Interview de l’Agence Sélène

Depuis fin 2016, Plume d’Argent a conclu un partenariat avec Sélène, une agence littéraire spécialisée dans le Young Adult. Son activité est double : trouver des auteurs en herbe en vue de les aider à être publiés par une maison d’édition et mettre leurs talents en communication à disposition des maisons d’édition pour promouvoir leurs ouvrages Young Adult. Afin de nous permettre de connaître le métier d’agent littéraire plus en profondeur, l’équipe de Sélène s’est très gentiment prêtée à une interview avec le PAen !

Plume d’Argent : Qu’est-ce qui vous a donné envie d’ouvrir cette agence ? Comment a commencé l’aventure « Sélène » ?

Agence Sélène : Cette aventure a commencé alors que nous étions encore étudiantes. Notre école (Sup de pub) a pour particularité de proposer à ses élèves en MBA de monter un projet professionnel, plutôt que de passer leur été à rédiger un mémoire. Libre ensuite à eux de décider si ce projet est fictif ou réel. Dans notre cas nous avons décidé dès le départ que Sélène dépasserait le simple exercice de fin d’études. Quant à l’idée, elle est venue d’une frustration toute personnelle. Aude cherchait alors à faire lire son manuscrit par des professionnels et malgré ses contacts dans l’édition, cette entreprise s’avérait plus que hasardeuse. Le constat était le suivant : les éditeurs sont souvent débordés et les piles de manuscrits s’accumulent sur leurs bureaux. De plus, la part belle est faite aux traductions et aux commandes. Il est donc particulièrement difficile pour un auteur en herbe, francophone, d’attirer l’attention. Avec Sélène nous voulions changer ce schéma et introduire un nouvel acteur.

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Rencontre avec Vincent Villeminot

Grâce à un petit concours organisé par les éditions Fleurus, j’ai eu la chance de pouvoir participer à une rencontre avec Vincent Villeminot. En cette occasion, j’ai reçu les épreuves d’un de ses derniers romans : Les Pluies.

Arrivée bonne dernière (naturellement), je me suis retrouvée à la droite de l’auteur, découvrant la bouille d’une dizaine de blogueuses, chevronnées ou toutes nouvelles. Parmi elles je me souviens de blogs comme « Temps de mots » ou « Les lectures de Mylène »…

Tout y était : une ambiance de plus en plus détendue (à en oublier les portables et magnétophones dégainés), mon admiration sans bornes pour celles qui retranscrivaient l’essentiel à l’écrit (une telle capacité à écouter, profiter et condenser me laisse coite !), de quoi boire et manger (muffin aux noix de pécans absolument… comment ça « on s’en fiche » ?), et une conversation passionnante !

Les deux heures ont filé telle la bise et si je ne peux tout vous redire tel quel, je peux vous en faire un résumé pour que vous partagiez ma belle expérience ! (mais n’ayez crainte, votre envoyée spéciale PA a réussi à… oui, bon, à mentionner PA naturellement, mais aussi à poser la question spéciale Paen !)

La première question a orienté stratégiquement la conversation sur la présentation de l’auteur. Comment en est-il venu à écrire ?

Aujourd’hui, Vincent Villeminot est connu pour de multiples romans piochant dans plusieurs genres de la littérature (qu’il décrit lui-même comme de plus en plus nombreux et spécifiques). Instinct est une trilogie fantastique, Réseau(x) un thriller, U4. Stéphane le quart d’une histoire d’anticipation écrite à quatre mains… Cette année, il sort quatre romans, du policier au roman d’aventure.

Dans le Copain de la fille du tueur, il nous a expliqué vouloir écrire une histoire d’amour, en réaction à toutes celles qui sortent actuellement. Ne partageant pas les idées de l’amour véhiculées par la littérature New Adult (il nous a cité en exemple le très controversé Fifty Shades), il a voulu écrire la sienne.

« Les pluies, c’est un roman particulier parce que je l’ai fait avec S.,qui est citée dans tous mes remerciements de roman. On s’est rencontrés y’a 13 ans quand je commençais chez Fleurus. On est devenus amis. C’est la personne qui m’a fait l’amitié de lire tous mes manuscrits, y compris quand ils étaient pour d’autres éditeurs. Elle me dit en cours d’écriture « là, tu te perds ». C’est une amie, je sais très exactement la façon dont elle lit mes textes, ce qu’elle y aime et n’y aime pas. Parfois je mets des choses qu’elle aime pas et je sais qu’elle me le dira. Mais c’est différent de « ah ça c’est pas bon ».

Quand on s’est dit « allez, on va se faire un roman ensemble » ça a donné les Pluies.

L’idée du déluge vient du prénom de son deuxième enfant, Noah.

Il faut toujours une idée de départ pour un roman. Je voulais essayer d’écrire un classique de la littérature jeunesse : un roman comme j’en lisais quand j’étais gamin avec des aventures, des pirates et des abordages. Mais comme le raconter à des lecteurs qui ne vivent pas dans ce monde-là et n’en rêvent peut-être plus ? »

Mais avant tout ça, Vincent Villeminot n’avait jamais songé à écrire. Il voulait être journaliste : « Dans le métier de journaliste, tu passes 3 semaines en reportage et trente heures à écrire ton reportage, donc l’essentiel c’est le terrain, pas l’écriture.

En plus je ne voulais pas travailler dans un bureau. Ca, je le savais depuis l’enfance : je ne voulais pas être tenu à des horaires, être enfermé dans une pièce, et je voulais pas de cravate. »

C’est suite à des cours d’écriture donnés en école de journalisme qu’il s’est peu à peu essayé à l’écriture. Il a pris goût aux petits exercices sur la fiction qu’on leur donnait. Durant ses années de journalisme, il a donc écrit deux ou trois romans destinés à la grande littérature générale. Aucun éditeur n’en a voulu et, en riant, il s’en est avoué soulagé.

« Et puis un jour, j’ai considéré que je ne pouvais plus faire mon métier de journaliste comme je l’entendais, alors j’ai cherché un autre métier. Je ne savais pas du tout ce que j’allais faire. Et, en attendant, pour gagner ma vie, je faisais ce qu’on appelle des « bouquins de journaliste ».

Un jour, dans les locaux de Fleurus – pour lesquels j’étais en train d’écrire des livres de voyage – une éditrice m’a dit « écoute, on cherche des gens pour écrire un album pour des enfants de 6 ans ». Mon fils avait 6 ans, ils le savaient, donc j’ai écrit ce premier album-là.

Ça s’est bien passé. On m’en a demandé un autre, un troisième, un quatrième… On s’est mis à écrire des histoires un peu déconnantes avec une copine aussi éditrice chez Fleurus… Et voilà comment je me suis retrouvé en littérature jeunesse. Un peu par hasard et sans l’avoir prévu, mais en me disant « Si ça doit devenir mon métier, faut que je l’apprenne ».

Pendant 5 ans, j’ai fait énormément de livres (des contes aux encyclopédies) et un jour une éditrice est venue me demander d’écrire un roman. Je l’avais croisé chez Fleurus, elle travaillait chez Plon, et elle me demandait d’écrire un roman parce qu’elle aimait bien ce que je faisais.

Ensuite, une autre éditrice, chez Nathan m’a demandé aussi… Et voilà. Je me suis retrouvé auteur jeunesse sans du tout l’avoir prévu. Autant mes manuscrits ont toujours été refusés en littérature adulte, autant je n’ai jamais eu à chercher d’éditeurs en littérature jeunesse parce qu’ils sont toujours venus me chercher.

Aujourd’hui des éditeurs adultes me font des propositions, mais je suis mieux en jeunesse. »

Quelqu’un a alors lancé que ce devait être bien différent d’écrire pour la jeunesse, ce à quoi il a fortement acquiescé :

« Oui. Y’a une différence fondamentale dans la façon d’aborder les sujets. En jeunesse, tu les abordes comme une première fois. Une histoire d’amour, pour ton héros, c’est probablement la première. Une épreuve, une aventure… C’est une initiation. Donc ça, ça change du point de vue du héros, mais aussi du lecteur ; parce que je m’adresse à des lecteurs qui, pour certains, ont 12-13 ans, pour d’autres 25 ans, donc il faut que je leur parle à tous et ce n’est pas les mêmes préoccupations. Et moi, en tant qu’auteur, je dois m’oublier.

Je suis convaincu d’un truc : c’est que mes lecteurs n’en ont rien à faire des états d’âme d’un type de 44 ans. Si je commence à les raconter je vais perdre mes lecteurs, les ennuyer. Quand j’écrivais en littérature générale (mes romans non publiés, Dieu merci), j’étais très attentif à moi-même. Écrire pour la jeunesse m’a fait faire un pas de côté, j’ai commencé à être attentif à mes personnages et à ce qu’ils éprouvent, à ma fiction et non plus à moi-même.

C’est pour ça que j’écris pour la jeunesse et non pas en jeunesse. J’écris pour d’autres que moi. Des livres que je ne lirais peut-être pas aujourd’hui. C’est ce chemin vers l’autre qui fait que j’écris mieux, je crois. »

Un petit silence méditatif a suivi. Je dis méditatif mais je crois qu’il y avait aussi une note de gêne du genre « Bon… à qui le tour ? Qui ose ? ». Donc oui, plumettes et plumeaux, j’ai osé. J’ai ravalé mon « Claquette, journaliste pour le PAen » qui n’aurait fait rire que moi et ai jeté :

« Pensez-vous qu’on peut apprendre à écrire ? »

« Non seulement on peut, mais il faut. Très clairement, mes livres sont meilleurs aujourd’hui qu’il y a dix ans. Je pense que si c’était pas le cas faudrait que j’arrête ce boulot très vite ! L’écriture y’a pas d’école pour, y’a pas de cours. Il commence à y avoir des universités qui créent des départements de creative writing – ça existe pas mal aux États-Unis – mais en réalité c’est plus des cours pour apprendre à structurer une histoire et développer des personnages ; qui marchent donc aussi bien pour le scénario de série télé que pour le roman.

Mais apprendre à écrire ça se fait en faisant des livres. Tes premiers livres, heureusement que y’a les éditeurs pour te dire « voilà où sont les faiblesses ». Tu te fais accompagner de lecteurs fidèles, tu te fais accompagner par tes éditeurs… Et petit à petit tu apprends ce qui est un métier.

Parce que je défends l’idée que romancier, c’est un métier. C’est un artisanat, y’a des tours de main, il peut y avoir du génie (parce que y’a des artisans de génies) mais il y a d’abord des techniques et beaucoup de travail. Je fais ce boulot à temps plein Dès lors que j’ai compris que j’allais être auteur jeunesse, j’ai fait le choix, difficile financièrement dans un premier temps, de ne faire que ça. Parce que je me suis dit « Si c’est un métier, je vais le traiter comme tel. »

C’est-à-dire m’y consacrer.

Je pense que c’est super important. Après y’en a qui font ce métier d’écrire à côté d’un autre métier, pour des raisons d’équilibre familial, financier… C’est pas un mauvais choix, c’est juste qu’on peut pas raconter les mêmes histoires. On les raconte pas de la même façon en tout cas.

Pour écrire les Pluies, je vais y passer 3 mois à temps pleins. Un auteur avec un métier à côté peut y passer 2 ans ou 3 ans. Donc entre le début et la fin, il va changer, évoluer… Donc, il ne pourra pas être dans le même concentré que moi. Il va raconter l’histoire différemment, ça va se sentir à la narration. Ce ne sera pas meilleur ou moins bon, ce sera autre chose.

Quand j’ai écrit Réseau(x), j’y ai passé 18 mois à temps plein. Pour un auteur qui ferait un métier à côté, il aurait clairement fallu 10 ans, et il serait devenu fou. Moi déjà, en 18 mois, j’étais limite…

Tous les matins, je me mets au boulot à 9 heures. Je suis calé sur les horaires scolaire de ma petite dernière donc y’a la pause déjeuner, mais le soir je me remets au boulot de 20 à 23 heures tous les jours. Sans weekend, sans rien. Là ça faisait trois ans que j’avais pas pris de vacances. Donc c’est vraiment mon taf. »

Nous avons ensuite abordé plusieurs sujets. La traditionnelle question du « écrivez-vous avec un plan ? » est sortie, « connaissez-vous déjà la fin des Pluies ?» aussi.

Il a aussi évoqué ses rencontres dans les écoles, du collège au BTS informatique. Pour ces derniers, il devait initialement évoquer Réseau(x), dont le sujet rejoignait leurs cours. C’était le 30 novembre, peu de temps après les attentats ; au bout d’une heure de questions sur l’histoire-même, à la toute fin, un élève lui a demandé « vous en pensez quoi de ce qui se passe en ce moment ? ». Il a demandé aux professeurs s’il pouvait répondre franchement, et leur conversation a duré une heure supplémentaire. Quand Vincent Villeminot est revenu les voir, quelques mois plus tard, c’était pour leur lire le début d’un de ses nouveaux livres, dont l’idée avait jailli suite à cette rencontre.

