ce moment-là, c’était de remonter la fin de Rock Macabre pour en faire un truc pas glauque, un truc sur l’espoir, un truc sur la musique qui sauve les gens et pas qui fait peur. Et c’était ma façon, on va dire un peu complètement débile et personnelle, d’essayer de reprendre en main une situation qui nous échappait.

 

S-BB : J’étais affecté par les événements mais ce n’est pas quelque chose qui va influencer mon écriture. En tant qu’évènement ponctuel, ça me touche, mais je n’ai pas besoin de le sublimer dans l’écriture. Par contre, en tant que représentation de quelque chose de plus large qui est, par exemple, le problème de la religion et de comment elle est interprétée, là je trouve que c’est quelque chose qui mérite d’être abordé. Par petites touches, je vais essayer d’en parler en toile de fond dans ce que je vais écrire, parce que j’ai l’impression qu’au niveau global, c’est… enfin, c’est un truc qui me fait chier dans le monde. C’est bien, pour nous, de se dire qu’on fait quelque chose d’utile, qu’on ne fait pas que du « lol » qui part comme ça et qu’on oublie. On divertit les gens pour, quelque part, introduire quelque chose, peut-être pas une réflexion, mais au moins un point de vue qu’on défend.

On a la chance d’avoir des jeunes qui nous regardent, quelque part ça nous donne aussi une responsabilité sur ce qu’on doit leur dire et les sujets sur lesquels on doit porter leur attention. Dire : « Peut-être qu’il faut réfléchir là-dessus aussi ».

 

 

Vincent Cuvellier

Né à Brest en 1969, Vincent Cuvellier publie son premier roman à dix-sept ans. Suivent plusieurs textes pour la jeunesse, dont Kilomètre zéro, La chauffeuse de bus, La nuit de mes neuf ans, etc. Il est l’auteur d’une cinquantaine de livres qui ont obtenu de très nombreux prix et sont traduits en quinze langues.

 

Par rapport à l’actualité, est-ce que vous essayez de transmettre un message aux enfants ?

 

Non, je ne fais pas ça, délivrer un message. Je n’écris jamais mes livres en fonction du thème, mais toujours en fonction du style. C’est d’abord la manière de raconter qui va me faire écrire, jamais je ne me dis « Oh, je vais parler de tel thème », notamment pour les thèmes graves. Par contre, mes livres peuvent parfois mentionner des événements réels, forcément. J’ai pas mal de livres autour de la Seconde Guerre Mondiale, autour de l’enfance en général. Je pars du principe qu’on peut parler de tout aux enfants, il y a juste la manière de le faire. Donc pour les évènements qui se sont passés, comme pour tous les sujets, il faut juste savoir qu’on s’adresse à des enfants. C’est tout.

 

Et ça se manifeste comment, à votre avis, cette conscience qu’on parle à des enfants ? On n’évite pas des sujets mais certaines manières d’en parler, si j’ai bien compris ?

 

Le truc, c’est que je parle simplement, avec des mots simples et sans hypocrisie. C’est-à-dire que je vais être direct, mais sans violence. Par exemple, je ne fais jamais de suspens avec la violence ou la souffrance d’un enfant. J’ai fait des bouquins sur la guerre, mais je ne vais pas monter le truc en sauce pour qu’il y ait du suspens.

 

C’est suffisamment horrible tout seul.

 

Exactement. Pour écrire ce livre, Ils ont grandi pendant la guerre, j’ai rencontré des gens âgés qui étaient enfants à cette époque. Il y en a un qui était juif et qui s’était caché pour échapper au Vel’ d’Hiv’, et à la fin de l’entretien, je lui ai dit « C’est drôle, vous racontez votre histoire d’une manière plutôt marrante, il y a des bagarres, tout ça… ». Il m’a répondu « Mais attendez, c’était déjà tellement tragique, vous ne voulez pas que j’en rajoute en plus ? ».

Inconsciemment, c’est un peu ma ligne de conduite aussi.

 

 

Victor Dixen

Victor Dixen est né d’un père danois et d’une mère française. Enfant, il échappe à la surveillance de ses parents et s’embarque dans les montagnes russes du plus vieux parc d’attractions du monde, le Tivoli de Copenhague. Sujet à d’étranges insomnies depuis cet incident, il consacre l’essentiel de ses nuits à l’écriture de ses romans Le cas Jack Spark et Animale.

 

Dans quelle mesure les mythes, légendes et religions vous inspirent de manière générale ?

