Ruban bleu ANIMALITÉ

En mai, nous avions présélectionné trois Fictions de Plume d’Argent autour du thème ANIMALITÉ : La Septième Face de Seja,  Ville Noire de GueuleDeLoup et Meutes d’Elka. Vous avez voté pour élire laquelle serait épinglée du Ruban Bleu et voici l’heure de l’annonce du résultat !

 

rubanbleu-4a5afb1 Le Ruban Bleu revient à La Septième Face de Seja rubanbleu-4a5afb1

Résumé : Il n’avait pourtant rien demandé. M. Schauze se serait bien vu continuer dans l’unique et donc forcément renommée réserve de grenouilles du Cube. Mais c’était sans consulter le destin qui avait décidé qu’il avait aussi son mot à dire et qui aurait pu opter pour davantage de discrétion. C’est vrai ça, tout le monde sait que ce que les secrets aiment le plus au monde, c’est filer droit vers des oreilles indiscrètes.

Commentaire : Dans cet univers, il n’y a pas que les bestioles qui ont des dents : les plantes aussi ! Les plantes, surtout. Pour Machin Schauze, la vie n’est plus qu’une lutte permanente selon la loi de la jungle. Seja n’a pas son pareil pour animaliser le moindre personnage ou pâquerette, le tout avec énormément d’humour !

Vous pouvez lire l’histoire ici >> La Septième Face de Seja

Toutes nos félicitations Seja ! Et encore bravo à GueuleDeLoupe et à Elka pour leurs histoires non moins animales ! Nous remercions également toutes les plumes argentées qui se sont prêtées au jeu de la lecture et du vote.

 

 

Participez à la prochaine sélection !

Nous nous sommes dit que vous, honorables membres de PA, vous aimeriez peut-être avoir votre mot à dire pour la sélection des Plumes à Lire. Pour cette raison, nous vous invitons à répondre à la question suivante :

Quelles sont, pour vous, les Fictions de Plume d’Argent où L’APPRENTISSAGE occupe une place centrale ?

Nous nous baserons sur vos suggestions pour établir la liste des prochains candidats au ruban bleu ! Merci d’avance pour votre participation ♥

 

Le zoo des plumes

Chroniques d’une IRL printanière

Même si elle semblait placée sous le signe de la poisse (changement de lieu, plusieurs désistements de Plumes – parfois involontaires –, retards de transports…), cette rencontre dans la campagne grenobloise a su conserver une joyeuse ambiance de douce folie, agrémentée de moments calmes, de discussions plus ou moins sérieuses et, surtout, d’activités délirantes concoctées avec un amour blobesque !

Voici tout d’abord un échantillon de quelques savoureux extraits tirés de l’atelier d’écriture organisé par Lou : vous verrez que les Plumes se sont joyeusement prêtées aux divers exercices proposés !

(Annonce : vous avez conservé vos participations ? N’hésitez pas à les partager avec nous sur le topic du Journal !)

 

Vous trouverez également, disséminées ici et là, quelques photos pour illustrer les moments forts de cette rencontre !

(Annonce : vous avez pu capter d’autres instants épiques/embarrassants/émouvants/délirants ? N’hésitez pas à les partager sur le topic du Journal !)

 

Moitié-moitié

Chaque participant s’est retrouvé avec une page du texte d’une autre Plume. Il fallait le plier en deux dans le sens de la longueur et chercher à combler les trous (en italique dans le texte)… de la manière la plus fidèle, la plus loufoque ou la plus scatophile possible.

 

Arlequine-Danah (Ascendia)

Le noir complet. La lueur vacillante d’une flammekueche éclaire le mur. Le sol est humide, sombre. Il y a comme une vieille odeur d’oignons frits. Je me retourne, et sens la sueur perler sur mon front. J’ai le ventre qui gargouille. L’odeur de plus en plus forte. J’ai l’impression d’être observée par le petit Tröll en kilt.

J’avance et fais volte-face vers le mur. Il a changé. Ma parole ! Le Tröll sort une nappe fleurie aux motifs rouges. Les plaintes dégoulinent comme la crème fraîche. Une piqûre sûrement. Une piqûre de guêpe mutante. Il n’y a rien. En effet, ce n’était qu’une illusion. Encore un tour du Tröll farceur ! La faim n’en est pas une. J’ai les cheveux coupés au carré, mais quel rapport ? C’est tout moi ! Je tâte mon visage et retrouve bien mes tractopelles. Ouf ! Je reviens à ce mur qui m’intrigue. Il est redevenu comme avant, gris et sans flammekueche. Il n’y a vraiment plus rien.

Je lève les yeux et découvre un objet. Je ne le vole pas tout de suite – je suis kleptomane. Une poire suspendue à un crochet. Elle me paraît énorme. Et à lavement. Chouette, il me la faut tout de suite.

J’essaie de tendre ma main vers elle pour la saisir par le bulbe. Je la chope.

Je me mets à courir mais la clef est toujours inaccessible. Heureusement, la poire ouvre la serrure. Je continue dans ma course. Toujours cette même flammekueche qui m’éclaire. Et d’un coup tout s’arrête, la fille surgit derrière moi  – la Tröllette – elle remue du kilt. J’ai l’impression d’avoir quitté mon corps, de ne plus être en possession de tous mes poils. La poire-clef. Mes doigts la frôlent. Le temps s’arrête. Il n’y a plus de Tröllette. Ni de flammekueche. Juste le néant. Est-ce là son prix ? Le vide ? La faim ? Je ne me rappelle même plus qui je suis ni où je vais.

Alors que je suis sur le point de l’attraper, une ombre surgit et dérobe ma poire par l’arrière. Mes poumons se contractent, le choc me coupe la respiration. Ouille. Je tombe au sol, le dos en compote. J’ai la tête qui tourne et ne sens plus mon dos, et mes fesses non plus.

 

Danah-Ery (Moonshine)

Il avait beau connaître l’heure et l’adresse du caca, il savait qu’il devait l’évacuer avant de verrouiller le vaisseau et de se diriger vers les toilettes publiques, sinon c’était trop propre. Il n’était motivé que par l’appréhension ; mais dès qu’il s’engagea dans la cuvette, Bowie se détendit un peu : personne ne le regardait en faisant une tronche de constipé. Lui, par contre, dévisageait tout le monde : touristes en jupe, marchant d’un pas prudent sous l’effet de la diarrhée, cacas chauves ou tatoués. Dans ce bouillon de cultures, une si petite crotte passait inaperçue. Approchant d’un lampadaire, Bowie profita de ce drôle d’anonymat pour faire un ptit pipi au passage.

(…)

Même s’il était ravi par ce plongeon en terrain miné, il fut déstabilisé par les bombes qui explosaient bruyamment en ralentissant au pied du Complexe. Les démineurs étaient tous bourrés. Mais il n’était pas trop tard pour une virée dans le quartier des anthropopithèques après sa rencontre avec Napoléon – même s’il n’aurait pas l’occasion de le rencontrer puisqu’il était mort en 1821, dans le hall, en jouant des coudes avec fureur ; il avait joué, et il avait perdu. Poil au cul.

« Complexe », comprit Bowie, était un joli merdier. Des cacas de toutes sortes étaient exposés sur des étagères sans nom, qui devaient appartenir au même propriétaire que le lampadaire de tout à l’heure. Bowie monta dessus pour voir par-dessus les têtes et tenter de repérer Napoléon, qui était pourtant bel et bien mort à Sainte-Hélène, avec

les yeux arrachés. Dans la semi-obscurité fumeuse, on pouvait distinguer des tricornes, des sombreros, quelques casques vikings et un béret, mais pas de fez à l’horizon.

 

Jowie – Slyth (Les Croyances de Bronwen)

Lorsqu’enfin elle atteignit l’écurie, l’elfe éternua juste à temps ! Déployés au maximum dans une mer noisette, se trouvaient des veilleurs de nuit. Elle frotta son front rougi ; elle venait de se prendre une colonne. Vivement le chemin de retournicoton !

(…)

Drapés jusqu’aux mollets dans leurs capes noisetières à la manière des morts vivants.

– Rendez-vous au cimetière chuchota allègrement le chef noisetier avant de rabattre son capuchon et d’entraîner Eleonara avec ses pinces de crabe.

Elle montra de la résistance en remarquant une verrue : les poils partaient du licol de Voulï et le reliaient à chaque face de sa silhouette. A tel point qu’il était incapable de bouger ou même de faire un tour sur lui-même. Voyant son air stupéfait, le chef noisetier se chargea de nourrir sa curiosité.

– En quel honneur a-t-on assemblé un attelage semblablement poilu ? Figure-toi que selon certains témoins (douteux, cela va de soi) notre maître les aurait récupérés sur un milicien. Il lui aurait arraché un doigt. Le majeur, lui, était rasé de près. Mais qui donc peut-être capable d’une atrocité pareille ?