Il a précisé que chaque rencontre ne menait pas à des illuminations, mais que ça en faisait des moments forts. Comme intervenir dans un collège et repérer, tout au fond, les deux filles très silencieuses qui finissent par poser une question monstrueusement technique sur l’écriture-même, « trahissant » leur hobby caché. S’ensuit un sourire de connivence et l’assurance qu’avec elles, la discussion se prolongera un peu à la fin de la rencontre.

Les salons, pour lui, sont des moments forts. Il est toujours touché de tomber sur le ou la lectrice qui réussira à cracher un « J’ai beaucoup aimé votre livre » avec dans les yeux tout le discours qui ne réussit pas à sortir.

Difficile de ne pas s’y reconnaître… Nous avons toutes sourit timidement avant de rigoler.

A la fin, un exemplaire tout beau (avec couverture et résumé différent) des Pluies nous a été offert. Le moment s’est prolongé avec un peu de dédicaces et de discussions plus relâchées. La blogueuse chevronnée a brandi une dizaine de marque-pages faits maison à faire signer pour organiser un concours (certaines personnes pensent vraiment à tout !). Vincent Villeminot, en m’entendant parler de Cristal, m’a mentionné « Il paraît que c’est vraiment très beau ce qu’elle écrit ! » et, repérant la responsable éditoriale disponible, je me suis permise de lui demander :

« Est-ce que les éditeurs regardent les sites de publications en ligne, maintenant ? »

Elle a souri avec amusement :

« Oui. Je peux vous dire qu’on regarde. Au moins pour savoir ce qui se fait, chercher les tendances, ce qui se fait le plus. »

Plumes, we are being watched !

C’aura été une rencontre passionnante à tous points de vue ! Dans un spectre large en ce qui concerne l’écriture et ces anecdotes de rencontres vraiment touchantes ; de façon plus restreinte, il était très intéressant d’avoir la vision de l’auteur sur ce roman que nous avions lu. Je pourrais vous en parler encore un moment, sur la conception de la couverture ou sur ses réponses à mes remarques sur son personnage principal… mais ceci est une autre histoire, que nous raconterons une autre fois.

Pour moi, cette rencontre était un apprentissage en soi. J’ai appris comment cet auteur avait conçu ce roman ; j’ai appris pourquoi il avait mis des pirates, pourquoi ces noms, ce déluge, cet intermède, pourquoi cette absence de sons et d’odeurs au tout début… Pourquoi il a fait ces choix et, une chose est sûre, on devrait toujours pouvoir parler de tout ça avec les auteurs ! Cela donne des rencontres et des témoignages précieux.

Interview de Kylie Ravera

Coucou les plumes,

L’article d’aujourd’hui sera consacré à une auteure du Web qui s’est lancée dans l’excitante et mystérieuse aventure de l’auto-publication, j’ai nommé Kylie Ravera. Sa série de livres dont le premier tome s’intitule « La Tentation de la pseudo-réciproque » est disponible sur son site. En exclusivité sur PA, elle a accepté de répondre à nos questions.

1- On a tous en nous ce petit grain de folie que certains décident un jour de développer. Que ce soit au travers de la musique, du dessin ou encore de l’écriture, on a tous nos raisons de laisser notre créativité s’exprimer. Quelle a été la vôtre ?

• Difficile de répondre au singulier à cette question… Il y a sans doute eu, au tout début, l’envie de raconter des histoires semblables à celles que je prenais plaisir à lire. Puis est venue la sensation grisante que l’on éprouve en jouant avec les mots, en feintant les subtilités de la langue, en visant une certaine justesse par la maîtrise de l’aspect technique de la « chose écrite ». Plus tard, les vertus psychanalytiques de l’écriture ont sûrement été une raison suffisante pour que je m’attache à raconter certaines histoires bien précises. Maintenant, l’écriture est tout simplement un endroit où je me sens bien – sûrement la meilleure raison de vouloir demeurer sous l’emprise de cette petite folie !

2- En tant qu’auteur, a fortiori débutant, on voit toujours les maisons d’édition comme une forteresse imprenable pleine de dragons à visage humain et de magiciens du papier. L’édition classique vous a-t-elle déjà tenté ou l’auto-édition a toujours été une évidence ?  
• Ce qu’il y a de bien, avec les forteresses imprenables, c’est qu’on peut imaginer tout un tas de techniques pour essayer de les prendre quand même : ça a le mérite de stimuler l’imagination. Mais le jour où on se décide finalement à construire sa propre petite chaumière sur un lopin de terre à l’écart, on réalise qu’on peut y être très heureux – tout en y étant bien moins ennuyé par les dragons…
L’édition classique est longtemps restée une cible, l’autoédition étant plutôt « un accident » due à la facilité d’accès des outils qui permettent de se lancer. Mais suite à une conjonction d’évènements – quelques réponses d’éditeurs concordantes expliquant pourquoi une série comme la Tentation n’était pas faite pour l’édition « de masse », un nombre croissant de retours de lecteurs plutôt enthousiastes, de bonnes critiques sur différents blogs, et une certaine lassitude de dépenser du temps et de l’énergie pour monter des dossiers à l’intention des éditeurs – j’ai choisi d’assumer cette approche concernant la diffusion de mes livres. Et puis je pense que l’autoédition, si elle permet d’atteindre une masse critique de lecteurs, peut aussi être une voie d’accès vers l’édition classique. Une espèce de tunnel souterrain partant d’une petite chaumière et susceptible de déboucher dans la cour d’une forteresse…

3- Parlez-nous un peu de votre expérience ? Quel effet cela fait de tenir entre ses mains son « bébé » (fût-il d’encre et de papier) ? 

• Bien sûr, tenir entre ses mains le premier exemplaire de son livre est source d’un émerveillement qui vous conduit à afficher un petit sourire idiot – même si le livre en question est doté d’une hideuse couverture verte avec votre nom d’auteur en jaune « queue de vache » dessus (j’ai depuis remédié à cet attentat chromatique en m’adjoignant les services de maître Sam Colasse, illustrateur attitré de chaque tome de la Tentation). Mais le vrai shoot de bonheur pur, je l’ai connu avec les premiers retours de lecteurs anonymes ; réaliser que ses personnages ont réussi à sortir de votre tête pour vivre la vie que vous leur avez concoctée dans une autre : ça reste pour moi la plus grande source d’émerveillement.

4- A votre avis, quels sont les avantages et les limites de l’auto-publication ? 

• Avec l’auto-publication, vous pouvez aller vite, et mettre en quelques heures le fruit de vos nuits blanches à disposition des lecteurs potentiels ; avec le risque d’aller trop vite et de publier un livre inachevé, pas suffisamment relu, avec des fautes, des incohérences.
Avec l’auto-publication, vous pouvez sortir un livre qui n’entre dans aucune case, qui n’a pas sa place dans une collection ; avec le risque de ne pas être facilement identifiable par le public qui pourra passer complètement à côté.
Avec l’auto-publication, vous maîtrisez votre histoire, vos personnages, votre style, dans une liberté totale de créer ce que vous voulez ; avec le risque de faire n’importe quoi.
Avec l’auto-publication, vous maîtrisez également votre communication, les outils à exploiter pour vous faire connaître ; avec le risque de ne jamais trouver le juste équilibre entre invisibilité totale et détestation pour cause de spam.
Avec l’auto-publication, vous pouvez posséder et mettre en vente des exemplaires papier de vos livres sans vous ruiner, grâce à l’impression à la demande ; mais vous aurez beaucoup de mal à les voir dans la devanture d’une librairie ou exposés dans un salon.
Avec l’auto-publication, vous pouvez garder pour vous jusqu’à 70% du prix de votre livre numérique, et jusqu’à 30% (voire plus) du prix de la version papier, contre respectivement 30% et 8-10% dans l’édition classique ; mais à priori, vous en vendrez beaucoup moins.
Avec l’auto-publication, vous n’avez aucun intermédiaire entre vous et vos lecteurs ; mais vous êtes aussi le seul à prendre les coups s’il doit y en avoir.
Finalement, l’auto-publication est particulièrement adaptée à la diffusion d’œuvres au public-cible confidentiel, dont la taille ne permettrait pas d’envisager la rentabilité économique pour un éditeur professionnel.

5- Si l’encre et le papier donnent une consistance différente à son roman, toute l’étape de gestation du projet, entre le moment où germe l’idée et celui où le roman sort de l’imprimerie, n’est pas sans embuches. Quelles ont été vos principales difficultés ? La page blanche, la jungle de l’édition, ou les travers de l’auto-édition ? 

• Une fois le processus d’écriture enclenché, une fois trouvée la trame, la ligne directrice et le ton de ma série, je n’ai jamais connu les affres de la page blanche, sans doute parce que je raconte une même histoire depuis huit ans, et que ses grandes lignes sont parfaitement définies depuis le début. Ma principale difficulté a consisté à trouver le bon rythme de travail, entre mes obligations professionnelles et familiales, tout en alternant les phases d’écriture et de promotion. La principale difficulté, en fait, ça a été de trouver du temps.

6- Ce journal est dédié aux membres d’une communauté d’auteurs web. Quel conseil donneriez-vous à celles et ceux qui souhaitent tenter l’excitante aventure de l’auto-édition ? Quels sont les pièges à éviter ? 

• Les sites web qui donnent des conseils techniques pour se lancer dans l’autoédition sont légion. Mais je pense qu’au-delà de la meilleure façon de formater ses livres, de trouver ses prestataires, de fixer son prix, d’assurer sa promotion, il faut apprendre à accepter le résultat de tous ces efforts, quel qu’il soit. A trouver en soi les raisons pour ne pas se sentir frustré, découragé, abattu, par un manque de réussite à l’aune de la façon dont elle est habituellement mesurée. Le piège, c’est aussi de terminer un livre, de le lancer dans l’arène de l’autoédition et de ne prendre aucun plaisir à ce qui suit : markéter, communiquer, vendre. Posez-vous la question de vos attentes réelles et de l’investissement personnel que vous êtes capable d’assumer tout en conservant le plus important : l’envie d’écrire, indépendamment du désir d’être lu.

7- Dans la machinerie d’édition classique, la publicité d’un roman se fait par le biais d’un réseau très sélect de gens voués à la vente de livres. Qu’en est-il dans le cas d’un auteur auto-publié ? Comment faites-vous votre promotion ? 

• Je trouve très juste ce témoignage de J. Heska, auteur autopublié en quête de succès : http://www.jheska.fr/la-recherche-du-succes-ou-le-spleen-de-lauteur/ Il parle de la difficulté principale de l’auteur qui choisit de tout gérer lui-même : comment ne pas passer pour un parfait égotique quand on est à la fois celui qui a écrit (et qui se doit d’être modeste par rapport à son œuvre) et celui qui doit vendre (dont l’efficacité repose sur la glorification du produit) ? Bien sûr, la démarche implique de mettre en place et d’utiliser toute une panoplie d’outils pour se faire connaître : blog, forums, twitter, Facebook… Mais le « bon usage », celui qui ne fait pas de nous quelqu’un d’à la fois auto-suffisant et désespéré, est difficile à trouver. Ça a failli mal se passer pour moi sur le forum Geekzone, par exemple : http://www.geekzone.fr/ipb/topic/44874-livre-la-tentation-de-la-pseudo-reci… (Mais ça valait le coup de se rattraper !)
Le remède, finalement, ne dépend pas de soi : mais des lecteurs qu’on aura réussi à convaincre. Ce sont eux les « moteurs de recommandation » les plus efficaces, capables de faire en sorte que la machine s’emballe.

8- Des infos croustillantes sur votre actualité ? Sur quoi travaillez-vous en ce moment ? 

• Sur le dernier tome de ma saga ! Je prévois de le sortir en décembre. Et ce sera la fin d’une aventure commencée sur un cahier de texte il y a près de vingt ans…

9- Parmi tous les retours de fans et/ou toutes les rencontres que vous avez pu faire avec votre lectorat depuis le début de votre aventure scripturale, laquelle vous a le plus marquée ?

• Aaaarg, difficile de choisir ! En raison de mon mode de diffusion particulier (j’échange mon premier tome gratuitement contre une adresse mail) je suis en contact avec beaucoup de mes lecteurs. Qui n’hésitent pas à me dire ce qu’ils ont pensé de mes livres, en bien ou en mal. Les forums sur lesquels je suis présente (Geekzone, prepa-forum, e-lire, Jeunes Ecrivains…) sont également à l’origine de pas mal de chouettes rencontres. Il y en a deux qui ont eu un impact particulier : celle du directeur de la publication de Tangente qui s’est battu pour obtenir d’insérer sa critique de ma saga dans le magazine ; et celle d’un prof de maths de prépa, avec lequel j’ai eu de longues e-conversations sur la psychologie de mes personnages et qui, ayant bêta-relu le tome 7 de la Tentation, a réussi le tour de force de… m’en faire modifier la fin.

10- Parlons maintenant de vos livres et plus particulièrement le premier tome des aventures de Peter Agor, héros de « La tentation de la pseudo réciproque », que vous décrivez comme : « une série de 7+1+1 romans comiques, scientifiques, policiers, initiatiques, d’espionnage, politiques, d’amour, d’horreur ». Dites-nous en un peu plus ? D’où vous est venu cet univers multigenre ? 