 

Les mythes m’inspirent énormément, à travers leur différentes formes. Il y a les mythes, les mythologies qu’on connait, mais aussi les contes qui sont des formes dégradées des mythes. La majorité des contes qui sont venus jusqu’à nous étaient, dans l’Antiquité, des mythes ou des religions. Et puis, avec l’influence du christianisme, de la modernité, ils sont devenus des contes qu’on se raconte à la veillée, ou des comptines, mais qui conservent une charge symbolique et émotionnelle très forte.

Donc pour moi, c’est un matériau très intéressant à travailler, parce qu’on le porte tous en nous dans notre imaginaire collectif. Une réécriture de contes, c’est quelque chose que j’ai beaucoup fait, à la fois dans Jack Spark et Animale ; ça permet pour le lecteur un plaisir de la reconnaissance. On reconnaît des figures mythiques ou de contes qu’on connaît, et ça fait plaisir, comme un refrain de chanson qui revient.

 

Un écho ?

 

Un écho, exactement. Et en même temps, il y a un plaisir de la surprise. « Où est-ce que l’auteur va nous emmener ? Comment va-t-il réinventer le mythe ou le conte ? »

 

C’est super que vous en parliez parce que nous sommes auteurs amateurs, sur le site, et une question qui nous obsède, c’est celle des clichés. On a toujours très peur de tomber dans le cliché, mais là vous semblez dire que c’est une chose dans laquelle on peut se reconnaître.

 

Les clichés, il faut savoir les utiliser. Il ne faut pas se dire « Je n’aurai aucun cliché dans mon livre », parce que sinon on tombe dans un roman expérimental. Si on veut vraiment chercher de l’originalité à tout prix, on va avoir un roman que je dirais « autiste », qui ne parle qu’à l’auteur et qui n’offre aucun point d’accès pour les lecteurs extérieurs. Il faut doser le cliché parce que le cliché est utile aussi, par exemple pour démarrer une histoire. On donne des points de repère pour donner un contrepoint aux éléments d’originalité qu’a choisi l’auteur. Si tout est original, plus rien ne ressort. Si il y a des points d’originalité qui ressortent par rapport à des choses plus communes, là il va y avoir du relief, quelque chose d’intéressant.

 

Est-ce que l’actualité de notre monde trouve un écho dans vos livres ? Vous inspirez-vous aussi du monde réel ? Cherchez-vous à transmettre des messages ?

 

Ça dépend. Je pense déjà qu’on peut transmettre des messages indépendamment de l’actualité. Sur la condition humaine, sur ce que c’est de grandir ; ce sont des expériences à travers lesquelles n’importe quel être passe à un moment donné, et qui sont indépendantes de l’actualité. La littérature, ce n’est pas du journalisme, elle peut s’extraire de l’actualité pour avoir un propos sur ces grandes expériences universelles de l’être humain. Mais elle peut aussi parler de l’actualité avec une certaine perspective, elle a cette chance, par rapport au journalisme, de pouvoir prendre un pas de côté.

En ce qui me concerne ça dépend des romans, mais dans ma dernière série, Phobos, je parle vraiment de l’actualité. Je parle de la conquête de l’espace, de la conquête de Mars, qui n’a jamais été si à portée de main qu’aujourd’hui. Et je parle aussi de notre société, qui est devenue une société de l’image, pour le meilleur et pour le pire car c’est également une dictature de l’image. De la mise en scène permanente, de la télé-réalité, des réseaux sociaux… Les sphères privée et publique se confondent totalement, avec les enjeux économiques qui vont avec. J’ai donc un discours critique sur cette société de l’image à travers Phobos.

 

À ce propos, le résumé de Phobos est très axé sur l’amour, mais manifestement vous avez voulu transmettre plus que ça ?

 

L’histoire d’amour est en surface, le speed-dating est en surface. C’est ce qu’on aimerait donner à voir au spectateur et au lecteur, mais l’enjeu du roman c’est de voir ce qu’il y a derrière. C’est de voir les coulisses, de voir ceux qui tirent les ficelles et de voir le pouvoir de l’image.

 


 

Que dire de plus ? C’était un très beau Salon comme on les aime, avec son cortège d’événements plumesques. Rappelons que nous avons célébré un mariage – celui de Loup et Flammy – et une bonne quinzaine de crémations durant nos parties de Loup-Garou. Rappelons que la maman de Rimeko est venue la chercher au restaurant alors que nous étions en plein fou rire. Rappelons que PA a eu son moment de gloire lorsqu’un illustre inconnu l’a mentionné en conférence. Rappelons que les IRL, c’est que du bonheur.

 

C’est tout pour cette fois, nous espérons que vous avez apprécié !

