L’héroïsme au féminin avec Patricia Lyfoung (Verso)

Aujourd’hui dans Verso, nous sortons à nouveau des sentiers battus pour nous tourner vers l’art de la bande dessinée qui allie savamment littérature et image. À cette occasion, nous recevons Patricia Lyfoung, auteure de La Rose Ecarlate publiée chez Delcourt. Une saga en treize tomes racontant l’histoire de Maud, une jeune femme de bonne famille, élevée par son grand-père, mais dans le cœur de laquelle sommeille une héroïne. Une justicière qui sous le masque de la Rose Ecarlate n’hésite pas à prendre les armes pour défendre ses convictions. Un robin des bois au féminin qui nous ravit par la qualité de son dessin et la richesse de son univers.

Aujourd’hui dans Verso, Patricia nous livre son point de vue sur l’héroïsme au féminin.

Alors sans attendre, laissons-lui la parole :

 1- Quelle est ta définition d’une héroïne ? Quelle différence fais-tu entre héroïne et personnage principal féminin ? Quels sont les ingrédients nécessaires pour faire une bonne héroïne ?

Pour moi, une héroïne, c’est quelqu’un qui a des qualités et à qui on aimerait ressembler. Je fais une différence entre une héroïne et un personnage principal féminin : par exemple, dans ma vie, ma mère est une de mes héroïnes, comme Rumiko Takahashi (l’auteur de Ranma un demi), et Maud dans la Rose écarlate aussi (j’aimerais bien être aussi courageuse qu’elle). Maud est également le personnage principal de la BD car beaucoup d’intrigues tournent autour d’elle. Dans le Prince à croquer, Margot est le personnage principal féminin, mais je lui ai donné pas mal de défauts, donc, à ce niveau-là, je ne voudrais pas trop lui ressembler ! Mis à part son dévouement à sa passion, elle n’est pas toujours très sympathique !

Pour faire une bonne héroïne, dans la définition que je me suis faite, je dirai qu’il faut qu’elle véhicule des valeurs positives, qu’elle traverse l’adversité avec courage, et finalement qu’elle soit un personnage auquel les lecteurs ou lectrices puissent aimer ressembler, comme un modèle.

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L’héroïsme au féminin (Recto)

Coucou les plumes,

Aujourd’hui, je vous propose un nouveau numéro de Recto consacré à l’héroïsme, mais pas n’importe lequel. De longue date, l’héroïsme est resté un métier exclusivement masculin, mais qu’à cela ne tienne, l’égalité des sexes tente de rétablir les choses et aujourd’hui l’héroïsme se conjugue également au féminin. Dans cet article, le but ne sera pas de juger de la pertinence ou de la qualité des héroïnes de la littérature, mais de prouver que par-delà les clichés, elles sont là, elles existent et quoi qu’on en pense, elles se taillent la part belle dans la littérature new-age.

Afin d’enrichir notre vision des choses, nous vous présenterons dans un Verso spécial Imaginales d’Epinal, le point de vue d’auteurs de tous horizons sur la question de l’héroïsme au féminin.

Vous êtes prêts ? Alors c’est parti.

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Verso – Mon père, ma mère, mes frères et mes sœurs… (suite)

Aujourd’hui dans Verso, nous sortons des sentiers battus pour nous intéresser à ces écrivains de l’ombre qui ont une dimension professionnelle sans réellement l’être, je veux bien sûr parler de nous autres auteurs du web. À cette occasion, nous recevons Danette, auteure reconnue (mais qui souhaite garder son anonymat IRL sous peine de coup de hachette) de Moonshine, Ghost in the Graveyard et bien d’autres, publiée sur le site de Fictions Plume d’Argent.

À travers ses univers riches et pleins d’imagination, Danette nous transporte vers l’inconnu, tantôt effrayant, tantôt déluré, mais toujours incroyablement original et maitrisé. De quoi s’offrir d’excellents moments de lecture, dans lesquels la famille tient une place de choix. Aujourd’hui dans Verso, elle nous livre son point de vue sur le sujet.

 

Alors sans attendre, la parole à Danette :

  • Quelle place accordes-tu à la famille dans tes histoires ? Est-ce pour toi le point de départ d’une intrigue ? 

Je crois que j’essaye de créer des personnages aussi réalistes que possible ; partant de là, dans la réalité, la famille de sang ou de cœur – comme l’amitié, l’amour, les loisirs, le travail… et/ou leur absence/complexité respective (rayez la mention inutile) – est constitutive des individus qu’on devient, que ça nous plaise ou non. Du coup je pense que la famille prend une place importante dans mes histoires mais sans que ce soit une recherche particulière de ma part : le personnage est le point de départ de la création/réflexion, et sa famille fait partie des briques qui le construisent, expliquent son attitude, ses craintes, ses envies…

Après, dépendamment de l’histoire, j’accorde plus ou moins de place à la brique « famille » ; si j’écris de la romance, forcément, je mettrai moins l’accent sur les relations familiales que sur les relations amoureuses de mon personnage. Pour autant, je crois que le rapport d’une personne à sa famille impacte beaucoup de ses autres relations – parce que c’est la première qu’on tisse étant tout petit, celle aux parents, aux grands-parents, à la fratrie ; parce que c’est souvent la plus brute dans le positif comme dans le négatif : je n’aimerai jamais personne aussi fort que ma maman chérie d’amour et je ne haïrai jamais personne aussi fort que nombre de fruits pourris de mon arbre généalogique…

Disons que beaucoup des manques affectifs ressentis vis-à-vis de sa famille peuvent s’exprimer plus tard dans ses relations amicales ou sentimentales, par exemple ; et réciproquement, des relations familiales solides nous apprennent à interagir avec les autres, faire confiance, demander de l’aide… ce qui compte dans n’importe quelle relation. Donc la brique n’est jamais loin, même si elle n’est pas systématiquement au centre du chantier. C’est rare que je n’évoque pas la famille des personnages – et si je ne dis rien à ce sujet, je sais généralement ce qu’il en est en coulisses, même si ça se résume à trois mots.

Pour ce qui est des intrigues, si je dis que la famille n’est pas systématiquement au centre de tout – rarement, en fait ; je ne me dis jamais « je vais écrire l’histoire de cette famille » –, en y réfléchissant, elle est souvent liée à un élément crucial du développement de l’histoire. En fait, plus que la famille en tant que telle, c’est la mémoire qui me fascine ; la famille est une porte d’entrée assez évidente pour aborder ce thème : on a tous entendus des récits de « à ton âge » ou « à l’époque » quand « c’était le bon temps ». Ça nous raccroche au passé, et comme dans mes histoires, le passé a souvent un impact déterminant sur le présent, la famille sert de pont.

 

  • Si tu devais définir la famille, comment le ferais-tu ? 

Ohlàlà, mais quelle question difficile !

Je ne peux pas donner de définition de la famille, seulement ma vision et… je ne crois pas qu’elle soit très positive, ni très claire d’ailleurs… Ce qui est sûr c’est que je ne crois pas que les liens du sang soient fondamentalement plus importants que les liens du cœur, mais du coup ce sont deux environnements très différents.

La famille de sang, on y est attaché pour le meilleur et pour le pire – même en décidant de couper les ponts, ça laisse des marques ; ça peut être un refuge comme un boulet. Elle a un petit côté tribal, cette famille, dans mon esprit : des gens qui connaissent nôtre intimité mais qui ne nous connaissent pas forcément, nous, en tant que personne pleine de complexitude. Des gens avec qui on partage des secrets pas toujours très reluisants, un passif parfois plein de coups tordus et de méchancetés, des traditions, des tas de très vieux souvenirs qui n’appartiendront jamais à personne d’autre qu’à ce petit groupe restreint – la fameuse mémoire. Tout ça constitue un héritage commun qu’on a pas forcément toujours envie de porter, mais qui fait quand même que la secte familiale est ce qu’elle est. Qui fait aussi qu’on existe, et qu’on est pas quelqu’un d’autre.

Y a un petit côté absurde et charmant à se dire que ces gens, qui ne se ressemblent ou ne s’entendent pas toujours, décident quand même de rester ensemble – ou plutôt sont poussés à rester ensemble malgré tout. La famille est représentée comme quelque chose de fondateur de nos sociétés, mais ce serait intéressant de voir comment ça se passerait si on y accordait plus autant d’importance, ou si on l’abordait autrement – sans valeur donnée aux liens du sang, par exemple ? Ça donne des envies scribouillardes !

J’avoue, j’ai personnellement un penchant pour la famille de cœur. Celle-là, on la choisit, et du coup, si on est pas trop concon, ça devrait être que du positif – minus petites frictions bien naturelles. Pour moi, elle est là pour nous apporter tout ce que les autres ont oublié de nous donner, ou pour essayer de nous faire oublier ce qu’on aurait pas dû se prendre dans les dents. C’est un genre de gilet de sauvetage et de jardin secret.

Beaucoup de liens très forts se tissent en grandissant, je suppose, mais c’est rassurant de voir que ça peut continuer toute une vie : on découvre de nouveaux grands frères au boulot, on rencontre de nouveaux pépés au parc… alors certes, on a pas tout l’historique depuis les couche-culottes, mais on a quand même le temps de poser d’autres bases, d’avoir une autre intimité, et pour moi une plus grande confiance : je me sens mieux entourée de gens qui décident de rester dans mes parages en connaissance de cause (et à leurs risques et périls) qu’au milieu des pauvres bougres qui se retrouvent dans les pages de mon livret de famille par la force des choses.

Bref, si je devais définir la famille, je dirais que c’est un sacré bordel sacrément passionnant.

 

  • Que ce soit dans The Red Church, dans Moonshine ou encore dans Ghost In The Graveyard, tu nous dépeins le portrait de familles vraiment très différentes, tantôt unies tantôt disloquées. En quoi la thématique de la famille est-elle importante à tes yeux ? T’inspires-tu de ta propre famille ? 

Eh bien oui, je vous avoue que les clans de The Red Church sont la transposition littérale des deux côtés de ma famille : assoiffés de sang, cannibales, pleins de dents et portés sur un catholicisme pas très catholique.

Non, je ne m’inspire pas directement de ma propre famille, parce que j’estime qu’il y a des choses qui doivent rester privées, non mais ! et parce que j’ai mis trop de temps à réparer mes briquettes pour m’amuser à y donner des coups de marteau-piqueur. Cela dit, je pense que l’auteur met toujours un peu de lui-même dans ce qu’il écrit ; donc même si je ne rédige pas mon autobiographie, j’imagine que ma vision pessimiste de la famille sanguine sanglante de sang transparaît un chouïa par-ci par-là.

Ce qui m’importe dans cette thématique, je dirais que c’est surtout la question du conditionnement familial et de l’héritage dont je parlais. J’en ai personnellement beaucoup voulu à ma propre famille de me mettre ce fardeau sur les épaules – on débarque, petit enfant innocent, et subitement il faut encaisser les répercussions d’événements qui datent de plusieurs générations alors qu’on a rien demandé et qu’on voulait juste continuer à torturer tranquillement des bébés chiens. Ça m’intéresse de mettre des personnages dans des situations similaires et de voir comment ils s’en sortent avec leur propre bagage indésirable, que ce soit un secret, un décès, une séparation ou une sombre histoire de trafic d’organes…

C’est important de savoir d’où on vient et ce qui a coulé nos fondations (je file ma métaphore architecturale) mais c’est aussi passionnant de voir comment on s’érige à partir de là ; comment on peut construire une jolie maison douillette sur une cave fissurée (il est peut-être temps d’arrêter le filage). Et puis quand l’image de la famille est d’emblée positive, comme dans Moonshine, j’aime bien creuser un peu derrière les apparences, parce qu’aucune famille n’est parfaite.

La famille fait un bon miroir du monde, aussi : c’est assez facile de mettre une société ou un système en parallèle. Il y a des dominants, des dominés, des outsiders, des choses à cacher, à protéger, à changer… J’aime bien jouer sur ces deux échelles dans une histoire, faire en sorte que les grandes découvertes ou les grands bouleversements trouvent des échos plus personnels, qu’ils s’opposent ou se répondent (le personnage de Jill, dans The Red Church, était par exemple soumis à des enjeux de dualité et d’appartenance dans sa famille comme dans son clan ; dans Moonshine, la famille de sang et de cœur des héros cache des choses assez semblables à ce que peuvent cacher les gouvernements, et pour les mêmes raisons).

  • Mon petit doigt m’a dit qu’il existait entre certains de tes personnages issus d’histoires différentes des liens de famille, indépendamment de leurs relations familiales dans leurs romans respectifs. D’où t’es venue cette idée de dynamique entre les générations dans différentes temporalités ? Est-ce compliqué à mettre en oeuvre ? 

Ton petit doigt est bien informé.

La preuve en image :

Je pense que l’idée me vient de Zola (voilà, comme ça vous pouvez croire que je suis cultivée pendant deux secondes) qui a raconté l’histoire de plusieurs personnages de la famille des Rougon-Macquart à travers une vingtaine de romans, il me semble. Son but à lui était d’illustrer la réalité sociale du Second Empire en se servant de plusieurs générations pour en représenter les évolutions (et aussi de traiter la question des tares héréditaires, je crois, comme la passion pour la boisson, les oies et les morts ridicules).

Du coup, pleine d’ambition, prête à me mesurer aux plus grands, je me suis juste dit « tiens, ce serait marrant que toutes tes histoires soient liées, eheh », et comme je n’avais pas de principe de mondes parallèles et que la plupart desdites histoires se déroulent dans notre univers à peu près à notre époque, les lier par les familles me semblait être le plus logique.

Il y a eu quelques ratés et je compte aujourd’hui quatre futurs alternatifs d’univers qui ne peuvent pas cohabiter, mais avec un peu de gymnastique j’ai réussi à faire rentrer tout le monde. Pour beaucoup, ça n’apporte pas grand-chose : une tante inconnue est mariée à un type inconnu qui se trouve être l’oncle de quelqu’un d’autre. Pour d’autres, c’est un peu plus fun, et j’ai encore plein de branches libres en prévision des prochains romans !

 

Voilà les Plumes, c’est terminé pour aujourd’hui.

Remercions chaleureusement Danette pour son témoignage à la fois complet et très intéressant. Pour davantage d’informations, je vous invite à aller jeter un œil sur son profil FPA.

J’espère que cet article aura éclairé votre lanterne et je vous dis à bientôt pour une nouvelle interview haute en couleurs.

 

À vous les studios !