• Au tout début de l’histoire, Peter Agor est un étudiant en classe préparatoire scientifique, maladroit et peu sûr de lui, confronté à une affaire loufoque de profs qui ne sont pas tout à fait ce qu’ils paraissent être. Par la suite, chaque tome se déroule au cours d’une nouvelle année dans la vie du héros, qui évolue, grandit, et se retrouve à faire face à des énigmes aux enjeux de plus en plus importants. Le lecteur peut s’arrêter à la fin du tome 7 : il aura une histoire complète avec la réponse à la plupart de ses questions. Le premier tome « +1 » est en réalité un tome à part qui permet de revivre quelques épisodes des sept premiers à travers le regard « du tueur ». Il apporte également un éclairage particulier sur quelques points restés obscurs dans la série initiale. Le deuxième tome « +1 », soit le 8, actuellement en cours d’écriture, fait directement suite au tome 7. Il conclut de façon définitive la Tentation de la pseudo-réciproque.
Le côté multi-genres de cette saga vient de mon envie de traiter au sein d’un même univers et avec les mêmes personnages des thèmes différents : on y trouve ainsi, au fil des tomes, des codes secrets, des complots, une chasse au trésor, un « whodunit », des organisations secrètes, des concepts scientifiques, des réflexions sur des sujets d’économie et de politique et une histoire d’amour qui sert de fil rouge. J’ai incorporé dans mes livres les ingrédients que j’aime en tant que lectrice. Ça n’aide pas à entrer dans une case, mais c’est pas mal pour s’en créer une à soi !
Ma façon d’écrire a aussi évolué de livre en livre, de façon inconsciente, bien sûr, puisqu’on apprend avec l’expérience, mais aussi dans le but de suivre la maturation de mes personnages. Le côté très léger du premier tome avec ses blagues potaches laisse peu à peu place à quelque chose de plus grave, de plus posé. Une façon de mêler le fond et la forme. Voilà pour son côté expérimental !

11- Enfin, une petite dernière. Question bonus, subsidiaire, ou pour la route, qu’importe le nom qu’on lui donne c’est notre cerise sur le gâteau : mon petit doigt m’a dit que le nom de vos personnages était le fruit de savants jeux de mots. Une savoureuse trouvaille, mais d’où vient l’idée ? 
 
• Je l’ai piquée au traducteur français de Douglas Adams (H2G2 : le routard galactique) : Jean Bonnefoy. Je suis aussi une grande admiratrice de l’oulipisme et de l’écriture à contrainte. J’aime ce côté ludique qui se prend très au sérieux dès qu’il est question de rigueur. Il y a en outre une vraie logique dans les noms attribués à mes personnages, qui permet dans certains cas d’anticiper ce qui va se passer dans la suite… Je laisse à chaque lecteur le soin de se pencher sur cette énigme !

Et voilà Plumettes et Plumeaux, c’est déjà fini. Nous remercions chaleureusement Kylie Ravera pour sa participation, sa sympathie et sa réactivité. Si cette interview vous a mis l’eau à la bouche et que vous voulez en savoir plus sur sa plume, je vous invite à consulter son site internet à cette adresse : http://kylieravera.fr/
Remercions également Flammy pour m’avoir mise sur la voie de cet article.

A bientôt pour un nouveau Paroles de Pros.
C’était Shao déjà en quête d’interviews inédites

Extrait du tome I de la Tentation de la pseudo-réciproque de Kylie Ravera :

Il y avait dans le hall d’entrée du lycée Pépin-le-Bref, comme dans la plupart des lycées, un panneau d’affichage réservé aux petites annonces. Mme Lagarde, la concierge, était normalement en charge de les filtrer, mais comme sa petite taille ne lui permettait pas d’atteindre les deux tiers supérieurs du panneau, tout le monde pouvait venir y punaiser à peu près n’importe quoi.
Il y en avait une en particulier dont je n’avais pas réussi à savoir si elle était sérieuse ou pas :
« Agence E. Marolex, détection, enquête, investigation, résolution de problèmes à complexité finie, démonstrations par l’absurde. Deux jours de prestation offerts sur présentation de ce coupon ».
Je m’étais demandé un moment s’il ne s’agissait pas d’une nouvelle communication marketing d’une boîte à concours proposant de résoudre pour eux les exercices de maths des élèves. Mais outre le fait que ça ne collait pas vraiment avec la partie « détection, enquête et investigation », il n’y avait pas non plus de créneau pour ce type d’entreprise : lorsque l’on fait partie de la masse ignorante des élèves, on doit apprendre à résoudre soi-même ses exercices, car tous les E. Marolex du monde ne pourraient empêcher un sévère plantage le jour des concours où l’on se retrouve invariablement tout seul devant la feuille blanche. Je commençais à en savoir quelque chose…
Une fois cette hypothèse écartée, il ne restait plus que la piste du détective privé. Je trouvais curieux qu’un détective dépose une petite annonce dans un lycée, lieu en général peu réputé pour ses problèmes d’adultère et de meurtre. Mais je ne prétends pas connaître toutes les études de marché réalisées sur le sujet.
Comme pour conforter la stratégie marketing de l’agence Marolex, après avoir retourné mon problème dans tous les sens pendant une nuit, je décidai de profiter du coupon de réduction qui donnait droit à deux jours d’investigation gratuits et résolus de la contacter.

Interview de Fabrice Emont

Coucou les plumes,
Au menu de ce nouveau numéro, PaNoWriMo oblige, le forum s’est plongé dans son ambiance la plus studieuse. Les auteurs en herbe rivalisent d’imagination, les mots fusent, les thèmes inspirent et chacun donne le meilleur de lui-même pour faire avancer ses histoires. Alors quoi de plus logique que d’aller fureter du côté d’un véritable auteur pour glaner quelques précieux conseils ?J’ai donc choisi un auteur que nous connaissons tous, j’ai nommé Fabrice Emont. Mais si, réfléchissez, Fabrice est l’un des finalistes du fameux concours premier roman de Gallimard Jeunesse. L’un des concurrents de notre Cricri nationale, et auteur du très bon « Dis-moi qu’il y a un ouragan », disponible dans toutes les bonnes librairies. En exclusivité sur PA, il accepte de répondre à nos questions.

1- On a tous en nous ce petit grain de folie que certains décident un jour de développer. Que ce soit au travers de la musique, du dessin ou encore de l’écriture, on a tous nos raisons de prendre la plume et monter au créneau. Quelle a été la vôtre ?

J’écris depuis que j’ai 7 ou 8 ans. Je savais par mon éducation que les livres étaient une belle chose mais je n’aimais pas lire ; par contre, j’ai toujours aimé « créer » et inventer des choses. Je dessine parfois, je joue un peu de piano (très mal). L’idée d’écrire un roman a donc toujours été là, ponctuée de tentatives… jamais achevées. Certes, j’écrivais des poèmes (obscurs) et des nouvelles, dont certaines sélectionnées dans des concours. Mais, à vrai dire, à plus de 36 ans, au moment où l’affiche du concours Gallimard Jeunesse m’est tombée sous les yeux, j’étais sur le point d’abandonner l’idée d’essayer de publier ou même d’écrire un roman. D’ailleurs, devant l’affiche, j’ai hésité, et c’est surtout poussé par l’énergie du désespoir que je me suis dit : « Si ce n’est pas cette fois, ce ne se sera jamais ! » J’ai regardé les conditions : « Public de lecteurs de 9 à 18 ans. 18 + 9 = 27, divisé par 2, cela fait 13,5. Donc je pourrais écrire sur un personnage de 14-15 ans… » Et là a surgi dans ma tête l’image d’une adolescente que je venais de voir à la caisse de la supérette quelques minutes plus tôt : j’avais mon héroïne. Le lendemain matin, la première phrase est venue pendant que j’écoutais la radio dans ma salle de bains, puis je suis parti à l’aventure en n’ayant qu’un but : avoir écrit une histoire complète d’au moins 120 000 signes pour le 31 août. La date butoir m’a beaucoup aidé, car elle « matérialisait » la fin, la ligne d’arrivée du marathon.

2- En tant qu’auteur, a fortiori débutant, on voit toujours les maisons d’édition comme une forteresse imprenable pleine de dragons à visage humain et de magiciens du papier. Mais à votre avis, est-ce aussi terrible qu’on le dit ?

L’édition est une industrie culturelle. Donc, il y a la partie culturelle, artistique, où règne l’émotion, le ressenti de ceux qui lisent et de ceux qui écrivent, et il y a la partie industrielle, où les considérations techniques et économiques priment. Les individus qui participent à la « chaîne du livre » sont ainsi pris entre ces deux feux, ce qui n’est pas toujours facile. Et comme tout milieu, celui de l’édition peut avoir tendance à se replier sur lui-même… Mais tous les éditeurs que j’ai rencontrés m’ont paru plutôt sympathiques et ouverts d’esprit. En tout cas, aucun ne crachait de feu ! Et il n’est pas vrai que seul le copinage permette de se faire publier. Christelle Dabos, Philippe Laborde et moi en avons fait l’expérience, car nous étions tous les trois aussi surpris d’avoir été sélectionnés par Gallimard Jeunesse. Si on a tendance à voir les maisons d’édition comme des forteresses surnaturelles, c’est peut-être surtout parce que l’écriture est notre part de magie à nous, et qu’il n’y a pas de magie digne de ce nom sans quelques monstres et sorciers à terrasser…

3- En tant que membre de Plume d’Argent et fan-club officiel de Christelle Dabos, nous avons suivi de très près l’évolution du concours premier roman de Gallimard, dont vous étiez également finaliste. Félicitations. Comment vit-on dans la peau d’un finaliste ? La peur au ventre ou l’extase du challenger au sommet de son art ?

Quand j’ai lu le texte de Christelle, j’ai tout de suite su qu’elle allait être la gagnante, parce que son texte me semblait avoir un souffle épique, une ampleur imaginative et une richesse descriptive avec lesquels il est bien difficile de rivaliser. Donc, pas suspense de ce côté-là. Quelques commentaires de candidats déçus sur Internet qui disaient que mon texte, au langage pas toujours très orthodoxe, sonnait la « mort de la littérature jeunesse » étaient assez troublants, quoique amusants, au fond. Ce que je me demandais surtout, c’était si quelques jeunes lecteurs et lectrices se reconnaîtraient dans ce que j’avais écrit. J’ai eu la plus charmante des réponses à cette question en découvrant qu’une jeune fille avait créé un blog pour faire connaître mon texte, parce qu’elle s’était reconnue dans Léa, la narratrice du roman. Quant à être au « sommet de son art », ma manie de la réécriture fait que je ne suis jamais entièrement content de ce que j’ai écrit. Ainsi, entre la version mise en ligne pour le concours et la version papier qui va sortir en librairie, je n’ai pu m’empêcher d’apporter au texte mille petites modifications (sans changer l’histoire, bien sûr)…

4- Aujourd’hui Gallimard décide de vous faire confiance en publiant votre roman. Une belle récompense pour conclure une belle aventure. Mais en a-t-il toujours été ainsi ? La rédaction de « Dis-moi qu’il y a un ouragan » a-t-elle connu les jours de pluie, la page blanche ou encore les doutes ?

J’écrivais au jour le jour, sans avoir une idée précise d’où j’allais. Je me laissais porter par la voix de Léa, en intégrant des éléments trouvés ici et là. Parfois les suggestions venaient de mots tirés aux sorts (par un générateur aléatoire inclus dans le traitement de texte que j’ai programmé pour mon usage), le meilleur exemple étant le titre du livre, purement aléatoire mais qui m’a guidé jusqu’à la fin. Parfois c’est une personne croisée dans la rue qui m’inspirait : le grand-père de Léa est « né » d’un imposant Breton barbu que j’ai vu en grande discussion dans une petite voiture noire avec une ado qui devait être sa petite-fille. Et ainsi de suite. Tout allait bien jusqu’au chapitre 11, où a surgi le gros blocage. Jusque-là, l’histoire était du genre fantastique, avec une sorte de créature qui, à la manière d’un vampire, aspirait l’énergie vitale – c’est pourquoi, au départ, le personnage de Quentin était maigre et pâle. Mais je me suis aperçu en plein milieu du livre que je n’étais pas du tout convaincu par cette idée et que je ne trouvais pas de développement qui me donnait envie de continuer à écrire. Pendant deux jours, j’ai désespérément cogité pour déterminer quelle nouvelle direction prendre, comment faire à nouveau fonctionner l’histoire. Et c’est quand j’ai décidé de remplacer la magie par l’amour et la poésie, donc d’écrire un récit « réaliste » et non fantastique, que tout s’est débloqué. Mais là encore je ne suivais pas de plan précis, juste un « arc » en sept étapes (la méthode exposée par la prof d’arts visuels dans le roman est à peu près celle que je suis ; cela m’amusait d’écrire un roman sur une histoire en train de s’écrire, et de tester si ma « théorie » pouvait donner un résultat concret). Le texte final n’avait rien à voir avec ce que j’avais imaginé au départ, mais il s’était développé de manière « organique » sur le terreau des idées abandonnées et de souvenirs fugitifs. Ensuite, il y a eu d’innombrables réécritures. Le regard critique de ma sœur m’a accompagné tout le long du processus, car elle lisait les chapitres au fur et à mesure et me donnait son avis. Puis Gallimard m’a fait quelques suggestions de modification avant la mise en ligne. Et enfin, j’ai passé un mois à réécrire pour la publication papier. Le temps de beaucoup douter encore.