Du coin de l’œil, Eleonara vit Sgarlaad croiser son regard : visiblement, il n’était pas  le seul à être dupe de la non-dangerosité apparente du gang des noisettes.

 

En pleine concentration durant l’atelier d’écriture
En pleine concentration durant l’atelier d’écriture

 

 

Le jeu du dictionnaire

Connaissez-vous ces drôles de mots ? La bonne définition est cachée parmi les autres, inventées par vos dévouées Plumes. Saurez-vous la retrouver ? (Et on ne triche pas, dans le fond !)

Vous trouverez la solution en toute fin d’article.

 

Gynécomaste

  1. Agglomérat de masses spongieuses au niveau du col de l’utérus
  2. Se dit d’un gynécologue massif
  3. Homme dont les mamelles sont aussi volumineuses que celles d’une femme
  4. Qui connaît bien les femmes
  5. Forme de gymnastique durant l’Antiquité
  6. Personne dont le métier est de mastiquer les organes féminins

 

Chionosphéréphile

  1. Qui aime les sphères de type chiono
  2. Qui aime dessiner des ronds
  3. Amateur de pétanque
  4. Collectionneur de boules à neige
  5. Qui aime les globes terrestres
  6. Personne ayant un goût prononcé pour les sphères de fromage italien

 

Anatidaephobie

  1. Peur d’être observé par un canard
  2. Peur de la pousse spontanée des poils de nez
  3. Phobie des calamars géants
  4. Peur qu’une météorite s’abatte sur le monde
  5. Peur des fruits de mer
  6. Peur des fourmis volantes

 

Fontaine ubérale

  1. Fontaine légendaire d’où coule la bière
  2. Fontaine de village
  3. Fontaine pour éteindre les incendies
  4. Fontaine avec de l’eau déshydratée
  5. Fontaine ornée de statues de femmes dont l’eau jaillit des mamelles
  6. Fontaine ayant la forme d’un taxi

 

Vinculum

  1. Fait d’écraser des insectes
  2. Bidet en argile
  3. Un jeune fabriquant de vin
  4. Se dit de quelqu’un qui a vaincu le vin
  5. Appareil datant du XIIIème siècle et permettant de boire le vin plus vite grâce à un système d’entonnoir
  6. Barre de fraction d’une division

 

Cucurbitaciste

  1. Raciste vis-à-vis des différentes sortes de cucurbitacées
  2. Collectionneur d’étiquettes de melon
  3. Éleveur de cucurbitacées
  4. Raciste envers les personnes qui mangent des concombres
  5. Expert en cucurbitacées
  6. Personne ayant une passion pour les cucurbitacées et dont le métier est de leur faire faire des roulades

 

 

Une partie des gagnantes de la cérémonie des Histoires d’Or (De haut en bas et de gauche à droite : Néné, Ery, Claquette, Jowie, Kitty, Jam, Danette, Lou)
Une partie des gagnantes de la cérémonie des Histoires d’Or
(De haut en bas et de gauche à droite : Néné, Ery, Claquette, Jowie, Kitty, Jam, Danette, Lou)

 

Poèmes – Le Vampire

 

Le crépuscule au soir venu

Goutte de sang sur l’oreiller

Au creux du lit ton corps nu

Et dans un verre, ton dentier

 

Ô ma douce Lulu !

Laisse-moi t’embrasser, cochonnet

Nous noyer dans un fût

Et cueillir des champignons aux lardons

 

Neila

 

Au détour d’une rue

Brumeuse et enfumée

Il tient des propos crus

À une jeune fée

Dans la sublimation

De ses grands yeux brillants

Rôde la tentation

De s’abreuver de sang

Ery

 

Peau de marbre sous le soleil

Sang séché sur ses incisives

Regard « so depressed » sans pareil

Parfois, il sent la lessive

 

Sur lui le temps n’a pas d’effet

De son regard sombre il regarde

Les enfants qui jonglent au mois de mai

Sur ses gardes.

 

Quinou

 

Il s’aventure à la nuit tombée,

Drapé d’étoiles et de pluie

Les pieds mouillés par la rosée

Et la face teintée d’ennui

Dans la maison il s’immisce

Laisse une offrande de deux fraises

Entre deux amants il se glisse

Puis part avec leurs charentaises

Elka

 

Les gonds grincent et la nuit est tombée

Dans le manoir tout noir le monstre se réveille

Une crampe à la fesse droite et un peu froid aux pieds

Il sort de son cercueil avec ses lunettes de soleil

 

Il a un peu faim alors il suçote un rat

Et va à la cuisine pour se servir une bière

Sa femme est là, cette grosse conne de Bella

Le vampire lâche un rot et lui fesse le derrière

 

Danah

 

Le soir il sort de sa maison

Alors que la lune éclaire les vallées

Pendant un temps il erre sans raison

Mais dès lors que paraît au sommet du clocher

L’ombre de sa vie de bonheur révolu

De tristesse il éclate et vers la falaise il court

Vers la maisonnette de couleur où il ne pleut plus

Et par la fenêtre il boit la joie et l’amour

Ethel

Dans son triste antre noir,

La chauve-souris sommeille.

Elle dort comme un loir

Sur des draps vermeils.

 

Minuit sonne enfin,

Le cercueil s’entrouvre.

Le vampire a faim,

Prends garde le Louvre.

 

Drago

 

Comme une ombre se glisse le monstre près d’elle

Dans le vertige de la nuit le froid d’un mort

Pâle souvenir d’une vie, amour éternel,

Des bras de ténèbres se referment sur son corps.

Veine bleue comme les cernes sous tes yeux, le cou

De la belle s’offre, blanc déjà comme un linceul

Quand son amant s’évapore il emporte tout

De sa vie, de la sienne, désormais ils sont seuls.

Rimeko

 

Les vampires ont les dents vraiment longues

Pourquoi ils ne les coupent pas, sont-ils trop cons ?

Et pourquoi en cape, pourquoi pas en tongs ?

Ils n’en ont jamais sauf dans ce truc en « tion »

 

Les yeux rouges aussi, ont-ils des lasers ?

Dans ce cas sont-ils des vampires Jedi,

Ou en ont-ils juste l’air ?

S’ils te voient du coup, ça fait « pioo » ou tu fais Aïe ?

 

Lyra

 

On lui connaît des dents pointues

Un appétit pour la chair fraîche

Dans l’ombre de la nuit, il tue

S’il se rate, c’est la dèche

La peau scintillante devant l’astre solaire

Non mais allô quoi !

Au fond, ce n’est qu’un vieux grégaire

Qui, par-dessus tout, craint les croix

Slyth

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Fin de cérémonie… quand les nerfs lâchent

 

 

Quelques souvenirs en images

Car oui, que serait une IRL Plumesque sans quelques citations des participants soigneusement consignées (en secret… au début) par Rimeko ?

Ou sans quelques photos (de Riri, toujours sur le coup) de ces moments privilégiés passés ensemble ?

 

Moment de lecture mené par Ery (avec une audience sous le charme de sa voix mélodieuse)
Moment de lecture mené par Ery (avec une audience sous le charme de sa voix mélodieuse)

 

Pour terminer en beauté, voici un petit florilège des paroles échangées durant ces quelques jours… sorties de leur contexte évidemment (parce que c’est bien plus drôle) et accompagnées de charmantes images qui viennent souligner leur ampleur cosmique !

 

citations (4)

citations

citations (3)

citations (2)

citations (5)

 

(Les bonnes réponses étaient : 3, 4, 1, 5, 6, 2)

 

Ces morceaux choisis de l’IRL ont été collectés et reconstitués par EryBlack et Slyth ^_^ Merci encore à Rimeko pour sa participation !

Les dessins de Léthé

 

Plumeaux et Plumettes, bienvenue sur la nouvelle rubrique illustrée du PAen !

Préparez-vous donc à (re)découvrir en images de belles histoires, PAennes ou non, parce qu’on est des grands curieux et que parfois on aime voir ce qu’il y a au-delà de FPA ! Préparez-vous à être éblouis par une flopée de topissitude et d’incroyablosité.

*

Jeu Concours #1

On commence avec une surprise, rien que pour vous : la mise en place d’un jeu pour vous permettre de gagner une illustration sur le thème du PAen de ce mois-ci (Animalité).
Le tirage au sort sera effectué le 30 mai 2016 !