Recto – Mon père, ma mère, mes frères et mes sœurs…

Coucou les plumes,

Aujourd’hui, je vous propose de tester un Recto Verso un peu particulier puisqu’il se décomposera en deux publications. La partie Recto que vous découvrirez dans un instant et la partie Verso qui vous sera proposée le 15 novembre prochain et dans laquelle nous vous proposerons une interview. Comme vous l’avez sans doute déjà remarqué, ce trimestre le PAen s’intéresse à la famille. Recto portera donc sur la diversité de la famille, son traitement dans la littérature et sa place dans le récit. Vous êtes prêts ? Alors c’est parti.

Qu’elle soit grande ou petite, classique ou recomposée, traitée dans son sens le plus strict ou dans une interprétation plus large, il existe autant de représentations de la famille que de familles elles-mêmes. Et oui, elles peuvent bien se ressembler, mais le fait est qu’elles sont toutes absolument uniques. La littérature ne fait pas exception à la règle comme vous pourrez le voir.

Définition de la famille

À l’origine, la famille, du latin familia (« domesticité, maisonnée ») dérivé de famulus, famul (« serviteur, esclave ») désigne l’ensemble des esclaves et des serviteurs appartenant à un même homme. Ce terme évoluera par la suite pour s’appliquer à l’ensemble des êtres sous l’autorité d’un chef de famille, autrement dit, l’intégralité des habitants de la maisonnée sur lesquels le chef a droit de vie ou de mort, ce qui inclue femme, enfants et domesticité. L’esclavage ayant depuis disparu, le terme de famille ne concerne donc plus que la sphère des proches gravitant autour d’un individu.

Alors comment définir la famille ?

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Techno-Logique

Coucou les plumes,

Ce trimestre nous nous intéressons de près à la technologie et ses divers liens avec la littérature. Dans cet article, nous allons tenter succinctement de voir quel rôle joue la technologie dans la littérature actuelle et passée, avant de poser la question à Audrey Alwett, auteure de la bande dessinée Princesse Sara, une interprétation steampunk de l’histoire éponyme que nombre d’entre vous connaissent.

Vous êtes prêts ? Alors c’est parti. Continuer la lecture Techno-Logique

Leçons de choses

Coucou les plumes,

Le numéro d’aujourd’hui sera consacré à l’apprentissage. Comme le disait Socrate, cesser d’apprendre c’est commencer à vieillir. Et en effet, tout au long de sa vie, chacun d’entre nous est soumis à des situations dont il peut tirer un enseignement. S’il n’est pas toujours évident, il est propre à chacun. Aussi unique que l’est un individu. Nous allons tenter succinctement dans cet article de voir quel rôle jouent ces apprentissages dans la construction de notre écriture. Puis, afin d’enrichir le propos, nous recevrons Julia Loupiot, assistante d’édition chez Sarbacane pour une interview fort instructive et Marika, auteure amatrice, pour un témoignage sur son expérience des ateliers d’écriture.

Vous êtes prêts ? Alors c’est parti.

 

1/ Recto

L’apprentissage est un acte quasi permanent dans la vie de tous les jours. Dès sa naissance l’Homme est soumis à tout un tas de stimuli le conduisant à en tirer des enseignements. L’acte d’apprentissage peut se scinder en deux ensembles. D’un côté, se trouvera l’apprentissage scolaire regroupant l’ensemble des mécanismes menant à l’acquisition de savoir-faire, de connaissances ou de savoirs. L’acteur de l’apprentissage et alors appelé apprenant là où celui qui le dispense est l’enseignant. A côté de l’apprentissage scolaire, se trouve ce que l’on peut qualifier de leçon de vie, autrement dit tous ces événements extérieurs qui de manière consciente ou non, impactent la construction mentale d’un individu, sa personnalité. L’apprentissage est alors vu comme la mise en relation entre un événement provoqué par l’extérieur et une réaction adéquate du sujet, qui cause un changement de comportement persistant, mesurable, et spécifique.

Dans quelle mesure ces apprentissages permettent-ils de se lancer dans la rédaction d’un roman ?

 

Apprentissage scolaire

L’école dispense tout un tas de savoirs essentiels à la rédaction d’un roman. Le premier d’entre eux est l’acte d’écriture. Moyen de communication qui représente le langage à travers l’inscription de signes sur des supports variés, l’écriture est l’un des enseignements fondamentaux de l’école qui débute aussitôt l’entrée en cours préparatoire. Absolument nécessaire, elle est, avec la lecture, l’un des premiers contacts de l’enfant avec le langage transmissible. Jusqu’alors, l’enfant apprend par mimétisme vis-à-vis de son environnement. Dès lors que l’école lui enseigne la lecture et l’écriture, il s’ouvre à une nouvelle forme de savoir. Celle qui rend autonome.

Une fois cette compétence, basée sur la forme, acquise, débute une deuxième strate d’apprentissage fondamentale qui est celle de la sémantique et de la syntaxe. Explorant non plus la forme des lettres et la constitution des mots, elle s’intéresse à celle des phrases et des textes.

La syntaxe regroupe différentes matières que sont la grammaire, la conjugaison ou encore le vocabulaire. Elle s’intéresse à la construction du récit à proprement parler, l’organisation et l’articulation logique du texte, là où la sémantique se focalise plutôt sur le sens des mots et leur place dans le texte, leur sonorité ou encore leur rapport (homonymie, synonymie, antonymie…). Ainsi, avec la rhétorique, elle apprendra au futur auteur ce que sont les figures de style allant de la plus simple métaphore à la plus complexe des paronomases, ou encore les codes de rédactions des textes comme les différences entre le roman et la lettre ou encore le conte et le poème.

Si ces apprentissages sont longs et pour certains laborieux, ils n’en restent pas moins superficiels au regard de la richesse du français. Une vie entière ne suffirait probablement pas à en faire le tour, toutefois, l’enseignement scolaire suffit à acquérir les bases permettant ensuite de prendre la plume pour se jeter à corps perdu dans le vaste monde de l’imaginaire. Ce qui nous amène au second point de nos apprentissages que sont les leçons de vie.

 

Leçons de vie

L’expérience est une source intarissable d’apprentissage. Par-delà les compétences théoriques que transmet l’école, elle apporte un panel de leçons pratiques améliorant la connaissance de soi. De cette dernière découle des comportements spécifiques à chacun, qu’il s’agisse de traumatismes ou de moments de grâce.

Ces expériences influencent la façon d’écrire, mais aussi les thèmes traités par un auteur. Cela dit, ce ne sont pas les seuls facteurs qui conditionnent la plume d’un écrivain. L’un d’entre eux et non des moindres est celui qui développe l’imaginaire : la lecture. Elle est aussi complémentaire à l’écriture que l’est l’enseignement à l’apprentissage. Elle ne sert pas seulement à alimenter l’imaginaire mais aussi à enrichir les savoirs transmis par l’école, à les perfectionner, les reproduire.

Les expériences et le vécu en général constituent le lisier dans lequel germent les idées. L’imaginaire ne se nourrit pas seulement des expériences de tout un chacun mais aussi de sa curiosité vis-à-vis de son environnement. S’intéresser à tout, lire de tout, voir de tout permet de se constituer une culture et un savoir qui rendent l’imaginaire de chacun unique et fertile. Grâce à cela, l’écriture de chaque auteur s’en trouve transformée et améliorée.

 

Ainsi, l’acte d’écriture est une somme de ces apprentissages mesurables (ceux de l’école) et « intuitifs » (ceux de l’expérience) conduisant à la construction unique d’un roman reflétant plus ou moins fidèlement la personnalité de son auteur. Il n’est pas rare d’entendre un écrivain confesser qu’il a mis beaucoup de lui dans l’un de ses romans. Et pour cause, c’est un processus naturel dicté par le vécu des uns et des autres.  Si l’écriture est un apprentissage bien défini, la rédaction d’un roman est déjà un peu plus floue.

Elle se fait sur le mode de l’apprentissage par essai-erreur qui consiste grosso modo à tester différentes solutions pour choisir la plus adaptée, efficace, satisfaisante selon le contexte. L’écrivain commence donc son roman sans le moindre mode d’emploi. Il n’est alors armé que de sa seule imagination, les références et les maigres codes scripturaux dispensés par l’école. Il lui appartient ensuite de travailler, retravailler, peaufiner son texte piochant dans chacun de ses enseignements, cherchant de nouvelles solutions, enrichissant les bases de son texte et de son savoir jusqu’à façonner un manuscrit abouti.

Ainsi, le roman est en constante expansion comme son auteur est en permanente évolution. Partant de là, il n’y a pas d’échec dans l’écriture, juste des idées qui méritent d’être développées ou reformulées. Comme le dit Nelson Mandela, je ne perds jamais, soit je gagne, soit j’apprends.

Au final, mais ce n’est là que mon avis, il n’y a pas de bonne ou mauvaise manière d’apprendre à écrire, il n’y a que la façon qui vous convient le mieux, même si ce n’est pas celle du commun des mortels. L’imagination, comme le vocabulaire, peut s’enrichir de millions d’images, la syntaxe peut se modeler maintes et maintes fois, mais l’étincelle de la créativité ne peut s’exprimer qu’à travers la motivation et l’humilité. Ce sont elles qui rendent l’apprentissage productif, l’écriture efficace et la passion transmissible.

 

Vous l’aurez compris, apprendre c’est évoluer. Au travers de nouvelles connaissances et d’expériences, l’être humain modèle sa personnalité et l’écrivain construit son roman. Maintenant voyons, le point de vue de Julia et Marika sur la vaste question de l’apprentissage.

 

 

2/ Verso

 

Aujourd’hui dans Verso, nous recevons deux invités de marque aux parcours bien différents, j’ai nommé Julia Loupiot, assistante d’édition freelance pour la maison Sarbacane, et Marika, écrivaine amatrice et institutrice de maternelle ayant suivi une formation d’écriture.

 

Sans attendre, la parole à Julia :

 

« 1 – L’école est-elle la seule source d’apprentissage selon toi ? Si non, à quoi penses-tu ? Quelle différence ferais-tu entre école, éducation et apprentissage ?

 

Une alerte me semble nécessaire avant de vous délivrer mon gai babillage à ce sujet : je ne suis ni sociologue, ni professeur (ni même parent). Je travaille dans l’édition jeunesse (j’ai achevé mes études littéraires par un master d’édition sur le Patrimoine écrit en 2015) et tout ce que je vais vous dire me servira à parler de livres.

 

« L’apprentissage », c’est un concept très large (qui englobe observation, expérience et appropriation). On est constamment en apprentissage de quelque chose, à petite ou grande échelle (moi, actuellement, j’apprends à utiliser la chaîne Hifi de mon compagnon, en même temps que j’apprends, de façon infinitésimale, à gérer ma frustration et à prendre du recul dans les débats sociaux qui fleurissent sur Facebook). L’apprentissage est éternel — ou il devrait l’être.

« L’éducation » nous fait penser à l’Éducation Nationale, terme qui est venue remplacer celui d’instruction publique et dans le même mouvement semer une joyeuse confusion, puisqu’éduquer, c’est aider à bien grandir, à s’épanouir, quand instruire, c’est affûter un esprit (…vers une forme choisie).

« L’école » prétend (et dans une moindre mesure, parvient à) éduquer, mais elle se charge avant tout d’instruire.

 

L’école n’est évidemment pas la seule source d’apprentissage, mais elle est la principale source d’apprentissage de la culture légitime, qui est son biseau de choix pour affûter nos petits esprits.

 

Quand je dis culture légitime, je parle de cette culture qui a la classe : Flaubert, Lavoisier, Napoléon, Molière, etc. La culture, c’est plus large que ça, mais c’est celle-ci que l’on apprend majoritairement à l’école. (Je vous renvoie à une vidéo d’Osons Causer sur le sujet, L’égalité des chances à l’école n’existe pas)

 

 

C’est par le biais de l’école et de cette culture légitime que l’on se bâtit un socle commun de connaissances : quel que soit notre expérience vécue, tout le monde est passé par le théorème de Thalès, le cycle de l’eau, l’Égypte antique, les figures de style et le théâtre (mais aussi bien d’autres choses qui forment une culture plus discrète et intime, comme la cours de récréation, les vestiaires de la piscine, la sonnerie à la fin des cours, le fait de lever la main pour répondre, les joies et les peines de la notation et du carnet de correspondance, une façon de parler, un code de conduite envers les professeurs, un autre entre les élèves…) L’école nous fournit cet apprentissage-là : un socle commun de connaissances amalgamant culture légitime (grosso modo, c’est l’instruction) et expérience sociale (c’est l’éducation).

 

Je disais que l’école n’est pas notre seule source d’apprentissage. En terme d’expérience sociale, c’est frappant : on apprend un million de choses en étant confronté à des environnements variés (la famille, le centre aéré, les copains du parc, les voisins, les gens du club de sport, les amis des parents et leurs enfants, les amis des amis… etc.). Ces environnements vont nous fournir le reste de notre culture, celle qui ne correspond pas forcément à la culture légitime. Cette culture nous fournit un monde de références qui peuvent aller du dessin-animé du mercredi à une autre langue parlée à la maison, en passant par un trillion de petits bouts de machins qui semblent sans importance mais contribuent à rendre unique chaque individu.

 

Où se place le livre dans ce patchwork ?

 

Ou plutôt, où se placent LES livres ? Car la première erreur serait de parler « du » livre comme un objet culturel unique et magique flottant sur l’apprentissage de façon inquiétante tel l’œil de Sauron.

Les livres sont à la fois un média et une source d’apprentissage. Le malade imaginaire de Molière par exemple, pour le collégien moyen, sera principalement le média, le véhicule de la culture légitime (…et perçu comme tel ! C’est pour ça que nous sommes nombreux à faire un rejet des livres étudiés à l’école). Un manuel d’Histoire sera lui aussi un média d’instruction. Mais le manga One Piece que le même collégien dévore en scrèd’ ? Lui il ne sert à rien — et c’est pour ça qu’il est si délicieux !

moliere-et-one-piece

Ainsi il peut devenir une source d’apprentissage formidable. Qu’y-a-t-il dans cette lecture ? En vrac : le plaisir de lire, le plaisir social de partager une référence commune avec d’autres, un arc narratif classique qu’on retrouvera partout, un éventail de personnages littéraires récurrents, une approche exagérée du mouvement dans le dessin qui permet de percevoir les mécanismes d’enchaînement des cases avec une facilité déconcertante, un point de ralliement générationnel, un divertissement de qualité, un objet pour tromper l’ennui, etc., à l’infini.

