Black Mirror

Quelques mots :

Créée par Charlie Brooker en 2011. La série compte actuellement 13 épisodes répartis sur trois saisons.

 

Histoire :

Chaque épisode est différent et critique les abus de la technologie.

 

Avis :

Black Mirror est une claque, à plusieurs niveaux.

Visuellement, de premier abord. Il n’y a pas un épisode qui se ressemble, tant dans la narration que dans l’époque, ou chez les personnages. La saison 1 en est un parfait exemple : le premier épisode pourrait se passer à notre époque, le suivant fait un bond faramineux dans le futur, le troisième se situerait entre les deux.

Pourtant, grâce à une construction des personnages aux petits oignons, on ne se trouve jamais déstabilisé. Les héros et héroïnes nous guident d’une main ferme jusqu’au dénouement et, comme rien ne leur est épargné pour aboutir à la réflexion voulue, on s’en prend plutôt pas mal dans la tête en même temps.

Que l’on soit choqué ou non par ce qu’ils racontent, les épisodes de Black Mirror font réfléchir.

Le thème central de cette série, c’est la technologie. Comment elle pourrait évoluer et, de fait, ses répercussions sur la société ou l’armée ; ou plus simplement, comment elle agit à notre époque (« shut up and dance » étant, à mon avis, le meilleur exemple). Sujet réchauffé ? Non. Certainement pas, car chaque épisode parle d’une chose différente : réseaux sociaux, jeux vidéos, simulateurs, télévision…

L’autre point particulièrement intéressant, c’est que le but de la série n’est pas de diaboliser la technologie. On appuie sur les dérives possibles, naturellement, afin d’ouvrir les yeux du spectateur et de le faire réfléchir à son propre comportement en ligne ; mais on ne condamnera pas nécessairement la chose. Dans Black Mirror, il est question de réflexion, d’ouverture d’esprit.

Par exemple, l’un des épisodes développe un concept pour soulager les gens après la mort d’un proche. Si cette personne était particulièrement active sur les réseaux sociaux (ce qui est le cas de pas mal de gens, déjà à notre époque), le programme informatique peut repêcher toute sa « personnalité », sa façon de répondre, ses tics de langage… pour permettre aux vivants de tchatter avec le mort en question. Clairement, l’épisode nous montre deux facettes : ceux/celles à qui cela a fait du bien, et ceux/celles que ça n’aide pas.

La technologie évolue et nous n’empêcherons jamais ça. Nous notons déjà, par exemple, les restaurant, les covoitureurs, les lieux touristiques… sur Internet ; et nous le ferons toujours plus sans prise de conscience. Les avancées sont là et c’est assez fascinant d’en repousser les limites, de chercher toujours plus de réalisme dans les mondes virtuels, d’instantané dans les conversations en ligne, d’échappatoires à travers un ordinateur, dont les tailles se réduisent de plus en plus. Il est cependant nécessaire de toujours garder un esprit alerte sur ces prouesses, d’en garder le contrôle avant que ça dérape.

The future is bright

Le Petit Nicolas

« Alors je me suis mis à pleurer, j’ai dit que ce n’était pas juste, et que je quitterais l’école, et qu’on me regretterait bien. »
Le Petit Nicolas, René Goscinny

Le Petit Nicolas

S’il n’était pas votre meilleur ami, Nicolas était forcément votre complice quand vous étiez enfant. Tout le monde peut se vanter d’avoir grandi avec lui… et ce, depuis 1959. Eh oui. Nicolas est immortel.

Cinquante ans ont passé, et Le Petit Nicolas ne s’est toujours pas démodé. Il est le livre culte que nos parents ont lu et que notre progéniture lira. Ils iront l’emprunter à la bibliothèque, ou vous supplieront de l’acheter après qu’on lui aura fait la lecture des Récrés du Petit Nicolas en colonie. Il sera séduit par ce langage qu’il connait si bien : le langage, le style et les mots d’un enfant comme lui, qui aime sa maman et son papa, qui n’a pas toujours de bonnes notes à l’école, et qui fait des bêtises avec ses copains drôlement chouettes.