Conditions de participation : avoir plus de 50 messages à son actif depuis votre inscription sur le forum, avoir posté un commentaire dans le topic du journal et y insérer « Je souhaite participer au Jeu Concours » – Outre ces restrictions, le jeu est ouvert à tous les membres de PA, de la Plume Argentée au journaliste PAen en passant par les petits nouveaux et les administratrices.
À gagner : une illustration A4, encre de chine et aquarelle, fanart de Akito & Shigure de Fruits Basket (© Natsuki Takaya) ; « Je pense à vous plus qu’à n’importe qui, et c’est une vérité que personne ne peut nier »

 

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L’illustration du mois

La plupart d’entre vous la connaissent déjà, voici une illustration du roman Balles Perdues, de Seja. Mais comme on aime vous faire des surprises, elle est cette fois-ci disponible en format carte postale et marque page, afin que vous puissiez l’imprimer chez vous pour rendre hommage à notre grande grenouille. Les deux formats sont à télécharger ici !

 

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LiveStream

Dans sa grande bonté, notre Claquette a accepté de participer à un LiveStream sur Le Délusoire, avec son roman éponyme Meutes. On a appris énormément de choses, notamment que Lyzander jouait de la Hard Musette (ça n’a étonné personne bizarrement) et que Ismael possédait un tatouage des plus sensuels. Une soirée riche et constructive, comme toujours ; qui nous a donné des illustrations hautes en couleur. Un immense merci à Elka pour sa participation et sa patience (on ne se mentira pas, il en faut pour survivre à une dizaine de Plumes déchaînées) !

Personnages : Ismael, Lyzander et Lara de Meutes (© Elka)

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Chantilly sur vos keurs

Un grand merci à tous ceux ayant participé à ce numéro : Ery pour avoir trouvé la sublime citation de Fruits Basket, Seja pour son soutien ainsi que pour avoir promis de ne faire mourir personne dans BP2 (Quoi ? On a pas dit que j’avais pas le droit de tenter ici aussi !) et Elka pour m’avoir accompagnée durant une topissime heure de stream. Et Flammy pour être une modo exemplaire (ou presque) sur la plateforme de stream et pour son soutien de toujours.

Et merci à vous, Plumeaux et Plumettes, pour votre présence lors des streams et vos remarques/mots d’amour/conseils <3

Léthé

Œuvres animalières

 

instinct

Instinct de Vincent Villeminot

« Tim ne garde qu’un souvenir troublant de l’accident. Quand il a repris conscience, il était une bête féroce, avide de chasse et de sang. A-t-il rêvé ? Ce n’est pas l’avis du professeur McIntyre, psychiatre singulier, qui l’emmène dans son institut de recherche où vivent d’autres initiés, tous sujets à des métamorphoses animales. C’est là que Tim rencontre Shariff et surtout Flora, une jeune fille séduisante et insaisissable… »

Vincent Villeminot est de ces auteurs qui ne ménagent pas leurs lecteurs. Qu’importe le sujet, il saura y apporter une touche plus sombre, plus troublante. La transformation animale est ici différente pour tout le monde ; chez certains elle est évitable, pour d’autre c’est un fardeau avec lequel ils leur faut vivre.
Une trilogie prenante, qui a le bon goût de ne pas s’enfoncer dans la facilité, bien au contraire.

 


Le dernier loup-garou de Glen Duncan

« Pourchassé par des tueurs fanatiques qui ont juré de lui trancher la tête, protégé contre son gré par une organisation secrète désireuse de vivre au grand jour, Jake a décidé d’arrêter de fuir. La prochaine pleine lune sera sa dernière.
« Va où tu peux, meurs où tu dois. »
Mais pour le vieux loup-garou suicidaire et blasé, rien ne va se dérouler comme prévu.
Par définition, l’amour est imprévisible. »

Ce roman fut une agréable découverte, notamment grâce au personnage principal dont le cynisme tire des sourires. Ici, les lycans vivent longtemps… très longtemps, et les chasser est un métier qui dure depuis de nombreuses années.
Tome unique.

 


Animorphs de K.A. Applegate

Alors qu’ils décident de couper par le chantier pour rentrer chez eux, Jake, Marco, Cassie, Tobias et Rachel assiste à l’atterrissage catastrophe d’un vaisseaux extra-terrestre. A son bord, le prince Elfangor, du peuple des andalites. Ce-dernier a juste le temps de les prévenir : la Terre est déjà envahie par les Yirks, une race dominante de la galaxie. Pour qu’ils se défendent en attendant de l’aide, le prince Elfangor leur confie le pouvoir de se transformer en animal.

Je ne pouvais pas ne pas mentionner cette série de 48 tomes qui a bercé mon enfance. La transformation animale y est totale : physique et mentale. Les humains devaient toujours lutter contre les instincts primaires, se rappeler qui ils étaient pour ne pas s’oublier dans ce corps qui n’était pas le leur.
Derrière ça on y parlait de familles, d’amitié, de luttes… J’en garde un délicieux souvenir !

 


Fruits Basket de Natsuki Takaya

Tohru Honda, lycéenne, vit sous une tente depuis la mort de sa mère. Recueillie par la famille Soma à la suite de quelques péripéties, elle va accidentellement découvrir leur plus grand secret : treize membres de cette famille sont hantés par l’esprit d’un animal du Zodiaque chinois, dont ils prennent la forme quand une personne du sexe opposé les heurte.

Nous sommes plusieurs Plumettes à éprouver un amour bruyant, larmoyant et éternel pour cette série de mangas. Pourquoi ? Parce que tous ses personnages sont hyper attachants (même les secondaires qui ne sont pas laissés de côté !). Parce que derrière la thématique fantastique de la malédiction animale, Natsuki Takaya aborde des questions qui touchent juste, là au creux du ventre, où ça peut faire mal. Parce qu’entre trois fous rires et deux crises de larmes, ce manga propose aussi de véritables leçons de vie.
Série en 23 tomes. Longueur parfaite, fin parfaite. Je vais me les relire, tiens.

 

Les Fourmis de Bernard Werber

Dans le monde que nous connaissons, Jonathan Wells hérite de la maison de son oncle biologiste Edmond Wells. Rapidement, il s’avère que la cave cache de nombreux secrets, et toutes les personnes qui tentent d’y pénétrer disparaissent les unes après les autres.
Dans le petit monde méconnu des fourmis, 327è part en expédition avec vingt-huit de ses congénères. Alors qu’elles sont en train de rentrer à Bel-o-kan, leur cité, quelque chose de très rapide les attaque et tue toutes les fourmis de l’expédition, à l’exception de 327è qui se lance dans une enquête pour protéger sa fourmilière.
Entre énigmes et chausse-trappes, les humains et les fourmis vont être confrontés à des épreuves inédites.

Ce roman m’a complètement passionnée – il fait partie de ceux que je ne suis pas parvenue à lâcher, même pendant les cours. Ce qui fait son originalité, bien sûr, c’est cette immersion dans la vie d’insectes dont on ne soupçonne pas l’intelligence. C’est sans doute romancé, mais j’ai trouvé ça très réaliste et bien documenté, et ça m’a confirmée dans mon affection pour ces petites bêtes. Côté humain, les énigmes de la cave m’ont aussi bien remué les méninges. Ce livre est extrêmement bien construit – son seul défaut, c’est sa suite, nettement moins bonne… Mais le tome 1 peut se lire seul et je vous le recommande de tout mon cœur !
Série en 3 volumes.

 

Cette sélection vous a été présentée par Elka et EryBlack ^_^

Votez pour votre fiction « animalité » favorite

Il y a dix jours, les Histoires d’Or se sont glorieusement terminées dans les paillettes et les oreilles de chat au cours d’une cérémonie IRL mémorable.  Suivez ce lien, tel le lapin blanc, pour découvrir le palmarès des histoires gagnantes ! Le ruban bleu est allé à la meilleure histoire, qui a partagé le trône avec Porteurs de Danah (déjà récompensée) :

rubanbleu-4a5afb1 La Voleuse des toits de Kittylou

 

A présent que ce grand événement PAtional s’est achevé, nous reprenons les Plumes à Lire autour du thème de l’ANIMALITÉ !

Vous avez jusqu’au 10 juillet pour découvrir les histoires nominées et voter pour celle que vous avez préférée. La gagnante se verra enrubannée et mise à l’honneur ! Merci à Elka et EryBlack pour avoir conçu les textes de présentation ♥

SerpentClochettesSeja

La 7éme Face de Seja

« Il n’avait pourtant rien demandé. M. Schauze se serait bien vu continuer dans l’unique et donc forcément renommée réserve de grenouilles du Cube. Mais c’était sans consulter le destin qui avait décidé qu’il avait aussi son mot à dire et qui aurait pu opter pour davantage de discrétion. C’est vrai ça, tout le monde sait que ce que les secrets aiment le plus au monde, c’est filer droit vers des oreilles indiscrètes. »

Dans cet univers, il n’y a pas que les bestioles qui ont des dents : les plantes aussi ! Les plantes, surtout. Pour Machin Schauze, la vie n’est plus qu’une lutte permanente selon la loi de la jungle. Seja n’a pas son pareil pour animaliser le moindre personnage ou pâquerette, le tout avec énormément d’humour !

