Les dessins de Léthé #3

Oucouc les Plumes ! C’était cool les vacances ? Vous regrettez les moments de glande devant Netflix ? Préparez-vous à une incroyable rentrée à base de visite à Plumlard, de points en moins, de  tristesse, d’ados mexicains (eh oui, on en a pour tous les goûts ici VOILÀ), de capslock, de slips touffus pour résister au froid de l’hiver… DU BONHEUR QUOI.


Jeu Concours #3

Aaaah, Harry Potter. Nous avons tous attendu la lettre d’admission à Poudlard avant de comprendre que… en fait non (TRISTESSE). Mais cette année, la grande école Plumlard a ouvert ses portes !

Le jeu débute ce lundi 19 septembre à 23h59 pour le plus grand plaisir des élèves, des directrices et de Dumbledouille. La plateforme sera en ligne à un moment de la journée totalement impromptu (de rien).
Tous les participants (même les perdants) se verront remettre le calendrier au format PDF (pour pouvoir l’imprimer chez vous en toute tranquillité).

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L’illustration du mois

« Secrets of the Universe »

Une illustration garantie 100% pur désert du Mexique, fanart du livre Aristote et Dante découvrent les Secrets de l’Univers. IL FAUT LE LIRE.

Synopsis : Ari, quinze ans, est un adolescent en colère, silencieux, dont le frère est en prison. Dante, lui, est un garçon expansif, drôle, sûr de lui. Ils n’ont a priori rien en commun. Pourtant ils nouent une profonde amitié, une de ces relations qui changent la vie à jamais…
C’est donc l’un avec l’autre, et l’un pour l’autre, que les deux garçons vont partir en quête de leur identité et découvrir les secrets de l’univers.

Et, comme d’habitude, la petite musique d’ambiance : j’ai réalisé cette illustration sur fond de la musique Venus, de Fakear, un musicien français (on est si doués en musique) que j’aime d’amour. 


Livestream

L’épisode du slip fourrure 2.0

Pour ce « Livestream », voici une session un peu spéciale puisque l’originale datait d’avril 2016 (si loooiiiin) : il s’agit bien sûr de l’Université, d’EryBlack. Et pour ce thème de l’apprentissage, je me suis dit qu’il serait drôle de les redessiner aujourd’hui, dans un style différent, pour voir s’il y avait une évolution. Il s’avère que les styles sont si différents qu’on ne peut sans doute pas le voir, mais je vous le dis : j’ai énormément progressé depuis que je suis arrivée sur PA. Et ça, je le dois à chaque Plume et à chacune de vos histoires qui m’inspirent chaque jour !

N’oubliez pas d’aller faire un tour sur l’Université via Fictions Plume d’Argent !

Ancienne version (avril 2016) :

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Nouvelle version (août 2016) :

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Le Choix

— Désirée et Alain Frappier (éd. La Ville Brûle)

Synopsis : Pourquoi ces voyages en train qui l’emmènent toujours ailleurs, avec pour seule compagnie une valise et une carte famille nombreuse ? Pourquoi ce sentiment de n’être jamais à sa place ? Pourquoi ce slogan réclamant le droit à l’avortement semble-t-il lui être adressé ? Pourquoi ce prénom si peu approprié ? Les réponses à ces questions se trouvent au fond d’un carton oublié dans le grenier de la maison familiale.

“La loi Veil entre en vigueur le 17 janvier 1975, mais Mathilde a raison de s’inquiéter. Le combat n’est pas fini.”

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Le Choix est sorti à l’occasion des 40 ans de la loi Veil. La première partie du roman commence dans les années 1970 où on découvre à travers les yeux perdus de l’adolescente le début de la lutte pour le droit à l’avortement.

Ce roman graphique est un moyen d’apprendre et de s’informer efficacement sur ce combat mené de front par de nombreuses femmes, mais aussi de comprendre le parcours de celles qui ont choisi d’avorter et de celles qui n’ont pas pu choisir. Les illustrations d’Alain rendent le livre bouleversant, et tout s’appuie sur des faits documentés ainsi que sur l’expérience personnelle de Désirée.

L’avortement est un acte qui ne devrait pas être aussi tabou qu’il l’est aujourd’hui. Dans notre société, il est très difficile d’assumer son non-désir d’enfant. On nous bassine depuis des générations sur le fait que devenir mère, c’est un peu le Graal de la femme.
Plumettes, n’oubliez jamais que vous êtes les seules à pouvoir décider de ce qui est bon pour vous, et c’est pourquoi ces droits sont une priorité pour chacune d’entre nous. Ce choix dont nous parle Désirée, c’est celui que certaines femmes n’ont jamais eu, et que d’autres n’auront jamais.

Je vais conclure cet article en précisant que, si besoin est, je suis naturellement ouverte à la discussion sur le sujet. Si vous souhaitez parler d’IVG, de contraception, de féminisme ou encore de mon expérience personnelle (eh oui, eh oui), je vous invite à laisser un commentaire dans le topic du PAen ou, si vous préférez, à me contacter par MP.


Chantilly sur vos keurs

Un merci à tous ceux ayant participé : Shaoran pour m’avoir aidée à trouver l’idée de la Coupe, Cristal, Danah et Seja pour m’avoir permis de la concrétiser, Sejounette & Flamby pour leur soutien de toujours & Erybou pour son enthousiasme débordant !

Et merci à vous, Plumeaux et Plumettes, pour votre présence lors des streams et vos remarques/mots d’amour/conseils ♥︎

Léthétine

Rencontre avec Vincent Villeminot

Grâce à un petit concours organisé par les éditions Fleurus, j’ai eu la chance de pouvoir participer à une rencontre avec Vincent Villeminot. En cette occasion, j’ai reçu les épreuves d’un de ses derniers romans : Les Pluies.

Arrivée bonne dernière (naturellement), je me suis retrouvée à la droite de l’auteur, découvrant la bouille d’une dizaine de blogueuses, chevronnées ou toutes nouvelles. Parmi elles je me souviens de blogs comme « Temps de mots » ou « Les lectures de Mylène »…

Tout y était : une ambiance de plus en plus détendue (à en oublier les portables et magnétophones dégainés), mon admiration sans bornes pour celles qui retranscrivaient l’essentiel à l’écrit (une telle capacité à écouter, profiter et condenser me laisse coite !), de quoi boire et manger (muffin aux noix de pécans absolument… comment ça « on s’en fiche » ?), et une conversation passionnante !

Les deux heures ont filé telle la bise et si je ne peux tout vous redire tel quel, je peux vous en faire un résumé pour que vous partagiez ma belle expérience ! (mais n’ayez crainte, votre envoyée spéciale PA a réussi à… oui, bon, à mentionner PA naturellement, mais aussi à poser la question spéciale Paen !)

La première question a orienté stratégiquement la conversation sur la présentation de l’auteur. Comment en est-il venu à écrire ?

Aujourd’hui, Vincent Villeminot est connu pour de multiples romans piochant dans plusieurs genres de la littérature (qu’il décrit lui-même comme de plus en plus nombreux et spécifiques). Instinct est une trilogie fantastique, Réseau(x) un thriller, U4. Stéphane le quart d’une histoire d’anticipation écrite à quatre mains… Cette année, il sort quatre romans, du policier au roman d’aventure.

Dans le Copain de la fille du tueur, il nous a expliqué vouloir écrire une histoire d’amour, en réaction à toutes celles qui sortent actuellement. Ne partageant pas les idées de l’amour véhiculées par la littérature New Adult (il nous a cité en exemple le très controversé Fifty Shades), il a voulu écrire la sienne.

« Les pluies, c’est un roman particulier parce que je l’ai fait avec S.,qui est citée dans tous mes remerciements de roman. On s’est rencontrés y’a 13 ans quand je commençais chez Fleurus. On est devenus amis. C’est la personne qui m’a fait l’amitié de lire tous mes manuscrits, y compris quand ils étaient pour d’autres éditeurs. Elle me dit en cours d’écriture « là, tu te perds ». C’est une amie, je sais très exactement la façon dont elle lit mes textes, ce qu’elle y aime et n’y aime pas. Parfois je mets des choses qu’elle aime pas et je sais qu’elle me le dira. Mais c’est différent de « ah ça c’est pas bon ».

Quand on s’est dit « allez, on va se faire un roman ensemble » ça a donné les Pluies.

L’idée du déluge vient du prénom de son deuxième enfant, Noah.

Il faut toujours une idée de départ pour un roman. Je voulais essayer d’écrire un classique de la littérature jeunesse : un roman comme j’en lisais quand j’étais gamin avec des aventures, des pirates et des abordages. Mais comme le raconter à des lecteurs qui ne vivent pas dans ce monde-là et n’en rêvent peut-être plus ? »

Mais avant tout ça, Vincent Villeminot n’avait jamais songé à écrire. Il voulait être journaliste : « Dans le métier de journaliste, tu passes 3 semaines en reportage et trente heures à écrire ton reportage, donc l’essentiel c’est le terrain, pas l’écriture.

En plus je ne voulais pas travailler dans un bureau. Ca, je le savais depuis l’enfance : je ne voulais pas être tenu à des horaires, être enfermé dans une pièce, et je voulais pas de cravate. »

C’est suite à des cours d’écriture donnés en école de journalisme qu’il s’est peu à peu essayé à l’écriture. Il a pris goût aux petits exercices sur la fiction qu’on leur donnait. Durant ses années de journalisme, il a donc écrit deux ou trois romans destinés à la grande littérature générale. Aucun éditeur n’en a voulu et, en riant, il s’en est avoué soulagé.

« Et puis un jour, j’ai considéré que je ne pouvais plus faire mon métier de journaliste comme je l’entendais, alors j’ai cherché un autre métier. Je ne savais pas du tout ce que j’allais faire. Et, en attendant, pour gagner ma vie, je faisais ce qu’on appelle des « bouquins de journaliste ».

Un jour, dans les locaux de Fleurus – pour lesquels j’étais en train d’écrire des livres de voyage – une éditrice m’a dit « écoute, on cherche des gens pour écrire un album pour des enfants de 6 ans ». Mon fils avait 6 ans, ils le savaient, donc j’ai écrit ce premier album-là.

Ça s’est bien passé. On m’en a demandé un autre, un troisième, un quatrième… On s’est mis à écrire des histoires un peu déconnantes avec une copine aussi éditrice chez Fleurus… Et voilà comment je me suis retrouvé en littérature jeunesse. Un peu par hasard et sans l’avoir prévu, mais en me disant « Si ça doit devenir mon métier, faut que je l’apprenne ».