Les papas de Nicolas sont bien connus pour s’appeler René Goscinny (Astérix, Lucky Luke et Iznogoud, rien que ça !) et Sempé (l’illustre dessinateur à qui on doit le portrait de Nicolas et ses copains). Ce qui est terrible, c’est que pour fêter les cinquante ans de Nicolas, Laurent Tirard a enfilé sa casquette de réalisateur et s’est lancé dans le tournage du film de l’œuvre, sous l’œil avisé de la fille de l’auteur.

Le 30 septembre 2009 sortait donc Le Petit Nicolas dans les cinémas, et avec lui 140 625 fans, petits et grands, quittant leur cocon pour aller suivre la vie du jeune héros. À la fin de l’année, ils étaient 5,46 millions à s’être déplacés dans le cinéma le plus proche…

Il faut dire que tout était alléchant dans cette adaptation. Les bandes-annonces, tout d’abord, qui présentaient soit la famille de Nicolas, soit sa bande de copains, ou bien encore les acteurs adultes (Kad Merad, Valérie Lemercier, François-Xavier Demaison…) habillés en écolier qui clament haut et fort qu’ils sont Nicolas… jusqu’à ce que Maxime Godart apparaisse et dise « Mais non, c’est moi, le Petit Nicolas ».

Il y avait de quoi faire le buzz. Et le film est, avouons-le, à la hauteur de toutes nos espérances. Il est vraiment très réjouissant de retrouver Alceste, Agnan, Clotaire, Joachim, Maixent, Rufus, Eudes, et Geoffroy. Pour encadrer cette bande aussi fidèle et attendrissante que dans l’œuvre, le Bouillon, le Directeur et la maîtresse sont bien entendu de la partie.

C’est dans ce monde que vit Nicolas. Aimé par ses parents, tout bascule le jour où ceux-ci se comportent différemment… Nicolas est persuadé que sa mère est enceinte et qu’elle va l’abandonner dans la forêt comme le Petit Poucet. Conseillé par ses copains, il va tout faire pour se faire aimer davantage et se rendre indispensable. Cependant, à force d’enchaîner maladresse sur maladresse, bêtise sur bêtise, il en vient à penser qu’il était là le premier et que celui qui doit disparaître… c’est le bébé.

Attendrissant, drôle, fidèle aux livres… tout est bon pour passer un excellent moment, soit à fondre devant la bouille de Nicolas et les caractères très variés de ses copains pendant quatre-vingt-dix minutes. Mention spéciale à Renan Luce qui interprète la chanson du générique, facétieuse et comique, On n’est pas à une bêtise près.

Nicolas trouve sa vie chouette, et pour rien au monde, il ne voudrait la changer.

Et nous non plus.

La ptite Clo

Orgueil & Préjugés

« Mr Darcy se retourna et considéra un instant Elizabeth. Rencontrant son regard, il détourna le sien et déclara froidement :

– Elle est passable, mais pas assez jolie pour me décider à l’inviter. Du reste, je ne me sens pas en humeur, ce soir, de m’occuper des demoiselles qui font tapisserie. »

Orgueil & Préjugés, Jane Austen

Orgueil & Préjugés

Elle est peut-être passable et fait sans nul doute tapisserie, mais il a quand même fini par lui dire : « En vain ai-je lutté. Rien n’y fait. Je ne puis réprimer mes sentiments. Laissez-moi vous dire l’ardeur avec laquelle je vous admire et vous aime. ». Alors bon, on finit par craquer, c’est normal.

Heureusement, sur PA, et dans le Paen, il y a encore des Plumes qui prônent la romance que beaucoup s’amusent à dénigrer. Si ces rares Plumes déterminées n’étaient pas là, nous serions tous anéantis sous cet affreux fantastique et cette catastrophique science-fiction (ceci est un Préjugé, certes, mais j’ai mon Orgueil). Car c’est là la guerre infâme de notre époque : l’amour contre l’irréel.