 

LoupVilleNoire

Ville Noire de GueuleDeLoup

« Au loin une sirène stridente retentit longuement, couvrant en partie le bruit mécanique et sifflant des pistons de la Machine.

D’immenses buildings d’une couleur noire et brillante montent vers le ciel, serrés les uns contre les autres. Le bruit de la sirène se rapproche et les enfants s’enfuient dans les rues étroites et malodorantes. Un vieillard se lève péniblement sous le regard neutre de Gyfu, puis disparaît parmi les ombres de la Ville Noire.
Gyfu regarde la Ville Noire qui palpite comme un monstre gigantesque, bercée par le bruit effroyable de la Machine.
Gyfu ne peut rien faire toute seule. Juste raconter.
Raconter la Famille. Les piliers. Le multivers.
Jusqu’à ce qu’elle puisse retrouver la trace de Lou. Et être libre à nouveau, peut-être. »

Les étranges personnes qui composent la Famille observent derrière leur masque de chien, de loup, de poisson, d’ocelot… Visuellement fascinants, leur personnalité s’adapte à leur patronyme, à moins que ce ne soit l’inverse ? Ils sont, en tout cas, les êtres les plus singuliers de cette étrange ville ou gronde un vent de révolution.

 

Meutes

Meutes de Elka

« « Lysander était un drôle de type. Un drôle de type qui avait poussé Ismaël à acheter une boîte de gâteaux au supermarché pour se pointer chez lui, sac de cours sur l’épaule et l’excuse d’une dissert’ d’anglais sous le coude. »


Lysander Lancaster est surtout un loup-garou qui a passé une partie de sa jeune vie à déménager. Sa malédiction, il la connaît, il a presque toujours vécu avec. Il sait que ce qui est devenu normal pour lui ne l’est pas pour les autres. Il sait aussi qu’il a beaucoup de chance, au vu de sa situation. À presque 18 ans il semble enfin intégré et heureux, surtout grâce à la présence de son ami Ismaël.
Mais c’était sans compter les doutes lancinants et les remises en questions qui viennent le frapper. C’était sans compter l’impression persistante d’être suivi et observé. »

Comment vivre normalement quand l’animal est à l’intérieur de soi-même ? Quand il se manifeste tous les mois à la pleine lune, sauvage et incontrôlable ? Elka aborde la question avec délicatesse et développe autour de son héros un univers fantastique et inquiétant, où les lycans sont tour à tour menacés et menaçants…

PALPour voter, cliquez ici !

 

Grands livres pour petites pattes

Des animaux, il y en a un peu partout dans la littérature. Ils peuvent prendre la forme de totems, de monstres, d’instincts primaires ou de bestioles de compagnie hyper pratiques en cas de baston dans la Terre du Milieu. (Et ça vaut tout autant pour les aigles géants que pour les espèces de dragons des Nazgûls, notez. Mais je m’égare.)

Si c’est bien vrai qu’il y en a partout, on peut avoir tendance à oublier nos premières rencontres avec eux. Avant les loups-garou et les hippogriffes, bien longtemps avant les si jolis chevaux de Cormac McCarthy, nous avions déjà fait la connaissance de tout un tas de figures animales dans une littérature bien spécifique : les albums jeunesse. Ces beaux ouvrages pleins de tendresse ou de frissons, d’humour et de myriades d’autres petites choses dont, personnellement, je ne me lasse pas. J’AIME les albums pour les petits. Je suis sûre que VOUS AUSSI.

Donc aujourd’hui, on va causer des p’tites bestioles (ou des plus grosses) que vous et moi avons pu croiser quand la lecture était encore un exercice laborieux – et parfois bien avant…

 

Partons du plus petit, avec la Famille Souris de Kazuo Iwamura. C’est peut-être lui qui a semé les premières graines de ma fascination pour le Japon, avec ses histoires douces comme des comptines et fraîches comme des ruisseaux. Aujourd’hui encore, quand je les lis, c’est la voix de ma mère que j’entends – les albums de la famille Souris représentent pour moi l’idéal des histoires à lire avant de s’endormir.

Ses quatorze membres mènent une vie rythmée par des événements quotidiens, mais étrangement captivants sous le pinceau de monsieur Iwamura, qui attire souvent notre attention sur de minuscules détails. La famille Souris pique-nique, fait sa lessive ou sa cuisine, se prépare avant d’aller dormir ou va à la pêche sous la glace… Et au second plan, Petite Sœur et Benjamin se chamaillent, un de leurs grands frères tombe à l’eau, leur Grand-mère chante une berceuse…

Ces albums me procurent l’effet d’un haïku, tel que je l’imagine : une intense sensation de bien-être.

 

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Ernest et Célestine pourraient concurrencer nos rongeurs en matière de mignonnerie. Bon, Célestine est aussi une souris, peut-être que ça aide ; Ernest, lui, est un ours. Et pourtant, ces deux-là sont comme père et fille, ou peut-être frère et sœur, à moins qu’ils soient simplement les meilleurs amis du monde… Ils sont nés sous le pinceau de Gabrielle Vincent, une grande dame belge dont tous les ouvrages sur lesquels j’ai pu poser mes petites mains sont chargés d’émotion.

Comme la famille Souris, Ernest et Célestine font… des tas de trucs. Ils construisent des cabanes, se mettent en quatre pour préparer une chambre à leurs visiteurs et rigolent souvent pour des bêtises. Comme chez la famille Souris, il ne se passe rien d’extraordinaire dans ces albums, et c’est ce qui en fait toute la saveur ; ils diffusent un parfum un peu suranné, qui renvoie inévitablement à l’enfance, aux parties de cache-cache de l’été et aux bols de lait avant d’aller se coucher.

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Ernest & Célestine sont devenus un film d’animation, malheureusement pas dessiné par madame Vincent, et qui ne ressemble que de loin à ses albums, mais qui est d’une très grande qualité et que je vous recommande tout de même. Le scénario est de Daniel Pennac, qui était ami de plume de Gabrielle Vincent, et l’idée principale est de montrer qu’on peut être ami avec quelqu’un de très différent de soi.

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Enfin, je vous présente Sophie la vache musicienne, un album signé par Geoffroy de Pennart. Comme le titre l‘indique, Sophie aime la musique, et elle est extrêmement douée. Lorsqu’elle apprend qu’un concours de musique est organisé, elle part pour la grande ville pour essayer de se faire engager dans un orchestre. Et comme le titre ne l’indique pas du tout, elle va être confrontée à toutes sortes de discriminations basées sur l’apparence. Aucun des orchestres chez qui elle se présentera ne consentira même à l’écouter jouer.

« Pouah ! Pas de vaches brunes chez nous ! »

Eh oui, les enfants, cela s’appelle la discrimination et vous en verrez probablement toute votre vie. Vous serez découragés, comme Sophie. Parce que « qu’est-ce que la couleur vient faire dans la musique ? » Rien. Il y a de quoi se mettre en colère. Et c’est ce qui arrive à Sophie ; mais plutôt que de charger ces imbéciles en meuglant de rage, Sophie va se ressaisir : elle ne doit pas être la seule dans cette situation. Il suffit de créer son propre orchestre !

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Je ne sais pas vous, mais moi, tous ces animaux me paraissent finalement bien humains. Il me semble que l’animalité dans les albums pour enfants permet d’aborder des thématiques importantes sans renvoyer trop violemment à la réalité. Et puis, s’il faut être parfaitement honnête, c’est aussi peut-être une question d’esthétisme. Comme c’est joli, toutes ces cornes, tous ces poils et ces museaux ! Comme c’est mignon, toutes ces petites oreilles !

Il y a encore tant d’ouvrages que j’aurais voulu vous présenter sur ce thème. Les travaux de Beatrix Potter ou de Claude Ponti, le Chien Bleu de Nadja, La cabane dans le cerisier de P.Dale ou bien Max, le lapin de Rosemary Wells… Sans compter Babar ! Il y a tant de merveilles dans cette littérature. J’espère que vous apprécierez ces albums autant que moi si vous avez l’occasion de les feuilleter !

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ANIMALITÉ

ANIMALITÉ. Les animaux occupent depuis un sacré bail une place de choix dans la littérature : le Roman de Renart, les Fables de la Fontaine, les Contes des frères Grimm, le Livre de la jungle de Kipling et j’en passe ! L’animal est cet Autre qui, comme nous, expérimente des sensations, ressent des émotions, développe son propre mode de communication, possède une sphère familiale, sociale même. Il est cet intra-terrestre qu’on côtoie chaque jour, qu’on domestique, qu’on mange, qu’on craint parfois, qu’on ne comprend jamais complètement et qui est pourtant, au fond, une partie de nous. Ce sera la mission de ce nouveau numéro de vous en faire la démonstration !