 

Mon One Piece personnel, quand j’avais six ou sept ans, c’est le manga Dragon Ball. J’y ai découvert avec plus de clarté que je ne l’aurais fait ailleurs les mécanismes classiques du récit que l’on retrouve dans toutes sortes d’œuvres, dont une chouchoute chez moi et chez Plume d’Argent, La Passe-Miroir. Prenons un héros solitaire (Sangoku / Ophélie) : il mène une vie ordinaire (chasse dans la forêt/ son petit musée), mais est doté de qualités extraordinaires (sa force mystérieuse / son talent de liseuse) qui engrangeront une rencontre inattendue, le fameux « élément perturbateur » (Bulma / Thorn) rencontre qui tirera le héros de son univers quotidien (en voiture vers la Dragon Ball la plus proche / en ballon vers le Pôle) et l’emmène dans une quête (retrouver la Dragon Ball de son grand-père / découvrir les motivations louches de Thorn et… *spoilers*).

 

C’est parce que les livres pour la jeunesse sont si déterminants dans notre construction culturelle et identitaire (à l’échelle de l’individu au moins) que la question de l’apprentissage, de la morale, de la bienséance, de l’utilité, etc., y est souvent ramenée. Je suis la première à dire ouste à tout le reste pour me concentrer sur la notion de « lecture plaisir », mais toutes ces questions sont pertinentes — et pas inconciliables avec la lecture plaisir.

 

Sans avoir à délivrer un message (et personnellement je préfère quand ils s’en abstiennent) les livres se conçoivent comme une expérience culturelle — ils devraient donc être aussi riches et variés que les expériences que nous fournissent divers environnements sociaux.

Au milieu d’eux, on devrait trouver tendresse, amour, poésie, mais aussi violence, indifférence, humiliation ; il devrait parler des dessins-animés du mercredi et de l’autre langue parlée à la maison… *

…et d’un trillion de petits bouts de machins venus de partout, qui semblent sans importance mais contribueront à rendre un livre beau, doux, terrible, mémorable, en un mot : unique.

 

* Mais bon, surtout, il ne faut pas tout caser dans le même texte, sinon gare au gloubi-boulga bien-pensant et aux histoires sans queue ni tête.

 

 

 

2 – En tant qu’assistante d’édition* tu as approché de près la littérature jeunesse. Cette dernière fait souvent la part belle à l’apprentissage. Il n’y est pas rare de voir les héros évoluer dans leur contexte scolaire, qu’il s’agisse d’école à proprement parler ou simplement d’éducation. Selon toi, cette tendance se retrouve-t-elle également dans la littérature destinée à un public plus âgé ? Si l’adulte n’aime pas recevoir de leçon, la leçon se cache-t-elle habilement dans les pages ou n’existe-t-elle tout simplement pas ?

 

(*Chez Gallimard Jeunesse pendant 6 mois de stage en 2015, puis en free-lance pour Sarbacane depuis mai 2016)

 

Ahah, je ne sais pas si l’adulte n’aime pas recevoir de leçon. Nous sommes rétifs face à un message trop appuyé, mais n’aimons-nous pas tirer nous-mêmes les conclusions (affectives, morales, philosophiques, sociales…) d’un ensemble de points discrètement et savamment noués à notre intention ? L’adulte est fier, et a l’habitude de prendre des postures intellectuelles et de composer avec celle des autres : c’est surtout pour ces raisons que la littérature générale semble se détacher de l’apprentissage quand, en réalité, elle le dispense de façon moins assumée que la littérature jeunesse.

 

Sur la question de l’apprentissage, il faut par ailleurs distinguer plusieurs branches de l’édition. En jeunesse, on a les albums petite enfance dont les messages seront plus transparents pour une question évidente d’accessibilité. Il n’y a pas d’équivalent adulte, il me semble.

Ensuite, on a tout ce qui est documentaire, évidemment (sans même parler des sujets d’instruction évidents tels que la reproduction des grenouilles, je pense aux trucs sur la sexualité expliquée aux enfants par exemple, ou comment accepter la séparation de ses parents, être heureux dans sa nouvelle école, etc.) où l’on retrouve un aspect éducatif. On trouve exactement la même chose chez les adultes (jetez un œil au rayon Socio ou Bien-Être de votre librairie la plus proche).

Il y a aussi une part non négligeable de l’édition pour la jeunesse qui se situe à la frontière de l’éducation et de la littérature. Tous ces romans type « Juliette se fait harceler », « Kenza n’est pas de la bonne couleur », « Maman est très malade »… ce sont le plus souvent des romans-fonctions, des messages autour desquels on a cousu une histoire (qui peut être de qualité variable). La différence entre « Juliette se fait harceler au lycée » et Les petites reines (de Clémentine Beauvais) entre « Kenza n’est pas de la bonne couleur » et Sweet Sixteen (de Annelise Heurtier), entre « Maman est très malade » et Quelques minutes après minuit (de Patrick Ness), c’est que dans les premiers, le message prévaut et dans les seconds, l’histoire prévaut — et il se trouve qu’elle offre à la réalité des morceaux de miroirs révélateurs.

Un roman fonction n’est pas en soi un mauvais roman, il peut d’ailleurs être un bon roman fonction, mais la différence se situe-là, au niveau du rôle moteur du message.

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Les rayons des grands ont-ils leurs romans fonctions ? Je dirais que ça se fait moins, mais que oui. Un exemple récent : Ta deuxième vie commence quand tu comprends que tu n’en as qu’une, de Raphaëlle Giordano, un roman feel-good qui flirte avec le manuel de bien-être. On peut formuler sur cette tendance les mêmes observations que dans les rayons jeunesse : un message autour duquel on a cousu une histoire, qui peut quant à elle être de qualité variable. (Dans les deux cas on a du très bon et du très mauvais.)

 

 

3 – Sur ton blog tu parles de tous ces illustres anonymes bien-pensants qui se consternent de ne pas avoir le temps de lire parce qu’ils ont mille et une choses à faire. (Nb : moi la première !) En tant qu’auteur, on écrit pour le plaisir de raconter une histoire sans forcément avoir le but avoué de transmettre une leçon quelconque, mais en lisant, le lecteur lambda recherche-t-il obligatoirement à en retirer un enseignement qui justifie le temps « investi dans la lecture » ?

 

Je crois en effet que le temps investi dans la lecture est parfois « calculé », mais pas forcément en terme d’apprentissage, ou du moins pas consciemment. Les contraintes quotidiennes ainsi que les divertissements à notre disposition — notamment ceux que nous offrent la télé et internet — font une sérieuse concurrence à la lecture et, pour cette raison et bien d’autres, on peut avoir tendance à cibler d’autant mieux ses lectures. Se restreindre à ce qui fait bien en société (le dernier Untel, un roman dont « tout le monde parle ») et/ou ce qui tient de la culture légitime (les classiques, les prix littéraires).

 

Mais le phénomène s’observe chez presque tous les lecteurs, quelle que soit leur tasse de thé et leur littérature de référence (classique, gothique, SF, jeunesse, érotique, que sais-je) : quand on lit quelque chose qui ne correspond pas à ce que la version idéale de nous devrait être en train de lire, on s’en veut. On raisonne un peu comme si on était notre propre Sims, à vouloir programmer notre avancement culturel et cocher des checkpoint au fur et à mesure : « Le Goncourt, c’est fait ! Maintenant, je vais me faire tout Proust… » (chez moi c’est « Le dernier Villeminot, c’est fait ! Maintenant, je vais me faire toute la rentrée littéraire jeunesse… »). Sauf que la littérature, ce n’est pas comme les besoins corporels ou la muscu, il n’y a pas de claire barre de progression, et puis, surtout, on n’est pas des Sims. J’ai une liste de livres à lire en priorité pour des raisons X ou Y et à un moment donné je vais forcément me retrouver le nez dans un roman qui n’était pas du tout sur la liste, parce que c’est ça la vie.

 

Bref pour conclure : clairement, non, le lecteur lambda ne recherche pas un enseignement dans sa lecture (sauf ponctuellement, quand il cherche une réponse au deuil, à l’amour trahi, etc.). En revanche, je crois que oui, on cherche à valider sa version personnelle de son programme d’enrichissement culturel.

 

Et on échoue, parce que le programme est irréaliste, mais en échouant on se crée une autre richesse culturelle — différente, imprévue, bizarre. »

Allez vous faire lire

 

C’est tout (et c’est déjà beaucoup ♥) pour le témoignage de Julia, accueillons maintenant notre seconde invitée : Marika. Amoureuse des mots et des enfants, elle transmet son savoir autant qu’elle le reçoit. Pour vous les plumes, elle a accepté de nous livrer son sentiment sur l’apprentissage de l’écriture qu’elle a perfectionné sur les bancs d’une université un peu particulière : l’université européenne d’écriture.

 

« Je me présente. Je m’appelle Marika.

Depuis deux ans, je suis des cours à l’Université Européenne de l’Ecriture. J’ai été élève libre à l’atelier d’écriture pour enfants. J’ai toujours voulu écrire un livre, mais le déclic me manquait. Celui-ci eut lieu lors d’une formation sur l’écriture. Je suis institutrice maternelle. C’est donc moi d’habitude qui enseigne aux petits enfants. J’avais écrit un texte qui accompagnait une illustration enfantine, d’un lapin et d’un écureuil. Deux de mes collègues, que je ne connaissais pas très bien à l’époque, m’ont félicitée. A partir de là, j’ai commencé à me dire qu’il était temps de me lancer. Comme je n’ai pas voulu m’y mettre sans bases (je trouve que le travail d’auteure peut être parfois bien solitaire), je me suis donc inscrite à cet atelier.

Tout de suite, le courant est passé entre le professeur, Luc Maskens et les autres élèves. C’était extraordinaire d’avoir quelqu’un qui partageait son expérience avec nous. Luc a suivi tout le cursus de l’U.E.E et est auteur depuis longtemps.

J’allais la première année, pleine d’entrain à mes cours pour apprendre les bases de l’écriture pour enfants comme les personnages, le récit, le métamorphisme,…

J’avais de petits textes à faire pour les cours suivants que nous lisions en classe. Mon professeur nous donnait des pistes pour nous améliorer. Il n’y avait pas de critiques, mais des remarques constructives.

L’atelier se déroulait en deux ans. Après un examen final réussi (et oui, j’ai dû remettre trois textes pour passer en deuxième) et une envie folle de continuer cette formation, je me suis inscrite pour la seconde année. J’avais surtout en tête mon projet de livre que j’avais commencé un an auparavant. Un projet que seule ma meilleure amie avait le droit de lire.

Durant cette seconde année, j’étais la seule élève. J’ai donc su grâce aux conseils avisés de Luc mener à bien du début à la fin mon premier tapuscript (je dois encore le peaufiner, cela va de soi). Tout ce que j’ai appris lors de la première année m’a servi. Mon écriture était beaucoup plus fluide. J’avais beaucoup plus confiance en moi. Mon professeur a été comme un guide de plume. Il n’a pas écrit à ma place bien entendu, mais m’a donné des orientations, des ouvertures pour améliorer ce qui était déjà en place.

Je dirais donc que l’apprentissage est une transmission du savoir, un partage. C’est vraiment le sentiment que j’ai par rapport à mes deux années vécues à l’atelier d’écriture pour enfants.

Comme on n’a jamais fini d’apprendre et que je pêche un peu pour les dialogues, je me suis inscrite cette année à l’atelier dialogue théâtre. Je mettrai peut-être vingt ans à suivre la formation complète de l’U.E.E. Mais quand je vais à ces cours, j’en apprends beaucoup en général et sur moi. Je me suis épanouie comme auteure mais aussi en tant que femme. »

 

Voilà les Plumes, c’est terminé pour aujourd’hui. Remercions chaleureusement Julia et Marika pour leurs témoignages à la fois complets et très enrichissants. Pour davantage d’informations, je vous invite à aller jeter un œil sur le blog de Julia (https://allezvousfairelire.com/) et sur le site de l’UEE (http://www.uee.be/).

J’espère que cet article aura éclairé votre lanterne et je vous dis à bientôt pour un nouveau numéro inédit du PAen.

 

À vous les studios !

Animal mon bel animal, dis-moi…

Coucou les plumes,

Dans ce numéro nous nous intéressons à l’animalité, autrement dit la place de l’animal dans la littérature. Qu’elle soit moderne ou classique, les lettres ont de tout temps fait la part belle aux animaux. Nous nous pencherons plus en détails sur le phénomène d’anthropomorphisme à travers les âges, avant de nous pencher sur les avis d’auteures. Pour la peine, ce n’est pas une mais bien deux interviews que vous pourrez découvrir dans cet article. Tout d’abord nous accueillerons Anne-Cerise Luzy, auteure de L’Opale de Feu, avant de continuer avec Estelle Vagner, auteure de L’Exil.

Vous êtes prêts ? Alors c’est parti.

 

 

1/ Recto

 

Qu’il soit héroïque, monstrueux, cruel, inquiétant ou attachant, l’animal est omniprésent dans la littérature à travers les siècles. Des fables aux contes populaires en passant par les légendes ou les romans, la place importante de nos amis les bêtes prouve le lien privilégié de l’homme avec le règne animal. Qui n’a pas vibré avec Croc Blanc de Jack London, parcouru les mers avec le redoutable cachalot d’Hermann Melville (Moby Dick), ou encore exploré la jungle avec Sher Kahn de Rudyard Kipling (Le livre de la jungle) ? Tantôt conseillers tantôt satyres de l’homme, la mise en scène de l’animal permet à l’auteur de ménager la susceptibilité du lecteur en dissimulant défauts et qualités humaines derrière des traits animaux.

On peut distinguer deux grands axes de mise en scène que sont d’un côté la fable et de l’autre le conte et le roman.

 

  • La fable

 

La fable est un court récit en vers ou en prose qui vise à donner de façon plaisante une leçon de vie. Une morale est généralement exprimée à la fin ou au début de la fable. Celle-ci est parfois implicite, le lecteur devant la dégager lui-même. Dans ces récits, les animaux se voient souvent attribuer des caractéristiques physiques et morales humaines. On appelle cela l’anthropomorphisme. Les animaux deviennent l’allégorie de l’être humain. Ces traits de caractères universels sont définis par l’observation des comportements animaux ainsi que de leurs aspects physiques. C’est ainsi que le loup symbolise la brutalité et la sauvagerie, là où le chien rappelle la fidélité. La colombe évoque l’amour, la fourmi l’ouvrière laborieuse, le renard la ruse, l’âne la stupidité, l’éléphant la force, le paon la vanité, le lion la puissance, le serpent la tentation, la pie le vol, l’agneau l’innocence, etc.