Pour ce numéro spécial Saint-Valentin, il est du devoir de votre journal favori de célébrer l’amour, et le plus beau roman que ce monde possède dans ses archives, Orgueil & Préjugés. Qui sait si, avec un peu de chance, nous aurons la joie de vous voir réconciliés avec ce genre indémodable ?

Mais la pilule passera peut-être mieux avec un film, adapté du plus célèbre roman de Jane Austen par Joe Wright en 2005. Les pirates de PA vont grincer des dents en découvrant le nom de l’actrice qui incarne Elizabeth Bennet (Lizzy pour les intimes), l’héroïne, mais pour apaiser l’éventuelle tension, nous dirons simplement que Keira Knightley (Pirates desdesdes… ? Caraïbes, bien entendu !) est d’abord un personnage attachant dans cette belle aventure.

L’histoire est simple. Mr et Mrs Bennet (Donald Sutherland et Brenda Blethyn), souhaitent le bonheur de leurs cinq filles : Jane (Rosamund Pike), Lizzy, Mary (Talulah Riley), Lydia (Jena Malone, vue aussi dans le magnifique Into the Wild) et Kitty (Carey Mulligan). Les trois cadettes ne font pas toujours honneur à la famille, mais Jane et Lizzy font de leur mieux pour sauver la réputation familiale.

C’est ainsi que, lors d’un bal, Jane et Mr. Bingley (Simon Woods) se rencontrent, dansent ensemble et tombent indéniablement amoureux l’un de l’autre (et là, c’est la guimauve, mais on adore tous les chamallows). Quant à Lizzy, eh bien, comme Mr. Darcy (Matthew MacFadyen) l’a dit plus haut : elle fait tapisserie, mais accepte plutôt mal ce genre de réflexions – on la comprend, solidarité féminine. Elle en vient donc à ne pas apprécier cet orgueilleux personnage, et on peut ensuite dire sans ironie que Darcy est « fiché » chez les Bennet.

Cependant, la relation de Lizzy et Darcy évolue au fur et à mesure que les autres personnages apportent leur lot d’histoires, de sentiments et d’intrigues. Il est très intéressant de voir les sentiments de Darcy changer envers Lizzy, ainsi que les méthodes qu’il met en œuvre pour faire tomber les préjugés que la demoiselle a à son encontre.

On félicitera dans ce modeste film la fidélité totale du livre. Jamais un film n’a reflété aussi bien l’œuvre littéraire dont il est adapté qu’Orgueil et Préjugés ! Le jeu et la carrure de Keira Knightley font ressortir la simplicité et le naturel de Lizzy, et on se perd toutes dans les yeux magnifiques de Darcy quand il se déclare (difficilement, parce qu’un homme, ça a sa fierté !).

Des rêves plein la tête, des étoiles dans les yeux, l’estomac qui fait des bonds et les jambes qui flageolent… Cette œuvre, littéraire ou cinématographique, c’est comme tomber amoureux. On a les mêmes symptômes. Et ça, avouez-le, c’est pas merveilleux ?

La ptite Clo

Joyeux Noël

« Faut pas vous sentir obligé d’envahir Paris pour prendre un verre chez moi, vous savez… »

Lieutenant Audebert (Guillaume Canet)

Joyeux Noël

Il existe bien des histoires à raconter… Parmi toutes celles qui font l’œuvre d’adaptation cinématographique, il y en a une, différente des autres, qui a l’avantage de ne pas connaître de fin. C’est l’Histoire.

À l’occasion de Noël, c’est une page spéciale de notre Histoire qui va vous être racontée dans un merveilleux film. La page de la Première Guerre mondiale, le paragraphe relatant le Noël 1914, l’alinéa qui raconte comment trois clans ennemis ont décidé de poser les armes le temps d’une nuit pour célébrer la plus belle fête de l’année.