L’équipe du PAen a la joie et l’honneur de vous annoncer qu’il détient désormais son illustratrice attitrée en la personne de Léthé. Nous remercions aussi Rimeko pour sa génialissime contribution avec ses morceaux choisis de l’IRL.

Un grand merci également aux auteures Anne-Cerise Luzy et Estelle Vagner qui ont apporté un point de vue à la fois personnel et enrichissant sur le thème de l’animalité dans la fiction !

Cristal, rédactrice en chef

Au programme de ce numéro :

 

 

Et vous ?

Vous, auteurs, quelle place et quel traitement accordez-vous à l’animalité dans vos textes ? Votre avis nous intéresse !

 

 

Concours spécial Léthé

Conditions de participation : avoir plus de 50 messages à son actif depuis votre inscription sur le forum, avoir posté un commentaire dans le topic du journal et y insérer « Je souhaite participer au Jeu Concours » – Outre ces restrictions, le jeu est ouvert à tous les membres de PA, de la Plume Argentée au journaliste PAen en passant par les petits nouveaux et les administratrices.
Tirage au sort effectué par Léthé le 30 mai 2016
À gagner : illustration A5, encre de chine et aquarelle, fanart de Fruits Basket (© Natsuki Takaya)

 

 

Animal mon bel animal, dis-moi…

Coucou les plumes,

Dans ce numéro nous nous intéressons à l’animalité, autrement dit la place de l’animal dans la littérature. Qu’elle soit moderne ou classique, les lettres ont de tout temps fait la part belle aux animaux. Nous nous pencherons plus en détails sur le phénomène d’anthropomorphisme à travers les âges, avant de nous pencher sur les avis d’auteures. Pour la peine, ce n’est pas une mais bien deux interviews que vous pourrez découvrir dans cet article. Tout d’abord nous accueillerons Anne-Cerise Luzy, auteure de L’Opale de Feu, avant de continuer avec Estelle Vagner, auteure de L’Exil.

Vous êtes prêts ? Alors c’est parti.

 

 

1/ Recto

 

Qu’il soit héroïque, monstrueux, cruel, inquiétant ou attachant, l’animal est omniprésent dans la littérature à travers les siècles. Des fables aux contes populaires en passant par les légendes ou les romans, la place importante de nos amis les bêtes prouve le lien privilégié de l’homme avec le règne animal. Qui n’a pas vibré avec Croc Blanc de Jack London, parcouru les mers avec le redoutable cachalot d’Hermann Melville (Moby Dick), ou encore exploré la jungle avec Sher Kahn de Rudyard Kipling (Le livre de la jungle) ? Tantôt conseillers tantôt satyres de l’homme, la mise en scène de l’animal permet à l’auteur de ménager la susceptibilité du lecteur en dissimulant défauts et qualités humaines derrière des traits animaux.

On peut distinguer deux grands axes de mise en scène que sont d’un côté la fable et de l’autre le conte et le roman.

 

  • La fable

 

La fable est un court récit en vers ou en prose qui vise à donner de façon plaisante une leçon de vie. Une morale est généralement exprimée à la fin ou au début de la fable. Celle-ci est parfois implicite, le lecteur devant la dégager lui-même. Dans ces récits, les animaux se voient souvent attribuer des caractéristiques physiques et morales humaines. On appelle cela l’anthropomorphisme. Les animaux deviennent l’allégorie de l’être humain. Ces traits de caractères universels sont définis par l’observation des comportements animaux ainsi que de leurs aspects physiques. C’est ainsi que le loup symbolise la brutalité et la sauvagerie, là où le chien rappelle la fidélité. La colombe évoque l’amour, la fourmi l’ouvrière laborieuse, le renard la ruse, l’âne la stupidité, l’éléphant la force, le paon la vanité, le lion la puissance, le serpent la tentation, la pie le vol, l’agneau l’innocence, etc.

Quel écolier n’a pas appris scrupuleusement les Fables de La Fontaine ? Tout le monde connait son nom, mais plus rares sont ceux qui savent que La Fontaine n’a pas été le premier à se cacher derrière ces fables animales pour critiquer la société et ses travers. Dès l’Antiquité, Esope, écrivain grec du 7è siècle avant JC, mettait en scène les animaux dans des fables telles que La tortue et le lièvre, le loup et l’agneau, le loup et le chien, le loup et le héron, le rat des champs et le rat des villes ou encore le corbeau et le renard, ou le renard et les raisins. Certains de ces noms vous semblent familiers ? Et pour cause, Esope a inspiré de nombreux fabulistes au cours de l’histoire et notamment Jean de La Fontaine, Babrius ou encore Phèdre qui se sont librement inspirés de ces récits de l’époque qui pour la plupart n’étaient alors que des histoires transmises oralement d’une génération à l’autre.

L’objectif clairement assumé de ces vers étaient de critiquer une société et des comportements pervertis caché derrière le filtre animal.

 

 

  • Le Conte

Contrairement à la fable, le conte n’utilise pas l’allégorie animale. Elle préfère confronter l’homme à l’animal, dans la plupart des cas pour montrer sa supériorité, ou pour lui porter conseil et secours en mettant en lumière les défauts de l’homme sans pour autant les caricaturer comme dans la fable. D’Afrique, d’Asie ou encore de Russie, de nombreuses cultures à travers le monde mêlent les histoires où l’homme côtoie de près ces animaux intelligents dotés de la parole.

 

Dans ce cas, l’animal ne se fait pas satyrique mais plutôt égal de l’homme. On peut ainsi citer le conte vietnamien intitulé : le Buffle, le Tigre et l’Intelligence, ou encore le conte africain : l’Homme et les animaux. Le conte burkinabé : l’homme, la femme et les animaux ainsi que le conte : les trois antilopes.

Dans d’autres contes, notamment les contes slaves L’oiseau de feu ou la reine grenouille, l’animal se fait conseiller de l’homme. Il l’aide et l’assiste avec bienveillance, tout en le mettant face à des choix bien/mal. Là où de nombreuses histoires utilisent des génies, farfadet ou autres créatures merveilleuses, les contes slaves mettent en scène des animaux sauvages comme le loup, l’oiseau ou la grenouille.

Enfin citons ces romans où l’animal est un personnage à part entière. Là l’objectif n’est plus réellement la satyre mais la création de personnages marquants dotés d’une âme, un personnage haut en couleur propre à apporter le merveilleux dans le monde. Par exemple, Alice aux pays des Merveilles (Lewis Caroll). Qui ne se souvient pas du Chat de Cheshire, du Lapin Blanc ou encore du Lièvre de Mars.

 

Vous l’aurez compris, contrairement à ce que l’on pense de prime abord, nos amis les bêtes ne sont pas l’apanage des seuls livres pour enfants. De tout temps, l’homme a vu en l’animal tant une source de sagesse qu’un moyen de donner des leçons à ses pairs tout en ménageant leur susceptibilité. Après tout l’Homme est un animal, alors quoi de plus normal que de s’en inspirer.

Maintenant voyons tout de suite, l’autre côté du miroir animal, le verso de l’animalité autrement dit, l’avis d’Estelle Vagner et Anne-Cerise Luzy sur la question.

 

 

2/ Verso

 

Aujourd’hui dans Verso, ce n’est pas une auteure que je vais vous présenter mais deux. Comme nous l’avons vu précédemment, le recours à l’animal est une chose fréquente dans la littérature, preuve en est je vous présente pas moins de deux auteures ayant écrit sur le sujet.

 

Accueillons tout d’abord, une jeune auteure très prometteuse à l’écriture efficace et au monde haut en couleurs. Voici venir Anne-Cerise Luzy. Son roman s’intitule « L’Opale de feu», et se décline en 3 tomes minimum, dont deux sont actuellement disponibles.

 

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Pour que vous puissiez vous faire une idée, voilà le résumé :

Dans la tribu isolée des Sajaras, l’âme de chaque être humain est liée à celle d’un anima – un animal avec lequel les hommes communiquent par télépathie et dont ils partagent certains attributs.

Cateline, une adolescente, est liée à la chatte sauvage Kaslane, ce qui est une exception parmi les siens.

Avec sa meilleure amie Varagna, elle assiste à l’enlèvement de leurs parents par des inconnus. Les deux jeunes filles se lancent à leur secours.

Mais qui sont ces hommes sortis de nulle part, notamment celui à la longue chevelure blanche qui les conduits ? D’où viennent-ils ? Pourquoi ont-ils enlevés les Sajaras ?

Dans cette quête, Cateline trouvera peut-être plus de réponses que prévu, pour comprendre qui elle est et pourquoi son pendentif, une opale de feu en forme de lion ailé, semble lui provoquer des rêves étranges.