Pendant 5 ans, j’ai fait énormément de livres (des contes aux encyclopédies) et un jour une éditrice est venue me demander d’écrire un roman. Je l’avais croisé chez Fleurus, elle travaillait chez Plon, et elle me demandait d’écrire un roman parce qu’elle aimait bien ce que je faisais.

Ensuite, une autre éditrice, chez Nathan m’a demandé aussi… Et voilà. Je me suis retrouvé auteur jeunesse sans du tout l’avoir prévu. Autant mes manuscrits ont toujours été refusés en littérature adulte, autant je n’ai jamais eu à chercher d’éditeurs en littérature jeunesse parce qu’ils sont toujours venus me chercher.

Aujourd’hui des éditeurs adultes me font des propositions, mais je suis mieux en jeunesse. »

Quelqu’un a alors lancé que ce devait être bien différent d’écrire pour la jeunesse, ce à quoi il a fortement acquiescé :

« Oui. Y’a une différence fondamentale dans la façon d’aborder les sujets. En jeunesse, tu les abordes comme une première fois. Une histoire d’amour, pour ton héros, c’est probablement la première. Une épreuve, une aventure… C’est une initiation. Donc ça, ça change du point de vue du héros, mais aussi du lecteur ; parce que je m’adresse à des lecteurs qui, pour certains, ont 12-13 ans, pour d’autres 25 ans, donc il faut que je leur parle à tous et ce n’est pas les mêmes préoccupations. Et moi, en tant qu’auteur, je dois m’oublier.

Je suis convaincu d’un truc : c’est que mes lecteurs n’en ont rien à faire des états d’âme d’un type de 44 ans. Si je commence à les raconter je vais perdre mes lecteurs, les ennuyer. Quand j’écrivais en littérature générale (mes romans non publiés, Dieu merci), j’étais très attentif à moi-même. Écrire pour la jeunesse m’a fait faire un pas de côté, j’ai commencé à être attentif à mes personnages et à ce qu’ils éprouvent, à ma fiction et non plus à moi-même.

C’est pour ça que j’écris pour la jeunesse et non pas en jeunesse. J’écris pour d’autres que moi. Des livres que je ne lirais peut-être pas aujourd’hui. C’est ce chemin vers l’autre qui fait que j’écris mieux, je crois. »

Un petit silence méditatif a suivi. Je dis méditatif mais je crois qu’il y avait aussi une note de gêne du genre « Bon… à qui le tour ? Qui ose ? ». Donc oui, plumettes et plumeaux, j’ai osé. J’ai ravalé mon « Claquette, journaliste pour le PAen » qui n’aurait fait rire que moi et ai jeté :

« Pensez-vous qu’on peut apprendre à écrire ? »

« Non seulement on peut, mais il faut. Très clairement, mes livres sont meilleurs aujourd’hui qu’il y a dix ans. Je pense que si c’était pas le cas faudrait que j’arrête ce boulot très vite ! L’écriture y’a pas d’école pour, y’a pas de cours. Il commence à y avoir des universités qui créent des départements de creative writing – ça existe pas mal aux États-Unis – mais en réalité c’est plus des cours pour apprendre à structurer une histoire et développer des personnages ; qui marchent donc aussi bien pour le scénario de série télé que pour le roman.

Mais apprendre à écrire ça se fait en faisant des livres. Tes premiers livres, heureusement que y’a les éditeurs pour te dire « voilà où sont les faiblesses ». Tu te fais accompagner de lecteurs fidèles, tu te fais accompagner par tes éditeurs… Et petit à petit tu apprends ce qui est un métier.

Parce que je défends l’idée que romancier, c’est un métier. C’est un artisanat, y’a des tours de main, il peut y avoir du génie (parce que y’a des artisans de génies) mais il y a d’abord des techniques et beaucoup de travail. Je fais ce boulot à temps plein Dès lors que j’ai compris que j’allais être auteur jeunesse, j’ai fait le choix, difficile financièrement dans un premier temps, de ne faire que ça. Parce que je me suis dit « Si c’est un métier, je vais le traiter comme tel. »

C’est-à-dire m’y consacrer.

Je pense que c’est super important. Après y’en a qui font ce métier d’écrire à côté d’un autre métier, pour des raisons d’équilibre familial, financier… C’est pas un mauvais choix, c’est juste qu’on peut pas raconter les mêmes histoires. On les raconte pas de la même façon en tout cas.

Pour écrire les Pluies, je vais y passer 3 mois à temps pleins. Un auteur avec un métier à côté peut y passer 2 ans ou 3 ans. Donc entre le début et la fin, il va changer, évoluer… Donc, il ne pourra pas être dans le même concentré que moi. Il va raconter l’histoire différemment, ça va se sentir à la narration. Ce ne sera pas meilleur ou moins bon, ce sera autre chose.

Quand j’ai écrit Réseau(x), j’y ai passé 18 mois à temps plein. Pour un auteur qui ferait un métier à côté, il aurait clairement fallu 10 ans, et il serait devenu fou. Moi déjà, en 18 mois, j’étais limite…

Tous les matins, je me mets au boulot à 9 heures. Je suis calé sur les horaires scolaire de ma petite dernière donc y’a la pause déjeuner, mais le soir je me remets au boulot de 20 à 23 heures tous les jours. Sans weekend, sans rien. Là ça faisait trois ans que j’avais pas pris de vacances. Donc c’est vraiment mon taf. »

Nous avons ensuite abordé plusieurs sujets. La traditionnelle question du « écrivez-vous avec un plan ? » est sortie, « connaissez-vous déjà la fin des Pluies ?» aussi.

Il a aussi évoqué ses rencontres dans les écoles, du collège au BTS informatique. Pour ces derniers, il devait initialement évoquer Réseau(x), dont le sujet rejoignait leurs cours. C’était le 30 novembre, peu de temps après les attentats ; au bout d’une heure de questions sur l’histoire-même, à la toute fin, un élève lui a demandé « vous en pensez quoi de ce qui se passe en ce moment ? ». Il a demandé aux professeurs s’il pouvait répondre franchement, et leur conversation a duré une heure supplémentaire. Quand Vincent Villeminot est revenu les voir, quelques mois plus tard, c’était pour leur lire le début d’un de ses nouveaux livres, dont l’idée avait jailli suite à cette rencontre.

Il a précisé que chaque rencontre ne menait pas à des illuminations, mais que ça en faisait des moments forts. Comme intervenir dans un collège et repérer, tout au fond, les deux filles très silencieuses qui finissent par poser une question monstrueusement technique sur l’écriture-même, « trahissant » leur hobby caché. S’ensuit un sourire de connivence et l’assurance qu’avec elles, la discussion se prolongera un peu à la fin de la rencontre.

Les salons, pour lui, sont des moments forts. Il est toujours touché de tomber sur le ou la lectrice qui réussira à cracher un « J’ai beaucoup aimé votre livre » avec dans les yeux tout le discours qui ne réussit pas à sortir.

Difficile de ne pas s’y reconnaître… Nous avons toutes sourit timidement avant de rigoler.

A la fin, un exemplaire tout beau (avec couverture et résumé différent) des Pluies nous a été offert. Le moment s’est prolongé avec un peu de dédicaces et de discussions plus relâchées. La blogueuse chevronnée a brandi une dizaine de marque-pages faits maison à faire signer pour organiser un concours (certaines personnes pensent vraiment à tout !). Vincent Villeminot, en m’entendant parler de Cristal, m’a mentionné « Il paraît que c’est vraiment très beau ce qu’elle écrit ! » et, repérant la responsable éditoriale disponible, je me suis permise de lui demander :

« Est-ce que les éditeurs regardent les sites de publications en ligne, maintenant ? »

Elle a souri avec amusement :

« Oui. Je peux vous dire qu’on regarde. Au moins pour savoir ce qui se fait, chercher les tendances, ce qui se fait le plus. »

Plumes, we are being watched !

C’aura été une rencontre passionnante à tous points de vue ! Dans un spectre large en ce qui concerne l’écriture et ces anecdotes de rencontres vraiment touchantes ; de façon plus restreinte, il était très intéressant d’avoir la vision de l’auteur sur ce roman que nous avions lu. Je pourrais vous en parler encore un moment, sur la conception de la couverture ou sur ses réponses à mes remarques sur son personnage principal… mais ceci est une autre histoire, que nous raconterons une autre fois.

Pour moi, cette rencontre était un apprentissage en soi. J’ai appris comment cet auteur avait conçu ce roman ; j’ai appris pourquoi il avait mis des pirates, pourquoi ces noms, ce déluge, cet intermède, pourquoi cette absence de sons et d’odeurs au tout début… Pourquoi il a fait ces choix et, une chose est sûre, on devrait toujours pouvoir parler de tout ça avec les auteurs ! Cela donne des rencontres et des témoignages précieux.

« Les Pluies » de Vincent Villeminot

 

Lou aime Kosh et Kosh aime Lou. Cela est une certitude. Leurs frères ne se supportent pas, ça aussi c’est une certitude ; comme le fait qu’il pleut sans interruption depuis huit mois. Eux qui, jusque là, n’étaient pas encore concernés par les refuges et les inondations, doivent soudainement fuir face à la brusque montée des eaux.

 

 

Discuter de son livre avec un auteur change forcément votre vision dudit livre. Ce commentaire aurait été légèrement différent si elle n’avait pas eu lieu (attention, rien de radical, mais tout de même ; je ne mentionnerai pas un ou deux points qui me manquaient à lecture, c’est tout).

Du coup, est-ce que j’ai aimé les Pluies ? Oui, j’ai aimé les Pluies !

Ce matin-là, en se levant, Kosh Kamiesh regarda par sa fenêtre et songea comme chaque jour aux yeux de Lou. […] Kosh n’avait jamais vu leur couleur dans le soleil.

J’ai aimé parce qu’après un moment il casse les codes qu’on croyait avoir trouvés. Ce n’est pas une romance entre deux lycéens qui se le sont avoués – Kosh et Lou sont étonnamment jeunes en vérité – ce n’est pas juste une romance en fait. Si cet amour très fort, un peu incroyable (mais très joliment décrit) porte le personnage de Kosh, il ne supporte pas l’histoire.