 

EryBlack et Elka

Les Mots de l’Espoir

Cette fin d’année nous aura fait vivre des moments difficiles. Les événements dramatiques de Paris nous ont tous – à un degré ou à un autre – affectés, inquiétés, questionnés. OUI, nous vivons une époque inquiétante mais NON, nous ne sommes pas obligés de vivre pour autant dans le noir. Bien trop souvent, les médias se font l’écho de nos peurs et, pire, les entretiennent. Pour cette raison, le journal Le PAen vous avait demandé votre contribution pour récolter les mots qui donnent de l’espoir, du sens et de la force. Merci de les avoir partagés avec nous !

 

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« Le vent se lève, il faut tenter de vivre. »
Paul Valery

 

« Sam : C’est comme dans les grandes histoires, monsieur Frodon, celles qui importaient vraiment, celles où il y avait dangers et ténèbres. Parfois, on ne voulait pas connaître la fin car elle ne pouvait pas être heureuse. Comment le monde pouvait-il redevenir comme il était avec tout ce qui s’y était passé ? Mais, en fin de compte, elle ne fait que passer cette ombre, même les ténèbres doivent passer. Un jour nouveau viendra et, lorsque le soleil brillera, il n’en sera que plus éclatant. C’était ces histoires dont on se souvenait et qui signifiaient tellement même lorsqu’on était trop petit pour comprendre. Et je crois, monsieur Frodon, que je comprends. Je sais maintenant. Les personnages de ces histoires avaient trente-six occasions de se retourner mais ils ne le faisaient pas, ils continuaient leur route parce qu’ils avaient foi en quelque chose.

Frodon : En quoi avons-nous foi, Sam ?

Sam : Il y a du bon en ce monde, monsieur Frodon, et il faut se battre pour cela. »

Le Seigneur des Anneaux

 

« Tout ira bien ! »

Card Captor Sakura


« A-t-on besoin d’une raison pour aider quelqu’un ?”

Djidane, Final Fantasy IX


 » Et les rêves qui se sont envolés… Ne les oubliez jamais »

Yuna, Final Fantasy X

 

« Est-ce que tu pleures?
Si tu pleures ne sèche pas tes larmes
Car je ne sèche pas les miennes.
L’enfance est un couteau planté dans la gorge
Et tu as su le retirer.
À présent, il faut réapprendre à avaler sa salive.
C’est un geste parfois très courageux.
Avaler sa salive.
À présent, il faut reconstruire l’histoire.
L’histoire est en miettes.
Doucement
Consoler chaque morceau
Doucement
Guérir chaque souvenir
Doucement
Bercer chaque image. »

Wajdi Mouawad, dans Incendies

 

« On peut tout te prendre; tes biens, tes plus belles années, l’ensemble de tes joies, et l’ensemble de tes mérites, jusqu’à ta dernière chemise il te restera toujours tes rêves pour réinventer le monde que l’on t’a confisqué. »

Yasmina Khadra, dans L’attentat

 

« Deviens ce que tu es, fais ce que toi seul peux faire »
Nietzsche

 

« Regardez bien, regardez tous à quoi nous ressemblons lorsque la haine s’empare de nous. Moi, elle me ronge le bras, et elle finira par me dévorer vivant ! La colère et la peur décuplent la force du mal. »

« – Pourquoi es-tu venu jusqu’ici ? Dis-moi quelles sont tes intentions ?
– Porter sur le monde un regard sans haine. »

Le prince Ashitaka dans Princesse Mononoke de Hayao Miyazaki

 

« Votre cruauté engendre de la cruauté. Vous n’êtes pas supérieurs aux gens qui ont été cruels envers vous, vous êtes juste d’autres personnes cruelles. De nouvelles personnes qui vont être cruelles envers d’autres, qui vont finir par être cruelles envers vous. Le seul moyen de vivre en paix, c’est d’être prêt à pardonner. Pourquoi ne pas briser le cercle ? (…)
C’est une guerre. Ce sont toutes les guerres qui ont jamais été menées, juste là, sous votre nez. Parce que c’est toujours la même guerre ! Quand vous tirez pour la première fois, peu importe si vous vous sentez légitime, vous ne savez pas qui va mourir en face. Vous ne savez pas à qui seront les enfants qui vont crier et brûler. Combien de cœurs seront brisés. Combien de vies seront ruinées. Combien de sang se répandra jusqu’à ce que tout le monde fasse ce qu’il aurait dû faire depuis le début… S’asseoir et parler ensemble ! (…) »

Le Doctor, dans Doctor Who, saison 9 épisode 8

Mythes au Recto, légendes au Verso

Coucou les plumes,

Nous voici de retour en ce début d’année avec un nouveau numéro du PAen propre à vous faire rêver. La dernière fois, nous vous avons emmenés en voyage. Vos valises posées dans les lointaines contrées de l’imaginaire, nous vous proposons de continuer la visite touristique avec un peu de folklore local.

