L’héroïsme au féminin (Recto)

Coucou les plumes,

Aujourd’hui, je vous propose un nouveau numéro de Recto consacré à l’héroïsme, mais pas n’importe lequel. De longue date, l’héroïsme est resté un métier exclusivement masculin, mais qu’à cela ne tienne, l’égalité des sexes tente de rétablir les choses et aujourd’hui l’héroïsme se conjugue également au féminin. Dans cet article, le but ne sera pas de juger de la pertinence ou de la qualité des héroïnes de la littérature, mais de prouver que par-delà les clichés, elles sont là, elles existent et quoi qu’on en pense, elles se taillent la part belle dans la littérature new-age.

Afin d’enrichir notre vision des choses, nous vous présenterons dans un Verso spécial Imaginales d’Epinal, le point de vue d’auteurs de tous horizons sur la question de l’héroïsme au féminin.

Vous êtes prêts ? Alors c’est parti.

1/ Recto

Comme nous le disions précédemment, l’héroïsme n’est plus l’apanage de la gent masculine. Ces dernières années fleurissent sur les étals des libraires de plus en plus d’œuvre avec comme personnage central, une femme.

Mais pour bien comprendre si la représentation de l’héroïne dans la littérature jeunesse est réellement pertinente, il faut passer par l’exercice de la définition.

  • Qu’est-ce qu’un héros ?

Ce que l’on entend traditionnellement par héros, c’est un personnage fort auquel le lecteur parvient (ou non) à s’identifier. Un personnage dont il se souvient. En s’identifiant à son héros, le lecteur peut se sentir évoluer avec lui, s’inspirer de ses réactions, transposer son courage dans son propre quotidien.

De prime abord, le héros peut passer pour un être ordinaire, jusqu’à ce que son « destin » le rappelle à l’ordre sous la forme d’obstacles qu’il doit surmonter en puisant dans ses ressources (volonté, courage, force, intelligence…). Il incarne des valeurs reflétant l’idéal vers lequel tend le lecteur.

Le héros peut parfois être un rebelle. Quoi qu’il lui en coute, il est prêt à se battre pour ce (et ceux) en quoi il croit, même si cela va à l’encontre des valeurs de la société dans laquelle il vit. Société dans laquelle il ne se reconnait, en général, plus.

Dans la littérature jeunesse, les héros ont, la plupart du temps, des origines mystérieuses (orphelins, adoptés, mal dans leur peau) agrémentées d’une vie familiale compliquée. Souvent la graine héroïque qui sommeille en eux leur donne une conscience aigüe de leur différence. Elle accentue le sentiment d’être mal dans sa peau typique de l’adolescence, rendant, au début de l’histoire, notre héros quelconque et plutôt effacé. Tout est fait pour les rendre le plus commun possible afin de faciliter l’identification du lectorat. Le côté obscur de cette banalisation extrême des personnages principaux, c’est de les transformer en une sorte d’entité assexuée et psychologiquement lisse que l’on peut aisément imaginer comme un garçon ou comme une fille.

Le héros a la lourde tâche de permettre au lecteur de vivre par procuration tout un tas d’aventures épiques, qu’il peut ensuite transposer dans la réalité. Parfois, il a conscience de sa différence, mais souvent, il la découvre au fil de l’histoire et de sa propre évolution. On peut alors faire le parallèle entre l’adolescent, qui, à force d’expériences, découvre peu à peu l’adulte qu’il est appelé à devenir. Parce que c’est bien de cela qu’il s’agit dans la littérature jeunesse, et c’est à travers les valeurs que véhiculent leurs héros que se construisent des générations de lecteurs.

  • Plusieurs types de héros

Une fois défini le squelette du héros, voyons maintenant de quelle étoffe il est fait. Chacun à sa façon réunit une somme de critères définis permettant de le classer dans une case précise. Oui je sais, le stéréotype c’est mal, mais il faut bien cela pour définir des catégories présentables, même s’il est évident que ce qui fait la qualité d’un héros, c’est sa capacité à sortir des stéréotypes. Cependant, c’est un autre débat. Vaste débat…

Mais revenons-en à nos héros. On peut les classer en neuf larges catégories (évidemment ce listing est loin d’être exhaustif, mais si on devait faire le tour de tous les héros, cet article n’en finirait plus) :

Le prince :

Bien sous tous rapports, il est charmant, serviable, brave et beau garçon. Un condensé de stéréotypes à faire frémir.

Le justicier :

Ce qui fait un bon justicier, c’est la taille de son loup. Si son identité est dévoilée, il risque fort de finir pendu par les pieds, mais l’ordre et la justice sont à ce prix.

Le détective :

Brillant, il flirte avec le danger. Mystérieux, il résout toutes les énigmes. Il démêle tous les nœuds. Amoureux de la justice, il traque les coupables par simple esprit de défi. La police ne peut pas se passer de lui. Parmi les figures emblématiques du détective, nous pouvons évidemment citer Sherlock Holmes.

L’espion :

Tel James Bond, il est partout et nulle part à la fois. Il se faufile, ombre filiforme à travers les fenêtres, pour fouiner dans les petits secrets de ces fieffés félons. (ex Artémis Fowl dans le roman éponyme.)