Les piliers du roman sont les relations fraternelles – de sang ou de cœur, l’amour – au sens très large histoire de tout brasser, et le voyage. J’ai dû admettre que nos héros bougeaient beaucoup et que ça faisait partie du livre.

Amour et mouvement, donc, draguent l’histoire de son point A à son point B.

Demain probablement, on débarquerait à VillerDams, ce serait de nouveau le règne du chacun pour soit, mais en attendant…

Le changement de point de vue est vraiment agréable (d’autant plus agréable que je sais éventuellement comment ça se bouclera au tome 2) et pose tous les personnages à égalité. Une belle surprise, ça aussi !

Il ne me reste qu’une déception, en réalité. C’est qu’un événement important se produise pendant l’intermède (cet intermède ayant une forme particulière, il marque un rythme différent). C’était très bien écrit, il n’y a pas tergiverser, très touchant aussi à certains moments, mais ce point là… j’ai eu l’impression qu’on le mettait au même niveau que tout alors qu’à mes yeux c’était surprenant que ça arrive et fondamental pour la suite.

Bon, honnêtement, c’était un petit point noir dans un déluge de plaisir (mais quelle poète !).

Les Pluies est un beau roman d’apprentissage. Apprendre à aimer, à protéger, à se responsabiliser, à grandir, à accepter ses mauvaises décisions… Un sacré roman d’aventure, aussi.

J’ai bien hâte de pouvoir poser mes yeux sur le tome 2, il ne me reste qu’à faire des suppositions dans mon coin en attendant !

Ils flottaient au-dessus de la vie d’avant. L’eau était claire, tiède comme celle d’un lagon.

Second Voyage : le Monomythe de Campbell, Narnia de C.S. Lewis et A la Croisée des Mondes de Philip Pullman

hello-thereBienvenue à bord de l’Hermine jeune héros ! Larguons les amarres et entamons notre second voyage. Cédons à l’appel de l’aventure, traversons ensemble de nombreuses épreuves et apprenons à nous connaître nous-même. Ce sera… notre voyage initiatique !

campbellPour mener à bien cette aventure, je vais devoir me munir de ma pelle et de mes plus beaux habits de profanateur de tombe… pour aller déterrer un super spécimen, j’ai nommé Joseph Campbell ! Professeur, écrivain, anthropologue, mythologue (pas mythomane, attention) et fin orateur, ce fringant américain avait tout pour lui. Nous le déterrons aujourd’hui afin d’entendre son concept du Monomythe, qui établit un schéma narratif archétypique du voyage du héros. Schéma que l’on retrouverait dans les mythes d’antan comme l’Iliade mais aussi dans les épopées modernes telles que Stars Wars, Harry Potter et bien plus encore ! Nous allons voir ensemble quelles sont les grandes étapes de ce voyage, mais laissez-moi d’abord vous parler de notre seconde destination.

danse-harry-danseCar c’est dans une armoire magique que nous ferons ensuite escale, ni plus ni moins ! Ce portail pittoresque nous offre deux voies : celle des contrées verdoyantes de Narnia de C.S Lewis, ou bien le chemin vers la Croisée des Mondes, de Philip Pullman. Si la première destination vous parait sans doute évidente, il se peut que vous soyez quelque peu surpris par la seconde. Rappelez-vous, l’une des première scènes de la trilogie de Pullman voit son héroïne se cacher dans une armoire ! Il se murmure en effet que le roman de Philip Pullman serait l’antithèse de celui de C.S Lewis… la vision de ces deux auteurs serait opposée sur bien des points, notamment sur la finalité du voyage de leurs héros !

C’est parti !

I: Le Monomythe, « Le Héros aux Mille et Un Visages » ou les 3 étapes du Voyage du Héros.

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Schéma trouvé sur http://4heros.fr/tag/campbell/

Comme je le disais plus haut, le concept du Monomythe a été développé par Joseph Campbell vers la fin des années 1940, au gré de ses livres et conférences. Mais c’est dans son ouvrage « Le Héros aux mille et un Visages » que Campbell campe véritablement les fondations de son monomythe : les 3 étapes du voyage du héros, qui jalonneraient tous les mythes créés par l’homme. George Lucas (Star Wars, juste au cas où) a d’ailleurs avoué s’être aidé du concept du monomythe pour écrire ses films.

Petite note : le « découpage » de ces étapes est en fait assez capricieux, tant et si bien qu’il diffère d’un site à un autre. Wikipédia recense par exemple 5 grandes étapes, tandis que certains schémas en montrent plus de 8. Mais le fond reste évidement le même et c’est ce qui prime, j’ai donc fait un condensé de ce qui me parait être le plus important !

giphy

hp-griffonPremière étape : la séparation.

Tout commence par le monde ordinaire, morne prison de notre héros en devenir. Alors que celui-ci s’ennuie à mourir, tel Harry Potter se morfondant dans son placard, le protagoniste reçoit soudainement un appel à l’aventure ! D’abord réticent, le héros bénéficie d’une aide surnaturelle qui lui fait fraichir le seuil. Cette aide prend généralement la forme d’un mentor, figure que l’on retrouve un peu partout : d’Albus Dumbledore pour Harry Potter à Morpheus dans la trilogie Matrix, en passant par Gandalf, Yoda, Obi-Wan, Aslan…

parti-hardSeconde étape : l’initiation.

L’initiation consiste en une série d’épreuves ou bien un entraînement. Durant son périple, le héros rencontre ses alliés et souvent l’amour, mais surtout son terrifiant ennemi ! Le protagoniste principal se retrouve d’ailleurs en mauvaise posture face à lui, avant de triompher brillamment.

snape-approvesTroisième étape : le retour.

Après une dernière tentative des forces du mal de prendre le dessus sur le bien, le héros est sauvé par ses amis. Le héros est alors triomphant et obtient de grands pouvoirs, un trésor et / ou une meilleure connaissance de lui-même ! Il a sauvé le monde et / ou revient à la normalité.

Campbell pose donc à la fois les bases d’un schéma narratif et d’un panthéon de protagonistes archétypaux. Mais est-ce là pour autant une recette magique qu’il faudrait suivre à la lettre pour écrire un bon roman ? A mon humble avis, non ! Le monomythe est intéressant car il permet de schématiser les grandes lignes de nos mythes. Je le vois plus comme un outil d’analyse que comme une réelle recette à suivre. A mon sens, garder en tête les étapes du héros (et les exemples qui vont avec) permet de se donner une base sur laquelle s’appuyer lors de l’écriture du roman. C’est un peu la même histoire qu’avec nos références littéraires ou cinématographiques : il me paraît nécessaire de se nourrir des histoires des autres, afin de faire grandir son propre univers, mais il est aussi facile de tomber dans la copie. C’est d’ailleurs l’une des critiques que l’on retrouve le plus dans la littérature jeune-adulte actuelle : une crainte de la redite et du plagiat éternel. Beaucoup sont lassés des poncifs habituels, comme les clichés chez les protagonistes principaux ou les romances un peu trop convenues.

C’est pour cela que je vois le Monomythe comme une sorte d’escabeau ou de tremplin vers le véritable but : créer et raconter son propre univers, pour apporter sa pierre au grand édifice qu’est l’imagination humaine.

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Terminons notre voyage par une citation de notre mentor, Joseph Campbell :

« Les artistes sont des passeurs de magie. Évoquant des symboles et des motifs qui nous relient à notre moi profond, ils peuvent nous aider le long du parcours héroïque de nos propres vies. […] L’artiste est destiné à placer les objets de ce monde dans une perspective telle qu’à travers eux l’on fera l’expérience de cette lumière, de ce rayonnement qui sont ceux de notre conscience et qui à la fois cachent toutes choses mais les révèlent lorsqu’elles sont regardées sous le bon angle. Le voyage du héros est l’un de ces schémas universels à travers lesquels ce rayonnement éclate. Ce que je pense, c’est qu’une bonne vie est une succession de voyages héroïques. Maintes et maintes fois, vous êtes appelé à l’aventure, vers de nouveaux horizons. Chaque fois se pose la même question : vais-je oser ? Et si vous osez, arrivent les dangers, mais l’aide aussi, et enfin le triomphe ou l’échec. L’échec est toujours possible. Mais il y a aussi la possibilité du bonheur. »

II : Narnia Vs A la Croisée des Mondes, le choc des titans !

Présentons en premier lieu nos deux champions de la littérature jeunesse !

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À ma droite, Le Monde de Narnia de C.S. Lewis (écrit entre 1949 et 1954), chroniques en sept tomes d’un univers magique et merveilleux où les animaux sont doués de parole. À travers les aventures de plusieurs enfants venus de notre monde, on découvre la genèse et la fin du pays de Narnia.

À ma gauche, À la Croisée des Mondes, une trilogie de fantasy signée Philip Pullman (1995-2000). Suivez les aventures passionnantes de Lyra et de son dæmon (âme personnifiée sous les traits d’un animal parlant) et traversez de nombreux mondes parallèles ! Fortement inspiré du Paradis Perdu de Milton, la trilogie a plusieurs niveaux de lecture à travers ses thèmes philosophiques et métaphysiques.

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Les deux œuvres ont en commun les thèmes du passage à l’âge adultes, la mort, la religion, le genre high fantasy et les nombreux mondes qui composent leurs univers respectifs. Ce sont deux monuments de la littérature anglophone, aussi tous deux ont été adaptés pour la radio, le cinéma et le théâtre !

Et c’est justement parce que les deux œuvres ont de nombreuses similitudes qu’il est intéressant de se pencher sur ce qui les oppose. Savez-vous que Philip Pullman a violemment critiqué les chroniques de Narnia dans une tribune du journal The Guardian, intitulée « le côté obscur de Narnia » ?

« La mort est meilleure que la vie, les garçons sont meilleurs que les filles, les personnes à peau claire sont meilleures que celles à peau noire, et ainsi de suite. Il y a pas mal de bêtises écœurantes de ce genre dans Narnia, si vous y prenez garde. » Philip Pullman, pour The Guardian.

Et c’est en effet sur leurs thèmes sous-jacents que Lewis et Pullman s’opposent. Là où Pullman met en scène une héroïne qui défie l’autorité et cherche la liberté, Lewis fait de ses personnages féminins des protagonistes plus faibles que leurs homologues masculins. Quand Lewis fait du lion Aslan un dieu bon qu’il faut suivre à tout prix, Pullman pousse ses personnages à se rebeller contre un dieu dictateur et liberticide.

