Interview de Danan-Omeci

Salut les Plumes !

L’hiver sera bientôt là et l’année touche gentiment à sa fin.

C’est également l’occasion pour moi de tirer ma révérence. En effet, cette dix-huitième interview sera ma dernière. Comme beaucoup le savent (ou l’on remarqué), je ne suis plus autant présente qu’avant sur Plume d’Argent et je ne parviens pas à me tenir informée de l’élargissement de nos rangs plumesques. Je pense donc ne plus être la personne adéquate et légitime pour continuer à gérer la rubrique des Imagineurs. Alors voilà, je regrette de partir, mais je sais que c’est ce qu’il y a de mieux à faire.

Pour continuer sur une note plus joyeuse, ce n’était pas prévu au départ mais, pour ce final, je suis heureuse d’avoir pu collaborer avec une amie très chère. Merci d’accueillir Danan-Omeci !

 

1. Quand tu as débarqué sur PA, l’année dernière, tu portais le pseudo de Omecihuatl. Peux-tu nous éclairer sur sa signification ?

J’écris beaucoup en collaboration avec Vava-Omete ; nous partageons nos idées, nous nous inspirons mutuellement et souvent nous créons des mondes ensemble. Il y a plus précisément un énorme univers, construit ces dix dernières années, qui nous lie. Puisque nous sommes une dualité de création, il nous a paru important de le souligner en créant nos compte sur Plume d’Argent. Ometeotl est un nom désignant une paire de divinités aztèques créatrices : Ometecuhtli et Omecihuatl. Ome voulant dire deux et teotl, dieu. Puis il a fallu pouvoir nous différencier et chacune d’entre nous a repris son vieux pseudo tout en gardant la référence avec Omeci et Omete.

2. Sur quel(s) topic(s) du forum aimes-tu te balader et pour quelle(s) raison(s) ?

J’aime beaucoup les discussions littéraires. J’évolue dans un monde très science dure au jour le jour et c’est difficile de trouver des occasions où l’on peut parler écriture, expression et littérature avec de multiples personnes à la fois. J’aime beaucoup lire des approches multiples sur des questions.

3. Qu’est-ce qui te plaît le plus dans l’écriture ?

C’est ce qui me cristallise le plus : absence d’obligations, de jugement, contrôle total et potentiel d’aider le monde (même si pour le coup c’est très ambitieux x) ) . Personne n’a jamais pu m’atteindre ou me blesser par rapport à mes écrits, j’ai toujours eu un sentiment de confort et de justesse dans ce domaine, ce qui me protège des critiques et m’aide à les accepter. Dans toutes mes autres activités, on attendait de moi que j’aie les meilleurs résultats : c’était normal. Que la performance baisse un peu et tout de suite, rien allait. C’était une pression assez terrible et heureusement, personne n’était le moins du monde intéressé par mon écriture.

On m’a fichu la paix dessus et j’ai pu cultiver une certaine assurance. Mon imagination me permet de facilement créer des mondes, des situations et même si parfois j’aime l’exprimer de diverses manières telles que le bricolage, la réalisation, le dessin, l’écriture reste mon confort absolu. Puis, dernier point, écrire me permet de tester des idées. Qu’est-ce qu’il se passerait si le modèle politique de la Chine était utilisé en Suisse, si personne ne travaillait, comment est-ce qu’on se sent lorsqu’on est mutilée, ou expatriée…ça me permet de satisfaire au moins en partie ma curiosité et après lectures abondantes, de créer une synthèse de mon ressenti.

4. Quels genres de difficultés peux-tu rencontrer dans tes écrits ?

Je vois de manière très claire et précise les scénarios et les univers que j’invente ce qui fait que j’ai de la peine à les expliquer à l’écrit. On me dit très souvent « je n’ai pas compris » à la première écriture et je dois faire un effort conscient pour ne pas être synthétique. Sinon, les personnages et leurs dialogues, j’ai encore beaucoup de progrès à faire. Ah. Et ne pas trouver ce que j’écris horrible. J’arrive à me forcer à ne pas relire immédiatement – sinon je n’écrirais rien – mais systématiquement ce que j’écris est moins bien que ce qui était dans ma tête, et le processus de correction est beaucoup trop lent pour ma patience. Mais là aussi, je m’améliore.

