Dessine-moi… mon adolescence

W.I.T.C.H.

 

EH KIKOU

C’est à ce moment précis que toutes les Plumes et tous les Plumeaux qui sont allés au collège dans les années 2000 se lèvent en hurlant de joie, puisque W.I.T.C.H. agit à peu près de la même façon sur nos cerveaux nostalgiques que Pokemon Rouge, Bleu et Jaune ou un candy’up au chocolat.

En quelques mots

W.I.T.C.H. est une BD d’origine italienne, créée par Elisabetta Gnone et dessinée par Alessandro Barbucci puis Barbara Canepa (ils font ça à tour de rôle, on peut d’ailleurs voir certains changements selon la personne qui illustre). La série commence à connaître un tel succès que le magazine Minnie Mag qui la publie devient W.I.T.C.H. Mag de 2002 à 2012.

L’histoire, dans les grandes lignes

W.I.T.C.H. nous plonge dans deux univers parallèles : le nôtre et celui de Meridian. Alors que dans le premier, cinq adolescentes se découvrent de nouveaux pouvoirs, dans le second, le mal commence à s’étendre de manière alarmante. Finalement, les héroïnes finissent par comprendre qu’elles sont les gardiennes de Kandrakar, autrement dit qu’elles doivent protéger les deux mondes, le leur et l’autre, du mal qui les ronge.
Le nom du groupe vient des initiales de leurs prénoms (Will, Irma, Taranee, Cornelia et Hay Lin), ainsi que du mot witch qui, en anglais, signifie sorcière. Chacune développe un pouvoir lié à un des quatre éléments : Irma celui d’hydrokinésie, Taranee de pyrokinésie, Cornélia de géokinésie et Hay Lin d’aerokynésie, tandis que Will maîtrise l’énergie.

 

Quand les héroïnes grandissent avec nous

Pourquoi l’avoir choisie pour ce thème « GRANDIR » ? Je n’avais pas envie de parler seulement des personnages qui grandissent, mais de ceux qui vivent et évoluent avec les lecteurs, car ce sont mes préférés.
J’ai découvert W.I.T.C.H. au milieu de mes années collège et je me souviens que dès que la suite sortait, je l’achetais puis je courais chez ma meilleure amie lui en parler. On s’inventait des histoires, on dessinait les héroïnes, on imaginait qu’on avait nos gouttes astrales. Arrivées au lycée, nous avons dû laisser tous ces rêves derrière nous, mais je n’oublierai jamais ces cinq héroïnes qui ont eu des problèmes d’adolescentes finalement très similaires aux miens, qui s’embrouillaient avec leurs copines, qui se demandaient à quoi ressemblait l’amour, qui allaient sauver le monde après le goûter parce que, eh, qui l’aurait fait si elles n’avaient pas été là ?

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Dessine-moi… un autre avenir

Fisheye Placebo (Yuumei)

«  You Are Free »

Copyright : © Yuumei

Créé par Wenqing Yan (aka Yuumei) en 2013, le webcomic Fisheye Placebo est une merveille visuelle et scénaristique : ses décors aux couleurs vives, son univers angoissant et son format court en font une lecture idéale pour tous les amateurs de romans d’anticipation. 

Imaginez une société surveillée en permanence. Le réseau internet est contrôlé et, si vous dérogez à certaines règles, votre connexion se retrouve bloquée ; des caméras gardent les rues, observent les passants, aident les policiers à traquer le moindre délinquant : un pays entier contrôlé par le Solar Eye, le bureau d’information technologique et d’harmonie civile (en anglais, ça fait B.I.T.C.H. lol). Un futur improbable ? Pas tellement, puisque Wenqing Yan s’est inspirée de sa propre expérience lors de ses séjours en Chine pour créer ce manga.

Dans cet univers, la technologie est omniprésente, à la fois synonyme de terreur et d’espoir. Elle traque, mais permet de prendre les dirigeants à leur propre piège. Frey et Robin, deux jeunes hackers, vont d’ailleurs l’utiliser à leur avantage pour tenter de renverser le système et mettre fin à la dictature imposée par le Solar Eye.

