De l’art de concevoir sa couverture (1)

3 conseils pour réussir son premier examen de passage

Coucou les Plumes,

Pour ce nouveau numéro du PAen consacré à l’Art, je vous propose aujourd’hui un article dédié aux grandes lignes de la création d’une couverture. Imaginez : votre roman est maintenant terminé. Comme tout accouchement, il s’est fait dans la douleur. Votre bébé, tout beau tout neuf, travaillé, façonné, révisé à la sueur de votre front et aux coups de sangs contre vos personnages récalcitrants, est maintenant prêt à être exposé aux yeux du monde. Une dernière relecture globale pour briquer les chromes, retoucher la peinture, gommer les ultimes coquilles et boucher les éventuels trous et le voilà parfait. Et maintenant ?

Deux chemins s’offrent à vous. Envoyer la bête à une maison d’édition et vous faire des cheveux blancs en attendant que votre bébé revienne avec un magnifique tatouage « accepté » en travers du front. Ou décider que non la célébrité ce n’est pas pour vous et vous préférez garder votre bébé dans une petite cage dorée pour ne le montrer qu’aux passionnés comme vous. Dans l’un comme l’autre des cas, il peut arriver qu’au bout du chemin vous décidiez de sauter le pas en publiant votre roman par vos propres moyens.

Il existe aujourd’hui de nombreuses plateformes de publication à la demande qui permettent de donner une vie d’encre et de papier à vos histoires, et ce pour la modeste somme d’un livre classique de librairie. Mais au moment de créer votre couverture, vous hésitez. Vous vous demandez comment faire. Voici quelques conseils pour vous aider dans la conception de votre couverture.

Ce qu’il faut savoir, c’est que la couverture d’un livre c’est comme son CV. Elle permet de se forger une opinion sur sa qualité et son contenu en une poignée de secondes. Un lecteur interpelé par votre couverture s’approche et prend le livre en main et là bingo ! La première étape est passée. Maintenant, il retourne le livre et là deuxième examen de passage : la quatrième de couverture, autrement dit, le résumé du livre ainsi que parfois la biographie de l’auteur. Il lit, ça lui plait, il achète. Banco ! Votre résumé ne lui plait pas, et là… c’est le drame. Conclusion, pour une bonne couverture, il faut combiner deux éléments cruciaux, un visuel à l’impact fort, et un résumé attractif et bien construit. Le résumé en lui-même étant déjà un art subtil et un sujet plus vaste encore, nous nous concentrons aujourd’hui sur l’image même de la couverture. Autrement dit le premier examen de passage.

 

Comment se compose une couverture ?

Pour être vendeuse, votre couverture doit susciter la curiosité de votre lecteur en moins de deux secondes. Et ce n’est pas une façon de parler, puisque des études ont démontré que c’est le temps moyen que prend un lecteur pour cataloguer votre œuvre. Il vous faut donc séduire, mais séduire vite et bien. Pour ce faire, il y a trois grands axes à respecter pour obtenir un visuel attractif pour votre lecteur :

  • Le choix de l’image
  • Le titre et la typographie
  • La composition

 

Le choix de l’image

C’est globalement la première chose que verra votre lecteur. Avant même de lire le titre ou quoi que ce soit d’autre, son œil sera attiré par une couleur, un objet, une forme. Bref un petit quelque chose qui fera tilt dans son esprit et qui l’incitera à regarder de plus près. Donc le choix de l’image que vous utiliserez est très important.

Le critère pour bien la choisir est simple. Elle doit être efficace. Pour cela, il faut qu’elle soit à la fois porteuse d’un message fort, tout en représentant le contenu du livre. Elle ne doit donc pas être choisie à la légère. Vous pouvez utiliser un symbole important de votre livre (exemple : une clef pour symboliser un passage, une transformation vers l’âge adulte ou la solution d’une énigme pourquoi pas), ou alors représenter une scène de votre histoire (exemple : un combat décisif, un paysage, une ville, un endroit particulier, un personnage principal…).

Une couverture surchargée verra forcément son message dilué. Trop d’informations, tue l’information. Il vous faudra donc vous limiter à une seule information, symbole, scène. Choisir la bonne image est aussi délicat que créer son résumé. Il ne s’agit pas d’aller glaner n’importe quelle jolie chose au fil du net.

Alors bien sûr, j’en entends déjà me dire « oui, mais moi le dessin… c’est des bonhommes bâtons et basta, alors dessiner une couverture… ». Effectivement, nous ne sommes pas tous égaux face au dessin, même si parmi les Plumes nous comptons de nombreux talents en devenir. Que ceux pour qui les arcanes de l’illustration restent une pratique obscure se rassurent, il existe aussi des solutions pour vous. Comme dit plus haut, piquer simplement une image super chouette sur internet n’est pas une bonne idée, droits d’auteur obligent, néanmoins, il existe de nombreux sites internet qui proposent des images libres de droits que vous pourrez utiliser soit directement soit pour un photomontage.