5. Qu’est-ce que le thème de ce trimestre, « échos », évoque pour toi ?

L’écoute, les commérages et la bêtise.

6. Tu as évoqué votre univers commun avec Vava-Omete, La Plateforme (le texte qui le présente Icosaedre, est disponible sur le site) : comment s’organise votre collaboration depuis toutes ces années ?

Beaucoup de communication. L’histoire a commencé comme roleplay entre nos deux héros principaux, sur skype principalement. Des idées ont été lancées, testées, certaines gardées et d’autres oubliées ou délibérément abandonnées. Je pense qu’à un certain moment, on a commencé à assez maîtriser notre univers pour pouvoir simplement lancer des idées et en discuter via messageries sans devoir les jouer. Nous habitons assez loin l’une de l’autre, donc beaucoup se fait par le web. Si j’ai une idée je vais aussitôt lui envoyer un message et vice-versa. Il n’y pas vraiment d’arrêt au cours d’une journée.

On a aussi passé quelques journées physiquement ensemble à poser un scénario. Ca a commencé à devenir sérieux il y a deux ans je crois, depuis l’histoire a encore évolué : les actions générales sont posées, mais on discute encore sur le background de nos personnages, sur la situation politique, l’organisation. Finalement on s’est partagé les chapitres d’écriture et maintenant c’est en bonne voie !

Il y a aussi un autre aspect important dans notre collaboration, au niveau de nos caractères. Elle préfère ne pas avoir de scénario pour écrire, moi j’en ai absolument besoin d’un. Donc je dirais qu’on s’équilibre, avec une qui pousse vers l’avant et une autre qui ralentit le rythme et demande des repères. C’est vraiment une collaboration à tous les niveaux : l’encouragement est important également.

7. Peux-tu nous en dire un peu plus sur les mystérieuses Portes présentes dans cet univers ?

Oh ! Une demande d’information sauvage ! Les Portes sont extrêmement importantes dans cet univers. La zone principale où se passe cette aventure s’appelle La Plateforme, c’est une sorte d’île artificielle, un condensé de magie vaquant entre planètes, mondes et univers. Pour accéder à La Plateforme depuis la Terre, ou bien pour se balader sur d’autres univers, il faut passer par ces Portes. Ce sont des portails interdimensionnels en quelque sorte. Ils reposent sur un complexe mélange de technologie et de magie et sont en général gérés par le clan des Néants qui a la charge de la maintenance de la Plateforme.

8. Comment décrirais-tu Diane, l’héroïne de ton texte du même nom ? Qu’est-ce qui t’a inspirée pour créer ce personnage ?

Diane est une femme très instinctive. Avant d’avoir son enfant et de vivre sa déchéance dans la société du Quatrième Monde, elle suivait son instinct et ses envies, sans trop se soucier des conséquences possibles. Maintenant, ses impressions supplantent encore sa réflexion, mais elle n’est plus la personne au centre de ses intérêts.

La création…à vrai dire, c’est une de ces histoires où le monde et l’histoire sont venus avant le personnage. Le monde fait partie des univers de La Plateforme, donc il était déjà là et je voulais écrire une histoire ressemblant à celles que l’on pouvait lire dans la Bibliothèque Verte, notamment les aventures de Lancelot, d’Alice Leroy…donc il me fallait une héroïne qui soit détective. J’avais une restriction supplémentaire : je voulais qu’elle soit de la Haute Société du Quatrième Monde. Ca me permettait un accès sur des informations sensibles (l’organisation, la politique, les secrets) et aussi je voulais discuter des différences de classe et de la position d’une femme là-dedans. Accessoirement, j’adore la mode et je n’avais pas encore un personnage dans lequel catalyser cette passion-là

Pourquoi et comment…c’est en se posant ces questions qu’elle est apparue. Niveau inspirations…il doit y avoir un peu de Lancelot, Alice Leroy, d’Arsène Lupin, de Gail Carriger et beaucoup de mes voyages en Corée, Chine et Japon. Pour l’instant, c’est le texte en collaboration avec Vava qui est prioritaire, mais dès le premier jet fini, c’est la première aventure de Diane qui prendra la tête de mon agenda.