Par définition, le folklore, de l’anglais folk le peuple et lore la tradition, englobe l’ensemble des us et coutumes propres à chaque pays voire même chaque régions, ainsi que les mythes, contes, légendes qui s’y rapportent. Ce sont ces derniers qui nous intéresseront plus particulièrement dans cet article.

Vous êtes prêts ? Alors c’est parti.

 

1/ Recto

 

Mythes et légendes sont souvent considérés comme de parfaits synonymes alors que dans la réalité, il n’en est rien. Il existe entre ces deux termes une subtile nuance que beaucoup d’entre nous ont oublié ou n’ont jamais su. Et pour cause, à l’origine d’une légende ou d’un mythe se trouve toujours un conteur ou un groupe de conteurs qui transmettent à d’autres conteurs comme un infini jeu de téléphone arabe. A chaque version, l’histoire se transforme, s’enrichit, se modèle jusqu’à se graver dans la mémoire collective mais jamais dans le marbre, car légendes et mythes reposent à leurs débuts exclusivement sur une transmission orale ; par la suite, l’écriture a peu à peu figé ces récits épiques dans le temps.

 

  • Mythes…

Dans son sens premier, le mythe désigne un récit fabuleux destiné ou non à transmettre une morale. Il met en scène des personnages merveilleux et admet l’existence d’autres mondes. Le mythe revêt également un caractère social et religieux. Il reflète la réflexion de toute une population sur sa condition à un moment donné. Comme il n’est pas rare que les sociétés d’une même époque, bien que géographiquement éloignées, soient en proie aux mêmes doutes et questionnements, on retrouve dans des mythologies différentes un socle commun de divinités, de héros, de magie et d’autres mondes. Ainsi, le mythe gagne un caractère sacré voire quasiment religieux. Il est codifié, sacralisé et répété à l’occasion d’événements déterminants de la vie sociale, comme les fêtes, les mariages, les naissances…

S’il serait tendancieux de prétendre qu’un mythe repose sur des faits réels, il est admis par les théoriciens du mythe comme René Girard, qu’ils se basent à l’origine sur un événement marquant que s’approprie la société pour mieux le magnifier. Ainsi, la genèse d’un mythe suit un schéma déterminé. Il s’agit de transmettre un événement réel et marquant pour la communauté, souvent un meurtre ou une expulsion violente d’une personne lors d’un lynchage public. Ce déchainement de violence ayant apaisé la communauté, il a donc ramené la paix, prouvant que l’on a eu raison d’agir ainsi. La victime devient alors le « méchant de l’histoire », (le vilain loup-garou par exemple) et pour justifier son élimination, on l’affuble de tous les défauts qu’on lui reprochait, mais en leur donnant une connotation surnaturelle (la cupidité sans borne d’un individu, qui ainsi mettrait ses congénères dans une situation de pauvreté deviendrait alors un appétit insatiable, voire une faim de chair humaine.) La victime est alors assimilée à un dieu, un animal chimérique voire un ange ou un démon venu d’un monde ancien. Paradoxalement, dans ce processus de divinisation, la victime va également acquérir des qualités surnaturelles, en général celles qu’on lui attribuait de son vivant (le grippe sou du village peut également avoir été un tailleur de bois hors pair, ainsi on le verra comme le patron des menuisiers, un homme aux doigts d’or, capable pourquoi pas de donner vie au bois). Dans tous les cas, le mythe tente d’expliquer des phénomènes naturels inexplicables à l’époque comme des catastrophes naturelles en les attribuant à des individus supérieurs.

 

 

  • … et légendes

Là où le mythe tend à répondre aux grandes questions philosophiques et sociales d’une communauté, la légende se contente d’un événement ponctuel. Elle fait le récit d’un élément clef de l’histoire, comme l’attaque d’une citadelle, d’un objet comme une épée (Excalibur) ou un vase (le vase de Soisson), ou encore d’un lieu ou d’une personne. Ainsi, un mythe peut se construire à partir d’un ensemble de légendes distinctes. Les religions elles-mêmes s’appuient sur des légendes pour illustrer leurs dogmes.

Ainsi, là où le mythe se montre vague et généraliste, la légende se rapporte à quelque chose de beaucoup plus précis. Dans sa construction littéraire, la légende ressemble aux mythes puisqu’elles se transmettent préférentiellement de manière orale, jusqu’à sa reprise par les chrétiens qui en ont fait un récit écrit destiné à être lu dans les monastères et les églises pour convertir les fidèles. La précision historique n’a pas d’importance, seule la portée spirituelle de l’histoire a son importance. Elle fait appel au merveilleux et à l’inexpliqué, sans pour autant diviniser le personnage principal, l’objet ou le lieu, même si elle lui prête aisément des capacités surnaturelles.