Quel écolier n’a pas appris scrupuleusement les Fables de La Fontaine ? Tout le monde connait son nom, mais plus rares sont ceux qui savent que La Fontaine n’a pas été le premier à se cacher derrière ces fables animales pour critiquer la société et ses travers. Dès l’Antiquité, Esope, écrivain grec du 7è siècle avant JC, mettait en scène les animaux dans des fables telles que La tortue et le lièvre, le loup et l’agneau, le loup et le chien, le loup et le héron, le rat des champs et le rat des villes ou encore le corbeau et le renard, ou le renard et les raisins. Certains de ces noms vous semblent familiers ? Et pour cause, Esope a inspiré de nombreux fabulistes au cours de l’histoire et notamment Jean de La Fontaine, Babrius ou encore Phèdre qui se sont librement inspirés de ces récits de l’époque qui pour la plupart n’étaient alors que des histoires transmises oralement d’une génération à l’autre.

L’objectif clairement assumé de ces vers étaient de critiquer une société et des comportements pervertis caché derrière le filtre animal.

 

 

  • Le Conte

Contrairement à la fable, le conte n’utilise pas l’allégorie animale. Elle préfère confronter l’homme à l’animal, dans la plupart des cas pour montrer sa supériorité, ou pour lui porter conseil et secours en mettant en lumière les défauts de l’homme sans pour autant les caricaturer comme dans la fable. D’Afrique, d’Asie ou encore de Russie, de nombreuses cultures à travers le monde mêlent les histoires où l’homme côtoie de près ces animaux intelligents dotés de la parole.

 

Dans ce cas, l’animal ne se fait pas satyrique mais plutôt égal de l’homme. On peut ainsi citer le conte vietnamien intitulé : le Buffle, le Tigre et l’Intelligence, ou encore le conte africain : l’Homme et les animaux. Le conte burkinabé : l’homme, la femme et les animaux ainsi que le conte : les trois antilopes.

Dans d’autres contes, notamment les contes slaves L’oiseau de feu ou la reine grenouille, l’animal se fait conseiller de l’homme. Il l’aide et l’assiste avec bienveillance, tout en le mettant face à des choix bien/mal. Là où de nombreuses histoires utilisent des génies, farfadet ou autres créatures merveilleuses, les contes slaves mettent en scène des animaux sauvages comme le loup, l’oiseau ou la grenouille.

Enfin citons ces romans où l’animal est un personnage à part entière. Là l’objectif n’est plus réellement la satyre mais la création de personnages marquants dotés d’une âme, un personnage haut en couleur propre à apporter le merveilleux dans le monde. Par exemple, Alice aux pays des Merveilles (Lewis Caroll). Qui ne se souvient pas du Chat de Cheshire, du Lapin Blanc ou encore du Lièvre de Mars.

 

Vous l’aurez compris, contrairement à ce que l’on pense de prime abord, nos amis les bêtes ne sont pas l’apanage des seuls livres pour enfants. De tout temps, l’homme a vu en l’animal tant une source de sagesse qu’un moyen de donner des leçons à ses pairs tout en ménageant leur susceptibilité. Après tout l’Homme est un animal, alors quoi de plus normal que de s’en inspirer.

Maintenant voyons tout de suite, l’autre côté du miroir animal, le verso de l’animalité autrement dit, l’avis d’Estelle Vagner et Anne-Cerise Luzy sur la question.

 

 

2/ Verso

 

Aujourd’hui dans Verso, ce n’est pas une auteure que je vais vous présenter mais deux. Comme nous l’avons vu précédemment, le recours à l’animal est une chose fréquente dans la littérature, preuve en est je vous présente pas moins de deux auteures ayant écrit sur le sujet.

 

Accueillons tout d’abord, une jeune auteure très prometteuse à l’écriture efficace et au monde haut en couleurs. Voici venir Anne-Cerise Luzy. Son roman s’intitule « L’Opale de feu», et se décline en 3 tomes minimum, dont deux sont actuellement disponibles.

 

opaledefeu

 

 

Pour que vous puissiez vous faire une idée, voilà le résumé :

Dans la tribu isolée des Sajaras, l’âme de chaque être humain est liée à celle d’un anima – un animal avec lequel les hommes communiquent par télépathie et dont ils partagent certains attributs.

Cateline, une adolescente, est liée à la chatte sauvage Kaslane, ce qui est une exception parmi les siens.

Avec sa meilleure amie Varagna, elle assiste à l’enlèvement de leurs parents par des inconnus. Les deux jeunes filles se lancent à leur secours.

Mais qui sont ces hommes sortis de nulle part, notamment celui à la longue chevelure blanche qui les conduits ? D’où viennent-ils ? Pourquoi ont-ils enlevés les Sajaras ?

Dans cette quête, Cateline trouvera peut-être plus de réponses que prévu, pour comprendre qui elle est et pourquoi son pendentif, une opale de feu en forme de lion ailé, semble lui provoquer des rêves étranges.

 

Pour en découvrir plus c’est par là : http://opaledefeu.jimdo.com/extraits/

 

« — Qu’est ce que c’est que ce truc ?

Les deux jeunes filles regardaient perplexes le navire d’environ vingt mètres de long amarré dans la crique. L’immense coque se balançait doucement au gré des vagues en grinçant. Elle était surplombée de quatre mâts habillés de voiles, pour l’instant repliées. Un pavillon à fond noir flottait sur le plus haut : en son centre glissait un Ouroboros blanc, serpent ailé mangeant sa propre queue en un cercle infini. La figure de proue en bois sculpté représentait la gueule du reptile s’avalant lui-même, tandis que le corps du mystérieux symbole entourait complètement le pont du bateau et courait le long du bastingage. Le navire portait lui même le nom de cet étrange animal. À la proue et à la poupe, le château était surélevé, abritant de larges cabines destinées à l’état-major. Celle de l’arrière comportait une grande baie vitrée qui offrait à son occupant une luminosité agréable et une vue imprenable sur  l’océan.

Allongées derrière des rochers en surplomb de la plage, Cateline et Varagna observaient les allers et venues des ravisseurs. Avec soulagement elles avaient aperçu leurs parents, bien vivants.

Elles avaient suivi pendant plusieurs jours les étrangers, guidées par Sakala. L’oiseau leur avait permis de ne pas perdre la piste, même quand  le terrain était devenu sableux et n’avait plus conservé de trace visible. Autour d’elles les pins et les dunes avaient remplacé les hautes herbes et les collines. Puis une senteur inconnue s’était mêlée à celle des résineux, une odeur d’iode. Le ressac avait commencé à se faire entendre et les deux amies s’étaient pour la première fois trouvées face à l’océan. Elles n’avaient jamais vu de caravelle et étaient impressionnées par le grand bâtiment.

— Apparemment ils sont arrivés avec, Cateline fronça les sourcils, et ils semblent se préparer à repartir par la même voie.

En effet, les marins embarquaient matériel, montures et prisonniers à bord. Une étroite rampe d’accès permettait à deux personnes de marcher de front. Un cheval qui n’aimait pas particulièrement l’exercice s’agita en hennissant. Il glissa et manqua de tomber à l’eau ; les hommes le houspillèrent pour le faire avancer.

— J’ai l’impression qu’ils n’ont pas d’anima… dit Cateline.

Cette idée lui arracha un frisson et elle posa une main sur la fourrure de Kaslane couchée près d’elle, comme pour s’assurer de la présence de la chatte. Celle-ci ronronna à son contact. Sakala s’ébroua sur une branche de bois mort à côté d’elles.

— Comment c’est possible ? demanda Varagna en jetant un œil à la fauconne. Enfin, je veux dire… Notre âme n’est entière que grâce à eux, ça signifierait que ces gens sont… incomplets ?

Elles se regardèrent, de plus en plus perdues : ces étrangers bousculaient tous leurs repères. »

 

Voyons maintenant son avis sur l’animalité :

 

D’après vos différentes expériences d’écriture et/ou de lecture, quelle place la littérature accorde-t-elle à l’animal ?

Je pense que depuis toujours l’animal a eu une place importante dans les récits humains, que cela soit les dieux égyptiens, le bestiaire du Moyen-Âge, les fables ou les romans d’aventure. Probablement que leur côté à la fois proches de nous et si différents y est pour beaucoup et entretien l’imagination des conteurs. Ces deux aspects permettent également de les utiliser comme porteurs de message et de symbolisme.

Dans la littérature jeunesse leur présence est encore plus marquée, qu’ils soient anthropomorphisés (ça se dit ça ?) ou non. Ils peuvent être de simples accompagnants comme Hedwige pour Harry Potter, des personnages essentiels comme dans Le livre de la jungle, voire les principaux comme dans La guerre des clans. Tous les enfants aiment les animaux, alors je pense que leur capital sympathie explique pour beaucoup cette présence.

 

Dès les premières lignes du tome 1 de L’Opale de feu, on sent clairement une inspiration tirée des traditions indiennes d’Amérique. Est-ce leur rapport aux animaux et à la nature qui vous a inspiré ? Avez-vous un lien particulier avec cette culture ?

Oui, les Sajaras sont complètement inspirés des Amérindiens et les animas sont une incarnation des esprits totems. C’est effectivement ce rapport à la nature qui m’a intéressée et je souhaitais créer un peuple au mode de vie chasseur-cueilleur. L’Opale de Feu c’est aussi l’histoire de choc de culture, de découvertes d’ethnies et modes de vie différents. Cette dualité nomadisme / sédentarité m’a été directement soufflée par l’étude de la préhistoire avec ma fille instruite en famille.

Je n’ai personnellement aucun lien avec cette culture en revanche. Je pense avoir aussi été influencée par une saga de fantasy que j’ai lu il y a une quinzaine d’année, Les Chroniques des Cheysulis de Jennifer Roberson.

 

Bien que les ambiances et les sujets abordés soient très différents, le point de départ de la relation entre Kaslane et Cateline, ainsi que la relation de tous les Sajaras et leur anima, est similaire à ce que l’on peut voir dans la croisée des mondes de Philip Pullman. Sur votre blog vous expliquez que la ressemblance est fortuite : s’il n’a pas été source d’inspiration pour vous, d’où vient l’importance que vous accordez à cette thématique de « lien de l’âme » ?

Effectivement j’ai lu Philip Pullman après que certains bêtas lecteurs m’aient fait remarquer la similitude. Je le conseille d’ailleurs à tout le monde, c’est un bijou !

Comme je disais plus haut, les animas sont une personnification des esprits totems. Je crois que j’aime bien cette idée de ne jamais être seul et de posséder des capacités à part, comme des griffes ou une meilleure vision nocturne. Je pense aussi que c’est en réaction à ma situation physique (je suis fibromyalgique) que je sur-investis le mental par rapport au corps.

 

Pour l’instant, la série compte deux tomes déjà publiés et un en cours de réécriture. Au final, combien en comportera-t-elle ? Avez-vous déjà pensé à l’après Opale de feu ?

La série comportera quatre tomes, un par élément. J’ai plusieurs idées pour d’autres projets, dont une sur laquelle je commence doucement à travailler, car elle devrait me demander pas mal de recherches historiques. Il s’agirait d’une romance fantastique sur fond de réincarnation, probablement young adult.

 

L’Opale de feu est un roman autopublié, quel conseil donneriez-vous à nos Plumes qui souhaitent se lancer dans l’aventure en publiant à leur tour ?

Ne pas rester seul ! Si j’ai pu mener à bien le premier tome, l’autopublier et poursuivre, c’est parce que j’ai suivi le MOOC de Draftquest où j’ai fait des rencontres. Certaines personnes sont devenues des amis et nous nous soutenons, que ce soit moralement ou techniquement. Ces personnes sont aussi mes bêtas lecteurs : à défaut d’éditeur, il faut tout de même trouver des personnes qui donneront un avis extérieur constructif sur son manuscrit.

L’autoédition a bien sûr ses avantages et inconvénients. Il faut être conscient que cela demande une bonne dose de travail en plus de celui de l’écriture et de la patience. Se faire connaître prend du temps.

 

Question bonus : Pour quand est prévue la sortie du tome 3 ?

… Joker ! 😀

Pour 2016, c’est sûr, mais pour l’instant j’ai encore trop de travail pour terminer la réécriture. Et une fois celle-ci achevée, tout dépendra des retours de mes bêtas lecteurs et du travail qu’il restera à accomplir ensuite.

 

Question bonus : selon vous, quel serait votre anima ?

Cateline me ressemble sur bien des aspects, donc j’ai dû mal à me projeter comme une autre personne dans l’univers de L’Opale de Feu. Par conséquent, mon anima serait Kaslane, une chatte sauvage qui m’a été inspirée par les chats norvégiens que j’élevais lors de la conception du monde de L’Opale de Feu.

 

 

Accueillons maintenant notre seconde invitée. Estelle Vagner, jeune maman chimiste de profession, elle est tombée dans les mots par amour de la lecture. Tout fraichement sorti des rouleaux de l’imprimerie son livre L’Exil, premier tome des aventures de Kayla Marchal connait déjà un grand succès.

 

exil

 

Pour que vous puissiez vous faire une idée, voilà le résumé :

Ironique destin que d’être née morphe… sans forme animale. Source de honte pour sa famille, Kayla Marchal, petite fille de l’alpha, est également considérée comme le maillon faible de la meute de la Vallée Noire. Aussi en est-elle chassée, elle qui n’a jamais mis un pied hors du territoire.

Alors qu’elle commence à goûter à la liberté et à s’intégrer au sein d’un autre clan, les vrais problèmes commencent. Mais déjà trahie une fois par sa meute d’origine, à qui pourrait-elle se fier ? À Ian, le loup aussi beau qu’insupportable ? À Max, le renard au passé mystérieux ? Ou à Jeremiah, l’irrésistible humain ?

Et ce fichu karma qui la prive de forme animale continue à se moquer d’elle, car tout le monde autour d’elle semble porter un masque… Inaptitude du passé et problèmes du présent vont venir, main dans la main, perturber la jeune morphe, avec des liens qu’elle était loin de pouvoir soupçonner.

 

Pour vous mettre en bouche, un petit extrait :

« Voilà plus de deux heures que je roule droit devant moi, sans savoir où aller. Mais je m’en moque. Tout ce que je désire, c’est m’éloigner le plus vite possible de la meute et de mes montagnes. Bref, de tout ce que j’ai toujours connu. La douleur qui me broyait la poitrine quand Grand-père m’a mise à la porte de chez lui a disparu. Ça peut être une bonne chose, au premier abord, cependant le vide qui l’a remplacée m’inquiète bien plus. En tant que morphe, tout est amplifié : colère, faim, protection, survie, reproduction… Rien de bien compliqué là-dedans, toutefois, c’est toujours intense. Alors que là, rien. Que dalle. En temps normal, je me donne beaucoup de mal pour contrôler mon instinct animal mais, pour le coup, j’aimerais bien qu’il revienne. Tout serait mieux que ce néant.