Mais ce qui m’intéresse aujourd’hui, dans le cadre de ce PAen consacré à l’apprentissage, c’est la finalité de ces deux œuvres. Qu’apprennent les héros de Lewis et Pullman ? Chez le premier auteur, les enfants sont automatiquement exclus de Narnia dès qu’ils deviennent un peu trop âgés. Le passage à l’âge adulte est vu comme une mauvaise chose.

J.K. Rowling dira : « Susan qui était la plus âgée des filles, est perdue pour le monde de Narnia parce qu’elle s’intéresse à son rouge à lèvres. En fait, elle devient irréligieuse parce qu’elle découvre sa sexualité, j’ai un gros problème avec ça. »

Quant à Pullman, voici son avis : « Les histoires de Narnia sont des dénigrements monumentaux de la femme, exemple : Susan, comme Cendrillon, passe une phase de transition entre une phase de sa vie à la suivante. Lewis n’approuvait pas cela. Il n’aimait pas les femmes, ou la sexualité, du moins à l’étape de sa vie où il a écrit les livres de Narnia. Il était effrayé et horrifié à l’idée de vouloir grandir. »

Dans À la Croisée des Mondes, le passage à l’âge adulte de Lyra est vu comme une bonne chose. Symbolisé par le changement de forme définitif de son dæmon, il survient à la fin de la trilogie : Lyra a acquis maturité, liberté et connaissances. Ce n’est pas une fin mais, au contraire, le début de nouvelles aventures à vivre avec un regard nouveau sur le monde.

Il y a énormément de choses à dire sur la trilogie de Philip Pullman et une fois n’est pas coutume, je vous conseille de jeter un coup d’œil à la page wikipédia d’A la Croisée des Mondes qui est ultra complète et pleine d’infos passionnantes. De quoi avoir un bon aperçu de la profondeur de l’œuvre !

Le mot de la fin : Si je suis bien plus attachée à la trilogie de Philip Pullman à cause des valeurs que l’auteur transmet, je ne jette pas pour autant Narnia à la poubelle ! J’aime beaucoup l’aspect « genèse , histoire et apocalypse » de ces chroniques d’un autre monde. Petite, j’ai vraiment pris plaisir à me plonger dans ces sept tomes très riches en aventures et créatures merveilleuses. C’est en grandissant que j’y ai vu des idées qui me déplaisent, nuisant grandement au plaisir que je peux avoir à relire Le Monde de Narnia. Quant à À la Croisée des Mondes, c’est l’inverse : plus je grandis, plus j’acquiers des connaissances et des valeurs, plus je l’apprécie ! Les deux univers valent le détour, je ne peux que les conseiller si vous avez envie de vous plonger dans d’autres univers.

Pour aller plus loin dans l’univers passionnant de Philip Pullman :

Le Paradis Perdu de John Milton, ainsi que les nombreux poèmes de Milton en général. Beaucoup d’éléments de la trilogie provienne de son œuvre, comme le nom de Lyra et même le titre anglais de la trilogie : His Dark Material, qui est selon moi un millier de fois mieux que le titre français.

Références :

https://fr.wikipedia.org/wiki/Monomythe

https://fr.wikipedia.org/wiki/Le_H%C3%A9ros_aux_mille_et_un_visages

https://www.chroniques-ludiques.fr/le-heros-aux-mille-et-un-visages-monomythe-de-campbell/

http://giphy.com/search/harry-potter

http://auteurinspire.blogspot.fr/2006/07/le-monomythe.html

Votez pour votre fiction « apprentissage » favorite

Quelles sont, pour vous, les Fictions de Plume d’Argent où L’APPRENTISSAGE occupe une place centrale ?

C’est la question qui vous a été posée au mois de juillet sur le fofo. Jusqu’à présent, les équipes du PAen et de PA vous proposaient une pré-sélection de 3 à 4 histoires autour d’un thème. Nous nous sommes dit que vous, honorables membres de la communauté, vous aimeriez avoir votre mot à dire pour cette sélection des Plumes à Lire. Ainsi, le ruban bleu qui décorera l’histoire ayant obtenu le plus de votes sera une récompense plus représentative que jamais. Eh bien, vous avez été nombreux à participer ! Nous nous sommes basées sur vos propositions pour établir notre sélection : ça n’a pas été si facile de choisir, car toutes les fictions étaient dignes d’intérêt.

Notre sélection APPRENTISSAGE

Ciseaux de Mimi

« CQFD. Comme toujours, c’est ainsi que se terminent les démonstrations mathématiques, des plus médiocres aux plus élaborées, des moins courantes aux plus travaillées. Lise est sur ce chemin, sur le point de faire de ses preuves rédigées des monuments mathématiques du haut de ses 19 ans. Alors qu’elle passe ses vacances entre chez sa grand-mère et le vieux grenier de l’un de ses amis physiciens, il y a Hugo qui passe ses vacances chez son grand-père. Ses démonstrations à lui s’écrivent à coups de pinceau et ses leçons se font en plein air, parmi les gens, à essayer de comprendre leur vie ou leurs vies. Mais qu’en est-il du mur infranchissable qui sépare l’art des mathématiques ? Serait-on si différent, que l’on croie à Euclide ou à Picasso ? »

Lise aime les mathématiques. Elle pense mathématiques. Elle voit mathématiques. C’est d’ailleurs pour les étudier à son aise qu’elle s’installe chez sa – très érudite – grand-mère. C’est cependant un apprentissage inattendu qui se produit quand elle croise le regard d’un artiste.

Une vie de château de Slyth

« Dans le royaume de Kaïs, le château est un lieu idéal, coupé du monde : grands espaces, tapis de velours, nourriture abondante et une foule de serviteurs répondant à la moindre des exigences. Une existence parfaite pour une princesse ! Pourtant, au-delà des murs protecteurs de la cour, il y a une ombre qui dérange : là, se sont implantés les mystérieux Demis, des parasites à moitié humains à ce que l’on raconte… Qu’importe ! Il n’y a pas de place pour eux dans la sphère royale et c’est ainsi que les choses fonctionnent depuis toujours. Enfin… tant que ces deux univers n’entrent jamais en contact. »

Une vie de château a toutes les apparences d’une histoire de déchéance, celle de la très fière princesse Ayleen qui se retrouve du jour au lendemain jetée dans la boue (littéralement). Il apparaît toutefois très vite qu’elle a tout à apprendre du monde qui s’étend au-delà du château.

Astel de Ethel

« Le ciel d’Astel était tout gris et donnait au quartier une atmosphère un peu désolée, en plus de le plonger dans un froid humide qui faisait oublier les jours ensoleillés. Léandre frissonna, ses jambes étaient déjà toutes mouillées par la pluie et ses pieds étaient fort malheureusement plongés dans les deux petites mares qu’étaient devenues ses chaussures. Il aurait peut-être pu éviter les jambes mouillées s’il avait écouté sa mère et qu’il avait pris un parapluie, mais il préférait éviter ce genre d’objet ; il trouvait que ça lui donnait l’air chétif. Avec son capuchon, sous la pluie, il se sentait beaucoup plus cool. »

Ce matin, Léandre a deux grandes préoccupations : ses chaussettes mouillées et ses examens au collège. Un peu plus tard, la directrice lui apprend la mort de ses parents. Commence alors pour cet adolescent ordinaire un douloureux apprentissage, celui du deuil… et de la vengeance?

Votre vote APPRENTISSAGE

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Pour voter : cliquez ici !

Vous avez à présent jusqu’au 10 novembre pour découvrir les histoires nominées et voter pour celle que vous avez préférée. La fiction gagnante se verra épinglée d’un joli ruban bleu à pois roses !

Perles de sagesse

L’apprentissage est une thématique tellement omniprésente dans la littérature que nous n’avons eu qu’à nous pencher pour en récolter quelques perles. Entre les leçons de sagesse d’Albus Dumbledore, que nous n’avons pas pu nous empêcher de glisser partout (et que vous êtes bien sûrs censés connaître par cœur pour le prochain contrôle-surprise), et des extraits peut-être plus surprenants, nous espérons que cette moisson vous satisfera !

 

– Bienvenue à Poudlard, dit le professeur McGonagall. Le banquet de début d’année va bientôt commencer mais avant que vous preniez place dans la Grande Salle, vous allez être répartis dans les différentes maisons. Cette répartition constitue une cérémonie très importante. Vous devez savoir, en effet, que tout au long de votre séjour à l’école, votre maison sera pour vous comme une seconde famille.

Harry Potter à l’école des sorciers – JK Rowling

 

Monsieur le directeur de l’école de Grand-champs,

Je voudrais être admis dans votre établissement, mais je sais que c’est impossible parce que mon dossier scolaire est trop mauvais. J’ai vu sur la publicité de votre école que vous aviez des ateliers de mécanique, de menuiserie, des salles d’informatique, une serre et tout ça. Je pense qu’il n’y a pas que les notes dans la vie. Je pense qu’il y a aussi la motivation.

Je voudrais venir à Grand-champs parce que c’est là que je serais le plus heureux, je pense.

Je ne suis pas très gros, je pèse 35 kilos d’espoir.

35 kilos d’espoir – Anna Gavalda

 

Avoir été aimé si profondément te donne à jamais une protection contre les autres, même lorsque la personne qui a manifesté cet amour n’est plus là.

Harry Potter à l’école des sorciers

 

On ne devient adulte que lorsqu’on a compris ses parents et qu’on leur a pardonné.

Oh, boy ! – Marie-Aude Murail

 

Les garçons m’apparaissaient comme des objets inconnus et intimidants. Je les imaginais comme dans les films, lisses, musclés, glabres, sauf peut-être la zone sexe, mais c’était un endroit auquel je me refusais à penser parce que c’était trop compliqué.

Et maintenant – c’est tout à fait différent. Ce sont des corps. Ce sont des gens.

La fabuleuse histoire de la mouche dans le vestiaire des garçons – e.Lockhart

 

Ce sont nos choix qui montrent ce que nous sommes vraiment, beaucoup plus que nos aptitudes.

Harry Potter et la chambre des secrets

 

– Vous voulez travailler, c’est ça ?

– Oui, monsieur.

– A quatorze ans ?

– Oui, monsieur.

Le principal essayait de garder un air imposant. Il était conquis. En quelques secondes, il avait compris que Louis appartenait à la race de ceux qui s’embarquaient à quinze ans sur des baleiniers.