D’un point de vue purement graphique, je conseille chaudement aux amoureux de peinture numérique d’aller jeter un coup d’œil aux travaux de Yuumei. Ses œuvres sont empreintes de nostalgie autant que d’un nouvel espoir, de mélancolie que de douceur : elle joue énormément sur les lumières, qu’elles viennent des étoiles ou de la ville, et nous plonge avec elle dans ses univers à la limite du fantastique. Allez sur son site et profitez-en pour jeter un coup d’œil à ses recherches préliminaires pour Fisheye Placebo (création de l’histoire, des différents logotypes, des décors, etc).

Retrouvez gratuitement tous les chapitres de Fisheye Placebo sur le tapastic de Yuumei !

Copyright : © Yuumei

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Dessine-moi… un couple

/!\ Cet article peut contenir des images à caractère sensible

Le Bleu est une couleur chaude et Corps Sonoresde Julie Maroh

«Il y a autant de relations amoureuses qu’il y a d’imaginaires.»

Il y avait tellement de choix dans ma bibliothèque… Qu’on se le dise, des romans graphiques qui parlent d’amour et de couple j’en ai à la pelle : des beaux, des tristes, des érotiques, des qui ne se terminent pas comme on le pense. Mais c’est en passant mes doigts sur Le Bleu est une couleur chaude que j’ai su que j’avais trouvé l’auteure parfaite pour débuter cette nouvelle année 2017.

Pour ceux qui ne connaissent ni Julie Maroh ni son œuvre, vous avez sûrement entendu parler du film La Vie d’Adèle (que je n’ai jamais vu, puisqu’on me l’a chaudement déconseillé), qui est une adaptation librement inspirée d’un de ses livres.

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Copyright : © Julie Maroh

Dans Le Bleu est une couleur chaude, Julie Maroh illustre l’histoire d’amour de deux jeunes femmes, Clémentine et Emma, de leurs débuts à la toute fin de leur relation (ce n’est pas du spoil, vous en saurez plus en lisant les toutes premières pages de la BD).

J’aime énormément le style de cette illustratrice, je trouve qu’elle se joue souvent de l’anatomie pour complexifier les émotions du visage et des corps. Tout le roman graphique est en niveaux de gris, excepté la couleur bleue qui revient par touches successives et qui, effectivement, dégage une chaleur inattendue. Je vous conseille vraiment cette lecture, qui est très poétique, extrêmement sensuelle, très différente de l’adaptation filmée (donc ne ronchonnez pas si vous n’avez pas aimé La Vie d’Adèle et allez lire ce chef d’œuvre graphique).

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Julien Delval

Je flâne, tu flânes, il ou elle flâne, nous flânons… Rassurez vous, je ne vais pas vous présenter le Bescherelle, même si ça aurait pu être amusant, mais vu la période de l’année, nous oscillons tous entre les jours fériés et les échéances de l’année. Flâner devient un luxe, mais c’est de là qu’il tire sa saveur. C’est aussi là qu’on découvre une illustration qui invite à l’aventure et au voyage dans le temps.

L’artiste du jour :

Couverture par Julien Delval

Aujourd’hui nous parlerons des travaux empreints d’aventure épique de Julien Delval.

L’Homme :

Né à Paris en 1972, il y suit des études d’arts plastiques et d’arts décoratifs à l’ENSAD, avant de débuter une carrière d’illustrateur freelance. Il réalise en particulier de nombreuses couvertures pour les éditions Mnémos. Il est l’auteur de multiples couvertures dont celles du Secret de Ji et de la trilogie du Lion de Macédoine, ainsi que les couvertures de la série de l’Agent des ombres de Michel Robert. Ne se limitant pas aux romans, il illustre également des jeux de société et des jeux de rôle auprès de l’éditeur Multisim, principalement sur la gamme Agone, et l’éditeur Days of Wonder. Julien Delval travaille également sur un projet de bande dessinée en coopération avec Krassinsky et intitulé Les Petits Soldats.