Le voyant de la réserve d’essence s’allume, accompagné d’un bip agressif. Je m’arrête à la première station que je croise. Isolée, déserte et avec un néon sur le point de s’écraser au sol pour seule lumière, elle me fait penser à mon cœur. À l’abandon.

Eh oui, il m’arrive de faire dans le mélo…

Je gare la Jeep et commence à la rassasier. Il faut dire qu’elle consomme beaucoup… Elle n’est pas vraiment faite pour avaler les kilomètres, plutôt les chemins forestiers. Mais je l’adore. Enfin, je l’adorais. Aujourd’hui, je m’en fiche. Dire qu’hier encore, le simple fait de m’installer au volant me faisait sourire à m’en faire mal aux joues.

Une voiture fait son apparition. La caisse tout entière vibre au rythme des basses d’une musique trop forte qui détourne mon attention. Elle se gare à la seule autre pompe disponible et recrache quatre mini-caïds. De gros durs, à coup sûr. D’à peu près ma taille, épais comme mon petit doigt et encore boutonneux, ils se déplacent comme si tout autour d’eux devait trembler – ce qui était le cas, jusqu’à ce qu’ils aient coupé la musique. Je jette tout de même un regard au néon, pour m’assurer qu’il survivra.

— Salut chérie, me lance le plus grand en me détaillant.

Super…

Je marmonne un bonsoir et détourne aussitôt la tête, calculant combien de temps il va me falloir pour remplir ce satané réservoir. Trop, à mon avis. Je lâche un gros soupir, fatiguée à la seule perspective de ce qui m’attend. Trois d’entre eux s’approchent de ma voiture pendant que le grand fait le plein.

— Belle bagnole ! Une Wrangler, c’est ça ?

— Elle est à toi ? fait le dernier en regardant l’intérieur par la fenêtre passager.

Je lève les yeux au ciel, déjà lassée de leur petit jeu.

— Oui, elle est à moi et oui, elle est très belle. Et ne posez pas vos pattes dessus, vous allez me la salir.

Le type qui fait le plein rit, ce qui énerve son copain, celui dont le visage est le moins dévoré par l’acné. D’un geste fluide et entraîné, il sort un couteau papillon et le pointe dans ma direction. J’aurais pu m’en inquiéter, s’il ne l’avait pas fait à trois mètres de moi.

— On va voir si tu vas longtemps faire la maligne : file-moi les clés de ta caisse, pour commencer.

Je jette un regard à la lune déjà bien visible dans un ciel à peine assombri par la nuit.

Sérieusement, pourquoi faut-il toujours que ça tombe sur moi ? »

 

Maintenant voilà son avis sur l’animalité.

 

D’après vos différentes expériences d’écriture et/ou de lecture, quelle place la littérature accorde-t-elle à l’animal ?

Pour les enfants y a de quoi faire. Il y a énormément de chose. On a beaucoup à apprendre des animaux. Je suis passionnée par les animaux. Ils sont souvent bien plus évolués que nous. Je lis beaucoup de fantastique et c’est un thème récurrent dans ce genre de littérature. Je pense que la bestialité est quelque chose de mystérieux. C’est une bonne analogie pour les sentiments et leur caractère primaire. L’Homme reste un animal et on ose pas le présenter comme tel donc on se cache derrière l’animal.

 

Dans la littérature actuelle, il n’est pas rare de voir abordé le thème du loup-garou, mais au-delà du mythe, pourquoi choisir d’aborder le thème de la transformation animale ? Pourquoi avoir recours à des métamorphes plutôt qu’à des « animaux parlants », comme dans Narnia ? La transformation a-t-elle pour vous une valeur symbolique ?

Les animaux parlants, ça fait beaucoup trop enfants. L’Urban Fantasy, c’est pour les filles. Or les filles aiment la romance. Avec des animaux parlants, ce n’est pas possible. Prenons l’exemple de Twilight, j’ai toujours accroché avec l’histoire du loup-garou à cause de son côté torturé. Il lui est difficile de concilier son animalité et son humanité. Je trouve que ça reflète bien mieux la complexité de l’être humain que les personnages plus lisses. Pour moi, le loup-garou représente la face sombre de l’Homme, sa bestialité. Cela donne des personnages intéressants dès lors qu’ils essaient de concilier ces deux aspects antagonistes de leur personnalité.

 

Du loup, présents dans de nombreuses mythologies à travers le monde, au renard qui n’est pas sans rappeler les Kitsune de la mythologie japonaise, votre livre nous fait découvrir des morphes animaux hauts en couleur. Quelles ont été vos influences, vos sources d’inspiration ?

 Le loup, le renard et d’autres, parce que ce sont des prédateurs de nos forêts. L’histoire se situe dans ma région (La Lorraine). Je voulais rester crédible par rapport à la faune locale, sans touche d’exotisme.

Avant d’être une auteure, je suis une lectrice. J’aime la série des Kate Daniels, des Anita Blake, des Mercy Thompson et surtout des Rebecca Kean. C’est Cassandra O’Donnell qui m’a fait tomber dans l’écriture avant de me lancer dans l’édition. Pour écrire, il faut beaucoup lire pour te donner l’envie de développer des choses qui n’ont jamais été faites. C’est ce que je voulais faire passer en commençant à écrire. Je voulais pour retranscrire les émotions que j’avais éprouvées lors de mes différentes lectures. La base de l’Urban Fantasy, c’est une héroïne badasse avec deux mâles alphas bien foutus qui lui tournent autour. Dans mon roman, j’ai voulu casser ces codes avec une héroïne qui se fait souvent botter le cul, mais qui est capable de faire ses propres choix. Des choix déterminants. Qu’ils soient bons ou mauvais. J’espère vraiment avoir réussi à créer des personnages nuancés, comme on en rencontre dans la vie de tous les jours avec leurs qualités, leurs défauts, et leurs failles.

 

Connaissez-vous les origines du loup-garou et les mythes qui s’y rapportent ? Dès les premières pages de votre livre, on est plongé dans la réalité de Kalya, qui semble plus refléter une société hiérarchisée de véritables loups à forme humaines. Qu’est-ce qui du loup-garou ou du loup tout court vous semble le plus refléter votre approche ? Avez-vous fais des recherches sur les loups ?

 J’ai fait beaucoup de recherches sur les loups, pas forcément pour mon histoire mais parce que j’aime les loups. Je me suis inspirée de la hiérarchie d’une meute, mais sans en reprendre tous les codes sociaux. J’étais limitée par mon intrigue. Par exemple, dans une meute, les petits sont élevés par une louve nourrice, alors que dans le roman, je voulais que Kayla soit élevée par son grand-père. Un autre exemple, la quête du pouvoir et le désir de possession sont des traits de caractère purement humains. Pour rester crédible, il m’a donc fallu mêler codes sociaux des loups et de l’Homme. Quant aux mythes du loup-garou, je n’en connais pas les origines tout simplement parce que ce n’est pas du tout le sujet de mon livre. Je me suis centrée sur les mythes polymorphes qui eux ont des origines païennes. On ne voit pas grand-chose des mythes dans ce tome, mais promis, ça viendra dans la suite.

 

Kayla change de forme, est-ce qu’à travers Kayla vous avez aussi « changé de forme » ? A quel point votre personnalité transparait-elle dans ton livre ?

Dans l’humour essentiellement. Je suis très sarcastique et tout aussi spontanée que Kayla elle-même. Bien sûr, il y a quelques traits de ma personnalité qui ressortent chez Kayla, mais ce n’est pas une projection de moi-même. Pour être auteure, il faut être un peu fou sinon tu ne pourrais pas avoir une conversation avec tes personnages. Ce serait dommage.

 

Sur votre site, en guise de présentation vous avez réalisé de petites interviews de vos personnages, comment vous est venue cette belle idée ? Comment se sent-on quand ses personnages commencent à s’émanciper de sa plume ?

Pour les interviews, je voulais créer des bonus. Comme j’ai beaucoup de retournements de situations dans le livre, j’avais peur de perdre mon lecteur dans de longues descriptions ou alors en lui en dévoilant trop d’un coup. C’est comme ça que m’est venue l’idée de ces petites interviews. Quand tu côtoies tes personnages assez pour qu’ils prennent vie quitte à faire de trucs imprévus, bah tu t’adaptes. Au début, je flippais à l’idée d’avoir plein de trous dans mon intrigue, puis j’ai compris que dans le fantastique tu peux faire tout ce que tu veux, alors si mon perso veut aller là, je le laisse faire et j’adapte l’intrigue en conséquence. En général, le résultat me plait bien, et je me dis que si ça me plait à moi, ça plaira à d’autres aussi.

 

Quel effet ça fait de rencontrer ses fans pour la première fois ?

En fait, c’est très bizarre. Je n’ai pas encore vraiment percuté. Lors du salon du livre à Paris, mon baptême du feu, je me suis installée à la table de dédicace et là, j’ai eu l’impression d’avoir une double personnalité. D’un côté, il y avait moi Estelle, chimiste et maman, et de l’autre, l’auteure des aventures de Kayla Marchal. Mais c’était une chouette expérience. Je suis toujours surprise des retours que j’ai sur ce livre. Les gens aiment beaucoup mais ils me voient comme si j’avais réalisé un exploit, celui d’écrire, alors que de mon point de vue, ça n’a rien d’insurmontable. Je n’ai pas changé. Je me sens toujours la même. La preuve, quand j’en parle avec mes collègues, je leur dis toujours que c’est Kayla qui a du succès, pas moi. C’est mon bébé et j’en suis fière, mais ce n’est pas moi. L’auteur n’est pas inaccessible comme je le pensais à une époque, c’est juste une personne comme moi.

 

Voilà les Plumes, c’est terminé pour aujourd’hui. Remercions chaleureusement Anne-Cerise et Estelle pour leurs réponses. Je vous invite à aller jeter un œil sur leurs sites respectifs pour davantage d’informations.

L’opale de feu – Tome 1 La Terre (Anne-Cerise Luzy) : http://opaledefeu.jimdo.com/

Kayla Marchal – Tome 1 L’Exil (Estelle Vagner) : http://estellevagner.wix.com/auteur#!les-personnages/c1d4q

J’espère que cet article aura éclairé votre lanterne et je vous dis à bientôt pour un nouveau numéro inédit du PAen.

 

À vous les studios !

Shaoran

Mythes au Recto, légendes au Verso

Coucou les plumes,

Nous voici de retour en ce début d’année avec un nouveau numéro du PAen propre à vous faire rêver. La dernière fois, nous vous avons emmenés en voyage. Vos valises posées dans les lointaines contrées de l’imaginaire, nous vous proposons de continuer la visite touristique avec un peu de folklore local.

Par définition, le folklore, de l’anglais folk le peuple et lore la tradition, englobe l’ensemble des us et coutumes propres à chaque pays voire même chaque régions, ainsi que les mythes, contes, légendes qui s’y rapportent. Ce sont ces derniers qui nous intéresseront plus particulièrement dans cet article.

Vous êtes prêts ? Alors c’est parti.

 

1/ Recto

 

Mythes et légendes sont souvent considérés comme de parfaits synonymes alors que dans la réalité, il n’en est rien. Il existe entre ces deux termes une subtile nuance que beaucoup d’entre nous ont oublié ou n’ont jamais su. Et pour cause, à l’origine d’une légende ou d’un mythe se trouve toujours un conteur ou un groupe de conteurs qui transmettent à d’autres conteurs comme un infini jeu de téléphone arabe. A chaque version, l’histoire se transforme, s’enrichit, se modèle jusqu’à se graver dans la mémoire collective mais jamais dans le marbre, car légendes et mythes reposent à leurs débuts exclusivement sur une transmission orale ; par la suite, l’écriture a peu à peu figé ces récits épiques dans le temps.

 

  • Mythes…

Dans son sens premier, le mythe désigne un récit fabuleux destiné ou non à transmettre une morale. Il met en scène des personnages merveilleux et admet l’existence d’autres mondes. Le mythe revêt également un caractère social et religieux. Il reflète la réflexion de toute une population sur sa condition à un moment donné. Comme il n’est pas rare que les sociétés d’une même époque, bien que géographiquement éloignées, soient en proie aux mêmes doutes et questionnements, on retrouve dans des mythologies différentes un socle commun de divinités, de héros, de magie et d’autres mondes. Ainsi, le mythe gagne un caractère sacré voire quasiment religieux. Il est codifié, sacralisé et répété à l’occasion d’événements déterminants de la vie sociale, comme les fêtes, les mariages, les naissances…

S’il serait tendancieux de prétendre qu’un mythe repose sur des faits réels, il est admis par les théoriciens du mythe comme René Girard, qu’ils se basent à l’origine sur un événement marquant que s’approprie la société pour mieux le magnifier. Ainsi, la genèse d’un mythe suit un schéma déterminé. Il s’agit de transmettre un événement réel et marquant pour la communauté, souvent un meurtre ou une expulsion violente d’une personne lors d’un lynchage public. Ce déchainement de violence ayant apaisé la communauté, il a donc ramené la paix, prouvant que l’on a eu raison d’agir ainsi. La victime devient alors le « méchant de l’histoire », (le vilain loup-garou par exemple) et pour justifier son élimination, on l’affuble de tous les défauts qu’on lui reprochait, mais en leur donnant une connotation surnaturelle (la cupidité sans borne d’un individu, qui ainsi mettrait ses congénères dans une situation de pauvreté deviendrait alors un appétit insatiable, voire une faim de chair humaine.) La victime est alors assimilée à un dieu, un animal chimérique voire un ange ou un démon venu d’un monde ancien. Paradoxalement, dans ce processus de divinisation, la victime va également acquérir des qualités surnaturelles, en général celles qu’on lui attribuait de son vivant (le grippe sou du village peut également avoir été un tailleur de bois hors pair, ainsi on le verra comme le patron des menuisiers, un homme aux doigts d’or, capable pourquoi pas de donner vie au bois). Dans tous les cas, le mythe tente d’expliquer des phénomènes naturels inexplicables à l’époque comme des catastrophes naturelles en les attribuant à des individus supérieurs.

 

 

  • … et légendes

Là où le mythe tend à répondre aux grandes questions philosophiques et sociales d’une communauté, la légende se contente d’un événement ponctuel. Elle fait le récit d’un élément clef de l’histoire, comme l’attaque d’une citadelle, d’un objet comme une épée (Excalibur) ou un vase (le vase de Soisson), ou encore d’un lieu ou d’une personne. Ainsi, un mythe peut se construire à partir d’un ensemble de légendes distinctes. Les religions elles-mêmes s’appuient sur des légendes pour illustrer leurs dogmes.