Attention, il faut veiller à ce que le format de l’image soit cohérent avec le format de votre couverture. Une image trop petite que vous aurez étirée pour la faire rentrer dans les clous perdra forcément en qualité, quitte à devenir floue et pixellisée. Ce que nous voulons évidemment éviter.

Pour ce qui est du choix de l’image en elle-même, faites selon votre goût mais aussi selon le message que vous voulez faire passer. Pensez aux codes couleurs. Ils sont au moins aussi importants que le dessin proprement dit. Une image noire et blanche n’a pas le même impact qu’une image couleur. Prenons un exemple : un nuage. Selon la couleur du ciel en arrière-plan le message ne sera pas le même. Là où un ciel bleu peut évoquer l’été, les vacances ou une vie agréable, un ciel rougeoyant peut évoquer l’automne ou le crépuscule voire même la maturité. C’est là qu’il vous faudra libérer le créatif qui sommeille en vous pour révéler tout le potentiel de votre livre. Jouez sur le cadrage de votre image, sur les couleurs, les textures, les effets, tout en gardant à l’esprit la règle du trop de trop tue le tout. N’hésitez pas à tâtonner, faire des croquis préliminaires au crayon ou sur photoshop de façon à mieux visualiser le rendu de votre couverture. Il est également possible, voire même utile, de créer plusieurs versions de l’image avec des rendus couleur différents, pour l’intégration de la police des titres.

 

Le titre et la typographie

Pour être percutant, votre titre ne doit pas seulement être clair, il lui faut aussi une typographie qui se démarque clairement de la police intérieure du livre, tout en restant parfaitement lisible. La lisibilité d’un titre ne tient pas seulement à la taille de sa police, mais aussi au type de police utilisé. Si pour l’intérieur, mieux vaut utiliser une police avec sérif (ou empattements) de type Georgia ou Garamond, pour l’extérieur, on préférera une police sans sérif, c’est-à-dire plus simple dans leur conception. (Les polices sans sérif les plus connues sont l’Arial, le Tahoma ou le Calibri). Le problème de ces polices pour un titre, c’est qu’elles manquent cruellement de fantaisie. N’oublions pas que le titre est un texte court donc s’il faut qu’il reste lisible, le mieux est tout de même de sortir des sentiers battus du Times New Roman. Autre conseil, évitez au maximum les polices en faux italique et en faux gras. En effet, il existe des polices spécifiques pour ces deux formats qui seront plus adaptées et surtout plus jolies et plus lisibles sur des titres qu’un Time New Roman, artificiellement mise en gras et italique.

La seule règle à observer c’est de rester cohérent dans le choix de la typographie par rapport au genre de l’histoire, mais également par rapport à l’image que vous aurez choisie. Par défaut, évitez de choisir une police « Science-Fiction », avec des lettres très carrées, type vieille écriture informatique ou écriture d’horloge, vous savez ces affichages à cristaux liquides, quand on écrit de la fantasy médiévale. De la même façon, on évite les polices « Fantasy », beaucoup plus rondelettes et travaillées que les précédentes, quand on fait la couverture d’un récit full SF.

Pour trouver une police originale et adaptée à votre univers, n’hésitez pas à fouiller un petit peu sur internet. Il existe de nombreux sites sympas pour trouver des polices de caractères complètement gratuites. Le tout est de choisir une police qui contraste avec l’image. Si vous choisissez une image claire avec beaucoup de détails, pensez typographie foncée et simple. Dans le cas d’une image foncée et simple, optez plutôt pour une police claire et plus travaillée. N’hésitez pas à tâtonner, tester plusieurs polices, tailles, couleurs, et très important, choisissez en plusieurs car le rendu avec l’image sera différent de celui sans.

 

La composition

Pour être efficace, la composition doit répondre à trois critères principaux. L’aération. La clarté de l’information. La lisibilité du message. Ces trois éléments se recoupent les uns les autres de manière à harmoniser l’ensemble pour ne pas donner une impression de surcharge. Le tout n’est pas d’assembler aveuglément l’image et la typographie, encore faut-il que les deux fonctionnent ensemble. Votre image est prête et superbe. Votre police allie l’originalité et la lisibilité. Problème quand vous mettez l’un sur l’autre, c’est un épic fail. C’est là qu’interviennent les multiples choix que je vous conseillai dans les deux étapes précédentes. De cette manière, il ne vous reste qu’à tester telle version de l’image avec telle police et voir ce qui fonctionne le mieux.