5- À l’heure d’Internet et des nouvelles technologies, l’autopublication devient une arme de choix dans l’arsenal de l’auteur débutant, est-ce que cette aventure vous a déjà tenté ?

Non. J’aime l’idée d’un « filtrage » professionnel, d’un regard extérieur sur le texte. Le texte est l’œuvre d’un seul, mais un livre gagne souvent à être le résultat d’un travail d’équipe, toute cette chaîne qui va de l’auteur au libraire ou bibliothécaire en passant par l’éditeur, le correcteur, le graphiste, l’imprimeur…

6- À l’aube de la sortie du livre, prévue le 13 février de cette année, envisagez-vous de donner une suite aux aventures de Léa, ou préférez-vous plutôt céder à l’appel du tout beau tout neuf ?

Je ne sais pas trop. Le personnage de l’arrière-grand-père de Quentin m’intéresse, et je me demande s’il n’aurait pas laissé quelque aventure ou quelque secret à Zombiville pour que Léa et ses amis aient de quoi se distraire tout en préparant le bac de français. J’ai d’ailleurs écrit deux versions d’un premier chapitre… Mais je n’ai pas l’horizon aussi dégagé qu’avant, car il s’agit de partir de personnages et d’un contexte qui existent déjà, pas de les imaginer et de les remodeler au fur et à mesure que j’écris. Et je n’ai pas de date butoir pour me motiver… Si je croise des lecteurs et lectrices en dédicaces, peut-être qu’ils me donneront des idées, pour une suite ou pour quelque chose de tout à fait différent. En écriture, je me fie au hasard et je laisse les mots écrire.

7- Mon petit doigt m’a dit que l’observation de la vie quotidienne influait beaucoup sur votre façon d’écrire. Est-ce selon vous nécessaire pour rendre une histoire crédible ? Faut-il absolument se dissocier de ses personnages, ou laisser notre propre personnalité à travers eux ?

Plus que sur l’observation précise, je m’appuie sur la cueillette d’éléments disparates dans la réalité qui m’entoure. Par exemple, le nom de famille de Léa, Calvino, vient du fait que mes yeux sont tombés sur les livres d’Italo Calvino dans ma bibliothèque. Et comme je l’ai dit, le personnage de Léa est lui-même né d’une adolescente dont le survêtement flashy et l’air pensif m’avait surpris tandis que je payais mes courses à la supérette du coin. Quelques minutes plus tard, j’ai vu l’affiche du concours Gallimard et je me suis dit : « Et si j’écrivais l’histoire d’une jeune fille qui aime courir et qui réfléchit beaucoup. » J’avais connu quelqu’un de sportif et pensif, et des traits de personnalité d’autres personnes sont venus s’y greffer. L’idée n’est pas de copier la réalité, mais de lui offrir un miroir. « Mentir vrai », comme disait Aragon (je crois). J’ai des points communs avec les principaux personnages du livre, mais aucun n’est moi. Écrire, c’est parler de ce qui nous tient à cœur, de ce qui nous émeut, laisser venir les sentiments profonds, piocher dans nos souvenirs, mais sans les recracher tels quels, sinon ce n’est pas ni très créatif et ni très amusant à faire. Je n’ai jamais aimé les sujets du genre : « Racontez vos vacances. » Certes, je me suis un peu documenté en écrivant, j’ai lu ce qui se racontait sur des blogs et des forums destinés aux adolescents et j’ai visité des sites Internet de lycées, mais tout cela restait très secondaire par rapport à la dynamique qui animait les personnages. Suivre les désirs des personnages, c’est l’essentiel.

8- On vous sait désormais auteur, mais il n’en a pas toujours été ainsi. Exception faite de son talent pour la langue de Molière, comment devient-on correcteur ?

Le mieux est de suivre une formation à ce métier. Il y a celle du Centre d’écriture et de communication, à Paris. Et, sans doute la plus complète, celle de Formacom. Les filières éditions des universités doivent aussi dispenser une petite formation à la correction. Mais il faut savoir que c’est un métier où l’on ne fait pas fortune et où il y a peu de places à prendre (et sans doute de moins en moins). Il demande aussi d’être un peu obsessionnel, d’avoir une culture générale assez diversifiée, et de douter de tout. Il s’agit de vérifier non seulement l’orthographe et la syntaxe, mais aussi la typographie, de vérifier les faits, de veiller à la cohérence du texte, et de fluidifier le style, si besoin… Ce que je préfère personnellement, c’est la révision de traduction, parce qu’il y a cette tension entre le texte traduit et l’original qu’il ne faut pas trahir sans y rester collé non plus.

9- Quels seraient vos conseils à de jeunes écrivains en devenir désireux de s’améliorer ?

Lire en essayant de comprendre comment fonctionnent les textes des autres, idem en regardant un film ou une série. Écrire en s’amusant. Douter après avoir écrit. Réécrire. Et montrer ses textes. Les faire lire hors de son cercle familial, en participant à des concours de nouvelles ou de poésie, à un atelier d’écriture, à une communauté en ligne comme Plume d’Argent, ou même pratiquer quelques jeux littéraires entre amis (par exemple, tirer cinq mots au sort et tenter de les placer dans un texte écrit en une demi-heure chrono, puis on se lit le résultat obtenu ; pour avoir des idées de jeux, écoutez les Papous dans la tête sur France Culture). Parallèlement à cela, pour prendre un peu de recul théorique et essayer de comprendre pourquoi un texte « marche » (ou pas), on peut étudier quelques manuels d’écriture. « Il n’y a pas de “il faut” en art », comme disait le peintre Kandinsky, mais il est bon de connaître les règles du jeu auquel on joue. Au cours des années, j’ai donc potassé divers manuels d’écriture (de fiction et de scénario), pour la plupart écrits par des Anglo-Saxons… Ceux-ci ont une approche beaucoup plus artisanale et « terre à terre » de l’écriture. Si l’anglais ne vous fait pas peur, je vous recommande :
– Characters and Viewpoint, de O.S. Card ;
– Crafting Scenes, de R. Obstfeld ;
– Word Painting, de R. McClanahan (sur l’art de la description) ;
– Writing for emotional impact, Karl Iglesias ;
– From where you dream, de Robert Olen Butler, basé sur les cours de creative writing (à visée « littéraire ») qu’il donne à la Florida State University. Et allez jeter un œil sur son expérience vidéo (non sous-titrée, hélas) où on le voit écrire une nouvelle et commenter son propre processus d’écriture depuis l’idée initiale jusqu’au texte fini : www.fsu.edu/~butler/
Et en français :
– Anatomie du scénario, de John Truby ;
– Écrire le scénario, de M. Chion ;
– Le guide du scénariste, de C. Vogler (je n’ai pas directement lu celui-ci, mais seulement les travaux d’anthropologie dont il s’inspire).
Et pour voir une expérience d’atelier d’écriture récente en français : http://www.lesnouveauxtalents.fr/category/ateliers-d-ecriture/

10- Sur une note un peu plus fantaisiste, tout auteur traîne dans ses placards des cadavres de feuilles ou autres cahiers agonisants, témoins gênants ou émouvants de nos débuts d’écrivain, parlez-nous un peu du « Fédéral Bureau des Oursons Secrets »…

Il y a un petit garçon de 8 ans qui attendait cette question depuis 30 ans ! J’ai d’ailleurs retrouvé ce premier texte il n’y a pas longtemps. Ses principales caractéristiques étaient des bruitages sous forme d’onomatopées d’une ligne ou deux, des méchants trafiquants de drogue à l’accent colombien très prononcé, et beaucoup d’action, dont une remarquable cascade où le héros, mon ours en peluche, sautait d’un avion pour atterrir sur un autre avion, le tout en plein vol bien évidemment. Ce que j’écris aujourd’hui est beaucoup plus calme…

Le roman de Fabrice Emont maintenant en librairie

Et voilà Plumettes et Plumeaux, c’est déjà fini. Nous remercions chaleureusement Fabrice Emont pour sa participation, sa sympathie et ses réponses sincères. Pour celles et ceux qui souhaiteraient découvrir plus en détails sa plume, je vous invite à consulter le site internet de Gallimard jeunesse, ou à feuilleter les pages de son livre « Dis-moi qu’il y a un ouragan » qui est sorti le 13 février.
A bientôt pour un nouveau Paroles de Pros.
C’était Shao déjà en quête d’interviews inédites
Shaoran

Interview de L’Arbre à Lettres

Coucou les plumes,
Pour ce nouveau numéro du Paen, j’ai décidé de sortir des sentiers battus en vous proposant de découvrir un point de vue différent de ceux que l’on vous présente d’habitude à travers les témoignages d’éditeurs. En effet, aujourd’hui nous mettrons à l’honneur les librairies. Et une en particulier.

Niché au cœur de la forêt bétonnée des habitations parisiennes, se cache un arbre tout particulier qui un jour a troqué bois et sève contre la magie de l’encre et du papier. Il est alors devenu « L’Arbre à Lettres », une librairie de proximité qui, a contrario de nombre de ses frères et sœurs dont nous ne citerons pas les noms, ne se contente pas de vendre des livres. Sans attendre, rentrons donc tout de suite dans le vif du sujet :

1/ L’arbre à lettres, c’est une librairie parisienne qui se revendique avant tout comme un lieu de convivialité et de partage où l’imaginaire est roi et le conseil précieux. Un service humain qui fait toute la différence. Pensez-vous qu’à l’heure d’internet et du tout numérique, cette démarche soit une nécessité pour la survie des librairies classiques ?

• Oui, je pense qu’elle est primordiale. Avec ces nouvelles valeurs technologiques, la nostalgie du contact humain et de la proximité sont en hausse. Les gens utilisent de plus en plus de moyens de communication distants, et prennent l’habitude de faire leurs courses, leurs rencontres via des sites web. L’Arbre à Lettres est une librairie de quartier, riche de client habitués, et connue pour les bons conseils de ses libraires. On peut voir avec la triste fermeture des centres Virgin que les clients ne souhaitent plus de « supermarché » de la culture, mais plutôt un magasin où les conseils et les connaissances sont rois. Avec ma spécialisation, la jeunesse, le conseil et le coup de cœur sont nécessaires. Je lis sans arrêt et regarde les albums afin de prodiguer les meilleurs retours aux clients. Je suis loin d’être avare avec mes coups de cœur, car j’aime savoir mes clients autonomes, mais j’aime aussi conseiller et renseigner grands-parents, parents, oncle, tantes, amis et les enfants eux-mêmes.

2/ Vous devez fréquemment recevoir la visite des commerciaux des valeurs sûres de l’édition qui arrivent avec leurs best-sellers en devenir, mais qu’en est-il pour ce qui est des maisons d’éditions plus modestes ? Comment choisissez-vous les ouvrages de votre catalogue ? Qu’attendez-vous d’un livre ?

• En effet, nous voyons des représentants toutes les semaines. Ceux-ci nous présentent leurs catalogues et argumentent pour leurs livres. Je veille à avoir tous types d’albums et de romans en rayon. Des best-sellers, évidemment, mais aussi des premiers romans, des albums de type classique de Gallimard et des « albums à message » de Rue du Monde par exemple. Beaucoup de petits éditeurs (Courtes et Longues, Billeboquet, Frimousse, Alice…) proposent des albums au graphisme particulier ou aux sujets graves qui ne correspondent parfois pas à notre clientèle. J’essaie de choisir des livres de types différents qui me plaisent ou plairont à mes collègues et surtout à nos clients.

3/ Quelles difficultés rencontrez-vous le plus souvent ?

• Les gens braqués que sur leurs idées!!!!!!! Ils veulent un roman sur le football, sur les chevaux ou encore une belle histoire d’amour, et rien d’autre! Si nous n’avons pas de titres qui correspondent en rayon, on est foutu! Il est très frustrant de ne pas pouvoir combler un client par manque de titres ou par manque de curiosité. Sinon, le travail avec un représentant est souvent dur pour moi, car il faut prendre un « pari » sur un livre avec, parfois, très peu d’informations. Je rajouterai que lorsqu’on côtoie sans arrêt de belles couvertures et d’alléchants résumés, il est difficile de faire un choix ou de se résoudre à ne pas lire un roman par manque de temps.

4/ En tant que libraire, vous êtes l’ultime maillon entre l’auteur et le lecteur. A ce titre, vous devez bien connaitre les envies des lecteurs, arrive-t-il aux maisons d’éditions de vous demander votre avis sur les nouvelles tendances ?