Ainsi, là où le mythe se montre vague et généraliste, la légende se rapporte à quelque chose de beaucoup plus précis. Dans sa construction littéraire, la légende ressemble aux mythes puisqu’elles se transmettent préférentiellement de manière orale, jusqu’à sa reprise par les chrétiens qui en ont fait un récit écrit destiné à être lu dans les monastères et les églises pour convertir les fidèles. La précision historique n’a pas d’importance, seule la portée spirituelle de l’histoire a son importance. Elle fait appel au merveilleux et à l’inexpliqué, sans pour autant diviniser le personnage principal, l’objet ou le lieu, même si elle lui prête aisément des capacités surnaturelles.

Une légende ne cherche pas à expliquer le monde ou la Nature, elle se contente de traduire un fait réel, embelli par l’imaginaire collectif.

Vous me direz : et les épopées et les contes et les fables, alors ? quelles places ont-ils là-dedans ? Sont-ils des mythes ou des légendes ? Je vous répondrais bien ni l’un ni l’autre. Contes, épopées, fables et autres romans sont des supports littéraires servant à la transmission des mythes et légendes. L’alphabétisation massive de la population a peu à peu provoqué la disparition des conteurs et troubadours propageant les mythes et légendes de manière orale, pour les remplacer par les livres et autres productions écrites. L’épopée et la fable se présentent préférentiellement sous la forme de poèmes relatant des faits ou événements exacts, là où le conte et le roman se constitue de prose faisant appel à l’imaginaire collectif et aux superstitions locales.

Mythes et légendes ont bien failli disparaitre sous l’hégémonie rapide et empirique de la christianisation, mais leur ancrage très fort dans l’inconscient populaire leur a tout de même permis de traverser les époques et nourrir l’imaginaire de générations successives. Au fil de l’évolution et de la montée du christianisme, tous ces récits païens, quel que soit leur support, ont été jeté dans le même panier. Au lieu de disparaitre, leur sens et leur vocation se sont modifiés pour devenir des supports d’éducation. Ils donnent des leçons, ou des exemples. Ainsi, mythes, contes, légendes, épopées, fables subissent une évolution linguistique commune qui tend à leur donner une connotation synonyme, celle du récit obscur d’une sorte de croyance populaire infondée ou erronée. Mais finalement, c’est pour ça qu’on les aime. Que seraient les légendes sans leur part de mystère ?

 

Voilà c’est tout pour cet article. Il y aurait encore beaucoup à dire sur le sujet, et plus encore d’exemples à donner tant le monde est riche de ses mythes et légendes, mais pour l’heure, il est temps de laisser la parole à notre interviewée du jour, j’ai nommé Edith Kabuya autrement connue dans nos contrées PAennes comme Aaricia.

 

2/ Verso

 

Les anciens la connaissent déjà, les nouveaux vont rapidement apprendre à le faire, voici venir des contrées outre-Atlantique la seule l’unique Aaricia. Son roman, intitulé « les Maudits », est une belle illustration des mythes et légendes dont nous parlions précédemment. Pour que vous puissiez vous faire une idée, voilà le résumé :

Au Canada, une petit ville est le théâtre de meurtres sanglants. On ne parle plus que du « Tueur Fou » et tout le monde se terre chez soi. Malgré ce couvre-feu, Robin se rend à la fête organisée par Zack : il est si beau ! elle en est tellement (et secrètement) amoureuse ! Mais l’attaque d’une créature monstrueuse transforme la soirée de rêve en cauchemar.

Agonisante, Robin a une vision, celle de Vince, un ami d’enfance, la ramenant à la vie. Lorsqu’elle se réveille à l’hôpital, les médecins et la police voient en elle une miraculée. Cependant, la vérité est tout autre, Robin le sait. En la ressuscitant, Vince a fait d’elle une Maudite.

Hantée à jamais par le Monde des Morts.

 

Voyons maintenant son avis sur les mythes et légendes :

 

  • Quelle différence ferais-tu entre les mythes et les légendes ?

Pour moi, un mythe est une façon d’expliquer, sous forme de conte ou d’allégorie, les éléments de la vie ou un phénomène naturel. Les légendes peuvent dériver de ces mythes, mais à la base ce sont des événements qui sont réellement arrivés mais qui ont tellement été déformés à force d’être raconté et raconté qu’on ne sait plus ce qui est vrai ou faux.

Notez que c’est mon interprétation, faut pas prendre ça pour du cash. hahaha.

 

  • Quels sont les mythes, légendes, sources d’inspiration qui t’ont permis d’écrire les Maudits ? L’actualité influence-t-elle aussi les péripéties traversées par tes héros ?

J’ai tellement mélangé de légendes, de mythes et de coutumes sociales pour créer l’univers des Maudits que c’est un peu difficile de les décortiquer. Pour l’origine de la Malédiction, je me suis inspirée des chasses aux sorcières. Pour les symptômes de la malédiction, je me suis basée sur le mythes des vampires, des fantômes, etc. Pour créer les pouvoirs des Gitanes, j’ai beaucoup lu sur la magie, les énergies, j’ai même lu des légendes amérindiennes pour m’inspirer ! Et j’ai utilisé le modèle des communautés amish pour créer les tribus gitanes.

 

  • As-tu préféré utiliser des mythes existants quitte à te les approprier pour les assaisonner à ta sauce, ou as-tu choisis de partir sur du neuf ?

Un peu des deux. Je mélange les mythes existants pour les assaisonner à ma sauce et j’en crée des nouvelles aussi.

 

  • Selon toi, le recours à la mythologie, qu’elle soit simplement reprise de nos mythes et légendes ou créée de toutes pièces, est-il une nécessité pour rendre une histoire SFFF crédible ? Ces références sont-elles une obligation pour susciter l’intérêt du lecteur ?

Je ne pense pas que c’est obligatoire, mais je ne sais pas si c’est inévitable. Les personnages évoluent dans un univers propre, et bien entendu, cet univers a une histoire, une origine, ses mœurs et ses règles. Il me semble que tout naturellement, les légendes viennent avec. Je crois qu’elles ajoutent de la crédibilité à l’histoire ou du moins, peut aider le lecteur à comprendre les rouages de cet univers particulier.

 

  • Question bonus : Nous avouerais-tu quels sont tes projets scripturaux pour l’avenir ?

Haha ! À vous, oui : une fiction jeune adulte basée sur ma jeunesse (mais plus j’écris, moins ça ressemble), à propos d’une fille qui décide de se battre contre l’intimidation dont elle est victime. J’appelle affectueusement ce projet « mon Harry Potter » et c’est seulement en le lisant qu’on peut comprendre ce que je veux dire ;P. D’ailleurs, bien que ce soit une histoire «  réelle » sans éléments surnaturels, l’univers dans lequel évolue ma présente héroïne a ses légendes et ses mythes… donc, je crois que c’est un peu inévitable d’en avoir dans ses écrits, qu’il s’agisse de fiction ou de fantasy.

Je développe également quelques idées de scénarios. 😉

 

« (…) La Malédiction date du milieu du XVe siècle, reprend Vince dans un murmure et elle a été proférée à notre encontre par un groupe de femmes qui prétendaient pouvoir « commander les cieux et les ténèbres ». Partout où ces femmes nomades passaient, des choses étranges se produisaient : par exemple, des maux mystérieux frappaient ceux qui s’opposaient à elles, ou les récoltes pourrissaient dans les terres qui leur refusaient passage (il sort distraitement son collier de l’encolure de son t-shirt). La méfiance s’est vite répandue dans toute l’Europe et pour calmer la terreur des habitants, une poignée de familles nobles, de différentes régions, a pris les choses en main.

Je fixe les doigts de Vince alors qu’il joue fébrilement avec la tête de mort qui scille au bout de sa chaine. J’ai envie de lui dire d’arrêter, parce que ça me rend presque aussi nerveuse que son récit.

– Une chasse aux sorcières a été organisée pour éliminer ces femmes, continue-t-il. Une fois retrouvées et arrêtées, elles ont été traînées au bûcher sans aucune autre forme de procès. Avant de périr, elles ont lancé un sort à leurs tortionnaires, leur jurant qu’ils seraient condamnés à une longue vie de tourments que rien ne pourrait soulager, pas même la mort. »

Extrait du tome 1 Les Maudits (p. 140-141)

 

Voilà les Plumes, c’est terminé pour aujourd’hui. Remercions chaleureusement Edith pour ses supers réponses, et je vous invite à aller jeter un œil sur sa page facebook pour davantage d’informations sur « les Maudits » (https://www.facebook.com/Edith.Kabuya/)

 

J’espère que cet article aura éclairé votre lanterne et je vous dis à bientôt pour un nouveau numéro inédit du PAen.

 

À vous les studios !

 

Shaoran

Les cinq sens de l’écrivain

Coucou les plumes,

Dans ce nouveau numéro du PAen, nous avons choisi de nous intéresser aux « sens ». Cinq, c’est le nombre de sens du corps humain, mais c’est également le nombre de significations du mot sens. Son étymologie en fait un nom masculin tiré du latin sensus : percevoir par les sens, autrement dit ressentir. Son évolution linguistique en a fait un mot aux multiples visages. Ainsi, selon le contexte, il peut à la fois faire référence à :

  • La raison d’être d’une chose, d’une personne ou d’un lieu, sa valeur, son but (Ex : le sens de la vie).
  • La direction (Ex : le sens du vent).
  • La signification d’un mot ou d’une phrase, sa définition dans un dictionnaire (Ex : le sens d’un mot).
  • La capacité de connaitre ou apprécier quelque chose, représenter quelque chose aux yeux des autres (Ex : avoir du sens).
  • La fonction physiologique en charge de la réception et du traitement des stimuli extérieurs (Ex : les cinq sens)

Selon le contexte, il appartiendra à chacun de décider quel sens donner au sens. Mais, dans cet article, la signification qui nous intéressera plus particulièrement est la cinquième. Le sens dans sa dimension corporelle, que l’on peut rapprocher de la perception de notre environnement. Recto mettra donc en lumière la place de la sensation dans le roman, là où Verso vous présentera le point de vue d’une auteure en la matière. En effet, Bénédicte Fleury, auteure de la série de romans Oniria a accepté de répondre à nos questions.

 

Tout de suite, entrons dans le vif du sujet.

 

1/ Recto

 

Les sensations, autrement appelées perceptions, désignent toutes les formes de stimuli auxquelles est soumis un être vivant et qui induisent une prise de conscience, autrement dit, une réaction physiologique. Lesdits stimuli servent à apporter des informations au corps qui va les traiter et réagir en conséquence. Les sensations regroupent un éventail divers et varié de perceptions. On a coutume de citer parmi eux et avec raison, les cinq sens, mais ils ne sont pas les seuls. Tour d’horizon de ces sensations méconnues.

 

  • Les différentes facettes de la sensation

Dans le recensement des sensations, on dénombre deux grands groupes de perceptions que sont les perceptions conscientes et inconscientes.

Dans le groupe des perceptions conscientes sont rangés les cinq sens, autrement dit l’ouïe, l’odorat, le toucher, le gout et la vue, mais également les perceptions de types chimiques, comme le changement de pression ou de température, et les perceptions de types mécaniques comme la tension d’un muscle, la raideur d’une articulation. Ils apportent des informations évidentes et immédiates au cerveau qui déclenchera après traitement une réaction adaptée.

Du côté des perceptions inconscientes, on retrouve des mécanismes plus subtils et indirects qui font appel non pas à des organes particuliers chargés de reconnaitre et traiter l’information de manière directe, mais à l’interprétation de différents changements dans l’environnement du sujet, comme la perception du temps et de l’espace qui s’établi par le biais de la perception des alternances entre jour et nuit, ou encore la perception de la réalité qui se fait au travers du raisonnement déductif, de l’expérience ou encore de l’intuition.

La subtilité des perceptions inconscientes, c’est qu’elles font appel à des informations recensées par les cinq sens, mais le traitement ne se fait pas de manière volontaire. Prenons un exemple : la vue. La perception consciente, c’est le meuble que je regarde, la personne qui passe dans mon champ de vision. La perception inconsciente, c’est la clarté du jour qui diminue et provoque dans mon corps non seulement la sécrétion d’hormones favorisant le sommeil, mais aussi une prise de conscience du temps qui s’est écoulé depuis le matin.

Attention cependant à ne pas les confondre avec les émotions. Si ces deux processus sont très intimement liés, l’émotion est une conséquence de la sensation et non son équivalent. L’émotion est une réaction de l’organisme en réponse à une perception.

 

Cas particulier de la perception extrasensorielle.

Ce type de sensation fait appel à des mécanismes inconscients qui se mettent en place en dehors du schéma sensitif classique. Autrement dit, elles suscitent une réaction de l’organisme en dehors de tout stimulus conscient ou inconscient. Ce type de perceptions restant à l’heure actuelle un grand mystère scientifique pour ne pas dire une croyance de bonne femme tout juste bonne à exciter l’imaginaire des romanciers, les informations pertinentes à ce sujet sont peu développées. On peut néanmoins citer les principales perceptions extrasensorielles dont sont très friands les auteurs de tous horizons, spécialement dans le domaine de la littérature jeunesse, que sont la télépathie, la clairvoyance, la précognition ou encore la rétro-cognition. On notera également que les auteurs utilisant ces sensations hors normes, ont recours à un éventail de sensations classiques couplées ensembles afin de décrire les mécanismes de survenue de ces perceptions. Par exemple, pour illustrer un cas de précognition, on couplera la vision à l’audition pour décrire la perception du futur à travers un filtre semblable au rêve.

 

  • Sensations et écriture

Comme nous venons de le voir, la sensation est différente de l’émotion. La sensation sert donc essentiellement à donner une information. À ce titre elle a parfaitement sa place dans le roman et plus particulièrement dans les mécanismes descriptifs, où le but est d’informer le lecteur de ce qui se passe dans le récit.

En effet, il n’est pas rare de rencontrer des auteurs qui se demandent comment rendre une description plus vivante, ou comment sortir de la traditionnelle et ennuyeuse description catalogue. La réponse est simple, en faisait appel aux sensations. La sensation suscite l’émotion. L’émotion maintient l’intérêt du lecteur jusqu’à l’action ou au dialogue qui suit.

L’exemple le plus célèbre de contextualisation sensorielle dans la description est sans nul doute la madeleine de Proust. Dans ce passage, ce sont les sensations éprouvées par l’auteur qui font ressurgir le souvenir de jours heureux. La sensation sert la description. En quelques mots bien choisis se dégagent une odeur, une image, un souvenir, une ambiance particulière propre à trouver un écho dans chaque lecteur.