 

Pour en découvrir plus c’est par là : http://opaledefeu.jimdo.com/extraits/

 

« — Qu’est ce que c’est que ce truc ?

Les deux jeunes filles regardaient perplexes le navire d’environ vingt mètres de long amarré dans la crique. L’immense coque se balançait doucement au gré des vagues en grinçant. Elle était surplombée de quatre mâts habillés de voiles, pour l’instant repliées. Un pavillon à fond noir flottait sur le plus haut : en son centre glissait un Ouroboros blanc, serpent ailé mangeant sa propre queue en un cercle infini. La figure de proue en bois sculpté représentait la gueule du reptile s’avalant lui-même, tandis que le corps du mystérieux symbole entourait complètement le pont du bateau et courait le long du bastingage. Le navire portait lui même le nom de cet étrange animal. À la proue et à la poupe, le château était surélevé, abritant de larges cabines destinées à l’état-major. Celle de l’arrière comportait une grande baie vitrée qui offrait à son occupant une luminosité agréable et une vue imprenable sur  l’océan.

Allongées derrière des rochers en surplomb de la plage, Cateline et Varagna observaient les allers et venues des ravisseurs. Avec soulagement elles avaient aperçu leurs parents, bien vivants.

Elles avaient suivi pendant plusieurs jours les étrangers, guidées par Sakala. L’oiseau leur avait permis de ne pas perdre la piste, même quand  le terrain était devenu sableux et n’avait plus conservé de trace visible. Autour d’elles les pins et les dunes avaient remplacé les hautes herbes et les collines. Puis une senteur inconnue s’était mêlée à celle des résineux, une odeur d’iode. Le ressac avait commencé à se faire entendre et les deux amies s’étaient pour la première fois trouvées face à l’océan. Elles n’avaient jamais vu de caravelle et étaient impressionnées par le grand bâtiment.

— Apparemment ils sont arrivés avec, Cateline fronça les sourcils, et ils semblent se préparer à repartir par la même voie.

En effet, les marins embarquaient matériel, montures et prisonniers à bord. Une étroite rampe d’accès permettait à deux personnes de marcher de front. Un cheval qui n’aimait pas particulièrement l’exercice s’agita en hennissant. Il glissa et manqua de tomber à l’eau ; les hommes le houspillèrent pour le faire avancer.

— J’ai l’impression qu’ils n’ont pas d’anima… dit Cateline.

Cette idée lui arracha un frisson et elle posa une main sur la fourrure de Kaslane couchée près d’elle, comme pour s’assurer de la présence de la chatte. Celle-ci ronronna à son contact. Sakala s’ébroua sur une branche de bois mort à côté d’elles.

— Comment c’est possible ? demanda Varagna en jetant un œil à la fauconne. Enfin, je veux dire… Notre âme n’est entière que grâce à eux, ça signifierait que ces gens sont… incomplets ?

Elles se regardèrent, de plus en plus perdues : ces étrangers bousculaient tous leurs repères. »

 

Voyons maintenant son avis sur l’animalité :

 

D’après vos différentes expériences d’écriture et/ou de lecture, quelle place la littérature accorde-t-elle à l’animal ?

Je pense que depuis toujours l’animal a eu une place importante dans les récits humains, que cela soit les dieux égyptiens, le bestiaire du Moyen-Âge, les fables ou les romans d’aventure. Probablement que leur côté à la fois proches de nous et si différents y est pour beaucoup et entretien l’imagination des conteurs. Ces deux aspects permettent également de les utiliser comme porteurs de message et de symbolisme.

Dans la littérature jeunesse leur présence est encore plus marquée, qu’ils soient anthropomorphisés (ça se dit ça ?) ou non. Ils peuvent être de simples accompagnants comme Hedwige pour Harry Potter, des personnages essentiels comme dans Le livre de la jungle, voire les principaux comme dans La guerre des clans. Tous les enfants aiment les animaux, alors je pense que leur capital sympathie explique pour beaucoup cette présence.

 

Dès les premières lignes du tome 1 de L’Opale de feu, on sent clairement une inspiration tirée des traditions indiennes d’Amérique. Est-ce leur rapport aux animaux et à la nature qui vous a inspiré ? Avez-vous un lien particulier avec cette culture ?

Oui, les Sajaras sont complètement inspirés des Amérindiens et les animas sont une incarnation des esprits totems. C’est effectivement ce rapport à la nature qui m’a intéressée et je souhaitais créer un peuple au mode de vie chasseur-cueilleur. L’Opale de Feu c’est aussi l’histoire de choc de culture, de découvertes d’ethnies et modes de vie différents. Cette dualité nomadisme / sédentarité m’a été directement soufflée par l’étude de la préhistoire avec ma fille instruite en famille.

Je n’ai personnellement aucun lien avec cette culture en revanche. Je pense avoir aussi été influencée par une saga de fantasy que j’ai lu il y a une quinzaine d’année, Les Chroniques des Cheysulis de Jennifer Roberson.

 

Bien que les ambiances et les sujets abordés soient très différents, le point de départ de la relation entre Kaslane et Cateline, ainsi que la relation de tous les Sajaras et leur anima, est similaire à ce que l’on peut voir dans la croisée des mondes de Philip Pullman. Sur votre blog vous expliquez que la ressemblance est fortuite : s’il n’a pas été source d’inspiration pour vous, d’où vient l’importance que vous accordez à cette thématique de « lien de l’âme » ?

Effectivement j’ai lu Philip Pullman après que certains bêtas lecteurs m’aient fait remarquer la similitude. Je le conseille d’ailleurs à tout le monde, c’est un bijou !

Comme je disais plus haut, les animas sont une personnification des esprits totems. Je crois que j’aime bien cette idée de ne jamais être seul et de posséder des capacités à part, comme des griffes ou une meilleure vision nocturne. Je pense aussi que c’est en réaction à ma situation physique (je suis fibromyalgique) que je sur-investis le mental par rapport au corps.

 

Pour l’instant, la série compte deux tomes déjà publiés et un en cours de réécriture. Au final, combien en comportera-t-elle ? Avez-vous déjà pensé à l’après Opale de feu ?

La série comportera quatre tomes, un par élément. J’ai plusieurs idées pour d’autres projets, dont une sur laquelle je commence doucement à travailler, car elle devrait me demander pas mal de recherches historiques. Il s’agirait d’une romance fantastique sur fond de réincarnation, probablement young adult.

 

L’Opale de feu est un roman autopublié, quel conseil donneriez-vous à nos Plumes qui souhaitent se lancer dans l’aventure en publiant à leur tour ?

Ne pas rester seul ! Si j’ai pu mener à bien le premier tome, l’autopublier et poursuivre, c’est parce que j’ai suivi le MOOC de Draftquest où j’ai fait des rencontres. Certaines personnes sont devenues des amis et nous nous soutenons, que ce soit moralement ou techniquement. Ces personnes sont aussi mes bêtas lecteurs : à défaut d’éditeur, il faut tout de même trouver des personnes qui donneront un avis extérieur constructif sur son manuscrit.

L’autoédition a bien sûr ses avantages et inconvénients. Il faut être conscient que cela demande une bonne dose de travail en plus de celui de l’écriture et de la patience. Se faire connaître prend du temps.

 

Question bonus : Pour quand est prévue la sortie du tome 3 ?

… Joker ! 😀

Pour 2016, c’est sûr, mais pour l’instant j’ai encore trop de travail pour terminer la réécriture. Et une fois celle-ci achevée, tout dépendra des retours de mes bêtas lecteurs et du travail qu’il restera à accomplir ensuite.

 

Question bonus : selon vous, quel serait votre anima ?

Cateline me ressemble sur bien des aspects, donc j’ai dû mal à me projeter comme une autre personne dans l’univers de L’Opale de Feu. Par conséquent, mon anima serait Kaslane, une chatte sauvage qui m’a été inspirée par les chats norvégiens que j’élevais lors de la conception du monde de L’Opale de Feu.

 

 

Accueillons maintenant notre seconde invitée. Estelle Vagner, jeune maman chimiste de profession, elle est tombée dans les mots par amour de la lecture. Tout fraichement sorti des rouleaux de l’imprimerie son livre L’Exil, premier tome des aventures de Kayla Marchal connait déjà un grand succès.

 

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Pour que vous puissiez vous faire une idée, voilà le résumé :

Ironique destin que d’être née morphe… sans forme animale. Source de honte pour sa famille, Kayla Marchal, petite fille de l’alpha, est également considérée comme le maillon faible de la meute de la Vallée Noire. Aussi en est-elle chassée, elle qui n’a jamais mis un pied hors du territoire.