L’artiste :

Sur son blog, vous remarquerez que Julien Delval s’applique à nous présenter aussi bien ses dessins préparatoires que ses recherches de couleurs. De voir ainsi le travail en amont comme celui de la création finale est vraiment instructif. D’autant plus pour nous qui ne voyons que l’œuvre achevée. Nous avons du mal à imaginer ce qu’il se passe dans l’atelier entre le moment où l’illustrateur reçoit la commande et le moment où il présente la couverture. Pour vous aider à appréhender ce cheminement, voici une des illustrations de Julien Delval.

 

Les différentes étapes

 

Nous voyons bien la mise en place des formes et des plans, afin que l’illustration ait une profondeur et ainsi un impact sur le regard. La mise en ombre et en lumière est aussi primordiale pour l’ambiance globale. Vient ensuite un travail de fourmi et de patience pour d’abord poser les fonds et accoucher de chaque personnage. Chacun semble déjà avoir une histoire et un caractère propre qui se passerait presque de roman. L’imaginaire vient de lui-même tant l’image est précise mais ouverte. J’ai beaucoup aimé voir sa palette et m’imaginer comment cet instrument vit au fur et à mesure des commandes. Je ne résiste pas à l’envie de vous la présenter :

 

La fameuse palette

 

Qu’est-ce qui caractérise le travail de Julien Delval ? J’avoue hésiter encore, car il s’adapte à beaucoup de supports. Pouvant être un peu naïf sur des personnages fantastiques, son travail aura aussi l’étoffe des tableaux aux perspectives académiques rappelant parfois l’antique avec un décor à colonnades. Pourtant, si vous observez ses bandes dessinées et ses jeux de société, vous ne trouverez pas la même pâte sous ses pinceaux.

Je vous invite donc à aller explorer ce site : http://juliendelval.blogspot.fr/, ou tout simplement à chercher grâce à votre moteur de recherche.

Votre dévouée,

Saïph

Albert Bierstadt

Finies les têtes de gondole et les farandoles de roman Fantasy et SF. Retour aux sources et aux charmes discrets des étagères consacrées à la philosophie, à l’histoire et aux divers sujets tous dignes d’intérêt. Tiens, oserais-je présenter ce livre ? Il en existe plusieurs éditions, mais cette couverture est vraiment belle par son illustration. D’ailleurs qui en est l’auteur ?  

L’artiste du jour

Couverture d’Albert Bierstadt

Aujourd’hui nous parlerons des travaux empreints d’aventure et de grands espaces d’Albert Bierstadt.

L’Homme

Albert Bierstadt est né en 1830 en Allemagne (qui n’était pas encore l’Allemagne à l’époque), mais très rapidement sa famille immigra aux États-Unis, dans le Massachusetts précisément. Il revint en Allemagne pour ses études et étudia à Düsseldorf avant de retraverser l’Atlantique pour partir en expédition. Ces voyages lui permirent de sillonner le pays et de peindre et de photographier de nombreux paysages montagneux qu’il retransposait sur toile une fois de retour à l’atelier.
Si au sommet de sa gloire, sa vie était des plus aisées, son travail passa de mode et il finit sa vie à New York dans la misère.

L’artiste

Comment rester de marbre face à la profondeur, à la vraisemblance, à la promesse d’escapade et à la richesse de ces peintures ? La couverture de « Ainsi parlait Zarathoustra » ne rend pas entièrement justice au travail d’Albert Bierstadt puisque le tableau est tronqué et rougi par un filtre. Regardez donc l’une de ces toiles et vous serez fascinés, happés par ces mondes empreints de poésie.
Allez, une image vaut mieux qu’un long discours :


Paysage d’après Albert Bierstadt

 Ces montagnes majestueuses, cette lumière contrastée, ces nuages comme un prolongement de la roche, cette profondeur qui invite au voyage, les sentez-vous ? La grandeur du rêve américain est là, les détails des arbres et des animaux peuplent l’imaginaire. La peinture à l’huile rend justice à ces souvenirs de voyages. Partirons-nous à sa suite ? Avec le même regard affuté, Albert Bierstadt peint les humeurs de l’eau, les troupeaux qui voyagent librement dans les contrées sauvages, la vie des colons. Mais toujours vous trouverez la présence du minéral comme un fondement, une signature de son travail.