De manière générale, une couverture se décompose en trois zones principales qui sont en haut la zone de titre. On y trouve l’on trouve le titre du livre ou de la série, puis en dessous le sous-titre, ou le titre du volume dans le cas d’une série. Pour une bonne lecture de la couverture, ces titres doivent être hiérarchisés avec une police et une taille différente, propre à marquer leur importance. Par convention, un titre de série sera plus grand avec une police plus travaillée que le sous-titre. Parfois il arrive aussi que l’on trouve à cette place le nom de l’auteur. En général ce procédé de hiérarchisation n’est utilisé que dans le cas d’auteurs à succès, puisque leur nom seul suffit à vendre le livre aux fans. Pour nous autres auteurs débutants, on préférera mettre en avant le titre de son roman plutôt que son nom.

Ensuite dans le cadre central apparait l’illustration. Attention si vous utilisez une image qui couvre l’intégralité de la couverture, il faut que le contraste entre le dessin et l’écriture soit suffisant pour conserver une bonne lisibilité du texte. Cela implique également que lors du choix de votre image vous ayez bien fait attention à ce que les éléments importants de l’image soient au centre et non en haut à droite ou en bas à gauche.

Enfin dans la zone basse, on place le nom de l’auteur et éventuellement le logo et nom de la maison d’édition. Dans une police plus petite que le titre. Là vous pouvez choisir de centrer le nom ou de le décaler d’un côté ou de l’autre de la couverture. Ce choix dépendra essentiellement de votre image et des éléments que vous ne voudriez pas masquer, ou qui masqueraient votre texte.

Cette étape d’harmonisation des éléments les uns par rapport aux autres est assez délicate dans le sens où elle fait appel à la sensibilité artistique de chacun. Ces fameux goûts et couleurs qui sont propres à chacun. Cependant, il ne vous faudra pas perdre de vue que votre objectif est de plaire au plus grand nombre. Donc originalité oui, mais tout en restant représentatif et percutant.

Lors de la finalisation de votre couverture n’oubliez pas d’imprimer la maquette. En effet, il faut toujours garder à l’esprit que le rendu d’impression sera différent du rendu sur écran. Donc pour éviter les mauvaises surprises, il faut toujours vérifier avant le rendu sur papier sous peine de s’exposer aux déceptions.

 

Donc, pour une bonne couverture, on commence par cogiter très fort et très attentivement pour trouver quel est le message que vous voulez faire passer et qui représente le mieux votre histoire. Puis, on crée, choisit sélectionne une image qui envoie du rêve. On y associe un titre avec une police sympa mais sans en faire trop. Enfin on arrange le tout de façon à faire quelque chose de joli ET lisible au premier coup d’œil.

Un exemple assez marquant dans le domaine est pour moi la couverture des Twilight. Oui, ne me jetez pas de cailloux. En dépit du contenu du livre qui a fait couler beaucoup d’encre quant à sa « qualité littéraire », il faut avouer qu’en terme de symbolisme leur couverture est fichtrement bien réfléchie et représentative à mon sens. Analysons donc un peu ça.

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Le livre parle de vampire et « d’innocente jeune fille en détresse » donc code couleur noir, blanc, rouge que l’on voit respecté sur toutes les couvertures de la série. Le noir pour le côté sombre, la nuit. Le rouge pour le côté sang, vampire. Le blanc pour la fille, l’innocence. Enfin, la pomme symbolise à la fois le fruit défendu, donc dans ce cas, l’amour interdit entre les personnages principaux, mais elle a également une connotation de fruit de la connaissance et donc d’un apprentissage du bien et du mal. En somme, cette couverture représente le dilemme de l’héroïne. D’un point de vue plus terre à terre, c’est la simplicité de cette couverture, qui attire l’œil et amène le lecteur potentiel à se poser la question du contenu du livre, qui la rend efficace. Donc, pari tenu.

 

Voilà. C’est tout pour cet article. En résumé, pour une bonne couverture, il vous faut une composition percutante avec une image représentative de votre livre, et une police originale et cohérente mais pas trop surchargée. La couverture est votre vitrine soignez-là comme votre histoire.

 

À vous les studios.

Sushi ^^

 

Une recette de Vefree

Qui dit nouveau PAen, dit nouvelle rubrique ! « Suivez le guide » a été inventé pour vous présenter des petits tutoriels pur cru Plume d’Argent. Certains prolongeront les univers de vos fictions préférées, d’autres vous donneront des conseils pratiques dans votre vie d’auteur. Ce tout premier guide a été réalisé par Vefree et vous plonge dans l’univers gourmand des Pérégrinations d’une Cuisinière. Apprenez à cuisiner, étape après étape, une recette made in Solenne !

 

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