• Jamais. Ce sont eux qui crée la tendance! Pocket a sorti Hunger Games il y quelques années, et depuis, la dystopie fleurit. Pareil pour la saga Twilight. Les éditeurs produisent, ils savent que les adolescents aiment lire des romans de mêmes thèmes et de mêmes structures. Ma collection pour adolescent préférée est « Scripto », chez Gallimard. Ils publient beaucoup de romans historiques, souvent à thèmes difficiles, comme « Max » qui parle du nazisme du point de vue d’un enfant arien ou comme « La Décision », magnifique roman sur le déni de grossesse. J’aime ces thèmes à contre-courant. Il m’arrive quand même souvent de parler d’une collection ou d’un roman avec mes représentants. J’ai également déjà rencontré les éditrices de la collection MSK chez le Masque, par exemple, qui m’ont présenté leur ligne éditoriale et se sont intéressées au goût de mes clients.

5 / Une fois un livre choisi, commandé et arrivé dans votre librairie tout en encre et en papier, comment se déroule la phase de promotion ? Vous arrive-t-il d’organiser des séances de lecture comme cela se pratique aux USA, ou des séances de dédicaces, ou l’auteur doit rester un inventeur mystérieux tapi dans l’ombre de ses pages ?

• Un inventeur mystérieux tapi dans l’ombre de ses pages… Très belle formule! Il nous arrive de faire une rencontre avec des auteurs. Depuis que je travaille à l’Arbre à Lettres, j’ai surtout rencontré des auteurs de littérature adulte. Nous avons quand même invité Geronimo Stilton et une écrivain et dessinatrice célèbre, Gerda Müller, viendra signer chez nous fin octobre. Un de mes buts à long terme et d’organiser plus de rencontres avec des illustrateurs et écrivains pour enfants et adolescents. Mon rêve ultime serait de recevoir Jean-Claude Mourlevat, mon idole! Je suis « pour » la rencontre auteur-public. L’auteur doit être disponible, selon moi, pour partager son travail et répondre aux questions de ses lecteurs.

6/ Christelle Dabos, l’auteure de la Passe-Miroir et gagnante du concours premier roman de Gallimard est à l’origine une perle du net. Envisageriez-vous de travailler un jour en collaboration avec des auteurs du web qui s’auto-publient afin de promouvoir ces talents issus des nouvelles technologies ? Est-il possible à votre échelle de commercialiser de tels ouvrages ?

• Il m’est difficile de vous répondre, car c’est notre gérant qui s’occupe de ces cas-là. Mais nous sommes toujours d’accord de voir un livre et il nous arrive de prendre des titres en dépôt.

7/ Avec l’avènement des tablettes tactiles et autres liseuses, le livre a changé, troquant son encre et son papier contre un format électronique que d’aucuns trouveront plus pratique. Que pensez-vous du livre numérique ?

• Je ne suis pas contre les nouvelles technologies, elles ont des avantages comme le gain de place ou le prix. Cependant, pour moi, rien ne peut remplacer l' »objet livre » et le papier. J’aime voir mon avancée dans un roman, revenir en arrière, et sentir les pages qui ont toutes des odeurs différentes. Je suis une amoureuse, que voulez-vous!

8/ Quel conseil donneriez-vous aux jeunes auteurs qui souhaitent tenter leur chance auprès des maisons d’édition ? Quels sont les pièges à éviter ?

• Ne pas aller vers des éditions Internet, par exemple. Celles-ci sont souvent éditées à compte d’auteur donc les librairies ne peuvent pas les commander, les titres ne se trouvent que via le site web. Il faut également bien se renseigner sur les lignes éditoriales des maisons d’éditions. Par exemple, MSK du Masque ne publie presque que des thrillers ou de la fiction, Doado au Rouergue publie principalement des récits initiatiques ou de vie, etc… Finalement, il est primordial de ne pas se décourager. Même s’il est parfois difficile d’entendre des critiques sur son oeuvre, son « bébé », il ne faut pas hésiter à retravailler son style, sa syntaxe, sa structure, et à persévérer! Pensez à Christophe Mauri qui a envoyé son premier manuscrit à Gallimard à l’âge de treize ans et qui a fini par publier à vingt-deux ans l’excellent Mathieu Hidalf!

9/ Enfin, pour finir sur une note plus originale, quelle est la requête la plus incongrue que l’on vous ait soumise ?

• Alors ça… Il y en a des tonnes à raconter! Il y a d’abord ce qu’on appelle des « Perles de Librairie », c’est à dire les jolies fautes ou ’emmêlage » d’étudiants ou de parents (comme La Banquette de Platon, Germinable, Le Cidre de Corneille, Cyrano de Bergerac de Molière… Que du véridique!) Sinon, j’ai de nombreux clients qui me demandent, lorsque j’emballe un livre dans du papier cadeau, de laisser un côté ouvert afin qu’ils le lisent avant… Je ne me suis toujours pas habituée à ça! Finalement, voici une de mes plus belle perle, d’il y a six mois:

Une cliente me demande le livre du fils de « celui qui a écrit Les Voyages de Gulliver ». Sur le coup, je suis sonnée, je ne connais pas de fils écrivain à Jonathan Swift. Directement, je panique un peu et recherche sur Wikipedia et Internet afin de répondre au plus vite à ma cliente. Elle s’impatiente et me dit sèchement que je devrais le connaître car il connait un franc succès avec son dernier livre. Arrêt « Euh… Madame… Vous savez que Jonathan Swift est mort au 18ème siècle? » Elle cherchait Graham Swift, qui n’a aucun lien avec Jonathan.

10/ Allez une dernière pour la route ! Nous n’avons jamais visité les coulisses cachées d’une librairie : aimeriez-vous nous parler d’une ou plusieurs activité(s) mal connue(s) du public et qui participe(nt) au charme de cette profession ?

• La librairie est un métier qui prend beaucoup de temps. On lit le soir ainsi que pendant nos congés. Il est difficile d’être libraire à moitié, car c’est un état d’esprit. Parlons des rencontres avec les éditeurs! Depuis neuf mois, j’ai assisté à quatre rencontres éditeurs, que ce soit pour parler d’un roman d’adolescent qui a bouleversé ses éditeurs (Nos Etoiles Contraires, Nathan), pour le programme de Noël (Bayard) ou pour le vernissage du dernier album d’un célèbre illustrateur (Marc Boutavant pour Edmond, la fête sous la lune) On y croise des journalistes ou d’autres libraires de milieux complètement différents, on partage, on débat… Ce sont des moments très enrichissants.

Et voilà Plumettes et Plumeaux, c’est déjà fini. Nous remercions chaleureusement Madame Valentine pour sa participation et ses réponses vraiment intéressantes. Pour celles et ceux qui souhaiteraient découvrir plus en détails ce fameux arbre si particulier, je vous invite à consulter leur site internet : http://www.arbrealettres.com/

A bientôt pour un nouveau Paroles de Pros. C’était Shao déjà en quête d’interviews inédites.

Shaoran

Une interview des Éditions Mnémos

Coucou les plumes, 

Pour ce nouveau numéro du Paen, je vous ai déniché une perle rare. Loin de moi l’idée de faire de l’ombre à nos auteurs réalistes, mais soyons honnête, notre vivier d’auteurs de SFFF est bien plus étendu : c’est la raison pour laquelle j’ai choisi de mettre à l’honneur les Editions Mnémos. Spécialiste de la publication des auteurs de fantasy, ils ont fait le choix de miser sur une nouvelle génération d’auteurs FRANÇAIS. Comment résister à la tentation d’aller leur poser quelques questions auxquelles ils ont eu l’amabilité de répondre :


1/ Comment sont nées les Éditions Mnémos ?

 
• Mnémos est née d’une structure déjà existante et qui publiait des jeux de rôle. Plusieurs auteurs qui écrivaient alors des scénarios ou des descriptions d’univers ont ressenti le besoin d’aller plus loin et de s’exprimer par le roman.


2/ Pourquoi avoir choisi une ligne éditoriale centrée sur les auteurs français de Fantasy ?

 
• Cela s’est fait naturellement avec les auteurs qui ont commencé à publier chez Mnémos et le fait de pouvoir proposer de bons textes dans notre culture de référence, dans notre langue ne nous a jamais quitté.


3/ Quelles difficultés rencontrez-vous le plus souvent en tant qu’éditeur ? 

 
• De pouvoir proposer des textes qui nous plaisent mais qui ne rencontrent pas toujours leur public. D’où un certain dosage à avoir entre le coup de cœur marginal et des textes plus accessibles à tous mais parfois moins originaux.




4/ Qu’attendez-vous d’un manuscrit lorsqu’il vous parvient ? Quelles sont vos exigences ? 

 
• Nous en recevons beaucoup, et nous attendons le manuscrit que l’on commence et que l’on ne lâche plus, bien écrit, avec une histoire, des bons personnages…


5 / En moyenne, combien de manuscrits recevez-vous chaque mois ? Comment se déroule la sélection ? Quelle est la réaction des auteurs lorsque vous leur répondez ? 

 
• Nous recevons plus de 100 manuscrits par mois. La sélection passe déjà par la lecture de la présentation de l’auteur et du résumé. 80 % ne vont pas plus loin que cette première étape. Soit ils ne correspondent pas à notre ligne éditoriale (trop jeunes ou polar ou autre…), soit parce qu’ils ne suscitent pas de véritable intérêt par rapport à ce que nous recherchons. Ensuite, ceux que l’on garde partent en lecture pour un avis détaillé. Si l’avis est bon, le manuscrit est lu par l’un de nos quatre éditeurs.


• Nous avons peu de retour des auteurs quand nous leur répondons surtout que nous ne pouvons tout lire et qu’ils attendent parfois des conseils, mais notre structure ne nous permet pas de lire 1000 manuscrits par an…


6/ Une fois le manuscrit accepté, que se passe-t-il ? 

 
• C’est le vrai point de départ de la collaboration auteur / éditeur. C’est un travail du texte complet, des phases de réécriture, de coupe, d’améliorations, d’échanges au service du texte. Cette étape est plus ou moins longue en fonction de chaque titre et de chaque auteur et du temps qu’il peut y consacrer. Puis il y a tout « l’habillage » du livre, la couverture, la quatrième…
Et enfin, toute la phase « marketing », préparation de la promotion du livre, interview de l’auteur, annonce de la sortie…


7/ Comment est rémunéré un auteur que vous éditez ?

• Par une avance sur droit et un pourcentage sur le prix public HT.

8/ Quel conseil donneriez-vous aux jeunes auteurs qui souhaitent tenter leur chance auprès des maisons d’édition ? Quels sont les pièges à éviter ? 
 
• Faire déjà lire à son entourage, et au-delà, avoir des conseils, savoir où l’on se situe dans la production actuelle, qu’est-ce que votre livre apporte de plus.


• Les pièges : ne pas se précipiter. Nous voyons beaucoup d’auteurs qui ont voulu absolument être publié et qui se retrouvent à faire leur maquette, leur couverture et à ne pas avoir de corrections sur le texte, ni de diffusion et de promotion ensuite. Ils reviennent alors en cherchant un « vrai » éditeur, mais quand le livre part dans le circuit, il est presqu’impossible de le rattraper après.


9/ Sur votre site on peut voir que vous vous associez à deux autres éditeurs des littératures de l’imaginaire pour augmenter votre visibilité. Envisagez-vous dans ce contexte d’organiser des appels à texte ou même un concours de jeunes auteurs ? 

 
• Non, ce n’est pas à l’ordre du jour actuellement. Nous avons déjà tous les trois nos plannings bien remplis.

Et voilà Plumettes et Plumeaux, c’est tout pour cette interview. Sur ces bonnes paroles, il est déjà l’heure de nous quitter. Remercions donc chaleureusement l’équipe des éditions Mnémos pour leur participation, et je vous invite à aller faire un tour sur leur site internet. A bientôt pour un nouveau Paroles de Pros. 

C’était Shao déjà en quête d’interviews inédites.

Shaoran

Une interview de Cristal

Salut les plumes,
Pour mon premier Paroles de Pros, j’aurais pu rester dans les sentiers battus et vous présenter une maison d’édition classique. Mais soyons honnête, cela n’aurait pas été à la hauteur de ma réputation d’apprentie Chaton-Garou. Eh oui, un peu de rébellion ne fait de mal à personne, et puis, comment résister à la tentation d’interviewer une star de notre communauté ? Je veux bien sûr parler de Cricri, finaliste du concours premier roman organisé par Gallimard Jeunesse, qui vous révèlera tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur les coulisses de ce géant de l’édition, sans jamais oser le demander.

1/ Tu connaissais les résultats bien avant leur annonce officielle. Qu’est-ce qui a été le plus dur ? Les délais de corrections ou le secret à garder ? As-tu été obligée de faire beaucoup de modifications ? De couper des passages écrits dans la douleur ?

