Interview de Jowie

Bonjour les Plumes !

La moitié de l’été est déjà passée mais PA ne prend jamais de repos : les Plumes continuent de lire et d’écrire, le forum demeure rempli de vie et de surprises.. bref, impossible de s’ennuyer dans nos belles contrées !

A travers vos œuvres, vous nous faites voyager, rêver, pleurer, rire, nous exclamer, nous émouvoir… vivre d’autres vies en somme !

Pour cette interview, j’ai invité une Plume qui sait bien faire usage de ces différents pouvoirs d’auteur : elle dessine aussi merveilleusement bien et sa passion pour la nourriture est légendaire… merci d’accueillir Jowie !

1. Ça fait déjà quelque temps que tu fais partie des Plumes.. tu te souviens comment tu as débarqué ici ?

C’est un peu flou dans ma tête mais je sais que j’ai appris l’existence du site grâce à La Passe-Miroir (Je suis si originale.). Je me souviens que pour me présenter sur l’ancien forum, j’avais été extrêmement brève, mais j’avais estimé utile de mentionner mon obsession pour les barres de céréales. Au miel.

Bref, découvrir Plume d’Argent est tombé à pic pour moi, parce qu’à l’époque mon écriture stagnait. J’avais besoin de partager mes histoires, de recevoir des retours constructifs et de progresser. La communauté Paenne m’a offert bien plus que ça.

2. Et quel genre de commentatrice es-tu donc ?

Le genre qui tombe toujours dans le panneau et qui culpabilise à mort si je ne fais pas un commentaire par chapitre que je lis. J’essaie d’être aussi régulière que possible dans mes lectures. Ma pile à lire PAenne s’allonge à l’infini, mais tant mieux ! En ce moment, je me suis fixée l’objectif de lire et commenter au moins deux chapitres par semaine. Ça me permet d’avancer lentement mais sûrement.

3. Qu’est-ce qui te plaît le plus dans l’écriture ?

Le fait qu’elle permette de voyager, de s’échapper, de se défouler. Le fait qu’en regroupant des lettres et des mots, on façonne des mondes, des images, des gens, des sensations et des émotions qui peuvent se transmettre. Le fait qu’elle puisse transformer un mauvais souvenir ou une expérience difficile en quelque chose de beau et dont on est fier.

Je trouve ça fou aussi que l’on puisse relire son propre texte et se surprendre (“C’est moi qui ai écrit ça ?”), rire à ses propres blagues ou remarquer entre les lignes des choses sur soi-même dont on n’avait pas pris conscience jusqu’alors.

4. Quels genres de difficultés peux-tu rencontrer dans tes écrits ?

Je pourrais pondre toute une liste.

Le pire, c’est quand un personnage as des ennuis pas possibles et que moi, je dois le tirer de là sans que cela paraisse trop facile. Mais… le sauveur ninja qui débarque en mode deus ex macchina pour tout arranger, c’est vraiment trop tentant.

Sinon, garder la personnalité et les pensées d’un personnage constantes malgré son développement et les épreuves qu’il traverse est un également un défi pour moi. Tout comme rester “historiquement crédible” dans le cadre d’une fiction se déroulant à une autre époque. Mine de rien, il y a énormément de détails auxquels il faut faire attention. Mais en même temps, j’aime ça: ça me pousse à faire des recherches.