Je vous invite donc à aller explorer ce site anglophone sur Albert Bierstadt ou tout simplement à chercher grâce à votre moteur de recherche.

Votre dévouée,

Saïph

Laurent Gapaillard

Cette année, l’été n’est pas venu seul. Dans les librairies, attendue et chassée par une foule de fans éperdus, la Passe-miroir a été photographiée aux quatre coins de la France. Cette couverture représentant la Citacielle avec moult détails nous a tous fait revivre les instants magiques où Ophélie découvre la capitale du pôle. Mais avez-vous été assez curieux pour aller en quatrième de couverture et connaitre le nom de l’illustrateur ? Non ?


 

L’artiste du jour :

 

 
Aujourd’hui nous parlerons des travaux détaillés et vertigineux de Laurent Gapaillard.

L’homme :

Laurent Gapaillard a fait ses études de graphisme à l’école Met de Penninghen (ESAG) sur Paris puis a complété sa formation par une année à l’école du Louvre. Par la suite, il a travaillé sur des projets de séries et de films d’animation pour lesquels il a conçu et dessiné des décors. D’un point de vue illustration pure, Laurent Gapaillard a œuvré avec l’auteur Bertrand Santini sur « le YARK » aux éditions Ricochet-jeunes, puis sur la couverture des « Fiancés de l’hiver » aux éditions Gallimard jeunesse.

L’artiste :

Avant d’aller lire ce qui suit, je vous invite d’ores et déjà à observer son travail. Le premier point omniprésent est l’architecture qui mélange le vertige de la perspective, la profondeur des ombres, l’imaginaire mais en même temps une touche de réalisme qui donne envie d’y croire. Le goût de la texture et de la minutie donne aussi un côté fascinant aux illustrations. Une envie d’immersion.

L’autre élément qui me surprend beaucoup est le point de vue du dessin. Le plus souvent le dessinateur semble au-dessus du sujet, donnant ainsi ce côté instable, en suspension, comme si cela sortait de ses rêves et qu’il flottait au-dessus. L’immersion est donc assurée. De plus, la multitude de clins d’œil culturels évoque le passé aussi bien que le futur. Tout se mélange et malgré cela, chacun trouve son compte et sa part de rêve.


Je vous invite donc à aller fouiller aussi bien son blog que le site des agents associés.

Votre dévouée,

Saïph

Samantha Bailly

Pour cette fois, aucune librairie ne décidera du thème de cet article. Puisque le portrait d’auteur met en lumière Samantha Bailly, il m’a semblé obligatoire de présenter l’artiste qui a fait la couverture de son roman.

Alors qui est-ce ? Tiens, je connais ce nom, même s’il est étonnant de le trouver ici plutôt que sur un manga. D’ailleurs, elle est lyonnaise cette artiste, il va donc être possible d’avoir les informations à la source !

Bonjour Miya et merci de répondre aux lecteurs du PAen !

 

Miya, quel parcours t’a permis d’arriver jusqu’à ce métier dont tant de jeunes rêvent ?

Mon parcours est assez simple. J’ai fait toute ma scolarité à Angers où j’ai décroché un bac Scientifique. Ensuite, je suis partie étudier les arts à Émile Cohl, une école privée de Lyon. Quatre années pour apprendre toutes les techniques du dessin : modèle vivant, peinture, perspective… J’en passe et des meilleures ! Actuellement, j’ai un diplôme d’illustrateur infographiste, et je vis à Lyon en tant que illustratrice freelance et mangaka.


Comment en es-tu arrivée à illustrer « La Langue du Silence » de Samantha Bailly ?

Nous nous connaissons depuis plusieurs années par le biais du monde associatif. Alors que toutes deux n’étions pas encore éditées, nous avons eu le coup de cœur pour nos travaux respectifs. Bien sûr, à l’époque, ce n’était qu’amateur, mais nous avons toujours gardé l’envie de collaborer. Lorsqu’elle a su qu’elle allait être éditée, elle m’a tout naturellement demandé de faire la couverture de son roman ! Je suis très admirative de son travail et de son enthousiasme communicatif.