Sans la moindre hésitation, le plus dur pour moi a été de garder le secret, en particulier vis-à-vis des plumes argentées qui ont elles-mêmes participé au Concours. J’avais hâte qu’arrive le 3 décembre pour pouvoir enfin me libérer de ce poids !
Sinon, j’ai très, très peu retravaillé mon tapuscrit. On m’a juste fait parfois changer un mot pour un autre, jamais une phrase entière. Au début, le responsable éditorial pensait qu’il faudrait peut-être « resserrer » des passages, mon roman faisant le double des deux autres finalistes, mais après relecture il n’a finalement rien voulu retirer. Je l’en remercie chaleureusement.
La seule chose conséquente qu’il m’a fallu changer et qui m’a donné du fil à retordre, c’est les noms de certains personnages clefs. Bérénice et Rocambole, principalement, car ces noms ne collaient pas au background nordique et que l’emprunt à d’autres œuvres littéraires était ici trop évident. C’est ainsi qu’au prix d’une longue réflexion, j’ai transformé Bérénice en « Berenilde » et que Rocambole est devenu « Mime ».

2/ Il y a eu des fuites avant l’annonce officielle des résultats, sans parler des horreurs des mauvaises langues sur des forums, ou encore le soutien inconditionnel des Plumes. Quelle a été la réaction de Gallimard face à tout cela ? Et la tienne ?

La fuite est apparemment venue d’une diffusion accidentelle des résultats sur Internet au début du Salon du Livre au lieu du 3 décembre. Elle n’a duré que quelques heures, mais ça a suffi pour que des participants au Concours expriment leur déception, certains de façon plus virulente que d’autres. La réaction de Gallimard face à la fuite proprement dite, je ne la connais pas. Ce que le responsable éditorial nous a appris, c’est qu’il y aurait des mécontents et probablement des courriers de protestation, mais qu’ils avaient l’habitude : apparemment, ils s’en reçoivent toute l’année. En revanche, l’esprit sportif des plumes argentées qui m’ont soutenue avec hystérie alors qu’elles avaient participé… ça, ça a fait bonne impression. Le journaliste de Télérama a trouvé leur attitude très élégante !
Ma réaction à moi face à tout cela n’est pas tellement glorieuse. J’ai pleuré en lisant certains messages sur Internet qui m’étaient destinés et j’ai bien failli pleurer encore, de joie cette fois, quand les Plumes m’ont félicitée pour mon arrivée en finale.

3/ Être finaliste d’un concours pareil est-ce aussi merveilleux qu’on le dit ou y a-t-il un revers à cette médaille ?

C’est en fait beaucoup plus merveilleux que, moi, je me l’étais imaginé. J’ai vécu pendant des années hors des rails de toute vie sociale (maladie, chômage et compagnie) et voilà que des auteurs professionnels, des journalistes de presse à grand tirage viennent me féliciter en me serrant la main ! « Vous êtes un peu propulsée dans votre Citacielle, aujourd’hui, non ? » m’a dit l’un d’eux. Jusqu’à présent, je ressentais une petite culpabilité à écrire au lieu de me consacrer uniquement à chercher un gagne-pain. Je ne sais pas si cet instant de grâce durera, mais j’ai maintenant l’impression d’être à ma place légitime quand je m’installe derrière mon clavier. Pour l’estime de soi, c’est très important.
S’il y a un revers à cette médaille-là, je ne l’ai pas encore trouvé. La seule épreuve psychologique qu’il m’a fallu personnellement affronter, c’est la médiatisation du Concours : parler à un micro, devant un public, derrière une caméra, etc. Je suis à la base d’un naturel timide et j’ai subi une greffe à la mâchoire il y a quelques années qui fait que je ne suis pas à l’aise avec mon image. Mais finalement, ça m’a aidée à faire la paix avec une ancienne partie de ma vie. Je peux enfin tourner la page et aller de l’avant.

4/ Si jamais (et la question est purement hypothétique parce que je n’y crois pas une seconde) tu ne gagnais pas, retenterais-tu ta chance auprès de Gallimard ? L’ambiance de l’équipe et l’accueil qui t’a été fait sont-ils venus à bout de tes réticences d’auteur ?

Beaucoup d’entre vous me connaissent bien et savent à quel point je n’étais pas emballée par l’édition. Je voyais ce monde-là comme une forteresse quasi inaccessible et qui, une fois franchie, transformait les auteurs en usine à histoires. Pour moi, le principal est d’éprouver de l’enthousiasme quand j’écris et de donner le meilleur de moi-même à ceux qui me lisent ; je ne pensais pas que ce serait compatible avec l’édition.
De rencontrer l’équipe de Gallimard Jeunesse, d’abord par téléphone et puis en chair et en encre, ça a métamorphosé ma vision des choses. Ce ne sont pas des vieux messieurs guindés en costard cravate. Ce sont des personnes jeunes et dynamiques, qui aiment profondément leur métier, qui sont très respectueuses des auteurs, qui plaisantent et qui peuvent avoir le trac elles aussi ! Et que dire des écrivains de Gallimard Jeunesse que j’ai eu la chance de rencontrer ? Christophe Mauri, Jean-Philippe Arrou-Vignod et Timothée de Fombelle n’ont rien d’« usines à histoire », ce sont des auteurs passionnés et pétillants qui ont réservé aux finalistes un accueil chaleureux comme si nous étions avec eux sur un pied d’égalité.
Ajoutons à cela le soutien que toutes les plumes argentées m’ont manifesté et les messages de lecteurs que j’ai reçus depuis le Concours pour me dire qu’ils espéraient me voir publiée : OUI, même si ça ne marche pas pour le Concours, je retenterai ma chance chez Gallimard.

5/ Parmi toutes les informations que tu as pu glaner ce jour-là, laquelle t’a le plus marquée ? La plus surprise ? La plus effrayée ?

Ce qui m’a le plus marquée, parmi les confidences qui m’ont été faites, c’est le comportement de certains auteurs « harceleurs » qui envoient leur tapuscrit à Gallimard Jeunesse. Ils ne l’envoient pas une fois, mais deux fois, trois fois, parfois davantage, et sans même essayer de retravailler leur texte. Quelques-uns d’entre eux vont jusqu’à envoyer des courriers d’injures et de menaces parce qu’ils n’ont pas été retenus ! Les éditeurs de Gallimard Jeunesse prennent bonne note de tous les textes qu’ils reçoivent, tout est informatisé : ce genre de harcèlement ne fait pas très bonne impression.
Et ce qui m’a le plus étonnée, cette fois dans le bon sens du terme, c’est quand j’ai appris qu’ils recevaient encore parfois des manuscrits entièrement écrits et illustrés à la main !

6/ Quel conseil donnerais-tu à un auteur désireux de se faire publier chez Gallimard jeunesse ? Quels sont les critères de sélection des manuscrits ?

Un conseil ? Ne pas les menacer de mort. Blague à part, le minimum minimorum c’est d’envoyer un tapuscrit qui contient le moins de fautes possible et avec une intrigue qui tient la route. Si vous avez déjà tenté votre chance sans succès, Gallimard Jeunesse ne recommande pas pour autant de baisser les bras. Sans aller jusqu’à les harceler, retravaillez votre manuscrit en profondeur ou soumettez-leur un autre roman. Christophe Mauri, l’un des auteurs qui parrainaient le Concours, a essuyé plusieurs refus : il a dû remanier son roman, encore et encore, avant d’être enfin publié.
Il ne faut pas non plus oublier que dans « Gallimard Jeunesse », il y a « jeunesse ». Si vous voulez vous faire publier chez eux, il faut donc proposer un roman qui s’adresse à ce type de public, autant du point de vue du contenu que du genre et de la forme. Bien sûr qu’ils comptent des jeunes adultes parmi leurs lecteurs, mais ils n’ont pas forcément fait des études supérieures. Si votre écriture est truffée de mots rares et savants, si toutes vos tournures de phrases sont alambiquées, si les thèmes abordés sont ceux d’un public clairement adulte, vous ne vous adressez peut-être à la bonne maison d’édition.
Enfin, apprenez à vous démarquer. Ils voient probablement défiler un nombre incalculable de variantes du Seigneur des Anneaux, de Twilight ou de Harry Potter. Bien sûr qu’il est impossible de ne pas être influencés par ses modèles, mais proposez-leur votre propre univers, montrez-leur votre propre originalité.

7/ Parlons maintenant un peu des coulisses de Gallimard. Pour beaucoup, l’édition est un chemin de croix, la quête du Graal en quelque sorte, du coup, il est facile de s’imaginer l’éditeur comme un vieil alchimiste et sa maison comme une bibliothèque immense et pleine de trésors. En réalité, à quoi ressemble un géant de l’édition comme Gallimard de l’intérieur ?

Nous n’avons pas visité l’entièreté des locaux de Gallimard, uniquement la section Jeunesse, et je ne m’attendais pas du tout à ça ! Vous voyez des bureaux aseptisés avec moquette propre, murs blancs et ascenseur ? Oubliez, ça n’a rien à voir. Chaque service de Gallimard Jeunesse (comité de lecture, travail des tapuscrits, conception graphique) est réparti sur un étage. Pour accéder à chacun, nous avons dû monter un étroit escalier en colimaçon avec des affiches et des images sur chaque parcelle de mur. Où qu’on pose les yeux, c’était l’enfance ! Et à chaque étage, les bureaux sont agencés en labyrinthe : ce n’est pas chacun dans son coin, ça sent le brassage des idées, le vrai travail d’équipe. Derrière chaque ordinateur, il y a quelqu’un qui nous faisait coucou de la main en souriant et en nous criant « félicitation ! ». Ce sont toutes des personnes proches de ma génération (donc jeunes, hein), à la fois décontractées et dynamiques.
J’ai eu un gros, gros coup de cœur pour le service de confection des couvertures. On nous a montré des maquettes réalisées à la main. Pour un seul livre, l’illustrateur épingle sur une corde une série de propositions de couverture. Quand nous sommes arrivés, ils étaient en train de travailler sur le design d’une nouvelle collection (des rééditions de grands classiques) et j’ai pu voir en avant-première des illustrations inédites ! Que du bonheur.

8/ 1200 manuscrits à la louche pour ce concours, on peut dire que c’est un franc succès. Penses-tu…ou sais-tu de source sûre, si Gallimard envisage de renouveler ce genre de concours ?

Pour avoir directement posé la question au responsable éditorial de Gallimard Jeunesse : ils ne savent pas. Ce Concours a été organisé pour fêter les 40 ans de la maison. Il s’est inscrit dans la lignée de grands appels à texte qui ont eu lieu en Allemagne et en Grande-Bretagne : il paraît que la participation à celui de Gallimard Jeunesse a battu les records ! En fait, ils ont reçu beaucoup plus de romans que ce à quoi ils s’étaient préparés, et la moitié des tapuscrits ont déferlé les deux dernières semaines avant la clôture. Lire TOUS les textes, établir des présélections, choisir les trois finalistes, retravailler chaque roman avec leur auteur, organiser les interviews chez RTL et au Salon du livre, tout cela en plus de leur travail habituel, ça a été titanesque.

9/ Ici tout le monde sait pourquoi la Passe-Miroir est un best-seller en devenir, mais du point de vue de Gallimard, sais-tu comment et pourquoi ton manuscrit en particulier a été retenu ? Quels sont les ingrédients miracle qui ont su séduire le comité de lecture ?

Mon principal interlocuteur à ce sujet a été le responsable éditorial de Gallimard Jeunesse. Même si je ne suis pas la gagnante du Concours, je n’oublierai jamais, jamais ce qu’il m’a dit ni la gentillesse avec laquelle il me l’a dit.
Les « ingrédients » de la Passe-Miroir (en tout cas du premier tome) qui ont fait mouche sont, je cite : un français irréprochable, la maîtrise de l’intrigue, un style personnel, un univers à la fois original et cohérent, et une héroïne très attachante. Je rappelle que ce tapuscrit, je l’ai retravaillé de A à Z pendant une année entière. Tous les points qui ont joué en ma faveur, ce sont des aspects que j’ai énormément retravaillés au préalable.
La langue ? J’ai vérifié chaque mot au dictionnaire, j’ai passé chaque accord, chaque conjugaison à la loupe, je me suis même documentée sur la typographie. L’intrigue ? Je la maîtrisais forcément puisque, cette fois, je savais exactement où j’allais, ce qu’il était important de souligner, ce qui devait être éliminé. Le style ? J’ai dû tout revoir : la fluidité de l’écriture, le renforcement des descriptions, le dynamisme des dialogues. L’univers ? J’ai arrêté de le voir comme un décor en carton-pâte et j’ai dessiné des plans, étudié le modus operandi des pouvoirs, pris un nombre considérable de notes. Mon héroïne ? J’ai renoncé à la traiter comme une marionnette et j’ai plongé dans sa peau pour vivre avec elle de l’intérieur.
Bref, je n’aurais jamais eu ces retours avec la version d’origine. Je n’aurais d’ailleurs probablement pas été retenue.

Et voilà les Plumes, sur ces bonnes paroles et ces humbles remerciements de notre Maitresse scripturale, il est déjà l’heure de nous quitter. J’espère que cette interview aura su vous éclairer sur le parcours exemplaire de celle qui nous fait rêver à chaque chapitre, et sur les coulisses du géant qui a eu la chance de la remarquer.
A bientôt pour une prochaine interview.
C’était Shao en direct de la Citacielle. 