5. Qu’est-ce que le thème de ce trimestre, « différence ». évoque pour toi ? Est-ce un thème qui t’inspire ?

« Différence », ça peut être ne pas se sentir comme les autres, avec derrière u un sentiment de distance ou de solitude ; or “différence”, ça veut aussi dire “diversité” et donc “richesse”. Dans mes histoires, il est souvent question de personnages qui ne se sentent pas à leur place ou qui n’ont pas l’impression d’appartenir à la communauté majoritaire. On peut se sentir « décalé » pour mille raisons. Que la différence soit physique, de l’ordre des idées, des valeurs ou de la culture, c’est un thème qui m’interpelle et que j’aime explorer à travers l’écriture. Il est étroitement relié à l’identité, au « qui-suis-je par rapport aux autres ? À quelles valeurs et à quelles personnes est-ce que je m’identifie ? »

Je ne pense pas avoir infusé ces problématiques dans mes textes de manière consciente, mais maintenant, avec un peu de recul, je le vois clairement. Ça ne m’étonne pas : ce sont des questions qui m’ont beaucoup travaillée. J’espère montrer à travers mes personnages que les différences peuvent devenir de précieuses ressources.

6. Parlons maintenant de ta saga Hêtrefoux (anciennement Les croyances de Bronwen), comment t’es venue l’idée de cette histoire ?

Posons d’abord le contexte. Juillet 2010, je viens de boucler la pire année scolaire de ma vie dans une école où je me sens comme un alien. Ma confiance en moi traîne par terre et je suis très irascible. Malgré tout, je garde espoir : à la rentrée, c’est direction le collège ; le futur est une page blanche.

C’est l’été, je lis Les secrets de l’immortel Nicholas Flamel de Michael Scott qui me fait découvrir la déesse irlandaise Morrigan. Je cours sur Internet pour en savoir plus. Or ce n’est pas sur Morrigan la déesse que je tombe mais Morrigan le personnage du jeu vidéo de rôle Dragon Age: Origins. Le monde de Origins attire mon attention : les elfes y sont représentés comme des sous-êtres, des esclaves. Autrement dit, rien à voir avec les beaux, puissants et gracieux elfes du Seigneur des Anneaux par exemple. Graduellement, je me demande : pourquoi ne pas pousser la réflexion plus loin ? Et si les elfes étaient carrément vus comme des abominations ? Et si les humains avaient voulu les exterminer ? (Ironiquement, ce n’est que depuis début 2018 que j’ai vraiment joué à un jeu Dragon Age.)

Ce nouveau regard de quelque chose que je croyais connaître, le fait que je ne me sentais pas exactement comme une rock star et que je m’ennuyais se sont mis ensemble. Résultat : écrire une aventure me démangeait. Et là, je me suis dit: « Je vais commencer une histoire et cette fois, je la terminerai ».

7. Le moins que l’on puisse dire c’est que ton héroïne, Eleonara, n’est pas banale ! Que peux-tu nous dire sur elle ?

Eleonara vit dans dans un monde où personne ne lui ressemble et où elle n’a pas le droit d’exister. Un monde dont elle ne connaît que l’intérieur d’une taverne. Ses maîtres la traitent comme un chien, mais en même temps, tiennent à cacher son identité.

Eleonara hait les humains qui, selon elle, lui ont tout pris et rendent son existence un calvaire. C’est une fille taciturne et seule qui se sent impuissante. Elle cultive une rage destructrice qui la ronge et dont elle perd contrôle. Malgré tout, elle s’accroche fiévreusement à la vie et est déterminée à survivre pour se venger des humains, puis rejoindre les terres de ses ancêtres. Curieuse, voire assoiffée de savoir, elle cherche à remonter l’histoire des Troyaumes en quête de la vérité et se découvre en passant une passion pour les langues des différents peuples, ce qui lui fera des amitiés là où elle n’en espérait pas.

Au cours de son voyage pourtant, Eleonara sombre dans la confusion. Elle réalise que ses convictions les plus fondamentales ne coïncident pas du tout avec la réalité des Troyaumes. À partir de là, elle remet tout en question. C’est un personnage qui évolue et apprend beaucoup au fil de la série, mais pas sans quelques heurts et désastres !

8. Dans ce texte, tu évoques différents peuples (Einhendriens, Opyriens, Nordiques, Elfes) : comment t’es-tu débrouillée pour pouvoir nous les présenter de manière aussi complète et réaliste ?