On peine pourtant à le croire, mais cette histoire-là est bien vraie, sauf que l’Histoire a oublié de nous le dire. L’Histoire, mais pas seulement. « Les fumiers qui restent au chaud » pendant que d’autres « se tapent dessus », ces mêmes fumiers, qui censurent les lettres des soldats, ont probablement contribué à évanouir cette affaire si honteuse à leurs yeux…

Tel était donc le but de Christian Carion, en réalisant ce drame historique intitulé Joyeux Noël (Sélection officielle Cannes 2005). Reconstituer le 24 décembre 1914 sur le front. Reconstituer tous ces hommes français, écossais et allemands, séparés de leurs proches pour défendre leur patrie dans la guerre la plus meurtrière de notre Histoire.

Ainsi, nous retrouvons côté français, Guillaume Canet (Jeux d’enfants, Ensemble c’est tout, pour ne citer qu’eux) dans le rôle du lieutenant Audebert, que la guerre a séparé de sa femme enceinte et alitée et dont il n’a plus aucune nouvelle. Avec lui, à ses côtés, le fidèle Ponchel, incarné par Dany Boon (Bienvenue chez les Ch’tis, mais ai-je besoin de le rappeler ?). Son jeu à la fois naïf et tendre rend le personnage très attachant, trop même, puisqu’il nous fait pleurer à la fin du film.

L’Allemagne est représentée par Benno Fürmann (Survivre avec les loups), Diane Kruger et Daniel Brühl (ces deux derniers sont d’ailleurs à l’affiche du fameux Inglourious Basterds). Benno et Diane interprètent Nikolaus Sprink et Anna Sörensen, un couple de choristes qui se voient eux aussi séparés par le conflit. Tous deux, ils représentent l’amour, l’amour et encore l’amour qui dure malgré la guerre, et cherchent à rester ensemble, ce que le lieutenant Horstmayer (Daniel Brühl) voit d’un très mauvais œil…

Enfin, les Britanniques, et plus précisément les Écossais, ont également leur part d’émotions. Gary Lewis (Eragon) se retrouve dans la peau du pasteur Palmer, qui s’engage dans la guerre en tant que brancardier pour surveiller deux jeunes soldats qu’il connait bien, les frères Gordon et William. Et Lucas Belvaux (La Raison du plus faible) n’est autre que le lieutenant de toute cette troupe, Gueusselin !

Ce film est véritablement une prouesse de l’émotion. Sans attendre, on entend le son d’une cornemuse qui sort d’une tranchée, puis la voix d’un ténor allemand qui chante avec, et les français qui se demandent « mais c’est quoi ce bordel ? ». Très vite, on en vient à sortir de ces trous, munis de sapins de Noël à la place de fusils, et on s’échange vins, champagne, chocolats, lettres aux familles, sourires… Les clans se rendent leurs morts et les enterrent ensemble. Et nous entendons presque les pensées de tous ces hommes qui se disent qu’au final, rien ne les sépare.

Rien ne les sépare parce qu’ils sont tous là, dans la même galère, et qu’au fond, ils se ressemblent tous. Et ces deux mains serrées, cet instant de fraternité durant presque deux heures, c’est la plus belle histoire qu’on peut se raconter à Noël…



La ptite Clo

Arsène Lupin

« Et j’y tombe sans aucun doute [dans le ridicule] lorsque je suis offert au public dans une invariable, perpétuelle et irritante situation d’amoureux. Certes, je ne nie pas que j’aie le cœur fort sensible, et que le coup de foudre me guette à chaque tournant de rue. Et je ne nie pas non plus que les femmes me furent, en général, accueillantes et miséricordieuses. J’ai des souvenirs flatteurs, je fus l’objet heureux de défaillances dont tout autre que moi se prévaudrait avec quelque orgueil. Mais de là à me faire jouer un rôle de Don Juan, de Lovelace irrésistible, c’est un travestissement contre lequel je proteste. »

Maurice Leblanc – La Cagliostro se venge


Arsène Lupin


Avouons-le. Elles sont toutes dingues d’Arsène. Tout les séduit chez elles : son rire, son intelligence, son arrogance de gentleman cambrioleur, ses petits airs de séducteur, ses clins d’œil… Quelle femme est déjà restée de marbre devant lui ?