La sensation constitue donc l’ingrédient secret d’une bonne description dans ce sens qu’il fait appel non seulement à l’imagination du lecteur mais également à ses expériences passées. Ainsi, une même description sera perçue de manière unique et originale par chaque lecteur, et permettra donc à un récit de prendre d’autant plus de profondeur. À la fin de sa lecture, chaque personne aura été marquée par telle ou telle phrase, passage, chapitre que son voisin n’aura que pas ou peu remarqué. La sensation fait ainsi la richesse d’une œuvre.

 

Cas particulier du roman à sensations.

Le roman à sensation peut se décrire comme un genre littéraire du 19ème siècle dérivant d’une évolution du roman mélodramatique. Ils abordent en général des thèmes sérieux que leur époque a tôt fait de qualifier de choquants comme par exemple le meurtre, l’adultère ou encore le vol, les faits répréhensibles. Un concentré de ce que nous rapprocherions aisément aujourd’hui comme un genre à part entière, très prisé des amateurs d’énigmes qu’est le polar. Si les deux genres sont en apparence très différents les sujets abordés et les thèmes traités se rejoignent et se confondent très fréquemment. Si les sensations y sont présentes comme dans tous romans, l’appellation du genre est plutôt trompeuse en ce sens qu’elle ne place pas les sensations ou les émotions sur le devant de la scène. Elle ne fait finalement référence qu’au fait que l’on traitera dans le roman d’un sujet tabou pour son époque.

 

2/ Verso

Nous voilà maintenant paré pour comprendre l’importance des sensations dans le roman, voyons un peu ce qu’en pense une auteure : Bénédicte Fleury, plus connue sous le nom de B.F. Parry, auteure de la série Oniria qui se composera de quatre tomes, dont les deux premiers sont actuellement publiés par Hachette Hildegarde sous les titres :

  1. Oniria – Le Royaume des Rêves, paru le 1er octobre 2014.
  2. Oniria – Le Disparu d’Oza-Gora, paru le 8 avril 2015.

Le résumé :

Eliott, 12 ans, est un garçon en apparence comme tous les autres.

Jusqu’au jour où il découvre un sablier magique qui lui permet de voyager dans un monde aussi merveilleux que dangereux : Oniria, le monde des rêves. Un monde où prennent vie les milliards de personnages, d’univers, et toutes les choses les plus folles et les plus effrayantes rêvées chaque nuit par les êtres humains. Collégien ordinaire le jour, Eliott devient la nuit, parmi les rêves et les cauchemars qui peuplent Oniria, un puissant Créateur, qui peut faire apparaître tout ce qu’il souhaite par le simple et immense pouvoir de son imagination. En explorant Oniria pour sauver son père, plongé depuis plusieurs mois dans un mystérieux sommeil, Eliott est finalement confronté à son extraordinaire destin. Car Eliott est l’ « Envoyé » : il doit sauver le Royaume des rêves, menacé par la sanglante révolution des cauchemars.

Pour la preview du tome 1 c’est par ici 

 

Les présentations faites, voyons maintenant son point de vue sur la question.

 

  1. Votre roman se déroule dans un monde onirique bâti de toutes pièces sur l’imagination et la sensibilité. Comment vous est venue cette idée ? Est-elle venue d’un rêve particulièrement réel comme certains l’expérimentent parfois, ces rêves où les sensations perdurent même après le réveil ?

Presque ! Je fais depuis toujours des rêves très mouvementés : je me bats contre des pirates, je me perds dans un labyrinthe poursuivie par des monstres… De vrais films d’aventure pour enfants ! Un matin où le réveil a sonné au milieu de l’un de ces rêves, j’ai réalisé que l’endroit que je visitais chaque nuit était une mine d’aventures extraordinaires. J’ai décidé d’inventer ce lieu, de lui donner une consistance, une réalité, et j’ai créé Oniria. En parallèle j’ai inventé des personnages, des péripéties pour « habiter » ce monde… Tout cela est devenu la saga Oniria. Aucun de mes propres rêves n’est présent dans les romans. D’ailleurs je les oublie très vite après le réveil. En revanche, les sensations perdurent souvent en effet : l’exaltation de l’aventure, la peur du danger, les émotions fortes… les mêmes que lorsqu’on lit un roman, finalement. Ce qui est drôle, c’est que depuis que j’ai commencé à écrire, je ne fais plus ce type de rêves, ou très rarement. Peut-être ai-je trouvé une autre manière de canaliser mon imagination et ma soif d’aventure ?

 

  1. Un autre principe de base de votre roman est de mêler le rêve aux sensations, d’expliquer que malgré le caractère onirique du voyage du héros, il ressent tout. Quelle est la place des sens dans votre roman ?

La place des sens est au cœur de mon écriture, et cela remonte à la classe de 5e ! Notre professeur de français nous avait proposé une rédaction en marge de l’étude des « Lettres de mon moulin » d’Alphonse Daudet. Il fallait raconter une journée de Tistet Védène. La consigne : utiliser les 5 sens du protagoniste. J’avais tellement bien réussi la rédaction que la prof m’avait convoquée pour me demander si elle n’avait pas été écrite par un adulte de ma famille… Affront mis à part, pour moi cet exercice a été une révélation. J’ai compris que pour faire partager une aventure à un lecteur, il ne faut pas seulement la lui montrer, il faut la lui faire ressentir. Et quand on a un corps le ressenti passe nécessairement par les cinq sens : nous ne sommes pas de purs esprits ! Si le héros est debout en haut d’une falaise, la réalité de la scène vient du vent qui lui fouette le visage.

Pour en revenir plus spécifiquement à Oniria, c’est vrai que pour moi se pose la question de la sensation de réalité : lorsqu’on rêve, on a l’impression que tout est vrai : on ressent des émotions, on a chaud, on peut avoir mal. Tout est déformé bien sûr, et les sensations sont créées par notre cerveau au lieu d’être ressenties par notre corps. Mais tout est là je crois, même si on ne s’en souvient pas toujours au réveil.

 

  1. Perception, ressenti, émotions, il est de coutume d’associer ces mots, de les considérer comme des synonymes. Quelle nuance apporteriez-vous à chacun d’entre eux ?

Je dirais que la perception est le message qui nous arrive par nos 5 sens, à travers les filtres de notre personnalité, de notre éducation, du contexte… Le ressenti a une dimension plus intellectuelle, on est déjà dans l’analyse. Quand on parle de son propre ressenti, il y a une certaine prise de recul.

Quant à l’émotion, elle est ce qui naît en nous suite à la perception de quelque chose. Elle est primaire, incontrôlée, immédiate.

Mais bon, je ne suis pas sûre du tout de coller aux définitions du dictionnaire : si ça se trouve c’est tout le contraire !

 

 

  1. L’écriture est une activité solitaire qui demande temps et patience. Pour certains, c’est un passe-temps, pour d’autres un long processus de reconstruction intérieure. Quelle a été pour vous le déclic qui vous a décidé à prendre la plume ? Comment ressentez-vous l’écriture ?

J’ai envie d’écrire depuis l’âge de 9 ans. Une écrivain jeunesse est intervenue dans ma classe de CM1, et ça a été le premier déclic. Ce jour-là, j’ai décidé qu’un jour j’en ferai mon métier. A l’époque j’avais commencé à écrire des choses, mais je faisais tout à l’envers et j’ai fini par laisser tomber. L’idée a continué à cheminer en moi, parfois en se dissimulant, en prenant des chemins de traverse. Et c’est finalement 20 ans plus tard que le deuxième déclic s’est produit, comme une évidence, ce fameux matin où je me suis réveillée avec en tête l’idée du monde d’Oniria. Pendant quelques mois je me suis contentée de prendre des notes dans un petit carnet, et puis je me suis décidée à faire le grand saut : j’ai quitté mon emploi, je n’en ai pas cherché d’autre, et je me suis plongée tout entière dans l’écriture. Je n’ai jamais été aussi épanouie. Inventer, raconter, mettre en mots, faire vivre des émotions… J’y passe mes journées et j’adore ça.

Mais je dois admettre que lorsque je sors du « tunnel », j’ai grand besoin de m’aérer et de voir du monde !

 

  1. Question bonus : En tant qu’auteur, il n’est pas rare de remettre souvent en question la qualité de ce que l’on écrit. Le doute fait partie intégrante du processus chez la plupart des écrivains, mais un jour on lance une bouteille dans la vaste mer du monde. Quelqu’un la trouve et un bébé d’encre et de papier voit le jour. Quelle sensation ressent-on à ce moment-là ?

La comparaison avec la naissance d’un bébé est assez juste et d’autant plus parlante pour moi que j’ai vécu les deux à quelques mois d’écart. Voir son premier livre en librairie c’est un peu comme un accouchement : on l’a attendu, on l’a imaginé, on l’a nourri, peaufiné, on s’est demandé à quoi il ressemblerait, on a eu peur qu’il ne soit pas en bonne santé… Et puis tout d’un coup le voilà qui est là, on se sent un peu démuni, on ne sait pas très bien quoi faire, on se demande si c’est vraiment nous qui avons fait ça et en même temps on est si fier, on trouve que c’est lui le plus beau ! On est devenu auteur un peu comme on devient parent : l’aventure ne fait que commencer.

Pour moi ça a été encore plus particulier : au moment où le tome 1 est sorti j’habitais encore au Maroc, et le livre n’était pas encore disponible sur place. Ma famille, mes amis et même des inconnus m’ont envoyé des photos de mon livre dans les librairies de France, de Belgique… Mais je ne pouvais pas le voir ni le toucher. En fait, j’avais l’impression d’avoir accouché d’un bébé prématuré qu’on aurait mis en couveuse !

 

  1. PS: J’ai l’immense plaisir de vous annoncer que ça y est, après plus d’un an de doutes et de suées, je viens de mettre un point final au tome 3 d’Oniria !!!

 

Voilà les Plumes c’est terminé pour aujourd’hui. Remercions chaleureusement Bénédicte pour ses super réponses, et je vous invite à aller jeter un œil sur sa page facebook pour davantage d’informations sur le monde d’Oniria.

Comme nous l’avons vu, le mot sens revêt de multiples significations, dont celle de perceptions sensorielles. Les sensations sont au cœur du roman même si nous n’en avons pas toujours conscience, et servent essentiellement à créer des ambiances en faisant appel à l’inconscient et au souvenir de chacun. La différence entre un roman banal et un roman sensationnel tient parfois à ce petit pas grand-chose que sont les sensations et leur retranscription efficace dans un texte, ces émotions que l’auteur parvient à faire passer à travers ses écrits, comme le rappelle si bien Bénédicte. Alors, n’oubliez pas, vous êtes votre premier lecteur, si vos mots éveillent vos sensations, pour sûr, ils parleront à d’autres.

J’espère que cet article aura éclairé votre lanterne et je vous dis à bientôt pour un nouveau numéro inédit du PAen.

 

À vous les studios !

La Co-écriture recto verso

Salut les plumes,

Comme le disait Lavoisier en son temps « rien ne se crée, rien ne se perd, tout se transforme ». Le PAen ne fait pas exception à cette règle. Le dernier numéro inaugurait la nouvelle formule, cette fois, c’est au tour de Paroles de pros de subir un lifting pour devenir Recto Verso, la rubrique qui réconcilie idées reçues et point de vue des professionnels.

 

1/ Recto

Qui dit esprit d’équipe, dit équipe ce qui implique l’idée de coopération entre individus pour le bien-être d’une communauté au détriment du bien-être individuel. Plein de gros mots pour désigner la capacité d’un groupe à travailler ensemble. Concrètement dans l’écriture qu’est-ce que cela peut donner ?

On peut distinguer plusieurs types d’associations :

  • L’écriture avec un nègre

Bien que le terme ait aujourd’hui une connotation négative, le recours à un nègre littéraire est une pratique relativement courante dans certaines formes de littérature et notamment la littérature autobiographique.

Couramment désigné par nos amis anglophones sous le nom de Ghost writer ou encore de Prête-Plume, le nègre littéraire désigne un écrivain inconnu rédigeant le texte d’une autre personne, la plupart du temps une célébrité, dont le nom figurera sur la couverture. D’après l’estimation du Magazine des livres de 2007, de nos jours, environ 20% des romans publiés font appel à ces écrivains fantômes, principalement des autobiographies de célébrités. On peut notamment citer pour exemple celle de Zinedine Zidane écrite par Dan Franck ou encore celle de Martin Gray écrite par Max Gallo. Parmi les romans plus anciens et célèbres, nous avons Les trois mousquetaires ou encore le Comte de Monte-Cristo signé d’Alexandre Dumas, mais occultant complètement la contribution d’Auguste Maquet.

Si pendant longtemps la charge d’écrivain fantôme exigeait l’anonymat, ces dernières années son statut commence à évoluer, faisant de ces écrivains de l’ombre des « écrivains privés » ou plus poétiquement des « artisans de la rédaction » qui s’il n’est pas placé sous les feux de la rampe, reçoit néanmoins un tiers du pourcentage des droits de l’auteur sur un livre.

  • L’écriture à quatre mains

Parfois désignée sous le terme de co-écriture, l’écriture à quatre mains fait intervenir deux auteurs qui collaborent pour créer une œuvre littéraire, mais aussi parfois cinématographique, musicale voire même artistique.

Pendant longtemps ce mode d’écriture n’a pas eu bonne presse pour une raison très simple : l’humilité d’un auteur prenait le pas sur l’exubérance de l’autre, conduisant alors l’opinion publique à assimiler la pratique à l’écriture fantôme. De nos jours, ce type d’écriture est pleinement reconnu et les conseils pour bien écrire à deux sont légions sur la toile.

L’avantage principal de cette méthode d’écriture c’est interactivité entre les deux auteurs qui permet une confrontation rapide et efficace des idées. Outre la multiplication des idées qui découle de l’émulation des deux auteurs, écrire et réfléchir à deux permet d’éliminer un maximum d’incohérences ou encore de maladresses, mais aussi d’apporter plus facilement de l’eau au moulin de l’intrigue. Enfin, cela permet également d’apporter à chaque auteur davantage de motivation qu’en aurait un écrivain seul dans ce coin. Ce peut-être un bon compromis pour un auteur débutant, désireux d’avoir un peu d’aide pour structurer son roman. Ne dit-on pas que deux cerveaux valent mieux qu’un ?

Évidemment, c’est bien beau de vouloir écrire en coopération, mais cela demande aussi quelques petits aménagements et notamment une capacité à travailler ensemble. Exit improvisation et flou artistique, écrire à deux nécessite d’établir un plan et de respecter une bonne organisation pour éviter les redites ou les descriptions. Nous ne voudrions pas d’un personnage brun aux yeux bleus qui sur la page suivante deviendrait blond aux yeux bruns. Cela nécessite également une bonne dose d’humilité afin que chacun des auteurs puissent exprimer sa propre créativité.