Maïté coiffure – Marie-Aude Murail

 

Tu crois donc que les morts que nous avons aimés nous quittent vraiment ? Tu crois que nous ne nous souvenons pas d’eux plus clairement que jamais lorsque nous sommes dans la détresse ?

Harry Potter et le Prisonnier d’Azkaban

 

Encouragé par Samir, Jean-Hugues poursuivit son explication.

– Nous allons étudier ce que dit le message. Par chance, les Trois Baudets et Majid utilisent un code commun, à savoir la langue française.

– Tu nous avais pas dit ça, Majid, remarqua Samir.

– Bouffe-toi-la, la tienne de langue ! cria Mamadou du fond de la classe.

Jean-Hugues se demanda un instant si ses élèves et les Trois Baudets utilisaient bien le même code, mais il enchaîna tout de même.

Golem, tome 1 : Magic Berber – Elvire, Lorris et Marie-Aude Murail

 

Si tu veux savoir ce que vaux un homme, regarde donc comment il traite ses inférieurs, pas ses égaux.

Harry Potter et la Coupe de Feu (Sirius Black ♥)

 

Jack ne se vantait guère, à l’époque, du jeu auquel il se livrait les nuits de grand vent ; ces nuits-là, il enfilait les collants de danse de sa sœur, attachait un drap autour de son cou avec une épingle de sûreté et, ainsi déguisé, il se penchait à la fenêtre de sa chambre, les bras en croix pour faire semblant de voler comme les super-héros dont il dévorait les aventures à la télévision. Ce jeu avait trouvé une conclusion brutale, une nuit où, se penchant un peu plus loin que d’habitude, il était allé s’écraser sur la tonnelle de son père, détruisant ainsi les treilles torsadées, héritées, selon la tradition familiale, de pieds de vigne élevés à Monticello par le président Thomas Jefferson en 1804.

Ce soir-là, Jack avait découvert qu’il ne pouvait pas voler.

Disparition Programmée – Roland Smith

 

La jeunesse ne peut savoir ce que pense et ressent le grand âge. Mais les hommes âgés deviennent coupables s’ils oublient ce que signifiait être jeune.

Harry Potter et l’Ordre du Phénix

 

Il était censé anticiper et bloquer les attaques de sa camarade, mais elle était trop rapide et maîtrisait des enchaînements qui lui étaient inconnus. Il se retrouvait au sol à la fin de chaque assaut, alors qu’elle parait tous ses mouvements. James était trop fier pour admettre qu’il se sentait humilié. Elle était plus petite et plus jeune que lui. Et, comble d’horreur, c’était une fille.

Cherub, tome 1 : 100 jours en enfer – Robert Muchamore

 

Sais-tu à quel point les tyrans craignent les peuples qu’ils oppressent ? Chacun d’eux sait très bien qu’on jour, parmi ses nombreuses victimes, il y en aura forcément une qui se lèvera et frappera à son tour !

Harry Potter et le Prince de Sang-Mêlé

 

Jean-Hugues ferma les yeux de fatigue anticipée. C’était reparti pour une heure de corrida. À chaque point marqué, les gamins ne crieraient pas « olé ! » mais « aouah ! ».

– Sortez une feuille, dit Jean-Hugues, totalement démotivé. On fait une dictée.

– Oh non, m’sieur, pitié, pitié ! supplièrent Nouria et Aïcha, les mains jointes.

– J’ai toujours moins quarante avec vos dictées ! beugla Mamadou. C’est même pas la peine que j’écris ! Tu me mets la note tout de suite.

– Mamadou, ça suffit ! s’emporta Jean-Hugues. Donnez-moi votre carnet.

– Mais je vous ai déjà dit que je l’ai perdu, répondit le grand Black sur un ton indigné. PER-DU ! Comprendo ?

Jean-Hugues eut la sensation de toucher le fond.

Golem, tome 1 : Magic Berber – Lorris, Elvire et Marie-Aude Murail

 

Tu es le vrai maître de la mort parce que, la mort, le vrai maître ne cherche pas à la fuir. Il accepte le fait qu’il doit mourir et comprend qu’il y a dans le monde des vivants des choses pires, bien pires que la mort.

Harry Potter et les Reliques de la Mort

 

L’année dernière à Québec, j’ai passé des mois à apprendre la langue gutturale des Hurons, aidé par un Sauvage converti au nom chrétien de Luc qui m’initiait à ses difficultés. Il m’expliquait que pour arriver à maîtriser leur langue, il fallait d’abord que je comprenne le monde naturel autour de moi. Les Hurons, disait-il, ne vivent pas au-dessus du monde naturel mais en tant qu’élément de celui-ci. Posséder la clé de leur langue, c’est établir le lien entre l’homme et la nature. Voilà qui m’a fait bien rire. Il n’existe pas de langue qu’on ne puisse apprendre machinalement. Et Vous, Seigneur, Vous nous avez donné le monde naturel pour que nous l’exploitions et le dominions.

Dans le grand cercle du monde – Joseph Boyden

 

Bien sûr que ça se passe dans ta tête, Harry, mais pourquoi donc faudrait-il en conclure que ce n’est pas réel ?

Harry Potter et les Reliques de la Mort

 

 

Ça vous a plu ? N’hésitez pas à partager avec nous vos propres perles, on n’en a jamais assez !

À très vite pour de nouvelles aventures,

 

Vos dévoués Plumeporters

APPRENTISSAGE

Certaines plumes aventureuses l’auront peut-être remarqué (en même temps, c’était une info glissée dans la Newsletter de septembre, hein), le PAen a subi un ravalement de façade. Notre petit journal évolue au fil du temps, essayant de trouver à la fois le meilleur compromis entre les besoins de ses lecteurs et ceux de ses journalistes. C’est un APPRENTISSAGE perpétuel pour nous. Pour moi.

Je supervise le journal depuis son lancement en 2009 et encore aujourd’hui, je tâtonne, je furète, je fais deux pas en avant, trois bonds de côté, je vois ce qui fonctionne au poil de plume, je constate ce qui n’a pas marché comme prévu. Heureusement, je suis entourée par une équipe en argent massif. Ma vie IRL évolue elle aussi, devient de plus en plus riche, de plus en plus intense. Avec la rentrée, il était devenu impératif que le PAen se fasse plus souple et plus flexible. Nous sommes d’ailleurs encore en plein processus de réflexion concernant la dynamique des prochaines publications. Promis, nous tiendrons toutes les plumes argentées informées, en digne (comme Wallie) journalistes que nous sommes !

La navigation est d’ores et déjà facilitée avec un accès aux articles par Catégories, par Archives ou par Étiquettes !

Par ailleurs, il est désormais possible de vous abonner au PAen afin de recevoir par mail les notifications des futurs articles :

 

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Nous restons bien sûr ouvertes (bon… entrouvertes) à toutes les observations. D’ici là, nous vous laissons en tête-à-tête avec le nouveau PAen pour que vous appreniez à vous connaître un peu.

Que l’écharpe soit avec vous,

Cristal

Comme un roman – Daniel Pennac

On s’assoit dans le calme, s’il vous plaît ! On cesse de mordre ses petits camarades, on sort une feuille et un stylo, et on ouvre ses yeux et ses oreilles bien grands. Tout le monde est prêt ?

 

Ce cours portera sur Daniel Pennac. Vous devez avoir entendu parler de lui… Un fameux écrivain français… Mais savez-vous qu’avant d’être auteur, il était professeur ? Et que bien avant cela, il a lui-même peiné sur les bancs de l’école ? Qui pourrait mieux nous parler d’apprentissage qu’un ancien cancre devenu prof et écrivain ?

Nous allons nous focaliser, si vous le voulez bien, sur Comme un roman. Cet ouvrage paru en 1992 n’est en fait pas un roman : c’est un essai. Ouh que ce mot est effrayant, mais ne fuyez pas ! L’essai porte sur la lecture et son apprentissage, sur la possibilité pour l’élève d’apprivoiser la Littérature et de se laisser apprivoiser par elle. Un sujet qui m’a parlé, très tôt, puisque j’ai lu ce livre au collège sans encore y comprendre grand-chose, mais déjà fascinée par ce que je comprenais ; un sujet qui vous parlera aussi, chers élèves, je le sais.

Malgré notre amour commun de la lecture, vous avez sans doute, vous aussi, peiné un jour sur un livre imposé par l’école, et compté avec désespoir le nombre de pages qu’il vous restait avant d’en venir à bout.

 

Il semble établi de toute éternité, sous toutes les latitudes, que le plaisir n’a pas à figurer au programme des écoles et que la connaissances ne peut qu’être le fruit d’une souffrance bien comprise. 

 

C’est sur cette souffrance partagée par des générations d’élèves que s’attarde tout d’abord Pennac. Pourquoi l’apprentissage ne pourrait-il pas conjuguer effort et plaisir ? Comment offrir la Littérature aux élèves, non comme une contrainte, mais comme le plaisir qu’elle n’aurait jamais dû cesser d’être ?

Comme un roman revient tout d’abord aux sources. La première expérience de la lecture, c’est l’histoire du soir lue à voix haute. Et puis l’enfant grandit : dans le chapitre 15, que je souhaiterais pouvoir vous citer ici entièrement tant je l’aime, Pennac décrit ce que l’enfant qui lit pour la première fois peut ressentir. Il considère cette étape comme « l’aboutissement du plus gigantesque voyage intellectuel qui se puisse concevoir, une sorte de premier pas sur la lune ».

Un émerveillement qui, pour moi, a duré – pour vous aussi sans doute. Mais ce n’est pas le cas de tout le monde. Pourquoi certains enfants perdent cet émerveillement ? Pourquoi certains n’ont-ils même pas l’occasion de l’expérimenter ?

 

Le devoir d’éduquer (…) consiste au fond, en apprenant à lire aux enfants, en les initiant à la Littérature, à leur donner les moyens de juger librement s’ils éprouvent ou non le « besoin des livres ». Parce que, si l’on peut parfaitement admettre qu’un particulier rejette la lecture, il est intolérable qu’il soit – ou qu’il se croie – rejeté par elle. 

C’est une tristesse immense, une solitude dans la solitude, d’être exclu des livres.