Parce que l’été sur PA avait été placé sous le signe du polar, il paraissait évident de rallonger la saison policière encore un peu pour la rentrée du Paen. Alors, Arsène Lupin s’est savamment proposé. Il est venu et il nous a dit de sa voix envoûtante : « Mmmh, mes belles, invitez-moi… et je saurai vous combler ».

Et voilà comment le Paen a flanché. Lupin méritait mieux que de rester dans nos bibliothèques, disait-il, un homme comme lui devait figurer dans le Paen, non mais oh ! Ses désirs furent des ordres.

Et puis, il est chic, Arsène. Il est chic, et si tout le monde l’aime, c’est bien parce que Maurice Leblanc l’a rendu unique. C’est le seul capable de réaliser un cambriolage tout en restant en prison, le seul qui passe derrière les barreaux quand il le désire et qui s’évade quand ça lui convient, et le seul qui chante « laïtou laïtou lala » après la résolution d’une énigme redoutable. Il est également le petit chouchou du polar… Sherlock Holmes et Maigret ne font pas mieux ! Les plus résistants au genre policier ne peuvent que fondre devant lui.

On en rêvait, c’est Jean-Paul Salomé qui l’a réalisé. On en rêvait, c’est Romain Duris (Les Poupées russes, Molière) qui a endossé la redingote et le monocle du célèbre voleur, centenaire depuis peu.

Ce n’est pas le premier film sur notre ami Lupin, loin de là, mais c’est toutefois le plus récent. Parmi la trentaine de livres relatant les aventures d’Arsène, c’est la Comtesse de Cagliostro, incarnée par Kristin Scott Thomas (Mission Impossible, Ne le dis à personne), qui a attiré l’attention des scénaristes.

Dans un décor normand, pas très loin de l’Aiguille creuse, nous suivons Arsène Lupin dans ses jeunes années et découvrons comment d’un petit voleur qui use de ses charmes, il est devenu le célèbre cambrioleur que nous connaissons tous.

Le film résume assez bien l’histoire, malgré les retouches à l’intrigue qu’on trouve dommage. Alors qu’il était fort épris de Clarisse d’Étigues, interprétée par la jeune Éva Green (Casino royale, À la Croisée des mondes… Arsène Lupin est son deuxième film au cinéma), Arsène Lupin se prend de passion pour la Cagliostro, une femme mystérieuse et redoutable. Après l’avoir sauvée d’une mort complotée, elle le prend sous son aile et l’entraîne dans la chasse au trésor des rois de France.

Cette grosse production ne lésine pas sur les moyens. Les scènes d’époque tournées devant l’Opéra Garnier sont magnifiques, mais les coups de feu et explosions font too much. Romain Duris dévoile une nouvelle fois son incontestable talent, mais on regrette de le voir si peu gentleman-cambrioleur. Si le film n’a pas connu le succès qu’il escomptait en France, c’est peut-être aussi parce que le public attendait un scénario différent, une véritable affaire tirée par les cheveux avec un Arsène accompli et sûr de lui. Mais cela reste un bon divertissement, un film à voir un dimanche pluvieux.

Arsène, avant de quitter les bureaux du Paen, les poches remplies de nos bijoux, a déclaré : « Je suis flatté par tant d’ardeur à me mettre sur grand écran, mais je savais que ça ne marcherait pas. Comme si pouvait m’égaler, moi ! ».