Lors d’un tel travail, comment procèdes-tu ?

Lorsque je fais une couverture pour un autre auteur, j’essaye avant tout de transmettre une ambiance générale qui reflète celle de l’œuvre. Cela peut être par les couleurs chaudes ou froides, l’attitude des personnages ou par un contexte particulier. Ce que je cherche, c’est à créer un sentiment ou à attiser la curiosité du lecteur qui découvre le roman sur l’étalage. 


En général, je propose plusieurs roughs (croquis) à l’auteur et à son éditeur, afin qu’ils se concertent et choisissent celle qui leur semble le mieux correspondre à leurs attentes. Ensuite, je commence la couleur, la plupart du temps sur ordinateur (photoshop), car c’est bien plus pratique à modifier s’il y a des retouches à faire ou des améliorations à apporter. Le travail se fait en général en aller-retour avec l’éditeur jusqu’à ce que chacun soit satisfait.  


Ta passion première est le manga. C’est assez rare pour une disciple d’Émile Cohl. 


BD ou manga, pour moi c’est pareil. C’est une manière de raconter une histoire en bulles et en cases. C’est juste la forme qui change. Le manga, c’est une forme d’expression que j’ai toujours aimé, et ceci depuis que j’ai eu mon premier manga papier dans les mains.
Faire une formation classique m’a beaucoup apporté. Le manga n’est que le style, il n’en reste pas moins qu’il faut connaitre l’anatomie, le dessin d’objet, de paysages, le graphisme etc. Je suis très contente d’avoir aujourd’hui ces « armes » pour pouvoir répondre à différents projets, que ce soit un manga ou autre. Il est toujours bon d’avoir plusieurs cordes à son arc !
 

Qu’est ce qui te plait tant, graphiquement, dans ce monde ?

J’aime l’esthétisme du noir et blanc ainsi que le nombre de pages d’un manga qui permettent d’étendre vraiment le sujet. Ce qui m’a touché lorsque j’étais adolescente par rapport à la BD, c’est que le manga abordait des thèmes féminins où l’on pouvait être dans les pensées et les sentiments du personnage principal.
 

 

Je vous invite donc à aller fouiller aussi bien son blog que son site internet.

Votre dévouée 
Saïph

Elvire de Cock

Une visite express à Paris, et me voilà au milieu des librairies parisiennes et des expositions. La culture et toutes ses variantes s’étalent comme la Seine qui déborde de son lit. Impossible d’échapper à cet étalage de savoir et savoir-faire. Notre Dame fête ses 850 ans, la conciergerie retrace l’histoire rêvée de l’architecture gothique et un peu plus loin, dans une vitrine…
Retour sur mes pas, entrée dans le magasin et passage au peigne fin de plusieurs couvertures. Le choix est rude. Trois nouveaux illustrateurs, trois talents différents, trois sensibilités particulières. Par qui commencer ? Allez, un peu de changement !

L’artiste du jour :

Aujourd’hui, nous parlerons des travaux étonnants d’Elvire de Cock.

La Femme :

Née au pays de Tintin en 1979, Elvire de Cock entreprend des études scientifiques en entrant d’abord à Polytechnique, puis dans une école d’architecture. Il se trouve que cette voie ne correspondait pas à ses attentes et, changeant son fusil d’épaule, elle entre à l’école Saint-Luc, à Bruxelles, et y étudie la bande dessinée. Après avoir travaillé comme graphiste et illustratrice pour des sociétés de communication, elle est contactée par Les Humanoïdes associés, qui lui proposent de travailler sur un projet de BD : Tir Nan Og. Suivront un partenariat avec les maisons d’éditions Asphalte, Dupuis, Glénat, Gulf Stream et Mnémos pour qui elle a réalisé l’illustration d’Arachnae, Tythériae et Matricia de Charlotte Bousquet.