Alors qu’elle commence à goûter à la liberté et à s’intégrer au sein d’un autre clan, les vrais problèmes commencent. Mais déjà trahie une fois par sa meute d’origine, à qui pourrait-elle se fier ? À Ian, le loup aussi beau qu’insupportable ? À Max, le renard au passé mystérieux ? Ou à Jeremiah, l’irrésistible humain ?

Et ce fichu karma qui la prive de forme animale continue à se moquer d’elle, car tout le monde autour d’elle semble porter un masque… Inaptitude du passé et problèmes du présent vont venir, main dans la main, perturber la jeune morphe, avec des liens qu’elle était loin de pouvoir soupçonner.

 

Pour vous mettre en bouche, un petit extrait :

« Voilà plus de deux heures que je roule droit devant moi, sans savoir où aller. Mais je m’en moque. Tout ce que je désire, c’est m’éloigner le plus vite possible de la meute et de mes montagnes. Bref, de tout ce que j’ai toujours connu. La douleur qui me broyait la poitrine quand Grand-père m’a mise à la porte de chez lui a disparu. Ça peut être une bonne chose, au premier abord, cependant le vide qui l’a remplacée m’inquiète bien plus. En tant que morphe, tout est amplifié : colère, faim, protection, survie, reproduction… Rien de bien compliqué là-dedans, toutefois, c’est toujours intense. Alors que là, rien. Que dalle. En temps normal, je me donne beaucoup de mal pour contrôler mon instinct animal mais, pour le coup, j’aimerais bien qu’il revienne. Tout serait mieux que ce néant.

Le voyant de la réserve d’essence s’allume, accompagné d’un bip agressif. Je m’arrête à la première station que je croise. Isolée, déserte et avec un néon sur le point de s’écraser au sol pour seule lumière, elle me fait penser à mon cœur. À l’abandon.

Eh oui, il m’arrive de faire dans le mélo…

Je gare la Jeep et commence à la rassasier. Il faut dire qu’elle consomme beaucoup… Elle n’est pas vraiment faite pour avaler les kilomètres, plutôt les chemins forestiers. Mais je l’adore. Enfin, je l’adorais. Aujourd’hui, je m’en fiche. Dire qu’hier encore, le simple fait de m’installer au volant me faisait sourire à m’en faire mal aux joues.

Une voiture fait son apparition. La caisse tout entière vibre au rythme des basses d’une musique trop forte qui détourne mon attention. Elle se gare à la seule autre pompe disponible et recrache quatre mini-caïds. De gros durs, à coup sûr. D’à peu près ma taille, épais comme mon petit doigt et encore boutonneux, ils se déplacent comme si tout autour d’eux devait trembler – ce qui était le cas, jusqu’à ce qu’ils aient coupé la musique. Je jette tout de même un regard au néon, pour m’assurer qu’il survivra.

— Salut chérie, me lance le plus grand en me détaillant.

Super…

Je marmonne un bonsoir et détourne aussitôt la tête, calculant combien de temps il va me falloir pour remplir ce satané réservoir. Trop, à mon avis. Je lâche un gros soupir, fatiguée à la seule perspective de ce qui m’attend. Trois d’entre eux s’approchent de ma voiture pendant que le grand fait le plein.

— Belle bagnole ! Une Wrangler, c’est ça ?

— Elle est à toi ? fait le dernier en regardant l’intérieur par la fenêtre passager.

Je lève les yeux au ciel, déjà lassée de leur petit jeu.

— Oui, elle est à moi et oui, elle est très belle. Et ne posez pas vos pattes dessus, vous allez me la salir.

Le type qui fait le plein rit, ce qui énerve son copain, celui dont le visage est le moins dévoré par l’acné. D’un geste fluide et entraîné, il sort un couteau papillon et le pointe dans ma direction. J’aurais pu m’en inquiéter, s’il ne l’avait pas fait à trois mètres de moi.

— On va voir si tu vas longtemps faire la maligne : file-moi les clés de ta caisse, pour commencer.

Je jette un regard à la lune déjà bien visible dans un ciel à peine assombri par la nuit.

Sérieusement, pourquoi faut-il toujours que ça tombe sur moi ? »

 

Maintenant voilà son avis sur l’animalité.

 

D’après vos différentes expériences d’écriture et/ou de lecture, quelle place la littérature accorde-t-elle à l’animal ?

Pour les enfants y a de quoi faire. Il y a énormément de chose. On a beaucoup à apprendre des animaux. Je suis passionnée par les animaux. Ils sont souvent bien plus évolués que nous. Je lis beaucoup de fantastique et c’est un thème récurrent dans ce genre de littérature. Je pense que la bestialité est quelque chose de mystérieux. C’est une bonne analogie pour les sentiments et leur caractère primaire. L’Homme reste un animal et on ose pas le présenter comme tel donc on se cache derrière l’animal.

 

Dans la littérature actuelle, il n’est pas rare de voir abordé le thème du loup-garou, mais au-delà du mythe, pourquoi choisir d’aborder le thème de la transformation animale ? Pourquoi avoir recours à des métamorphes plutôt qu’à des « animaux parlants », comme dans Narnia ? La transformation a-t-elle pour vous une valeur symbolique ?

Les animaux parlants, ça fait beaucoup trop enfants. L’Urban Fantasy, c’est pour les filles. Or les filles aiment la romance. Avec des animaux parlants, ce n’est pas possible. Prenons l’exemple de Twilight, j’ai toujours accroché avec l’histoire du loup-garou à cause de son côté torturé. Il lui est difficile de concilier son animalité et son humanité. Je trouve que ça reflète bien mieux la complexité de l’être humain que les personnages plus lisses. Pour moi, le loup-garou représente la face sombre de l’Homme, sa bestialité. Cela donne des personnages intéressants dès lors qu’ils essaient de concilier ces deux aspects antagonistes de leur personnalité.

 

Du loup, présents dans de nombreuses mythologies à travers le monde, au renard qui n’est pas sans rappeler les Kitsune de la mythologie japonaise, votre livre nous fait découvrir des morphes animaux hauts en couleur. Quelles ont été vos influences, vos sources d’inspiration ?

 Le loup, le renard et d’autres, parce que ce sont des prédateurs de nos forêts. L’histoire se situe dans ma région (La Lorraine). Je voulais rester crédible par rapport à la faune locale, sans touche d’exotisme.

Avant d’être une auteure, je suis une lectrice. J’aime la série des Kate Daniels, des Anita Blake, des Mercy Thompson et surtout des Rebecca Kean. C’est Cassandra O’Donnell qui m’a fait tomber dans l’écriture avant de me lancer dans l’édition. Pour écrire, il faut beaucoup lire pour te donner l’envie de développer des choses qui n’ont jamais été faites. C’est ce que je voulais faire passer en commençant à écrire. Je voulais pour retranscrire les émotions que j’avais éprouvées lors de mes différentes lectures. La base de l’Urban Fantasy, c’est une héroïne badasse avec deux mâles alphas bien foutus qui lui tournent autour. Dans mon roman, j’ai voulu casser ces codes avec une héroïne qui se fait souvent botter le cul, mais qui est capable de faire ses propres choix. Des choix déterminants. Qu’ils soient bons ou mauvais. J’espère vraiment avoir réussi à créer des personnages nuancés, comme on en rencontre dans la vie de tous les jours avec leurs qualités, leurs défauts, et leurs failles.

 

Connaissez-vous les origines du loup-garou et les mythes qui s’y rapportent ? Dès les premières pages de votre livre, on est plongé dans la réalité de Kalya, qui semble plus refléter une société hiérarchisée de véritables loups à forme humaines. Qu’est-ce qui du loup-garou ou du loup tout court vous semble le plus refléter votre approche ? Avez-vous fais des recherches sur les loups ?

 J’ai fait beaucoup de recherches sur les loups, pas forcément pour mon histoire mais parce que j’aime les loups. Je me suis inspirée de la hiérarchie d’une meute, mais sans en reprendre tous les codes sociaux. J’étais limitée par mon intrigue. Par exemple, dans une meute, les petits sont élevés par une louve nourrice, alors que dans le roman, je voulais que Kayla soit élevée par son grand-père. Un autre exemple, la quête du pouvoir et le désir de possession sont des traits de caractère purement humains. Pour rester crédible, il m’a donc fallu mêler codes sociaux des loups et de l’Homme. Quant aux mythes du loup-garou, je n’en connais pas les origines tout simplement parce que ce n’est pas du tout le sujet de mon livre. Je me suis centrée sur les mythes polymorphes qui eux ont des origines païennes. On ne voit pas grand-chose des mythes dans ce tome, mais promis, ça viendra dans la suite.

 

Kayla change de forme, est-ce qu’à travers Kayla vous avez aussi « changé de forme » ? A quel point votre personnalité transparait-elle dans ton livre ?