La ptite Clo

Confessions d’une accro du shopping

« Tout va bien. Pas de panique. Surtout pas de panique. Après tout, ce n’est qu’une facture de carte bancaire. Un bout de papier et quelques chiffres. C’est fou comme quelques chiffres peuvent vous ficher la trouille. »

Becky Bloomwood

Confessions d’une accro du shopping

Chaussures : Prada. Robe : Versace. Veste : Chanel. Sac : Gucci. Lunettes de soleil : Dolce & Gabbana. Voilà un véritable investissement !

Investissement, c’est justement l’excuse favorite de Rebecca Bloomwood, l’héroïne la plus déjantée de la planète, et dont l’obsession pour les boutiques est bien connue. En effet, à ce jour, des millions d’accros ont rangé dans leur bibliothèque les cinq tomes de ce qui est devenu un best-seller mondial.

Alors le film, ça change quoi ? Difficile à dire.



Déjà, la bande-annonce annonçait la couleur, et nous promettait un film digne du roman de
Sophie Kinsella, qui a tenu à surveiller de très près le tournage. C’est P. J. Hogan, à qui on doit Le mariage de mon meilleur ami et Peter Pan, qui a tenu les commandes de cette superproduction américaine. Côté casting, c’est la jolie frimousse d’Isla Fisher (Horton, Scooby-Doo) qui incarne Becky Bloomwood, aux côtés d’Hugh Dancy (David Copperfield, c’est lui), l’interprète du séduisant Luck Brandon.

Il serait peut-être bon d’initier les Plumes qui n’ont jamais suivi les aventures de Becky. Comme vous l’aurez compris, Rebecca est une acheteuse compulsive, dont le cœur bat pour chaque boutique, chaque vêtement, bref, pour tout ce qui s’achète. Cependant, notre accro collectionne aussi autre chose : les découverts bancaires. Pour régler la note, une seule solution : gagner plus, sans autre choix que de travailler dans un journal financier ! D’une nature un peu fofolle, elle est prête à tout, et ne manque certes pas d’imagination pour se sortir du pétrin !

La plume pétillante de Sophie Kinsella et son héroïne très attachante font d’ailleurs la grande force du roman. Alors forcément, quand on voit le film, on peut être déçu, car il ne s’agit plus là de mots, mais d’images.

Bien sûr, aimer une adaptation dépend de chacun. Pour ma part, n’ayant pas lu les livres avant de voir le film, j’ai été éblouie (et j’ai couru vers la première librairie en sortant du cinéma !). Les Plumes sceptiques à la romance apprécieront moins, ceux qui sont intransigeants au niveau de l’humour seront peut-être déçus… Mais toujours est-il que pour certains comme pour moi, vous adorerez ce film pétillant de joie et de bonne humeur ! Oui, il y a de l’amour, et oui, ça se finit bien… Mais c’est tellement original et hors du commun que vous en oublierez même la critique ! J’ai hurlé de rire devant le tempérament de Becky, ainsi que devant l’explosion de son armoire et ses prouesses en danse.

Cela ne m’a pas empêchée d’observer quelques différences. Par exemple, dans le film, Becky postule pour le journal Comment réussir votre épargne ?, afin d’avoir une chance d’atterrir dans un fameux magazine de mode, Alett. Dans le bouquin, en revanche, elle travaille déjà dans ce journal financier, et il n’est question nulle part d’Alett. On ne peut pas dire que le film soit une copie conforme du roman. L’histoire est seulement tournée autrement, et si des détails ont changé, des petits clins d’œil au livre nous sautent aux yeux. Le film est aussi magique dans le sens où les mannequins de vitrine sont vivants et les boutiques des sortes de paradis terrestres. Peter Pan revu dans la mode !

Des regrets pour beaucoup, du rêve et des rires pour d’autres… Une seule chose à retenir de ce film, dans tous les cas : la lingerie est indissociable de la condition humaine !