 

Passées les premières lectures et désillusions, Pennac s’attaque à ce qui, selon lui, freine la lecture : le dogme. Il faut lire, il faut lire… Et c’est en cherchant à échapper au dogme, consciemment ou non, que les élèves s’éloignent de la Littérature. L’apprentissage de la lecture, la vraie lecture, celle qui nourrit, qui devient vitale, ne peut se faire tant qu’un tel joug pèse sur la conscience des élèves.

 

Tout au long de leur apprentissage, on fait aux écoliers et aux lycéens un devoir de la glose et du commentaire, et les modalités de ce devoir les effrayent jusqu’à priver le plus grand nombre de la compagnie des livres. 

 

Alors Pennac propose, non pas une solution miracle, mais un cessez-le-feu, un premier pas vers les élèves. Une lecture à voix haute, comme celle de leur enfance ; gratuite, offerte, et surtout, sans piège ; pas de fiche, pas de questions de compréhension, juste une lecture dépouillée de tout ce que l’école a une vilaine tendance à greffer au texte.

 

Si les professeurs ont aujourd’hui pour principe d’attaquer une œuvre comme s’il s’agissait d’un problème de recherche pour lequel toute réponse fait l’affaire, à condition de n’être pas évidente, j’ai peur que les étudiants ne découvrent jamais le plaisir de lire un roman… 

(Flannery O’Connor, L’Habitude d’être)

 

La description de la classe où le personnage du prof entame la lecture du Parfum de Süskind (♥) est à la fois hilarante et stupéfiante ; cela pourrait-il être si facile ? Lire aux élèves qui ne lisent pas pour les ramener aux livres ? Réponse : non, probablement pas. Aujourd’hui, de trop nombreux facteurs éloignent les élèves de la lecture, et je ne parle pas là des contenus multimédias auxquels ils ont accès. Je parle de leur situation familiale, de leur rapport aux livres (comment apprendre l’amour des livres à un enfant qui n’a jamais reçu d’histoire du soir ?), de leur relation à l’école (la haine engendre la haine), et aussi tout simplement des multiples handicaps qui peuvent rendre la moindre lecture insurmontable.

Peut-être la Littérature – je lui mets une majuscule, mais la pense dans son ensemble, comprenons-nous bien ; Flaubert à côté de Rowling et Maupassant pas trop loin de Murail – peut-être, donc, n’est-elle pas accessible à tous. Mais je considère Comme un Roman comme un message d’espoir. Pennac n’a pas simplement imaginé ces lectures miraculeuses, il les a vécues en tant que prof. C’est bien qu’il y a une leçon à tirer de son expérience.

Pour lui, la lecture devrait être faite de droits et non de devoirs. Il a donc rédigé la charte des dix droits imprescriptibles du lecteur, dont je vous laisse ici, chers petits élèves, la liste illustrée par Quentin Blake. Ça va vous plaire, croyez-moi. La liste autorise tout. Parce que c’est cela qu’il est nécessaire de comprendre : nous sommes libres de lire et lire nous rend libres.

 

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J’espère vous avoir donné l’envie de courir en librairie vous procurer du Pennac, et peut-être aussi de quoi réfléchir. Vous allez maintenant ranger vos affaires et aller vous défouler en récréation. Contrôle des connaissances dans une semaine.

Il ne me reste qu’à vous souhaiter une belle journée, et à bientôt pour de nouvelles explorations livresques !

Ery

 

(En bonus, une citation qui m’a immédiatement renvoyée à nos lectures d’IRL – je sais qu’elle vous plaira comme à moi :

– Vous allez nous lire tout ce livre… à haute voix ?

– Je ne vois pas très bien comment tu pourrais m’entendre si je le lisais à voix basse…

Discrète rigolade. Mais, la jeune Veuve sicilienne ne mange pas de ce pain-là. Dans un murmure assez sonore pour être entendue de tous, elle lâche :

– On a passé l’âge.

Préjugé communément répandu… particulièrement chez ceux à qui l’on a jamais fait le cadeau d’une vraie lecture. Les autres savent qu’il n’y a pas d’âge pour ce genre de régal.)

Leçons de choses

Coucou les plumes,

Le numéro d’aujourd’hui sera consacré à l’apprentissage. Comme le disait Socrate, cesser d’apprendre c’est commencer à vieillir. Et en effet, tout au long de sa vie, chacun d’entre nous est soumis à des situations dont il peut tirer un enseignement. S’il n’est pas toujours évident, il est propre à chacun. Aussi unique que l’est un individu. Nous allons tenter succinctement dans cet article de voir quel rôle jouent ces apprentissages dans la construction de notre écriture. Puis, afin d’enrichir le propos, nous recevrons Julia Loupiot, assistante d’édition chez Sarbacane pour une interview fort instructive et Marika, auteure amatrice, pour un témoignage sur son expérience des ateliers d’écriture.

Vous êtes prêts ? Alors c’est parti.

 

1/ Recto

L’apprentissage est un acte quasi permanent dans la vie de tous les jours. Dès sa naissance l’Homme est soumis à tout un tas de stimuli le conduisant à en tirer des enseignements. L’acte d’apprentissage peut se scinder en deux ensembles. D’un côté, se trouvera l’apprentissage scolaire regroupant l’ensemble des mécanismes menant à l’acquisition de savoir-faire, de connaissances ou de savoirs. L’acteur de l’apprentissage et alors appelé apprenant là où celui qui le dispense est l’enseignant. A côté de l’apprentissage scolaire, se trouve ce que l’on peut qualifier de leçon de vie, autrement dit tous ces événements extérieurs qui de manière consciente ou non, impactent la construction mentale d’un individu, sa personnalité. L’apprentissage est alors vu comme la mise en relation entre un événement provoqué par l’extérieur et une réaction adéquate du sujet, qui cause un changement de comportement persistant, mesurable, et spécifique.

Dans quelle mesure ces apprentissages permettent-ils de se lancer dans la rédaction d’un roman ?

 

Apprentissage scolaire

L’école dispense tout un tas de savoirs essentiels à la rédaction d’un roman. Le premier d’entre eux est l’acte d’écriture. Moyen de communication qui représente le langage à travers l’inscription de signes sur des supports variés, l’écriture est l’un des enseignements fondamentaux de l’école qui débute aussitôt l’entrée en cours préparatoire. Absolument nécessaire, elle est, avec la lecture, l’un des premiers contacts de l’enfant avec le langage transmissible. Jusqu’alors, l’enfant apprend par mimétisme vis-à-vis de son environnement. Dès lors que l’école lui enseigne la lecture et l’écriture, il s’ouvre à une nouvelle forme de savoir. Celle qui rend autonome.

Une fois cette compétence, basée sur la forme, acquise, débute une deuxième strate d’apprentissage fondamentale qui est celle de la sémantique et de la syntaxe. Explorant non plus la forme des lettres et la constitution des mots, elle s’intéresse à celle des phrases et des textes.

La syntaxe regroupe différentes matières que sont la grammaire, la conjugaison ou encore le vocabulaire. Elle s’intéresse à la construction du récit à proprement parler, l’organisation et l’articulation logique du texte, là où la sémantique se focalise plutôt sur le sens des mots et leur place dans le texte, leur sonorité ou encore leur rapport (homonymie, synonymie, antonymie…). Ainsi, avec la rhétorique, elle apprendra au futur auteur ce que sont les figures de style allant de la plus simple métaphore à la plus complexe des paronomases, ou encore les codes de rédactions des textes comme les différences entre le roman et la lettre ou encore le conte et le poème.

Si ces apprentissages sont longs et pour certains laborieux, ils n’en restent pas moins superficiels au regard de la richesse du français. Une vie entière ne suffirait probablement pas à en faire le tour, toutefois, l’enseignement scolaire suffit à acquérir les bases permettant ensuite de prendre la plume pour se jeter à corps perdu dans le vaste monde de l’imaginaire. Ce qui nous amène au second point de nos apprentissages que sont les leçons de vie.

 

Leçons de vie

L’expérience est une source intarissable d’apprentissage. Par-delà les compétences théoriques que transmet l’école, elle apporte un panel de leçons pratiques améliorant la connaissance de soi. De cette dernière découle des comportements spécifiques à chacun, qu’il s’agisse de traumatismes ou de moments de grâce.

Ces expériences influencent la façon d’écrire, mais aussi les thèmes traités par un auteur. Cela dit, ce ne sont pas les seuls facteurs qui conditionnent la plume d’un écrivain. L’un d’entre eux et non des moindres est celui qui développe l’imaginaire : la lecture. Elle est aussi complémentaire à l’écriture que l’est l’enseignement à l’apprentissage. Elle ne sert pas seulement à alimenter l’imaginaire mais aussi à enrichir les savoirs transmis par l’école, à les perfectionner, les reproduire.

Les expériences et le vécu en général constituent le lisier dans lequel germent les idées. L’imaginaire ne se nourrit pas seulement des expériences de tout un chacun mais aussi de sa curiosité vis-à-vis de son environnement. S’intéresser à tout, lire de tout, voir de tout permet de se constituer une culture et un savoir qui rendent l’imaginaire de chacun unique et fertile. Grâce à cela, l’écriture de chaque auteur s’en trouve transformée et améliorée.

 

Ainsi, l’acte d’écriture est une somme de ces apprentissages mesurables (ceux de l’école) et « intuitifs » (ceux de l’expérience) conduisant à la construction unique d’un roman reflétant plus ou moins fidèlement la personnalité de son auteur. Il n’est pas rare d’entendre un écrivain confesser qu’il a mis beaucoup de lui dans l’un de ses romans. Et pour cause, c’est un processus naturel dicté par le vécu des uns et des autres.  Si l’écriture est un apprentissage bien défini, la rédaction d’un roman est déjà un peu plus floue.

Elle se fait sur le mode de l’apprentissage par essai-erreur qui consiste grosso modo à tester différentes solutions pour choisir la plus adaptée, efficace, satisfaisante selon le contexte. L’écrivain commence donc son roman sans le moindre mode d’emploi. Il n’est alors armé que de sa seule imagination, les références et les maigres codes scripturaux dispensés par l’école. Il lui appartient ensuite de travailler, retravailler, peaufiner son texte piochant dans chacun de ses enseignements, cherchant de nouvelles solutions, enrichissant les bases de son texte et de son savoir jusqu’à façonner un manuscrit abouti.

Ainsi, le roman est en constante expansion comme son auteur est en permanente évolution. Partant de là, il n’y a pas d’échec dans l’écriture, juste des idées qui méritent d’être développées ou reformulées. Comme le dit Nelson Mandela, je ne perds jamais, soit je gagne, soit j’apprends.