L’artiste :

Au premier coup d’œil, il y a trois thèmes récurrents dans l’œuvre d’Elvire de Cock : le premier est le goût de l’urbanisme, le deuxième l’intérêt pour les personnages atypiques et mystérieux, et enfin nous avons le fan art. Et oui, même les professionnels s’amusent à faire apparaître leurs personnages favoris sous un coup de crayon.
Revenons au travail original. Métro, train, tous les transports de la ville sont dépeints dans des tons parfois surréalistes, mais qui transmettent l’émotion de ces endroits de passages. Mais ce qui est vraiment intéressant avec les illustrations d’Elvire de Cock, c’est que même s’il y a une patte propre, on est souvent surpris par un dessin nouveau dans son traitement et sa dynamique. L’adaptabilité est immense. Mon coup de cœur va à ses aquarelles de paysages. Ils donnent envie de prendre un train et de partir rejoindre ces landes léchées de bleu.

Je vous invite donc à aller fouiller aussi bien son blog que son compte DeviantArt.

Votre dévouée

Saïph

Anne Romby

Un week-end de janvier comme les autres, c’est-à-dire dans le train entre deux villes, je faisais un petit listing des illustrateurs que je vous avais déjà présentés. Une conclusion s’est alors imposée : je n’avais parlé que d’artistes masculins. Mince, je ne suis pas féministe, mais il était temps de rétablir l’équilibre. Forte de cette idée, j’ai quitté le quai de gare et rejoint le véhicule familial. Au lieu du trajet habituel, la voiture s’est rendue à la médiathèque. « Ça te dérange ? » m’a demandé ma mère. Au contraire, une bibliothèque, ça tombait à pic ! Mais je ne savais pas à quel point le hasard pouvait vraiment bien faire les choses. Deux bourrasques glacées plus loin, la porte automatique s’est ouverte sur le hall où se tiennent toujours les expositions. Voici celle qui m’attendait.

L’artiste du jour :

Dans des cadres, protégées par de belles vitres, des illustrations chaudes, d’une finesse et d’un relief incroyables. Il s’agissait des travaux d’Anne Romby.

La Femme :

C’est dans un village de Picardie que naît Anne Romby en 1959. Elle s’imprègne de la magie de l’enfance et des richesses qu’offre la nature. Elle étudie les beaux arts à Saint Quentin, puis à Reims et enfin les arts décoratifs à Strasbourg dont elle sort diplômée et primée tant en illustration qu’en gravure. Le premier ouvrage qu’elle illustre utilise d’ailleurs la technique de la gravure (cf. article sur Léon Benett). Le catalogue de ses travaux est large, je citerai seulement Le génie du Pousse-pousse et Le Prince de Venise de Jean Comes Noguès, Zhao, L’enfant peintre et Peau d’Âne d’Anne Jonas, La Belle et la Bête de Madame de Beaumont et Fleur de Cendre d’Annick Combier.

L’artiste :

Revenons plus en détail, car cela ne manque pas sur les illustrations d’Anne Romby. Premièrement, la chaleur de ses œuvres. La plupart de ses travaux s’appuient sur un large fond uni, de couleur bleue ou jaune le plus souvent. Ces fonds ont pour première volonté d’accueillir le texte de l’histoire. Cependant, il offre au dessin un contraste et une dimension différente. A contrario de ces grandes plages d’évasion, chaque vêtement sera très méticuleusement travaillé et orné au blanc, au jaune ou au noir. Ces arabesques fines et condensées donnent une première texture.

Cependant, concernant l’effet de matière, Anne Romby a une autre corde à son arc. Ce qui m’a le plus étonnée, c’est le relief et la finesse. Finesse qui, une fois le nez collé à l’œuvre, parait inhumaine. La meilleure dentellière aurait jalousé une telle maitrise et une telle vision. En fait, Anne Romby n’utilise pas seulement de la peinture, elle utilise aussi toute une palette de papiers (texturé, de soie, chiffon, murier,…) qu’elle superpose et plisse, ainsi que des feuilles desséchées (disamare, noisetier,…) où seules les nervures diaphanes apparaissent. Regardez attentivement cette illustration.