Je m’intéresse beaucoup aux différences interculturelles et à leurs implications. Je me suis inspirée de cultures qui m’intriguaient particulièrement. En en prenant un élément par-ci, un élément par là et en combinant les cultures qui m’interpellaient particulièrement, j’ai fini par en créer des nouvelles. Ainsi, les Einhendriens sont un pot-pourri de cultures Européennes ; certains prénoms ont même des tendances slaves. Les Opyriens, eux, incarnent plus une mosaïque d’ethnies qu’un peuple uniforme, comme en Éthiopie, par exemple. Certains sont citadins, d’autres sont nomades, certains ont la peau foncée comme la nuit, d’autres sont basanés. Chaque tribu opyrienne a ses propres croyances et mœurs, ce qui ne les empêche pas de cohabiter en paix.

Évidemment, la culture des trois peuples humains se rattache à leur histoire commune qui, mine de rien, a déterminé qui parle quelle langue. Je m’explique : le Mikilldys (le Nord) et l’Opyrie ont été assujettis par l’Einhendrie, qui impose sa langue. En tant que sujets diplomatiques et coopératifs, les Opyriens ont fini par “oublier” leur langue d’origine, alors que les Nordiques, plus rebelles, sont devenus bilingues, faisant tout pour ne pas oublier leur identité, leur dialecte.

Pour l’instant, je n’ai représenté les elfes qu’à travers les souvenirs et les découvertes d’Eleonara ainsi que les effrayantes rumeurs répandues par les humains. Qu’est-ce qui est vrai et qu’est-ce qui ne l’est pas ? On verra !

9. As-tu déjà imaginé une fin pour cette saga et/ou sais-tu combien de tomes la composeront ?

J’ai une fin, mais elle est très flexible, ce qui me donne pas mal de liberté. Rien n’est vraiment décidé, alors je serai moi aussi surprise au moment de poser le point final. J’avais prévu trois tomes mais avec l’ampleur que ça prend, peut-être que j’en ferai quatre. Je ne sais pas encore. Le troisième tome décidera.

10. Pour finir, y aurait-il quelque chose en particulier que tu voudrais dire aux personnes qui sont en train de nous lire ? Un message à leur transmettre peut-être ?

Le porridge, c’est bon pour le cœur.

Non, plus sérieusement, j’aimerais juste remercier tout le monde sur Plume d’Argent. Le fait que l’on puisse tous échanger sur une, voire plusieurs passions communes, tout en s’entraidant dans un cadre à la fois décontracté, amusant et constructif, ce n’est pas quelque chose que l’on trouve partout. C’est un projet qui foisonne et qui grandit en créativité (on a même une radio et des interviews, quoi !) Sans dire que l’on fait de belles rencontres. J’ai l’impression que c’est super cliché de finir mon interview avec ça, mais voilà, ça ne fait pas de mal de prendre une minute pour apprécier ce qu’on a.

Et pour le porridge, je vous jure que c’est vrai.

 

Ainsi s’achève cette interview.

Je tiens à remercier du fond du cœur Jowie, ma chère compatriote, qui a accepté mon invitation spontanément et avec beaucoup d’enthousiasme. Personnellement, je me suis beaucoup retrouvée dans tes réponses et je suis très heureuse que nous puissions nous connaître et partager de belles expériences !

J’espère que cette interview vous aura plu tout autant qu’à moi chers lecteurs et lectrices !

Et maintenant, vous savez ce qu’il vous reste à faire : filez tout de suite avaler un bol de porridge !

Gardez vos plumes affûtées,

Slyth

2 commentaires à propos de “Interview de Jowie

  1. Bravo à toutes les deux pour cette interview : j’avais déjà de l’affection pour Jowie depuis ma lecture du Bal aveugle, ça se confirme maintenant que j’en sais plus sur elle ! Et je vais décidément me lancer dans Hêtrefoux !

Laisser un commentaire