Au final, mais ce n’est là que mon avis, il n’y a pas de bonne ou mauvaise manière d’apprendre à écrire, il n’y a que la façon qui vous convient le mieux, même si ce n’est pas celle du commun des mortels. L’imagination, comme le vocabulaire, peut s’enrichir de millions d’images, la syntaxe peut se modeler maintes et maintes fois, mais l’étincelle de la créativité ne peut s’exprimer qu’à travers la motivation et l’humilité. Ce sont elles qui rendent l’apprentissage productif, l’écriture efficace et la passion transmissible.

 

Vous l’aurez compris, apprendre c’est évoluer. Au travers de nouvelles connaissances et d’expériences, l’être humain modèle sa personnalité et l’écrivain construit son roman. Maintenant voyons, le point de vue de Julia et Marika sur la vaste question de l’apprentissage.

 

 

2/ Verso

 

Aujourd’hui dans Verso, nous recevons deux invités de marque aux parcours bien différents, j’ai nommé Julia Loupiot, assistante d’édition freelance pour la maison Sarbacane, et Marika, écrivaine amatrice et institutrice de maternelle ayant suivi une formation d’écriture.

 

Sans attendre, la parole à Julia :

 

« 1 – L’école est-elle la seule source d’apprentissage selon toi ? Si non, à quoi penses-tu ? Quelle différence ferais-tu entre école, éducation et apprentissage ?

 

Une alerte me semble nécessaire avant de vous délivrer mon gai babillage à ce sujet : je ne suis ni sociologue, ni professeur (ni même parent). Je travaille dans l’édition jeunesse (j’ai achevé mes études littéraires par un master d’édition sur le Patrimoine écrit en 2015) et tout ce que je vais vous dire me servira à parler de livres.

 

« L’apprentissage », c’est un concept très large (qui englobe observation, expérience et appropriation). On est constamment en apprentissage de quelque chose, à petite ou grande échelle (moi, actuellement, j’apprends à utiliser la chaîne Hifi de mon compagnon, en même temps que j’apprends, de façon infinitésimale, à gérer ma frustration et à prendre du recul dans les débats sociaux qui fleurissent sur Facebook). L’apprentissage est éternel — ou il devrait l’être.

« L’éducation » nous fait penser à l’Éducation Nationale, terme qui est venue remplacer celui d’instruction publique et dans le même mouvement semer une joyeuse confusion, puisqu’éduquer, c’est aider à bien grandir, à s’épanouir, quand instruire, c’est affûter un esprit (…vers une forme choisie).

« L’école » prétend (et dans une moindre mesure, parvient à) éduquer, mais elle se charge avant tout d’instruire.

 

L’école n’est évidemment pas la seule source d’apprentissage, mais elle est la principale source d’apprentissage de la culture légitime, qui est son biseau de choix pour affûter nos petits esprits.

 

Quand je dis culture légitime, je parle de cette culture qui a la classe : Flaubert, Lavoisier, Napoléon, Molière, etc. La culture, c’est plus large que ça, mais c’est celle-ci que l’on apprend majoritairement à l’école. (Je vous renvoie à une vidéo d’Osons Causer sur le sujet, L’égalité des chances à l’école n’existe pas)

 

 

C’est par le biais de l’école et de cette culture légitime que l’on se bâtit un socle commun de connaissances : quel que soit notre expérience vécue, tout le monde est passé par le théorème de Thalès, le cycle de l’eau, l’Égypte antique, les figures de style et le théâtre (mais aussi bien d’autres choses qui forment une culture plus discrète et intime, comme la cours de récréation, les vestiaires de la piscine, la sonnerie à la fin des cours, le fait de lever la main pour répondre, les joies et les peines de la notation et du carnet de correspondance, une façon de parler, un code de conduite envers les professeurs, un autre entre les élèves…) L’école nous fournit cet apprentissage-là : un socle commun de connaissances amalgamant culture légitime (grosso modo, c’est l’instruction) et expérience sociale (c’est l’éducation).

 

Je disais que l’école n’est pas notre seule source d’apprentissage. En terme d’expérience sociale, c’est frappant : on apprend un million de choses en étant confronté à des environnements variés (la famille, le centre aéré, les copains du parc, les voisins, les gens du club de sport, les amis des parents et leurs enfants, les amis des amis… etc.). Ces environnements vont nous fournir le reste de notre culture, celle qui ne correspond pas forcément à la culture légitime. Cette culture nous fournit un monde de références qui peuvent aller du dessin-animé du mercredi à une autre langue parlée à la maison, en passant par un trillion de petits bouts de machins qui semblent sans importance mais contribuent à rendre unique chaque individu.

 

Où se place le livre dans ce patchwork ?

 

Ou plutôt, où se placent LES livres ? Car la première erreur serait de parler « du » livre comme un objet culturel unique et magique flottant sur l’apprentissage de façon inquiétante tel l’œil de Sauron.

Les livres sont à la fois un média et une source d’apprentissage. Le malade imaginaire de Molière par exemple, pour le collégien moyen, sera principalement le média, le véhicule de la culture légitime (…et perçu comme tel ! C’est pour ça que nous sommes nombreux à faire un rejet des livres étudiés à l’école). Un manuel d’Histoire sera lui aussi un média d’instruction. Mais le manga One Piece que le même collégien dévore en scrèd’ ? Lui il ne sert à rien — et c’est pour ça qu’il est si délicieux !

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Ainsi il peut devenir une source d’apprentissage formidable. Qu’y-a-t-il dans cette lecture ? En vrac : le plaisir de lire, le plaisir social de partager une référence commune avec d’autres, un arc narratif classique qu’on retrouvera partout, un éventail de personnages littéraires récurrents, une approche exagérée du mouvement dans le dessin qui permet de percevoir les mécanismes d’enchaînement des cases avec une facilité déconcertante, un point de ralliement générationnel, un divertissement de qualité, un objet pour tromper l’ennui, etc., à l’infini.

 

Mon One Piece personnel, quand j’avais six ou sept ans, c’est le manga Dragon Ball. J’y ai découvert avec plus de clarté que je ne l’aurais fait ailleurs les mécanismes classiques du récit que l’on retrouve dans toutes sortes d’œuvres, dont une chouchoute chez moi et chez Plume d’Argent, La Passe-Miroir. Prenons un héros solitaire (Sangoku / Ophélie) : il mène une vie ordinaire (chasse dans la forêt/ son petit musée), mais est doté de qualités extraordinaires (sa force mystérieuse / son talent de liseuse) qui engrangeront une rencontre inattendue, le fameux « élément perturbateur » (Bulma / Thorn) rencontre qui tirera le héros de son univers quotidien (en voiture vers la Dragon Ball la plus proche / en ballon vers le Pôle) et l’emmène dans une quête (retrouver la Dragon Ball de son grand-père / découvrir les motivations louches de Thorn et… *spoilers*).

 

C’est parce que les livres pour la jeunesse sont si déterminants dans notre construction culturelle et identitaire (à l’échelle de l’individu au moins) que la question de l’apprentissage, de la morale, de la bienséance, de l’utilité, etc., y est souvent ramenée. Je suis la première à dire ouste à tout le reste pour me concentrer sur la notion de « lecture plaisir », mais toutes ces questions sont pertinentes — et pas inconciliables avec la lecture plaisir.

 

Sans avoir à délivrer un message (et personnellement je préfère quand ils s’en abstiennent) les livres se conçoivent comme une expérience culturelle — ils devraient donc être aussi riches et variés que les expériences que nous fournissent divers environnements sociaux.

Au milieu d’eux, on devrait trouver tendresse, amour, poésie, mais aussi violence, indifférence, humiliation ; il devrait parler des dessins-animés du mercredi et de l’autre langue parlée à la maison… *

…et d’un trillion de petits bouts de machins venus de partout, qui semblent sans importance mais contribueront à rendre un livre beau, doux, terrible, mémorable, en un mot : unique.

 

* Mais bon, surtout, il ne faut pas tout caser dans le même texte, sinon gare au gloubi-boulga bien-pensant et aux histoires sans queue ni tête.

 

 

 

2 – En tant qu’assistante d’édition* tu as approché de près la littérature jeunesse. Cette dernière fait souvent la part belle à l’apprentissage. Il n’y est pas rare de voir les héros évoluer dans leur contexte scolaire, qu’il s’agisse d’école à proprement parler ou simplement d’éducation. Selon toi, cette tendance se retrouve-t-elle également dans la littérature destinée à un public plus âgé ? Si l’adulte n’aime pas recevoir de leçon, la leçon se cache-t-elle habilement dans les pages ou n’existe-t-elle tout simplement pas ?

 

(*Chez Gallimard Jeunesse pendant 6 mois de stage en 2015, puis en free-lance pour Sarbacane depuis mai 2016)

 

Ahah, je ne sais pas si l’adulte n’aime pas recevoir de leçon. Nous sommes rétifs face à un message trop appuyé, mais n’aimons-nous pas tirer nous-mêmes les conclusions (affectives, morales, philosophiques, sociales…) d’un ensemble de points discrètement et savamment noués à notre intention ? L’adulte est fier, et a l’habitude de prendre des postures intellectuelles et de composer avec celle des autres : c’est surtout pour ces raisons que la littérature générale semble se détacher de l’apprentissage quand, en réalité, elle le dispense de façon moins assumée que la littérature jeunesse.

 

Sur la question de l’apprentissage, il faut par ailleurs distinguer plusieurs branches de l’édition. En jeunesse, on a les albums petite enfance dont les messages seront plus transparents pour une question évidente d’accessibilité. Il n’y a pas d’équivalent adulte, il me semble.

Ensuite, on a tout ce qui est documentaire, évidemment (sans même parler des sujets d’instruction évidents tels que la reproduction des grenouilles, je pense aux trucs sur la sexualité expliquée aux enfants par exemple, ou comment accepter la séparation de ses parents, être heureux dans sa nouvelle école, etc.) où l’on retrouve un aspect éducatif. On trouve exactement la même chose chez les adultes (jetez un œil au rayon Socio ou Bien-Être de votre librairie la plus proche).