Une légende ne cherche pas à expliquer le monde ou la Nature, elle se contente de traduire un fait réel, embelli par l’imaginaire collectif.

Vous me direz : et les épopées et les contes et les fables, alors ? quelles places ont-ils là-dedans ? Sont-ils des mythes ou des légendes ? Je vous répondrais bien ni l’un ni l’autre. Contes, épopées, fables et autres romans sont des supports littéraires servant à la transmission des mythes et légendes. L’alphabétisation massive de la population a peu à peu provoqué la disparition des conteurs et troubadours propageant les mythes et légendes de manière orale, pour les remplacer par les livres et autres productions écrites. L’épopée et la fable se présentent préférentiellement sous la forme de poèmes relatant des faits ou événements exacts, là où le conte et le roman se constitue de prose faisant appel à l’imaginaire collectif et aux superstitions locales.

Mythes et légendes ont bien failli disparaitre sous l’hégémonie rapide et empirique de la christianisation, mais leur ancrage très fort dans l’inconscient populaire leur a tout de même permis de traverser les époques et nourrir l’imaginaire de générations successives. Au fil de l’évolution et de la montée du christianisme, tous ces récits païens, quel que soit leur support, ont été jeté dans le même panier. Au lieu de disparaitre, leur sens et leur vocation se sont modifiés pour devenir des supports d’éducation. Ils donnent des leçons, ou des exemples. Ainsi, mythes, contes, légendes, épopées, fables subissent une évolution linguistique commune qui tend à leur donner une connotation synonyme, celle du récit obscur d’une sorte de croyance populaire infondée ou erronée. Mais finalement, c’est pour ça qu’on les aime. Que seraient les légendes sans leur part de mystère ?

 

Voilà c’est tout pour cet article. Il y aurait encore beaucoup à dire sur le sujet, et plus encore d’exemples à donner tant le monde est riche de ses mythes et légendes, mais pour l’heure, il est temps de laisser la parole à notre interviewée du jour, j’ai nommé Edith Kabuya autrement connue dans nos contrées PAennes comme Aaricia.

 

2/ Verso

 

Les anciens la connaissent déjà, les nouveaux vont rapidement apprendre à le faire, voici venir des contrées outre-Atlantique la seule l’unique Aaricia. Son roman, intitulé « les Maudits », est une belle illustration des mythes et légendes dont nous parlions précédemment. Pour que vous puissiez vous faire une idée, voilà le résumé :

Au Canada, une petit ville est le théâtre de meurtres sanglants. On ne parle plus que du « Tueur Fou » et tout le monde se terre chez soi. Malgré ce couvre-feu, Robin se rend à la fête organisée par Zack : il est si beau ! elle en est tellement (et secrètement) amoureuse ! Mais l’attaque d’une créature monstrueuse transforme la soirée de rêve en cauchemar.

Agonisante, Robin a une vision, celle de Vince, un ami d’enfance, la ramenant à la vie. Lorsqu’elle se réveille à l’hôpital, les médecins et la police voient en elle une miraculée. Cependant, la vérité est tout autre, Robin le sait. En la ressuscitant, Vince a fait d’elle une Maudite.

Hantée à jamais par le Monde des Morts.

 

Voyons maintenant son avis sur les mythes et légendes :

 

  • Quelle différence ferais-tu entre les mythes et les légendes ?

Pour moi, un mythe est une façon d’expliquer, sous forme de conte ou d’allégorie, les éléments de la vie ou un phénomène naturel. Les légendes peuvent dériver de ces mythes, mais à la base ce sont des événements qui sont réellement arrivés mais qui ont tellement été déformés à force d’être raconté et raconté qu’on ne sait plus ce qui est vrai ou faux.

Notez que c’est mon interprétation, faut pas prendre ça pour du cash. hahaha.

 

  • Quels sont les mythes, légendes, sources d’inspiration qui t’ont permis d’écrire les Maudits ? L’actualité influence-t-elle aussi les péripéties traversées par tes héros ?

J’ai tellement mélangé de légendes, de mythes et de coutumes sociales pour créer l’univers des Maudits que c’est un peu difficile de les décortiquer. Pour l’origine de la Malédiction, je me suis inspirée des chasses aux sorcières. Pour les symptômes de la malédiction, je me suis basée sur le mythes des vampires, des fantômes, etc. Pour créer les pouvoirs des Gitanes, j’ai beaucoup lu sur la magie, les énergies, j’ai même lu des légendes amérindiennes pour m’inspirer ! Et j’ai utilisé le modèle des communautés amish pour créer les tribus gitanes.