Shaoran

Une interview d’Édith Kabuya

Bientôt les vacances. Qui dit vacances, dit bien entendu soleil, plage, bouquinage sous le parasol, puis qui dit vacances, dit aussi rentrée, donc forcément école, mais aussi rentrée littéraire. J’étais très excitée pour ce numéro du PAen. Parce que Paroles de Pros s’accorde aujourd’hui l’INTERVIEW DE L’ANNÉE. C’est une exclusivité, parce qu’il est évident que pas tout le monde n’aura la même chance que vous, lecteurs PAen, de lire une interview qui vous ait dédiés ; et que moi, d’interviewer un auteur 100 % pure race (d’autant plus que cette Pro va certainement rencontrer un grand succès dans les mois prochains, dont c’est un IMMENSE HONNEUR qui nous ait fait, SOYEZ-EN CONSCIENTS SINON JE VOUS TAPE).

Plus qu’une jeune auteure en devenir publiée à la rentrée prochaine, c’est surtout une jeune auteure issue de PA, et oui, vous avez bien entendu, une made in PA dont le succès n’est pas à redouter tant on se souvient comme nous étions scotchés à notre écran quand elle publiait ses chapitres chez nous. La pire des sadiques a bien fait du chemin depuis cette époque…

Aaricia ou Édith Kabuya, appelez-la comme vous voulez, répond ici à sa vraie première interview (je sais que tu as déjà donné des interviews Aari’, mais on s’en fout, officiellement, c’est à nous que tu nous accordes ta toute première !).

Aaricia, tu es la première Plume made in PA à avoir été publiée, et il se trouve en plus que Résurrection (de la série Les Maudits) est ton tout premier roman. Comment le vis-tu ?

Je le vis encore comme si je rêvais et que j’allais bientôt me réveiller. Ça m’arrive parfois de me pincer pour m’assurer que c’est bien réel ! (rires) Je pense que c’est seulement lorsque je tiendrai le livre dans mes mains que je réaliserai que c’est vrai. Pour l’instant, je flotte dans une bulle.

Selon toi, qu’est-ce qui t’a permis d’arriver jusqu’ici ?

Le soutien incroyable que j’ai reçu de mon entourage et l’expérience que j’ai vécue avec PA. Sincèrement, sans l’existence de PA, je ne crois pas que j’aurais mené ce projet à terme.

Est-ce que tu angoisses à l’idée de l’arrivée imminente de la rentrée littéraire, qui amènera avec elle la parution de ton roman ?

Comme je le disais plus tôt, j’ai encore l’impression de rêver, donc je ne m’en fais pas trop pour la rentrée littéraire. Plus les jours avancent, plus j’ai hâte, mais peut-être qu’en août, ce sera différent ! On verra ;P

Peux-tu nous toucher deux mots sur les Éditions de Mortagne, LA maison d’édition qui a COMPRIS que ton manuscrit était EXCEPTIONNEL ?

Les Éditions de Mortagne ont été fondées en 1979, par Max Permingeat, et elles sont maintenant gérées par ses trois filles. De nombreux titres célèbres ont été publiés, tels que la Saga des Chevaliers d’Émeraude (Anne Robillard) ou Filles de Lune (Élisabeth Tremblay). Leurs ouvrages sont variés : guides pratiques, biographies, romans jeunesse et fantastique. Vous pouvez en savoir plus en cliquant ici : www.editionsdemortagne.com

Ma maison est formidable, je n’aurais pas pu tomber mieux. Je travaille avec des femmes qui ADORENT leur travail.

Que s’est-il passé entre l’envoi de ton manuscrit et aujourd’hui ? Comment s’est déroulée ta collaboration avec ton éditeur ?

Ouf ! Ça se résume en un seul mot : CORRECTIONS. Il y a toujours du retravail à effectuer sur un manuscrit : remplir les lacunes, couper les longueurs, détailler certaines scènes, éliminer les contradictions, etc. Je reçois d’abord un rapport de lecture de la « coach » littéraire, ainsi que mon manuscrit annoté. J’ai le choix d’accepter ou refuser ses modifications, mais la coach possède un véritable œil de lynx pour relever les coquilles alors je peux lui faire confiance, tant que ça ne contredit pas le message que je veux transmettre. C’est une expérience qui se déroule dans le respect total, et j’en ai beaucoup appris en tant qu’auteure. J’en ressors bien plus expérimentée et la qualité de mon travail s’est nettement améliorée.

Lorsque les corrections sont terminées et approuvées, il y a une dernière révision linguistique, une mise en page puis hop ! Direction imprimerie.

La plupart d’entre nous ont connu la première version de Résurrection. Quelles sont les modifications que tu as dû apporter à l’histoire ?

Avant de le soumettre aux Éditions de Mortagne, j’avais déjà réduit des scènes et tué un personnage important. Après le travail éditorial, j’ai ENCORE réduit des scènes et complètement éliminé l’existence d’un perso (R.I.P Colin : je te recyclerai un jour). En gros, la structure de l’histoire est demeurée la même, si ce n’est que l’origine de la Malédiction s’est modifiée, Vince ne fume plus, sa relation avec Robin est plus intense et complexe et des petits autres détails comme ça !

Pour avoir une idée de ce que j’ai coupé : mon manuscrit est passé de 473 pages Word à 350…

Pour les Plumes encore jeunes qui n’ont pas eu la chance de découvrir Résurrection (nommée Hantise, à une époque bien heureuse) sur PA à l’époque, pourrais-tu résumer l’histoire (même si on devine qu’il y a une fille qui n’en fait qu’à sa tête et un trop beau gosse dedans, comme dans toutes les histoires) ?

C’est l’histoire de Robin, une jeune fille de seize ans qui est victime d’une mort brutale. Elle est ressuscitée par Vince, le meilleur ami de son frère. En la ramenant à la vie, Vince lui transmet la Malédiction qui pesait sur lui et sur toute sa famille depuis des siècles. La nouvelle existence de Robin est une véritable descente aux enfers alors qu’elle doit gérer les symptômes de la Malédiction ET trouver la personne (ou la chose) qui l’a tuée. Fantômes, monstres, beaux gosses au rendez-vous.

Rassure-moi, tu as bien enlevé le personnage de Zack Brocoli que je déteste tant, hein, hein, HEIN ?!

Malheureusement, j’adore les brocolis. C’est bon pour la santé. 

Quels conseils pourrais-tu donner aux auteurs qui souhaitent tenter leur chance dans l’édition ?

Les quatre indispensables : 1) Lire, lire, lire, lire. 2) Écrire, écrire, écrire. Surtout, écrire ce qu’ON aimerait lire. 3) Discipline, discipline, discipline. Prendre le temps d’écrire chaque jour, même s’il ne s’agit que de cinq minutes ou de deux lignes. 4) AVOIR DU FUN !

Merci beaucoup Aaricia ! Quelques mots pour la fin ?

Prout !

Elle est adorable hein ?

Chères Plumes, déjà victimes d’Aaricia ou pas encore (ça ne saurait tarder, cette fille est trop fatale pour laisser tout en ordre derrière elle), ne loupez en aucun cas la sortie cet automne du premier tome de la série Les Maudits, intitulé Résurrection. Vous ne le regretterez pas !

En toute Pro qu’elle est, je n’ai pas besoin de parler de la maison d’édition qui a bien flairé le talent de la demoiselle, étant donné que cette dernière l’a évoqué toute seule. Je vous encourage donc à visiter le site internet de la maison… Vous y découvrirez les ouvrages qu’elle publie, mais aussi la bibliographie de notre chère Édith (si c’est pas la classe ça !).

C’est sans doute le dernier Paroles de Pros que vous lirez. En tout cas, le dernier écrit de ma main. Cela a été un grand plaisir pour moi de rencontrer et interroger des Pros de tous les horizons rien que pour vous. Cela a été d’autant plus important pour moi de finir avec une interview d’Aaricia, pour vous montrer à quel point la passion de l’écriture, et le talent, deux critères dont regorgent les Plumes de PA, peuvent suffire à vous amener sur la même étoile qu’elle.
Toutes les personnes rencontrées jusqu’ici, auteurs, éditeurs, autres professionnels sont d’accord sur la même chose : c’est possible.

Saint-Exupéry le disait aussi : fais de ta vie un rêve… et d’un rêve, d’une réalité.

La ptite Clo

Une interview de Sej

Au moment de Noël, elles ont fait scandale. Elles ont déclenché un grand cyclone qui s’est violemment déchaîné sur la Plume d’argent. Elles sont à l’origine de la hausse des visites sur Lulu.com et du déferlement hystérique des Plumes sur le Forum. Elles ont… publié la Passe-Miroir. Eh oui, pour les ramollis du cerveau qui auraient loupé l’Évènement, la grande odyssée d’Ophélie s’entame dès à présent dans le monde de l’édition, avec aux commandes Cristal, un auteur fantastique (sans mauvais jeu de mot), et Sej, savante grenouille des Éditions echows. Et rien que pour vous : la rencontre avec ces deux mordues du boulot.

Pour commencer, Sej, pourrais-tu nous rappeler le principe des Éditions echows et d’où t’en est venue l’idée ? Et toi Cristal, pourrais-tu nous révéler ce qui t’a poussé à sauter le pas de l’édition et à accepter de collaborer avec la plus sadique des grenouilles ?

Sej : Les Éditions echows sont nées sur un annuaire de webséries écrites (proches cousines des fictions en ligne). L’annuaire en question – echows – proposait divers projets autour des webséries inscrites : book clubs, magazine en ligne, webséries awards. Il ne manquait plus qu’à passer de l’écran au papier pour que ce soit complet… Echows n’a malheureusement pas tenu le coup contre les attaques acharnées de (saloperies de) hackers qui ont finalement réussi à faire fermer le site. Sauf que je me retrouvais avec ces éditions sur les bras, encore toutes jeunes. Mon premier réflexe a été de les enterrer dignement vu qu’elles n’avaient plus tellement de raison d’être sans l’annuaire. Puis, après réflexion, et grâce à Cricri qui m’avait confié la PM pour publication, j’ai décidé d’adapter les Éditions echows en une plateforme plus généraliste, ouverte à toutes les fictions du net. À présent, le principe d’echows est donc assez simple – n’importe qui peut nous proposer sa fiction pour publication. Il faut bien sûr respecter quelques règles comme une orthographe correcte (on est là pour aider l’auteur à transformer sa création en chose à feuilles, pas pour récrire son roman), et c’est à peu près tout. Ensuite, nous nous occupons de relire le « manuscrit », de chasser toutes les coquilles (sauf les plus vicieuses qui se cachent vraiment bien *regard suspect*), de faire une mise en page, une couverture et de créer physiquement le livre sur lulu.

Cristal : Saviez-vous que les grenouilles ont l’ouïe très fine ? Sur le forum, j’ai dit une fois que j’aimerais bien proposer à mon proche entourage une version papier de la Passe-Miroir. L’instant d’après, je concluais un pacte avec le dia… avec la grande Coasseuse. Pour moi, le plus important était de laisser la Passe-Miroir en libre accès sur Plume d’Argent ; Sej l’entendait bien comme ça. Je n’ai jamais regretté d’avoir accepté son offre.

S : Les grenouilles viennent d’ailleurs, ma chère Cricri… Et elles ont des yeux et des oreilles partouuut. La prochaine étape, c’est de lire tes pensées et d’enfin savoir si… pardon, je m’égare.

Sej, te voilà devenue éditrice ! Quels ont été les obstacles que tu as rencontrés sur ton chemin ?

S : Éditrice, pas vraiment vraiment. Echows, c’est une aide à l’autopublication. Le boulot d’éditrice est bien plus compliqué (enfin, j’imagine *grand sourire*). Par exemple, quand je relis un texte en vue de la publication, je ne vais pas corriger le fond qui est laissé sous la responsabilité de l’auteur, juste la forme. Cela dit, ça prend déjà pas mal de temps, et quand on bosse à côté, ce n’est pas toujours facile de se motiver le soir, en rentrant après avoir passé la journée à lutter contre des sites vicieux. Il y a aussi, bien évidemment, la difficulté de la création du livre. Je n’ai aucune formation en rapport avec ça. Un beau jour, je me suis juste improvisée metteuse en page, en fouillant dans ma bibliothèque, en cherchant sur internet, en testant, retestant, reretestant jusqu’à arriver au résultat qu’on a aujourd’hui. Il n’est certes pas encore parfait, mais en comparant au début, il n’y a vraiment pas photo sur l’évolution *sourire Colgate* Cela dit, tenir dans ses mains le bouquin sur lequel on a travaillé pendant des mois, ça vaut bien quelques heures de sommeil en moins !

Qu’est-ce ça fait de tenir son propre livre dans ses mains (le sang de son sang, la chair de sa chair, rappelons-le !), Cricri ?