Parmi les livres signés à quatre mains se comptent les romans de la série noire comme Le Roi des Mirmidous en 1966 ou encore L’Embrumé, tous deux de Viard et Zaccharias. Plus récemment, nous pouvons citer la série des Oksa Pollock de Cendrine Wolf et Anne Plichota.

  • Le cadavre exquis

Cette pratique scripturale désigne au départ un jeu créé à Paris par trois auteurs (Marcel Duhamel, Jacques Prévert et Yves Tanguy). Son principe de départ est simple. Il consiste à faire composer par plusieurs personnes une phrase ou un dessin sans qu’elles puissent lire ou regarder la contribution des autres collaborateurs. Chaque participant écrit à tour de rôle un mot, une partie de la phrase. À la fin, les participants découvrent le résultat.

Ce qui au départ n’était qu’un passe-temps devint très vite un challenge, celui d’écrire un roman complet sur ce mode. L’avantage de ce mode d’écriture c’est bien entendu la surprise et l’inventivité. Contrairement à une écriture à quatre mains qui nécessite une grande organisation et un bon plan, le cadavre exquis se construit sur le mode de la totale improvisation. Si le challenge impose pour des soucis de cohérence que l’écrivain ait accès au chapitre suivant.

Curieusement, tous les essais de cadavres exquis que j’ai trouvé dans le genre étaient des romans policiers, peut-être parce qu’ainsi chaque auteur se retrouve placé au plus près de la réalité d’une enquête policière, ignorant les causes et les conséquences de la mort du colonel moutarde. Ce qui rend le dénouement imprévisible et les conclusions probablement bien loin de ce que chaque auteur imaginait en écrivant son propre chapitre.

Quelques exemples pour la route :

Le premier roman façon cadavre exquis fut rédigé par 12 auteurs différents (G. K. Chesterton, V. L. Whitechurch, G. D. H. et Margaret Cole, Henry Wade, Agatha Christie, John Rode, Milward Kennedy, Freeman Wills Crofts, Edgar Jepson, Clemence Dane. Anthony Berkeley) et portait le doux titre de L’Amiral flottant, illustre roman policier de son état.

Plus récemment, en 2010, Maxime Gillio proposa à Facebook un cadavre exquis. 420 signes maximum pour 80 auteurs (de la plume confirmé au duvet balbutiant), l’opération donna naissance à L’Exquise nouvelle, roman publié en 2011 et retraçant la délirante poursuite du tueur à l’andouillette.

Enfin, parce que PA n’est pas en reste, en 2010, le forum aussi se prêtait au jeu pour produire la merveilleuse aventure d’un petit personnage perdu sur son astéroïde qui un jour rencontrait le Père Noël.

Au final le cadavre exquis, c’est une murder party racontée par chacun des protagonistes.

 

2/ Verso

Bien, maintenant que nous avons vu les différents types d’écriture collaborative, voyons un peu ce que pensent quelques écrivains célèbres. Pour cela, je laisse la place à Cricri qui nous présentera le point de vue de différents auteurs de renom, glanés au hasard des salons. Puis nous verrons le point de vue de « l’artisan de l’ombre » d’un roman auto-publié au doux nom de Le souffle lointain des songes.

Cricri à toi le micro :

Ici Cricri, de retour des Oniriques de Meyzieu. Ce week-end, je me suis déguisée en auteure pour m’introduire dans la place et m’approcher au plus près des Grands de l’Imaginaire. Ma mission ? Récolter des petits témoignages pour le PAen autour du thème esprit d’équipe. Et ça tombe plutôt bien, car l’esprit d’équipe, j’en ai trouvé là-bas sous toutes les déclinaisons !

Le rêve. Si vous êtes un amateur de Steampunk, vous connaissez peut-être Xavier Mauméjean, spécialiste incollable de Sherlock Holmes. J’ai été frappée par la beauté des illustrations d’un livre dont il a écrit les histoires, Steampunk : De vapeur et d’acier. Il m’a alors confié, avec une étincelle au fond des yeux, que Didier Graffet et lui s’étaient vraiment bien trouvés et s’inspiraient mutuellement, l’un puisant ses images dans les mots de l’autre et vice versa. L’auteur a imaginé tout un univers et l’illustrateur lui a donné forme. Une parfaite complémentarité pour un livre de toute beauté ; deux êtres qui se sont retrouvés au sein du même monde intérieur. J’ai aimé cette étincelle dans ce regard et j’ai trouvé l’histoire de cette collaboration plus belle encore que l’œuvre qui en est née. Un esprit d’équipe comme celui-là, ça fait vraiment rêver.

L’humour. Avec son allure de père Noël, Alain Grousset sait raconter des histoires aussi bien à l’écrit qu’à l’oral. J’étais assise juste à côté de lui quand nous avons rencontré les clubs de lecture ados et lorsqu’on lui parle « esprit d’équipe », lui, ça lui évoque directement ça : « Il y a deux écoles (imaginez la voix profonde de père Noël). Les Structurants et les Scripturants. Les Structurants, ce sont ceux qui ne peuvent pas écrire une histoire sans établir d’abord un plan minutieusement détaillé et sans maîtriser leur univers jusque dans les moindres recoins, la moindre branche généalogique. Je SUIS un Structurant. Les Scripurants, ce sont les auteurs qui se lancent tête baissée sur leur page blanche et qui suivent le fil de l’improvisation sans avoir la moindre idée de la tournure que va prendre l’histoire. Susie Morgenstern EST une Scripturante. Nous avons co-écrits un roman, elle et moi : Tout amour est extraterrestre. Un chapitre chacun. J’ai fait le plan précis et méticuleux de l’ensemble du roman, en bon Structurant, puis j’ai écrit le premier chapitre, je l’ai envoyé à Susie avec le plan détaillé de son propre chapitre. Je lui ai demandé de surtout bien respecter le plan. Elle m’a répondu « Yes, yes, okay ! » (elle est Américaine). Quand elle m’a renvoyé son chapitre, il n’y avait absolument rien de ce que j’avais écrit dans le plan. J’ai été obligé de complètement revoir mon programme, moi, le Structurant, et d’écrire un chapitre à l’opposé de ce que j’avais prévu. Tout le livre s’est déroulé ainsi ! Ça a été une expérience nouvelle pour moi (on sent une vibration de souffrance dans la voix d’Alain Grousset, comme une blessure qui n’a jamais vraiment guéri). Il faut savoir que dans le roman, le personnage principal est un extra-terrestre qui s’ignore… et qui change de sexe. Ça nous a permis, à Susie et à moi, d’explorer les deux versants de l’adolescence. Susie n’hésitait pas à écrire des scènes vraiment… (Alain Grousset se gratte la gorge) …vraiment osées. Quant à moi, j’ai la fierté de vous annoncer que j’ai réussi à décrire un passage où l’héroïne doit s’épiler les jambes. Je ne vous raconte pas les heures de recherche et de documentation acharnées sur Internet qu’il m’a fallu pour écrire cette seule scène. »* Alain Grousset ou un esprit d’équipe comme vous ne l’avez jamais vu.

* M. Grousset, j’ai rapporté vos paroles de mémoire, j’espère n’avoir pas déformé vos propos !

L’émotion. À l’occasion des Oniriques, j’ai également eu la chance formidable de siéger à la gauche d’Erik L’Homme. Il m’a même fait la bise (si, si), mais passons, là n’est pas le sujet. Ce qu’il faut savoir, c’est qu’Erik L’Homme avait la veille remis le Prix Pierre Bottero et au moment de son discours, j’ai compris qu’il avait bien connu cet auteur avant son tragique accident. C’était un sujet un peu délicat à aborder, mais j’ai voulu en savoir plus et j’ai appris qu’ils avaient co-écrits ensemble la série A comme Association, qu’Erik L’Homme a finalement été obligé de terminer seul. J’ai toujours pensé, du fond de ma naïve ignorance, que la co-écriture d’un roman se faisait plus ou moins à la façon d’Alain Grousset et Susie Morgenstern, en alternance de scènes ou de chapitres. Erik m’a expliqué que A comme Association repose sur un principe différent. Pierre Bottero et lui ont écrit en alternance, oui, mais un tome entier à chaque fois. Un livre, un personnage. Erik L’Homme a écrit du point de vue d’un adolescent de 16 ans (Jasper) quand Pierre Bottero écrivait du point de vue d’une jeune femme de 18 ans (Ombe Duchemin). J’ai demandé à Erik comment se passait cette co-écriture, si elle se faisait uniquement à distance, par Internet, mais j’avais tout faux encore une fois : les deux auteurs étaient unis par une véritable amitié et ils avaient souvent l’habitude de se retrouver chez eux pour avancer le projet. Je n’ose même pas imaginer ce que ça a dû être de terminer seul cette série née dans la complicité de l’amitié. Et pourtant, n’était-ce pas aussi le plus beau des hommages, la plus belle expression que pouvait prendre cet esprit d’équipe ?

Cristal

Un grand merci à Cricri pour son témoignage vraiment super.

Passons maintenant à un autre témoignage. Eh oui, il n’y a pas besoin d’être un auteur célèbre et reconnu pour vouloir s’essayer à l’exercice de l’écriture coopérative. Parfois, il arrive qu’un auteur débutant ressente le besoin de s’entourer d’un de ses confrères pour parvenir à lancer son récit et voler de ses propres ailes. C’est le cas de l’auteur que je vais vous présenter. Il s’appelle Philippe Madignier, auteur du livre Le souffle lointain des songes. Roman initiatique d’un adolescent, dont je vous laisse apprécier le résumé.

Nul ne se connaît vraiment, avant de s’être affronté lui-même. Quand Albert vient emménager avec sa famille à Mont-sur-Mer, c’est avec soulagement qu’il quitte son ancienne ville. Discret, gentil, naïf même, sa perception de la vie est très différente d’un ado ordinaire. Auparavant chahuté et tourmenté, ce changement de vie va enfin lui offrir ce qu’il n’espérait plus trouver : des amis. Mais les vieux démons rôdent… Une vie qui le rattrape, un passé qui le hante, et l’Autre monde, à l’univers trouble et mystérieux, lui ouvre ses portes… Si vous aviez des certitudes sur le bien et le mal, Albert va vous les ébranler.

 

 

Les présentations faites, voyons maintenant son point de vue sur la question.

  1. Si je vous parle d’esprit d’équipe en écriture, qu’est-ce que ça vous évoque ?

L’inspiration. Il me plaît de savoir que j’écris pour quelqu’un qui me connaît. C’est une sorte d’expiation, de recherche de soi, où mon lecteur privilégié, qui n’est autre que ma meilleure amie, est à la fois lecteur, critique, directeur artistique et psy. Mais je ne crois pas que je pourrais travailler avec quelqu’un d’autre. Mon écriture doit rester personnelle, et ma collaboratrice sait parfaitement travailler avec moi sans changer l’essence même de ce que j’écris, d’autant qu’elle a son propre style d’écriture qui est à la fois fluide et concis, et dont je manque cruellement.

  1. Comment s’est passé votre collaboration sur Le souffle lointain des songes ? Quel était le rôle de chacun dans cette collaboration ?

J’avais déjà écrit l’intégralité du plan durant deux ans, mais j’avais besoin de quelqu’un pour me « pousser ». La collaboration est un tremplin pour moi. En dehors de toutes les corrections et soutiens dans l’évolution de mon histoire, je n’aurais rien écrit de plus que deux chapitres si je n’avais pas eu en tête constamment que ma « collaboratrice » attendait mes manuscrits.

Ma manière de travailler a beaucoup évolué en trois ans qu’a demandés ce roman, mais d’une manière générale, je lui envoyais par mail les moitiés de chapitres et elle me corrigeait les fautes et améliorait les phrases lourdes qui étaient légion en réécrivant les parties les moins fluides. De plus, nous nous voyions régulièrement (comme nous l’avons toujours fait) pour discuter de mon histoire. Parler des personnages, du déroulement des évènements et des rebondissements, m’aidait à réfléchir et à trouver les articulations et enchaînements manquants. Et certains blocages ont été débloqués par ma collaboratrice elle-même.

  1. Si demain on vous proposait d’écrire à nouveau à quatre mains, cela vous paraîtrait-il envisageable ? Quels sont les avantages et les inconvénients de l’écriture à quatre mains ?

C’est déjà le cas, l’écriture de la suite du premier opus est en cours, même si je n’ai encore rien donné à ma collaboratrice. L’écriture est une introspection, une découverte de soi. Je m’étonne moi-même de tant de manières d’aborder cette écriture. Je ne suis pas écrivain, écrire est un exercice difficile, mais j’ai besoin de m’extraire de la réalité par ce biais. Pour l’instant, je suis en recherche de mon moi profond mais par un autre angle que dans le premier opus. Je travaille avec ma collaboratrice en parlant de l’histoire. Nous sommes dans une phase où elle me pousse à écrire ! Parce que je ne sais pas si je me sens encore capable de me mettre de deux à huit heures par jour pendant trois ans dans cet exercice.

L’avantage d’écrire à quatre mains, est qu’on peut s’appuyer sur l’autre pour confirmer ou réfuter une manière de faire, d’écrire, voire même de développer une idée. C’est réconfortant de ne pas avancer complètement en aveugle, même si j’ai à chaque fois le vertige quand je vois cette satanée page blanche!

L’inconvénient, pour ma part, c’est de se sentir « obligé » d’écrire. Mais c’est paradoxal avec le fait que c’est justement ce point-là qui m’a permis d’écrire ce premier roman.

  1. Quels sont vos projets scripturaux pour l’avenir ?

Comme je l’ai dit précédemment, je suis dans l’écriture du deuxième tome. Mais ayant déjà écrit deux petites nouvelles, j’ai envie de poursuivre cet exercice jusqu’à pouvoir en éditer un recueil. Je dois aussi aller au bout de mon projet « Le souffle lointain des songes ». L’objectif premier était d’écrire un roman, de composer sa musique et de l’adapter en film. J’ai composé déjà une dizaine de musiques qui m’ont permis de m’aider dans l’écriture, reste maintenant à l’adapter en film. C’est beaucoup de travail…

Voilà les Plumes c’est terminé pour cette nouvelle rubrique. Comme nous l’avons vu, contrairement aux idées reçues, l’écriture n’est pas toujours un acte solitaire, mais une belle collaboration née de l’amitié ou conduisant à elle, dans le but de produire une œuvre riche de l’imaginaire de ses auteurs. J’espère que cette nouvelle version de Paroles de Pros aura éclairé votre lanterne et je vous dis à bientôt pour un nouveau numéro inédit du PAen.

 

À vous les studios !

Shaoran