 

  • As-tu préféré utiliser des mythes existants quitte à te les approprier pour les assaisonner à ta sauce, ou as-tu choisis de partir sur du neuf ?

Un peu des deux. Je mélange les mythes existants pour les assaisonner à ma sauce et j’en crée des nouvelles aussi.

 

  • Selon toi, le recours à la mythologie, qu’elle soit simplement reprise de nos mythes et légendes ou créée de toutes pièces, est-il une nécessité pour rendre une histoire SFFF crédible ? Ces références sont-elles une obligation pour susciter l’intérêt du lecteur ?

Je ne pense pas que c’est obligatoire, mais je ne sais pas si c’est inévitable. Les personnages évoluent dans un univers propre, et bien entendu, cet univers a une histoire, une origine, ses mœurs et ses règles. Il me semble que tout naturellement, les légendes viennent avec. Je crois qu’elles ajoutent de la crédibilité à l’histoire ou du moins, peut aider le lecteur à comprendre les rouages de cet univers particulier.

 

  • Question bonus : Nous avouerais-tu quels sont tes projets scripturaux pour l’avenir ?

Haha ! À vous, oui : une fiction jeune adulte basée sur ma jeunesse (mais plus j’écris, moins ça ressemble), à propos d’une fille qui décide de se battre contre l’intimidation dont elle est victime. J’appelle affectueusement ce projet « mon Harry Potter » et c’est seulement en le lisant qu’on peut comprendre ce que je veux dire ;P. D’ailleurs, bien que ce soit une histoire «  réelle » sans éléments surnaturels, l’univers dans lequel évolue ma présente héroïne a ses légendes et ses mythes… donc, je crois que c’est un peu inévitable d’en avoir dans ses écrits, qu’il s’agisse de fiction ou de fantasy.

Je développe également quelques idées de scénarios. 😉

 

« (…) La Malédiction date du milieu du XVe siècle, reprend Vince dans un murmure et elle a été proférée à notre encontre par un groupe de femmes qui prétendaient pouvoir « commander les cieux et les ténèbres ». Partout où ces femmes nomades passaient, des choses étranges se produisaient : par exemple, des maux mystérieux frappaient ceux qui s’opposaient à elles, ou les récoltes pourrissaient dans les terres qui leur refusaient passage (il sort distraitement son collier de l’encolure de son t-shirt). La méfiance s’est vite répandue dans toute l’Europe et pour calmer la terreur des habitants, une poignée de familles nobles, de différentes régions, a pris les choses en main.

Je fixe les doigts de Vince alors qu’il joue fébrilement avec la tête de mort qui scille au bout de sa chaine. J’ai envie de lui dire d’arrêter, parce que ça me rend presque aussi nerveuse que son récit.

– Une chasse aux sorcières a été organisée pour éliminer ces femmes, continue-t-il. Une fois retrouvées et arrêtées, elles ont été traînées au bûcher sans aucune autre forme de procès. Avant de périr, elles ont lancé un sort à leurs tortionnaires, leur jurant qu’ils seraient condamnés à une longue vie de tourments que rien ne pourrait soulager, pas même la mort. »

Extrait du tome 1 Les Maudits (p. 140-141)

 

Voilà les Plumes, c’est terminé pour aujourd’hui. Remercions chaleureusement Edith pour ses supers réponses, et je vous invite à aller jeter un œil sur sa page facebook pour davantage d’informations sur « les Maudits » (https://www.facebook.com/Edith.Kabuya/)

 

J’espère que cet article aura éclairé votre lanterne et je vous dis à bientôt pour un nouveau numéro inédit du PAen.

 

À vous les studios !

 

Shaoran

LÉGENDE

LÉGENDE. Les légendes et les mythes jouent un rôle considérable dans l’imaginaire collectif et dans cette matière première dont nous, auteurs, nous servons pour écrire. Je ne parle pas seulement des grandes mythologies ou des figures légendaires (coucou Dracula) qui sont une mine intarissable d’inspiration pour les genres de l’imaginaire. Non, je pense aussi aux légendes contemporaines qui nourrissent les thrillers : les archives du Vatican, les expériences scientifiques top-secrètes et les innombrables théories du complot. En mélangeant un peu tout ça, on obtient le Da Vinci Code et Anges et Démons, hop, deux best-sellers, deux ! Même Internet possède ses propres légendes : les tristement fameux hoax ou canulars. Bref, comme vous le voyez, le thème de ce PAen peut englober beaucoup de choses et comme dirait Scar, dans le Roi Lion : vous êtes TOUTES impliquées dans l’affaire !