C : Jusqu’à la dernière seconde, je n’ai pas vraiment réalisé. C’est au moment d’ouvrir le colis, de palper le livre, de sentir son odeur, de faire rouler les pages sous mes doigts que je me suis sentie soudain émue. J’avais déjà imprimé quelques pages par le passé, mais là, c’était un vrai LIVRE. Sej a fait un travail remarquable. La mise en page, la présentation, le design : c’est de la qualité professionnelle.

Passée la joie, j’ai eu le trac. Je n’ai même pas osé survoler le texte des yeux tellement j’avais peur de voir une erreur, une maladresse, une énorme bourde. Bon, il s’est avéré qu’il y en a quand même eu, et c’est entièrement ma faute, mais je me suis sentie soudain pleine d’une nouvelle responsabilité. Des plumes s’étaient procurées ce livre, elles avaient cassé la tirelire pour la Passe-Miroir, je ne pouvais pas les décevoir.

On imagine bien que les mois passés à retaper la P-M n’a pas été facile à vivre tous les jours ? Pouvez-vous nous raconter les tribulations de l’éditeur en train d’éditer, et de l’auteur en train de se faire éditer ?

C : Ah, ce fut mémorable ! Je ne sous-estimerai plus jamais le travail de réécriture. Ça m’a demandé une année entière. Je n’ai pas tenu les délais auxquels je m’étais d’abord engagée. Sej a été extrêmement compréhensive, elle ne m’a jamais mis la pression. Bon, sauf quand nous avons décidé de boucler le roman avant Noël. Là, elle m’a conduite dans la plus solide cage de sa plus profonde cave et… elle s’y est enfermée avec moi. Je n’oublierai pas les échanges frénétiques de mails que nous avons eus, moi écrivant, elle lisant, moi corrigeant, elle relisant. En même temps, ça m’a formidablement stimulée. C’était un vrai travail d’équipe. Et quelle joie quand on est enfin arrivées au bout ! Nous étions épuisées, dans un état de délabrement nerveux, mais tellement soulagées…

S : Eh bien, moi, personnellement, je me suis ré-ga-lée *grand sourire*. Le boulot de Cricri était impressionnant, elle n’avait pas récrit la PM, elle avait tout tombé pour donner quelque chose d’encore meilleur. Quant aux délais, je crois qu’on a été deux à les ignorer pas mal. L’overbookage, c’est le maaaal. Mais, comme l’a dit Cricri, vers Noël, on s’est dit que ça avait bien assez trainé et qu’il fallait – nom de nom ! – qu’on finisse tout ça. Là, je vais passer les détails, ça a été assez violent, je risquerais d’en choquer plus d’un…

Vous est-il arrivé de vouloir trucider un personnage de la P-M au cours du travail de réécriture/relecture ? Par exemple, et pour ne citer que lui de façon tout à fait aléatoire… Patafix (NB : Farouk) ?

C : Farouk ne faisant qu’une très brève apparition (certainement l’apparition de trop à ton goût, Clo), je n’ai rien à lui reprocher pour ce Livre. Nous en reparlerons pour le prochain tome. En revanche, j’ai beaucoup, beaucoup de griefs contre Bérénice. Cette femme m’a rendue folle : comment peut-on être aussi puérile à son âge ? Je ne sais pas pour toi, Sej, mais moi, je ne peux plus la voir en peinture. Je suis d’ailleurs certaine que ça se ressent à la lecture.

S : Mais non, elle est adorable, Bérénice… Faut pas taper dessus, elle te servira encore. En fait, tous les personnages de la PM sont tellement savoureux chacun à leur manière que je serais bien incapable d’en détester un (bon, Farouk faisant évidemment exception à la règle, mais c’est pas encore flagrant à ce niveau du récit). Mais ce que j’ai surtout apprécié dans cette récriture, c’est le développement du monde et de sa physique. Vous pouvez pas savoir à quel point ça me perturbait la nuit sur ces Arches qui – en tout logique – auraient dû être éclairées par en-dessous…

La célèbre question de Parole de Pros : votre avis sur l’édition à compte d’auteur ?

C : J’ai toujours entendu dire qu’il fallait s’en méfier comme de la peste. Un auteur ne doit pas payer pour être publié et pour écouler lui-même ses stocks. Mieux vaut encore s’auto-publier. C’est pourquoi je trouve que Sej propose une alternative intéressante. Honnêtement, je ne sais pas si j’aurais eu le courage de me motiver toute seule pour publier mon livre via Lulu.com. C’est tout à fait possible, mais ça exige de se prendre en main tout seul : se lire, se relire, faire sa mise en page, se re-relire, concocter une couverture attrayante, se re-re-relire, etc.

S : À éviter ? A vrai dire, comme je ne me suis jamais intéressée à cette partie de l’édition, je ne sais pas grand chose dessus. Ce que je sais, c’est que si on avait demandé à des auteurs de nous payer pour qu’on les publie, ça aurait été moche et on aurait pas eu grand monde !

Et maintenant que la Passe-Miroir est éditée pour le plus grand bonheur de PA, quels sont vos projets ? Sej, travailles-tu sur d’autres ouvrages ? Cricri, j’ai ouï dire qu’avant de te consacrer à la publication du prochain tome, tu allais d’abord mettre un point final à la P-M. Dites-moi la vérité ou je crie.

C : Oui, je voudrais vraiment terminer la Passe-Miroir, à présent. Quitte à retravailler le grand final au moment de passer à l’étape publication, il faut que j’avance. Je m’aperçois que je suis incapable d’écrire et de réécrire en même temps : quand je me lance sur des rails, je dois aller jusqu’au bout et ne pas changer de voie entretemps. Alors je sais qu’inconsciemment, je n’ai pas envie de mettre un terme à l’aventure, mais je ne peux pas me défiler plus longtemps. Promis, avant mes cent ans comptés, ce sera chose faite.

S : Je ne travaille sur rien actuellement, mais plus pour très longtemps. J’avais parlé du fait qu’au printemps, j’allais publier le deuxième tome de ma saga grenouillesque sur echows, je suis donc en train de préparer le terrain. En parallèle, j’ai le grand plaisir de vous annoncer qu’une nouvelle Plume s’est laissé tenter par mes yeux doux et que son ouvrage rejoindra donc les étagères d’echows d’ici l’été. Et à côté de ça, nous avons aussi deux-trois possibles publications prévues pour la fin de l’année et on cogite dur sur l’organisation d’un appel à textes.

Pour finir, quels conseils en tout genre donneriez-vous aux Plumes par rapport à votre première expérience dans l’édition ?

C : Relisez-vous. Oui, j’ai été un peu traumatisée par les coquilles que j’ai laissées derrière moi. Plus sérieusement, ne perdez jamais de vue votre principal objectif : le plaisir. OK, il faut écrire une histoire qualité. OK, il faut donner le meilleur de soi-même. OK, il faut être cohérent, attentif, structuré. Mais prenez du plaisir à ce que vous faites, mettez-y tout votre cœur : c’est cela que vous transmettrez à votre lecteur. Si vous vous enfermez dans une logique de productivité (« je dois publier un livre tous les six mois »), de rendement (« je dois vendre au moins X livres »), de reconnaissance (« je veux devenir célèbre »), vous risquez de passer à côté de l’essentiel. Que la Plume soit avec vous !

S : Relisez-vous, que diable ! Et écrivez pour le plaisir, le texte n’en sera que meilleur. Et puis, n’oubliez pas qu’en définitive, tout fonctionnera pour vous si (et seulement si) vous partez de suite, là, maintenant, sauver les grenouilles du Surinam !

Et c’est à ce moment-là, qu’en principe, ceux qui n’ont pas (encore) commandé la P-M se ruent sur Lulu.com pour faire quelques emplettes dignes de ce nom… Et que ceux qui écrivent tentent de contacter en douce Sej pour lui faire confiance (grave erreur ?). Dans tous les cas, je remercie chaudement nos deux pimprenelles pour m’avoir accordée cette interview, et je vous invite à ne pas louper LE site internet indispensable où vous pourrez vous procurez le sésame de Cricri qui vous ouvrira le chemin vers le Miroir : http://www.editions-echows.fr/

On se dit à très vite les Plumes, et faites attention, il y a une grenouille bizarre derrière vous.

La ptite Clo

Une interview de Chloé des Lys

Pour ce tout nouveau numéro, j’ai décidé de voyager un peu hors de nos frontières. La Belgique ne se trouvant qu’à une heure de vol à tire-d’aile, c’est sans hésiter que j’ai embarqué stylo et bloc-notes et que j’ai pris mon envol. Au pays des spéculoos, du chocolat et de la bière, je suis allée à la rencontre de Chloé des Lys, une association qui a une vision bien particulière de l’édition. Jugez plutôt.

Comment vous-est venue l’idée de monter l’association Chloé des Lys Éditions ?

Parce qu’à la base je suis moi-même auteur et qu’à part du compte d’auteur, on ne me proposait rien d’autre. Finalement, lors d’une rencontre avec le vice-président de l’Association des Écrivains Belges, ce dernier m’a suggéré de m’éditer seul dans un premier temps. L’idée qui m’est venue, c’est de créer une structure permettant aux auteurs de se faire connaître. Ça n’était donc pas une maison d’édition qui était visée.

Pouvez-vous nous en dire plus sur votre ligne éditoriale ? Quel genre privilégiez-vous ?

« Notre politique éditoriale est de ne pas en avoir ». Certes, on aurait pu pondre un texte pompeux et incompréhensible, pour faire bien et impressionner, mais ça n’est pas le but. Le but est de mettre le pied à l’étrier. Ca ne veut pas dire qu’on publie tout et n’importe quoi, loin de là. Ça n’aurait d’ailleurs aucun sens car, lors des services-presse envoyés aux critiques, si le livre n’est pas bon, il sera descendu en flammes.

Qu’attendez-vous des manuscrits qui vous parviennent ?

Qu’ils soient d’abord impeccables au niveau de l’orthographe, qu’on sente que l’auteur a pris la peine de se relire. Qu’il y ait du fond, du contenu. Autrement dit, on ne sortira pas le livre d’un homme politique parce qu’il est connu, mais on le sortira s’il a quelque chose d’intéressant à dire.

Chloé des Lys Éditions est belge. Accepteriez-vous des manuscrits venus d’autres pays francophones ?

France, Québec, Suisse, États-Unis : les auteurs viennent d’un peu partout, même si la France et la Belgique sont les pays où se trouvent principalement les auteurs de Chloé des Lys.

Quelles difficultés rencontrez-vous le plus souvent en tant qu’éditeur ?

Problèmes de temps, de logistique. Chloé des Lys est une asbl [NB : Association sans but lucratif] et pas une société : pas de personnel, tout se fait dans l’art de la débrouille et du système D, ce qui explique le temps que ça prend pour tout réaliser : de la réception du manuscrit à l’édition du livre…

La « politique » de Chloé des Lys s’appuie essentiellement sur la relation avec l’auteur. Selon vous, pourquoi est-il si important de placer l’auteur au centre du processus d’édition ?

Parce que le livre n’est pas tout : c’est l’auteur qui va, en première ligne, pouvoir défendre ce qu’il a écrit : c’est lui qui est le mieux placé pour en parler.

Comment est rémunéré un auteur que vous éditez ?

40% sur les bénéfices, avec un seuil minimum de 10% par exemplaire vendu. Mais aucun auteur ne peut en vivre. Il faut un boulot alimentaire à côté.

L’édition à compte d’auteur est à la mode depuis quelques années. Que pensez-vous de ce moyen auquel ont recours de plus en plus d’auteurs ?

Ça ne sert à rien, si ce n’est dépenser de l’argent et enrichir l’éditeur. Autant pratiquer l’autoédition. La politique chez Chloé des Lys est limpide à ce sujet : l’auteur n’a rien à débourser, hormis les exemplaires qu’il commande pour son usage personnel, sans aucune obligation d’achat.

Lancez-vous parfois des appels à texte ?

Jamais, sauf dans le cas des recueils collectifs, mais ils sont réservés aux auteurs de la maison.

Pour terminer, quel conseil donneriez-vous aux jeunes auteurs qui souhaitent tenter leur chance auprès des maisons d’édition ?

Bien se renseigner sur la maison d’édition : ne pas envoyer un recueil de poésie si la maison n’en publie pas par exemple. Savoir que les grosses maisons d’édition reçoivent plusieurs centaines de milliers de manuscrits par an et que l’écrémage est impitoyable. Refuser par principe le compte d’auteur. Et surtout ne pas se décourager…

Nous remercions Laurent Dumortier d’avoir eu la gentillesse de répondre à nos questions.

Intéressé(e) par l’asbl Chloé des Lys ? Vous pouvez vous aussi tenter votre chance en envoyant votre tapuscrit ou bien découvrir les nombreux ouvrages du catalogue. Pour en savoir plus, une seule adresse, le verdoyant site internet de Chloé des Lys : http://www.editionschloedeslys.be/ !

Quant à moi, je vous retrouve au prochain trimestre. D’ici-là, passez de joyeuses fêtes de fin d’année, et ne mangez pas trop de chocolat (même si on sait que c’est très bon, surtout le chocolat belge) !

La ptite Clo