Dans l’humour essentiellement. Je suis très sarcastique et tout aussi spontanée que Kayla elle-même. Bien sûr, il y a quelques traits de ma personnalité qui ressortent chez Kayla, mais ce n’est pas une projection de moi-même. Pour être auteure, il faut être un peu fou sinon tu ne pourrais pas avoir une conversation avec tes personnages. Ce serait dommage.

 

Sur votre site, en guise de présentation vous avez réalisé de petites interviews de vos personnages, comment vous est venue cette belle idée ? Comment se sent-on quand ses personnages commencent à s’émanciper de sa plume ?

Pour les interviews, je voulais créer des bonus. Comme j’ai beaucoup de retournements de situations dans le livre, j’avais peur de perdre mon lecteur dans de longues descriptions ou alors en lui en dévoilant trop d’un coup. C’est comme ça que m’est venue l’idée de ces petites interviews. Quand tu côtoies tes personnages assez pour qu’ils prennent vie quitte à faire de trucs imprévus, bah tu t’adaptes. Au début, je flippais à l’idée d’avoir plein de trous dans mon intrigue, puis j’ai compris que dans le fantastique tu peux faire tout ce que tu veux, alors si mon perso veut aller là, je le laisse faire et j’adapte l’intrigue en conséquence. En général, le résultat me plait bien, et je me dis que si ça me plait à moi, ça plaira à d’autres aussi.

 

Quel effet ça fait de rencontrer ses fans pour la première fois ?

En fait, c’est très bizarre. Je n’ai pas encore vraiment percuté. Lors du salon du livre à Paris, mon baptême du feu, je me suis installée à la table de dédicace et là, j’ai eu l’impression d’avoir une double personnalité. D’un côté, il y avait moi Estelle, chimiste et maman, et de l’autre, l’auteure des aventures de Kayla Marchal. Mais c’était une chouette expérience. Je suis toujours surprise des retours que j’ai sur ce livre. Les gens aiment beaucoup mais ils me voient comme si j’avais réalisé un exploit, celui d’écrire, alors que de mon point de vue, ça n’a rien d’insurmontable. Je n’ai pas changé. Je me sens toujours la même. La preuve, quand j’en parle avec mes collègues, je leur dis toujours que c’est Kayla qui a du succès, pas moi. C’est mon bébé et j’en suis fière, mais ce n’est pas moi. L’auteur n’est pas inaccessible comme je le pensais à une époque, c’est juste une personne comme moi.

 

Voilà les Plumes, c’est terminé pour aujourd’hui. Remercions chaleureusement Anne-Cerise et Estelle pour leurs réponses. Je vous invite à aller jeter un œil sur leurs sites respectifs pour davantage d’informations.

L’opale de feu – Tome 1 La Terre (Anne-Cerise Luzy) : http://opaledefeu.jimdo.com/

Kayla Marchal – Tome 1 L’Exil (Estelle Vagner) : http://estellevagner.wix.com/auteur#!les-personnages/c1d4q

J’espère que cet article aura éclairé votre lanterne et je vous dis à bientôt pour un nouveau numéro inédit du PAen.

 

À vous les studios !

Shaoran

La plume et la fourrure

À travers cet article, j’aimerais réfléchir avec vous à la façon dont l’animalité ressort d’une façon ou d’une autre à travers l’écriture. Pourquoi et comment l’exploiter dans nos histoires ? Même si les petites bêbêtes, ce n’est pas votre truc, ça pourrait vous intéresser !

 

L’animal symbole

Depuis tous petits, les histoires que l’on nous raconte sont peuplées d’animaux. Avez-vous déjà remarqué à quel point ils sont présents dans les albums jeunesse et les dessins animés ? Ils finissent par s’inscrire dans notre imaginaire à notre insu et, tôt ou tard, ils refont surface dans les histoires que nous écrivons à notre tour.

Il existe une véritable symbolique animale qui rejaillit dans le langage courant et, par voie de conséquence, dans l’écriture : l’innocence de la biche, la grâce féline, la fidélité du chien, la sagesse du hibou, la majesté du lion, la métamorphose du papillon. La figure emblématique du « grand méchant loup » incarne à elle seule le prédateur (sexuel) par excellence. Quand nous créons un personnage, nous tendons à lui donner des attributs qui font directement référence à ces animaux-symboles de l’imaginaire collectif. Prenons Voldemort, dans « Harry Potter » : voilà un personnage étroitement lié à la figure du serpent, tout en voix sifflante, en stratagèmes sinueux, en comportement venimeux. Et que dire du personnage d’Aslan dans « les Chroniques de Narnia », le lion dans ce qu’il incarne de plus royalissime ?

Pour être franche, au moment de commencer cet article, je ne pensais pas être tellement concernée par le sujet en tant qu’auteure : l’univers de la Passe-miroir est essentiellement urbain et peuplé d’objets. À présent que je me penche sur la question, je me rends compte à quel point l’animal est omniprésent dans ma propre écriture. Ophélie la petite souris grise, Thorn l’ours mal léché, Berenilde à la grâce de cygne, la bienveillante tante Roseline et sa dentition de cheval, la grand-mère tortue, le débrouillard Renard et, évidemment, cette bonne vieille écharpe à mi-chemin entre le chat et le boa. Je me suis découvert un véritable zoo caché ! Sans m’en apercevoir, sans le vouloir vraiment, j’ai véhiculé toutes ces figures animales imprimées en moi depuis l’enfance. Et vous savez quoi ? Ça me chiffonne, parce que je ne me suis pas appropriée ce bestiaire de façon réfléchie et assumée, et c’est comme ça que se perpétuent les stéréotypes. Je pense que ça vaudrait la peine pour nous, auteurs, de nous interroger en profondeur sur ce que représente la symbolique animale à nos yeux, intimement, avant de l’exploiter de façon vraiment personnelle. Je veux dire, un geai moqueur, ça, ça du bec !

 

L’animal personnage

Laissons de côté la métaphore et abordons maintenant l’animal en tant que personnage à part entière.

D’un côté, nous avons l’animal-compagnon qui fait généralement figure d’allié dans les histoires. C’est le brave hibou postal qui apporte les messages importants dans « Harry Potter » ; c’est le loup avec lequel Fitz de « l’Assassin Royal » entretient une amitié fusionnelle ; c’est l’anima de la « Croisée des mondes » où il tient lieu de prolongement de l’âme ; c’est le chat du Cheshire qui accompagne Alice dans son voyage au Pays des Merveilles. Il est intéressant de constater que ce personnage-animal développe une vraie communication avec le héros. Il est souvent doué de parole ou parvient à se faire comprendre d’une autre manière (télépathie, expressivité).

De l’autre côté, nous avons la bête sauvage, féroce, indomptable : l’animal devient alors source de danger. Le grand méchant loup, vous vous rappelez ? Ce qui est particulièrement intéressant ici, c’est la façon dont le héros va affronter ce danger. L’animal est-il l’ennemi à abattre ou… à apprivoiser ? Dans « le Voyage de Pi », nous assistons à la cohabitation forcée entre un adolescent et un tigre : c’est l’un des traitements les plus intéressants que j’ai vus sur le sujet et je recommande chaudement le film qui en a été tiré.

Une question intéressante à se poser, en tant qu’auteur, serait dès lors « en quoi l’animal-personnage complète-t-il votre héros ? » Incarne-t-il la force brute qui lui manque ? Est-ce l’ami, voire la famille qui fait défaut ? Lui sert-il de guide pour passer d’un monde à un autre ? Lui apprend-il quelque chose d’essentiel sur lui-même ? Un aspect intéressant serait de conserver la part de mystère animale, sa réponse instinctive aux situations qui ne serait pas nécessairement celle de l’homme. Bref, attention à la tentation anthropomorphique : projeter sur un animal une subjectivité typiquement humaine lui ferait perdre son essence première.

Enfin, il y a les romans où l’animal EST le véritable héros de l’histoire, son personnage principal : « Croc-Blanc » de Jack London, « les Fourmis » de Bernard Werber, « les Mémoires d’un âne » de la comtesse de Ségur. Ici, tout le défi de l’auteur consistera à nous immerger dans une peau complètement étrangère à la nôtre et à nous faire observer l’humanité à travers le regard animal.

 

L’animal en nous

Je conclurai mon article sur une dernière forme animale, que je n’ai pas abordée jusque-là : celle qui sommeille en chacun de nous. Nos personnages sont des animaux. Quand nous les confrontons à un danger de mort imminent, à un isolement total et prolongé, à leurs besoins les plus vitaux, l’instinct primal pourrait (devrait) prendre le dessus. C’est dans ces situations extrêmes que se soulève la question la plus essentielle. Qu’est-ce qui, au fond, distingue foncièrement l’homme de l’animal qui est en lui ?

Cristal