Il reste une dernière chose à mentionner pour avoir fait le tour des principales caractéristiques des illustrations d’Anne Romby : la délicatesse des visages et des mains. Les doigts sont fins, les pommettes saillantes, les yeux lumineux.

Anne Romby se décrit comme une funambule de l’image. Je pense qu’elle mérite bien ce titre.

Votre dévouée,

Saïph

Léon Benet

Bientôt Noël ! Dans les librairies, les romans côtoient lutins et pères noël. Les derniers auteurs à la mode crèvent les gondoles par leurs couvertures glacées et leurs photos contrastées. Chaque année c’est pareil, toujours les mêmes nouveautés pour consommateurs éclairés. Pourtant, j’aimerais retrouver le Noël de mon enfance, ces vieux livres jalonnés de gravures exotiques et fantastiques. Pour une telle littérature, ce n’est pas dans les magasins que je dois aller, mais chez les antiquaires. C’est parti !
Ah, l’odeur des vieux papiers, des belles reliures au cuir décoré de volutes d’or ! Et là, au milieu de ces volumes, une couverture de carton entoilée de pourpre. Le voila, le livre de mon enfance.

L’artiste du jour :

Maintenant que je l’ai entre les mains, un souvenir me revient. De nombreux illustrateurs ont travaillé sur les écrits de Jules Verne. Mais lesquels ? La liste est longue, mais l’un d’eux sort du lot par le nombre record de livres illustrés. Il s’agit de Léon Benet. Avec vingt-cinq ouvrages illustrés comme le Tour du monde en 80 jours, Michel Strogoff, Les tribulations d’un chinois en Chine, La maison à vapeur ou L’école des Robinsons, il est le dessinateur majoritaire des œuvres de Jules Verne.

L’homme :

Né à Orange en 1839, il devient fonctionnaire dans le service de l’Enregistrement, des Domaines et du Timbre à l’âge de vingt ans. Si Léon Benet a choisi d’embrasser la fonction publique, c’est par souci de pouvoir subvenir aux besoins d’une famille. Cependant, le dessin est une autre facette de sa vie et il mènera les deux de front tout au long de sa vie. Il prend d’ailleurs le patronyme de Benett afin de les dissocier.

Après six ans passés en Algérie, il se décide à prendre un congé de l’Administration afin de pouvoir étudier à l’Académie suisse. Dans les ateliers, il fait la rencontre de Cézanne, Manet et bien d’autres peintres de son temps. Après la guerre de 1870, Léon Benet reprend son poste dans le service de l’Enregistrement. Cela lui permet de partir pour la Cochinchine, la Martinique et la Nouvelle Calédonie qui sont, à l’époque, des colonies françaises. Il en ramènera de nombreux carnets de croquis qui alimenteront son imaginaire et son travail d’illustrateur.

Ses premiers dessins pour la maison d’édition Hetzel datent des années 1872 avec les livres de Jules Verne. Cependant, Léon Benet a aussi illustré Camille Flammarion, Léon Tolstoï et bien d’autres.
Léon Benet meurt en 1917 d’une affection cardiaque à Toulon.

L’artiste :

Nous connaissons surtout l’œuvre de Benet au travers des gravures. Mais ce n’est pas son illustration propre. Ces gravures ne sont que des planches de bois gravées par des ouvriers afin de pouvoir imprimer des livres en grande quantité. Le travail de Benet est plus fouillé, plus profond et plus tendre que ces visages pointus et ces clairs obscurs lignifiés. Constatez par vous-même.

La différence est saisissante, n’est-ce pas ? Elle est d’autant plus flagrante sur ses travaux à la peinture. Il y a une sensibilité, un luxe de détails et un trésor d’exotisme dans ces dessins. Ce qui est frappant, c’est le réalisme de son illustration. La Chine, l’Inde, le Maghreb, les Iles sont rendus dans leur écrin original.

Explorateur, dessinateur, père de famille et fonctionnaire, Léon Benet a su vivre ses passions. En cette période de fête, cela fait du bien de voir que les rêves peuvent côtoyer la réalité.

Votre dévouée,

Saïph