9. Le texte Laser. Couteau. Ciseaux est assez cru et sordide, est-ce que ça a été difficile pour toi de le mettre sur pied ? Dans quel état d’esprit étais-tu en l’écrivant ?

Je crois que tout est parti d’un article dans le journal concernant les mutilations faites sur les adolescentes en Suisse. Il me semble qu’il s’agissait d’une statistique, bref, j’ai voulu me renseigner sur les différentes mutilations possibles et leurs classifications (bienvenue dans mes soirées) et je suis tombée sur un récit de voyage. Si l’histoire a parue crue aux lecteurs, ce carnet l’était bien plus, avec nombre de détails visuels. Au final, la vie de ces femmes était extrêmement structurée : la mutilation, le mariage, les enfants. Comme un cycle infernal et je crois que c’est ce cycle-là qui est resté dans ma tête et qui a structuré l’histoire.

Le plus difficile pour moi était de gérer les émotions de Noël : qu’est-ce qu’on ressent lorsqu’on est vendue comme un objet, qu’on est privé de sa féminité, de sa liberté et finalement de son futur ? C’était tellement difficile que je me suis plus attachée à ses sens qu’à ses émotions. Le bois qui râpe, le tissu qui brûle. Je voulais ses sens assaillis à l’étouffer. En l’écrivant, j’étais plongée dans son corps, sans trop réfléchir à l’injustice, c’était plus un défilé d’événements.

10. Pour finir, que dirais-tu que l’écriture t’a apporté ?

Des rencontres d’abord. Sans l’écriture, je n’aurais jamais rencontré Vava et je serais une personne très différente aujourd’hui. Un rêve ensuite et la capacité d’avoir des projets : je ne me laisse pas porter par la vie, travailler pour dormir pour travailler sans but final, très peu pour moi. Et finalement une confiance en moi : je sais écrire. Que ce soit vrai ou non, prétentieux et irrévérencieux, ne change rien au pouvoir de cette confiance dans ma vie de tous les jours.

 

Ainsi s’achève cette ultime interview.

Je tenais à remercier infiniment Danan-Omeci qui a accepté de répondre à mes questions malgré son agenda de ministre ! 😉

J’ai vraiment eu beaucoup de plaisir à collaborer avec toi et à découvrir tes réponses passionnantes ! Je te souhaite encore plein de beaux projets et de rêves réalisés pour la suite !

Il est temps maintenant que je prenne congé de vous. Je tenais simplement à vous dire que ça a été un honneur pour moi de gérer cette rubrique et d’apprendre à mieux connaître toutes ces talentueuses Plumes à travers les interviews. J’ai vraiment passé d’excellents moments, ça aura été un plaisir d’un bout à l’autre pour moi et j’espère humblement être parvenue à vous faire passer quelques bons moments devant votre écran aussi.

Merci à toutes celles et ceux qui ont accepté mes demandes d’interviews.

Merci à toutes celles et ceux qui les ont lues.

Merci à vous les Plumes.

 

Gardez vos plumes affûtées, toujours.

Slyth

2 commentaires à propos de “Interview de Danan-Omeci

  1. Bravo pour cette interview joliment menée, quel dommage de perdre Slyth comme journaliste !
    Quant aux textes de Danan : Laser. Couteau. Ciseaux m’a fait beaucoup d’effet !

  2. Merci Slyth pour cette nouvelle super interview ! C’est chouette d’apprendre à connaître les plumes différemment grâce à tes questions 🙂
    Ces articles vont nous manquer en tout cas… Bisous Slyth !

Laisser un commentaire