La ptite Clo

La belle personne

« Depuis longtemps, j’ai envie de filmer des adolescents, mais en évitant la nostalgie et la sociologie qui sont les deux écueils de ce genre de film. « Jamais cour n’a eu tant de belles personnes ». Tout a débuté avec ces quelques mots de Mme de la Fayette, mots qui ont entraîné dans mon esprit l’idée d’une autre cour, celle d’un lycée parisien, avec d’autres belles personnes, la jeunesse d’aujourd’hui. Cette jeunesse grave et gracieuse, qui m’apparaît si éloignée de ma jeunesse des années 80, dont je garde le souvenir net d’une absence résolue d’élégance. (…) Je voulais les filmer eux, ceux d’aujourd’hui, avec cette part inévitable de distance que leur mystère m’impose. Je voulais filmer leur manière de faire avec un monde qui les agresse, les considère toujours plus ou moins comme des ennemis (…) et dans le même mouvement les désigne comme objets de désir et en fait les canons de la beauté d’aujourd’hui (…) L’adolescence va bien à La Princesse de Clèves. »

Christophe Honoré

 

La Belle Personne

Souvenez-vous… L’étonnante beauté de Mademoiselle de Chartres en faisait tourner plus d’un en bourrique. Son mari, le prince de Clèves était fort jaloux, en particulier du (séduisant) Duc de Nemours (un homme passionné, le Duc de Nemours, vraiment très passionné).

Dans cette adaptation libre et moderne de La Princesse de Clèves, c’est Léa Seydoux qui tient le rôle principal (« C’est doux », dirait un comédien que je ne nommerai pas, le soir où l’actrice était nominée pour le César du Meilleur Espoir Féminin 2009). La belle personne, a priori, c’est elle.

Léa Seydoux interprète joliment Junie, une jeune fille qui arrive dans un nouveau lycée quelque temps après la mort de sa mère. Son cousin Matthias et ses amis la prennent sous leur aile, et elle finit par sortir avec le plus calme d’entre eux, Otto. C’est d’ailleurs le jeune Grégoire Leprince-Ringuet (Les Égarés, Les Chansons d’amour) qui incarne l’amoureux meurtri. Entre eux, Nemours, prof d’italien de son état qui, d’abord fasciné par Junie, en tombe rapidement (fou) amoureux, alors que c’est contre ses habitudes.

Évidemment, parce que c’est l’un des meilleurs jeunes acteurs de notre époque et parce que Christophe Honoré ne peut plus se passer de lui, c’est Louis Garrel qui endosse le rôle de Nemours (Dans Paris, Les Chansons d’amour, lui aussi). Et une fois de plus, on se régale de le voir jouer, cet acteur si profond.

La Belle Personne, malgré son beau casting, reste un film modeste. On apprécie l’apparition de Chiara Mastroianni qui fut dans le temps une Princesse de Clèves, elle aussi (La Lettre). Sont également remarquables le merveilleux jeu de Louis Garrel et la chanson poignante interprétée par Grégoire, et écrite par Alex Beaupain, l’éternel compagnon de Christophe Honoré (qui a, vous l’aurez deviné, composé pour Les Chansons d’amour). Bref, un film touchant qui a su garder sa simplicité.

Christophe Honoré évoque dans cette adaptation d’autres sujets, qui ne sont pas forcément dans le roman de Mme de la Fayette, comme l’homosexualité et le suicide. En revanche, on note des similitudes avec l’histoire d’origine : le refus au bonheur ; le portrait photographié de Junie que dérobe Nemours qui rappelle fortement le Duc de Nemours volant celui de Mademoiselle de Chartres ; l’amour puissant d’Otto pour Junie qui lui sera fatal comme cela l’a été avec le Prince de Clèves ; et enfin, la lettre commune aux deux versions, objet de quiproquo entre les amants et la Cour (ou la classe).

Je n’ai qu’une question, à toi, Madame-Monsieur le Lecteur… Si tu as déjà vu ce film (ou quand tu l’auras vu, si ce n’est pas encore fait), j’ai une question à te poser : selon toi, qui est véritablement la belle personne ?

La ptite Clo