Toute l’équipe se joint à moi pour remercier François Descraques, Slimane-Baptiste Berhoun, Vincent Cuvellier, Victor Dixen, Tristan Koëgel, Flore Vesco, Alex Alice, Béatrice Bottet, Vincent Villeminot et Edith Kabuya pour avoir très gentiment répondu à nos questions.

Merci également à Léthé et Louloup qui mettent nos vie en couleurs (rouge sang, parfois).

Cristal, rédactrice en chef

 

Au sommaire de ce numéro :

Annonce spéciale – Un choix cornépaen

Recto-Verso – Mythes au Recto, légendes au Verso

Plume et Astuce – La mythopoeïa

IRL – Spécial Salon de Montreuil

Galerie des plumes – Nos légendes urbaines

Perles et Citations – Les mots de l’espoir

 

PS – Suite au sondage que nous avons mis en place sur le forum, nous ne produirons plus de version PDF pour le PAen. Cela représentait une charge de travail supplémentaire pour un service finalement peu exploité. Nous vous remercions de votre compréhension.

Nos légendes urbaines

Plume d’Argent, comme tout lieu fréquenté qui se respecte, possède son lot de légendes urbaines. Ah, évidemment, si vous vous en tenez aux endroits bien comme il faut, aux topics respectables, aux membres honorables, vous avez peu de chance d’en faire les frais. Mais si vous vous aventurez dans les zones sombres et obscures (le t’chat, au hasard), vous découvrirez une facette toute différente de la réalité. Un non-lieu où les fantasmes les plus débridés, les instincts les plus bas se déchaînent sur les auteurs de PA et leurs personnages. En dignes journalistes, nous avons mené sur place un travail d’investigation et relevé des preuves accablantes.

Attention, ces images peuvent heurter les âmes sensibles.

 

 

thorn_caleçon
Thorn… vu par des plumes qui ont bu trop de saké (par Gueule de Loup ♥)

 

Dessin 1 de Léthé
Les plumes aiment les roux… nus de préférence (par Léthé ♥)

 

Dessin 2 de Léthé
Mister D torturé à quasi mot (par Léthé ♥)

 

Dessin 3 de Léthé
Le fruit d’un délire qui a mal tourné (Par Léthé ♥)

 

Un choix cornépaen

Cela n’a pas été une décision facile à prendre, mais nous n’avons finalement pas de Plumes à Lire à vous proposer en vue du ruban bleu de mars. Pourtant, le thème de ce journal s’y prêtait, croyez-moi, et ce n’étaient pas les idées qui manquaient ! La faute en revient à un calendrier d’animations paennes plein à craquer pour ce début d’année 2016. Avec tout ce qu’on vous concocte dans le QG de Plume d’Argent – entre deux beuveries – vous allez avoir beaucoup à faire ! Lire et élire trois romans aurait été juste trop.

Est-ce que ça signifie qu’il n’y aura pas de rubans bleus cette année ? Que nenni ! Nous avons conclu un pacte avec le diable Danette et nous fusionnerons les Plumes à Lire avec une autre activité-top-secrète.

Comptez sur nous pour vous tenir au jus !

L’équipe du PAen

 

La mythopoeïa

Je me suis franchement demandé par quel bout j’allais aborder un Plume et Astuce en rapport avec le thème de ce PAen. La légende, le mythe, ce sont des sujets passionnants, mais comment concilier ça avec un conseil d’écriture ? Je me suis donc un peu documentée (youhou, mon ami Wiki) sur la question afin de trouver un angle d’attaque et j’ai senti que je tenais quelque chose en lisant ces lignes :

« Dans le domaine culturel, (…) on en est venu à parler de mythologies pour désigner des univers de fiction particulièrement riches et développés qui prennent les mythologies pour modèle et ambitionnent d’en créer artificiellement de nouvelles. » (Source : https://fr.wikipedia.org/wiki/Mythologie)

De fil en aiguille et de liens en liens, j’en suis venue à découvrir l’existence de la mythopoeïa. Non, ce n’est pas une maladie, c’est un mot inventé par Tolkien. Il signifie littéralement « fabrication de fables » et désigne la volonté chez un auteur de créer une mythologie personnelle dans son œuvre littéraire. Ça m’a complètement parlé et je me suis dit que je tenais mon sujet !

 

Nous sommes tous des démiurges en puissance

Vous avez créé un monde imaginaire tout beau tout neuf pour votre histoire ? Vous avez passé des heures à gribouiller des cartes, dresser des arbres généalogiques, dessiner un bestiaire, inventer des néologismes ? Vous avez poussé le souci du détail jusqu’à connaître la cosmogonie de votre univers, ses légendes, sa genèse et son apocalypse ? Félicitations, vous êtes un démiurge.