Il y a aussi une part non négligeable de l’édition pour la jeunesse qui se situe à la frontière de l’éducation et de la littérature. Tous ces romans type « Juliette se fait harceler », « Kenza n’est pas de la bonne couleur », « Maman est très malade »… ce sont le plus souvent des romans-fonctions, des messages autour desquels on a cousu une histoire (qui peut être de qualité variable). La différence entre « Juliette se fait harceler au lycée » et Les petites reines (de Clémentine Beauvais) entre « Kenza n’est pas de la bonne couleur » et Sweet Sixteen (de Annelise Heurtier), entre « Maman est très malade » et Quelques minutes après minuit (de Patrick Ness), c’est que dans les premiers, le message prévaut et dans les seconds, l’histoire prévaut — et il se trouve qu’elle offre à la réalité des morceaux de miroirs révélateurs.

Un roman fonction n’est pas en soi un mauvais roman, il peut d’ailleurs être un bon roman fonction, mais la différence se situe-là, au niveau du rôle moteur du message.

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Les rayons des grands ont-ils leurs romans fonctions ? Je dirais que ça se fait moins, mais que oui. Un exemple récent : Ta deuxième vie commence quand tu comprends que tu n’en as qu’une, de Raphaëlle Giordano, un roman feel-good qui flirte avec le manuel de bien-être. On peut formuler sur cette tendance les mêmes observations que dans les rayons jeunesse : un message autour duquel on a cousu une histoire, qui peut quant à elle être de qualité variable. (Dans les deux cas on a du très bon et du très mauvais.)

 

 

3 – Sur ton blog tu parles de tous ces illustres anonymes bien-pensants qui se consternent de ne pas avoir le temps de lire parce qu’ils ont mille et une choses à faire. (Nb : moi la première !) En tant qu’auteur, on écrit pour le plaisir de raconter une histoire sans forcément avoir le but avoué de transmettre une leçon quelconque, mais en lisant, le lecteur lambda recherche-t-il obligatoirement à en retirer un enseignement qui justifie le temps « investi dans la lecture » ?

 

Je crois en effet que le temps investi dans la lecture est parfois « calculé », mais pas forcément en terme d’apprentissage, ou du moins pas consciemment. Les contraintes quotidiennes ainsi que les divertissements à notre disposition — notamment ceux que nous offrent la télé et internet — font une sérieuse concurrence à la lecture et, pour cette raison et bien d’autres, on peut avoir tendance à cibler d’autant mieux ses lectures. Se restreindre à ce qui fait bien en société (le dernier Untel, un roman dont « tout le monde parle ») et/ou ce qui tient de la culture légitime (les classiques, les prix littéraires).

 

Mais le phénomène s’observe chez presque tous les lecteurs, quelle que soit leur tasse de thé et leur littérature de référence (classique, gothique, SF, jeunesse, érotique, que sais-je) : quand on lit quelque chose qui ne correspond pas à ce que la version idéale de nous devrait être en train de lire, on s’en veut. On raisonne un peu comme si on était notre propre Sims, à vouloir programmer notre avancement culturel et cocher des checkpoint au fur et à mesure : « Le Goncourt, c’est fait ! Maintenant, je vais me faire tout Proust… » (chez moi c’est « Le dernier Villeminot, c’est fait ! Maintenant, je vais me faire toute la rentrée littéraire jeunesse… »). Sauf que la littérature, ce n’est pas comme les besoins corporels ou la muscu, il n’y a pas de claire barre de progression, et puis, surtout, on n’est pas des Sims. J’ai une liste de livres à lire en priorité pour des raisons X ou Y et à un moment donné je vais forcément me retrouver le nez dans un roman qui n’était pas du tout sur la liste, parce que c’est ça la vie.

 

Bref pour conclure : clairement, non, le lecteur lambda ne recherche pas un enseignement dans sa lecture (sauf ponctuellement, quand il cherche une réponse au deuil, à l’amour trahi, etc.). En revanche, je crois que oui, on cherche à valider sa version personnelle de son programme d’enrichissement culturel.

 

Et on échoue, parce que le programme est irréaliste, mais en échouant on se crée une autre richesse culturelle — différente, imprévue, bizarre. »

Allez vous faire lire

 

C’est tout (et c’est déjà beaucoup ♥) pour le témoignage de Julia, accueillons maintenant notre seconde invitée : Marika. Amoureuse des mots et des enfants, elle transmet son savoir autant qu’elle le reçoit. Pour vous les plumes, elle a accepté de nous livrer son sentiment sur l’apprentissage de l’écriture qu’elle a perfectionné sur les bancs d’une université un peu particulière : l’université européenne d’écriture.

 

« Je me présente. Je m’appelle Marika.

Depuis deux ans, je suis des cours à l’Université Européenne de l’Ecriture. J’ai été élève libre à l’atelier d’écriture pour enfants. J’ai toujours voulu écrire un livre, mais le déclic me manquait. Celui-ci eut lieu lors d’une formation sur l’écriture. Je suis institutrice maternelle. C’est donc moi d’habitude qui enseigne aux petits enfants. J’avais écrit un texte qui accompagnait une illustration enfantine, d’un lapin et d’un écureuil. Deux de mes collègues, que je ne connaissais pas très bien à l’époque, m’ont félicitée. A partir de là, j’ai commencé à me dire qu’il était temps de me lancer. Comme je n’ai pas voulu m’y mettre sans bases (je trouve que le travail d’auteure peut être parfois bien solitaire), je me suis donc inscrite à cet atelier.

Tout de suite, le courant est passé entre le professeur, Luc Maskens et les autres élèves. C’était extraordinaire d’avoir quelqu’un qui partageait son expérience avec nous. Luc a suivi tout le cursus de l’U.E.E et est auteur depuis longtemps.

J’allais la première année, pleine d’entrain à mes cours pour apprendre les bases de l’écriture pour enfants comme les personnages, le récit, le métamorphisme,…

J’avais de petits textes à faire pour les cours suivants que nous lisions en classe. Mon professeur nous donnait des pistes pour nous améliorer. Il n’y avait pas de critiques, mais des remarques constructives.

L’atelier se déroulait en deux ans. Après un examen final réussi (et oui, j’ai dû remettre trois textes pour passer en deuxième) et une envie folle de continuer cette formation, je me suis inscrite pour la seconde année. J’avais surtout en tête mon projet de livre que j’avais commencé un an auparavant. Un projet que seule ma meilleure amie avait le droit de lire.

Durant cette seconde année, j’étais la seule élève. J’ai donc su grâce aux conseils avisés de Luc mener à bien du début à la fin mon premier tapuscript (je dois encore le peaufiner, cela va de soi). Tout ce que j’ai appris lors de la première année m’a servi. Mon écriture était beaucoup plus fluide. J’avais beaucoup plus confiance en moi. Mon professeur a été comme un guide de plume. Il n’a pas écrit à ma place bien entendu, mais m’a donné des orientations, des ouvertures pour améliorer ce qui était déjà en place.

Je dirais donc que l’apprentissage est une transmission du savoir, un partage. C’est vraiment le sentiment que j’ai par rapport à mes deux années vécues à l’atelier d’écriture pour enfants.

Comme on n’a jamais fini d’apprendre et que je pêche un peu pour les dialogues, je me suis inscrite cette année à l’atelier dialogue théâtre. Je mettrai peut-être vingt ans à suivre la formation complète de l’U.E.E. Mais quand je vais à ces cours, j’en apprends beaucoup en général et sur moi. Je me suis épanouie comme auteure mais aussi en tant que femme. »

 

Voilà les Plumes, c’est terminé pour aujourd’hui. Remercions chaleureusement Julia et Marika pour leurs témoignages à la fois complets et très enrichissants. Pour davantage d’informations, je vous invite à aller jeter un œil sur le blog de Julia (https://allezvousfairelire.com/) et sur le site de l’UEE (http://www.uee.be/).

J’espère que cet article aura éclairé votre lanterne et je vous dis à bientôt pour un nouveau numéro inédit du PAen.

 

À vous les studios !

« Aristote et Dante découvrent les Secrets de l’Univers » de Benjamin Alire Saenz

Ari, quinze ans, est un adolescent en colère, silencieux, dont le frère est en prison. Dante, lui, est un garçon expansif, drôle, sûr de lui. Ils n’ont a priori rien en commun. Pourtant ils nouent une profonde amitié, une de ces relations qui changent la vie à jamais…

 

C’est donc l’un avec l’autre, et l’un pour l’autre, que les deux garçons vont partir en quête de leur identité et découvrir les secrets de l’univers.

Plumes, l’heure est grave… Il m’est étonnamment difficile de parler de ce livre. Difficile de vous résumer l’amour que j’ai éprouvé en parcourant ces pages, l’oubli dans lequel cette lecture m’a plongé, les réflexions et les émotions qu’elle a entraînées.

Aristote et Dante est écrit avec beaucoup de douceur et de délicatesse. Ari est un animal craintif, renfermé sur lui-même, calfeutré dans sa carapace… Il apprend à s’en extraire, cela en observant Dante, sa façon de se comporter avec ses parents, sa façon d’être. Grâce à lui, Ari apprend aussi à se tourner vers sa propre famille, à admettre ses douleurs et à chercher à comprendre.

Comprendre son père qui a choisi le silence contre ses souffrances, comprendre sa mère qui ne parle jamais de son frère, comprendre le fonctionnement des autres, comprendre ses camarades, le monde, la vie…

Comprendre cet univers qui nous étreint tous.

 

Je parie qu’on trouve tous les mystères de l’univers dans la main de quelqu’un.

 

Dante, lui, apprend à s’accepter. Ce qui est étonnant parce qu’on attaque le roman persuadé que ce type tout sourire, tout décontracté, traverse l’univers les mains dans les poches. Rapidement, on réalise que non. Dante, comme n’importe qui, cherche à comprendre sa place, à se comprendre lui.

Et par leurs expériences, leurs conversations (parfois si sérieuses et parfois si simples) on finit par se retrouver entre les lignes. Leur amitié devient notre amitié ; leur famille finit par se lier à la nôtre.

Ce n’est pas leur vie qui est universelle, mais la tendresse avec laquelle celle-ci est abordée.

 

Mais j’ai mieux à te raconter : le soir, je suis allé dans le désert. Je me suis allongé à l’arrière de mon pick-up et j’ai regardé les étoiles en écoutant la radio. Il n’y avait aucune pollution lumineuse. Dante, c’était vraiment magnifique.

 

Aristote et Dante découvrent les secrets de l’univers, Benjamin Alire Sáenz, Pocket Jeunesse