À présent, je m’adresse aux autres. À ceux parmi vous qui pensent être incapables de créer un univers original. À ceux qui ont l’impression de ne pouvoir créer, au mieux, que de pâles dérivés des Terres du Milieu de Tolkien, de l’École de sorcellerie de Poudlard, de la Fantasy urbaine de Twilight ou des dystopies à la Hunger Games.

Vous aussi, vous êtes des démiurges. Si, si. Chaque décalage, chaque modification que présente votre œuvre avec celle qui vous sert de modèle est l’étincelle de votre mythologie personnelle, celle qui ne demande qu’à jaillir.

On pourrait croire, à me lire, que la mythopoeïa est l’affaire des auteurs de Fantasy. Je vous assure qu’’il n’en est rien : c’est une notion beaucoup plus extensible que ça. Votre roman peut, par exemple, se dérouler à Paris : pas le véritable Paris, mais votre vision personnelle, fantasmée ou diabolisée de Paris. Vous vous êtes approprié un lieu existant et vous l’avez métamorphosé en un lieu imaginaire. Ce lieu sera régi par une symbolique qui vous est propre, des lois qui ne seront peut-être pas celles de la nature, des règles qui appartiendront à une société différente.

Nous sommes tous des démiurges en puissance.

 

Comment inventer SA mythologie personnelle ?

Ma conviction personnelle est que ça ne s’invente pas, justement. Du moins pas au sens où vous l’entendez peut-être. Votre mythologie personnelle vous habite depuis longtemps. Elle s’est créée toute seule, à votre insu, depuis que vous avez l’âge de percevoir des sensations et de ressentir des émotions. Vous avez fait des rencontres déterminantes, expérimenté des choses profondément intimes, pénétré dans le monde de dizaines, de centaines, de milliers de livres/films/peintures/musiques qui, toutes, à un degré ou à un autre, sont devenues une partie de votre petit théâtre intérieur. Vous avez développé aussi votre propre symbolique : les objets, les lieux, les sons, les odeurs, les couleurs ont pour chacun d’entre nous une signification unique qui puise sa source dans vos peurs et dans vos désirs. Et chaque nouvelle expérience continue d’alimenter votre mythologie personnelle.

Mais attention, il y a parfois un écart entre ce qu’on croit nous être personnel et ce qui l’est réellement. Je m’explique.

Mode confidence ON // Je me rappelle que pendant mon adolescence, je voulais essayer de représenter mon « mon petit jardin secret » sur un carnet à dessin. J’ai fourré dedans des centaures, des licornes (si, si), des fées, des anges, des géants, des pirates, un temple grec et une pyramide égyptienne. Je me revois en train de me forcer à me convaincre que c’était ça, mon petit monde à moi. Sauf que c’était faux. J’ai juste compilé des symboles que je trouvais classes, mais sur le plan personnel, profondément personnel, ils ne représentaient rien de réellement spécial pour moi. Si j’avais été sincère envers moi-même, plus lucide disons, j’aurais su que ma véritable mythologie personnelle était complètement différente. // Mode confidence OFF

 

Mythopoeïa ou l’art du mélange

J’ai beaucoup insisté sur la dimension personnelle de la mythopoeïa, mais ça ne veut pas dire qu’on doit – ou qu’on peut – créer de toutes pièces un monde absolument inédit. Notre imaginaire personnel puise sa source dans l’imaginaire collectif. Il est difficile, sinon impossible d’y réchapper. Reprenons Tolkien, par exemple : son œuvre se nourrit des contes et de la mythologie germanique, et elle est à son tour devenue la matière première de toute une branche de la culture Fantasy.

Notre mythologie personnelle plonge ses racines, consciemment ou inconsciemment, dans d’autres mythologies. Peut-être que pour vous, les centaures, les licornes, les fées, les anges ou les vampires font partie intégrante de votre symbolique intime. Si réellement ça signifie pour vous, vous n’allez pas vous empêcher de les exploiter, sous prétexte que ça fait cliché.

Là où vous allez commencer à développer votre mythologie personnelle, c’est dans votre façon d’assembler ces symboles, ces figures et ces représentations. Un individu n’est pas la réplique exacte de l’un de ses parents, n’est-ce pas ? Il est à la fois un mélange des deux et une transcendance de ce mélange. Il en va de même pour notre mythologie personnelle. Vous pouvez vous émanciper du recopiage d’un univers qui vous a marqué et mélanger plusieurs univers qui n’auraient jamais pu être amenés à se rencontrer ailleurs que chez vous, sous votre plume, dans votre monde. De cette fusion, et de tous les contrastes qui peuvent en découler, naîtra un tout nouvel univers, unique en son genre : le vôtre.

Chaque individu est unique, n’est-ce pas ? Votre mythologie l’est aussi.

 

Cristal