L’apprenti sorcier :

Féru d’alambic et collectionneur de balais volant, il aime les baguettes, les sortilèges et les grandes toges désuètes. Sa ruse et son habileté lui valent une place au panthéon des batailles épiques. Son monde est peuplé de créatures fantastiques qu’il combat ou qu’il déchaine selon ses humeurs. La nature lui obéit. Gare à vous si vous osez piétiner ses plates-bandes. (ex : Harry Potter dans le roman éponyme)

Le pirate ou le voleur :

Doté d’un gout prononcé pour l’aventure et d’un sens de l’honneur à toute épreuve, il est un baroudeur né qui ne supporte pas de poser très longtemps ses valises. Son côté mystérieux et ses cicatrices séduisent la gent féminine et son passé torturé l’a conduit à ne penser qu’à lui. Altruiste qui s’ignore, il est souvent amené à se racheter une conduite par le biais de ses faits d’armes.

Le super-héros :

Sourire colgate et collants flashy moulant, le super-héros éblouit par sa badassitude. Il est grand, il est beau, et il le sait ! même s’il fait semblant de le cacher. Il est né comme ça et c’est pas grave. Il tabasse du méchant sans le moindre scrupule et rien, à l’exception de sa kryptonite, ne pourra l’empêcher de poursuivre sa route. Si son fardeau lui pèse quelques fois, jamais il ne doute de sa vocation.

La bonne poire :

Il s’emploie à faire le bien autour de lui. Altruiste et beau seigneur, il s’arrange en toutes circonstances pour ménager la chèvre et le chou, ce qui l’empêche parfois de prendre des décisions radicales pour le bien de tous. Mais c’est pour ça qu’on l’aime.

Le boulet :

Il est gentil. Il est toujours là quand on a besoin de lui, mais qu’est-ce qu’il est maladroit. Il représente l’anti-héros par excellence. (ex : Rincevent dans Le Disque-Monde)

 

Bien sûr, on frise le stéréotype, mais faut ce qu’il faut pour bien comprendre notre sujet. Maintenant que l’on a bien cerné le personnage du héros, on peut se poser la question : est-ce que ces caractéristiques sont transposables au féminin ?

Bien évidemment, on souhaiterait répondre un grand OUI, mais qu’en est-il en réalité ?

Et bien en réalité, la littérature jeunesse est plutôt un bon élève puisque nombre d’ouvrages mettent en scène des héroïnes dans leurs romans. Si l’on se base sur la définition que nous avons établie du héros, l’héroïne de littérature jeunesse coche également toutes les cases. D’un physique quelconque et pourvue elle aussi de ce sentiment permanent de décalage avec la société dans laquelle elle vit, un événement, la plupart du temps familial, la précipitera dans des péripéties qui la conduiront à se remettre en question, à évoluer pour sortir de sa réserve et s’affirmer.

Comme dans le cas du héros, le lissage de la figure de l’héroïne conduit parfois les auteurs à les rendre très masculines pour améliorer le sentiment d’identification du lectorat. Il est statistiquement établi que le lectorat féminin s’identifie tant aux héros qu’aux héroïnes, là où le lectorat masculin ne s’identifie qu’à ses héros. Fort heureusement, des exceptions existent et peu à peu, les mentalités évoluent, mais ne rentrons pas ici sur le débat de la littérature genrée qui déchaine les foules.

Concentrons-nous plutôt sur ces héroïnes qui nous ont fait vibrer en reprenant un peu les différentes catégories précédemment évoquées :

La princesse :

Sara Crew dans Princesse Sarah. Oui c’est une BD, mais à la base, elle est inspirée d’un livre de Frances H. Burnett, où l’héroine nous est présentée comme une princesse tant sa richesse est grande. Mais elle nous séduit avant tout par ses qualités humaines et sa personnalité qui sait transcender toutes les difficultés même les plus cruelles.

La justicière :

Fantomette dans les romans éponymes. On y découvre une écolière brillante qui se transforme dans l’ombre en justicière masquée. Elle ne coopère pas avec les forces de l’ordre, mais livre toujours les méchants à la police. Elle n’a pas de supers pouvoirs.

La détective :

Enola Holmes dans Les enquêtes d’Enola Holmes de Nancy Springer. Vous ne le saviez pas, mais Sherlock Holmes a une sœur qui, à la disparition de leur mère, se refuse à entrer dans le moule de la bonne société. Pour cela, elle n’a pas d’autre choix de que retrouver leur mère ce qui la conduit à rivaliser d’ingéniosité pour résoudre des énigmes avec autant voire plus de brio que son frère.

L’espionne :

Mary dans The Agency de Y.S Lee. On y fait la connaissance de Mary, jeune londonienne de l’époque victorienne, qui après une condamnation pour cambriolage se voit offrir le choix entre la corde ou l’espionnage. Elle est chargée d’infiltrer une famille de la noblesse pour enquêter.

L’apprenti sorcière :

Hermione Granger dans la saga Harry Potter. Qui ne connait pas cette petite sorcière têtue, brillante, un brin « je-sais-tout » mais tellement attachante. Elle a un rôle à part entière et ne se contente pas d’être un simple faire-valoir pour le héros. Si elle ne se distingue pas sur le plan physique, son intelligence en fait une alliée indispensable.

La pirate ou la voleuse :

Deryn, dans Leviathan de Scott Westerfield. Bon d’accord, elle n’est ni pirate ni voleuse, mais elle réunit toutes les caractéristiques de ce type d’héroine. Forte et indépendante, c’est une femme dans un milieu d’homme qui sait tirer son épingle du jeu sans pour autant y perdre sa féminité, même si pour cela elle doit se travestir.

 

La super-héroine :

Claris dans Les Eveilleurs de Paulin Alphen. Claris est dotée de dons énigmatiques et née avec un jumeau handicapé. Il est calme et réfléchi, elle est têtue, fière et sportive. Elle est convaincue que les histoires extraordinaires n’arrivent pas aux filles, l’avenir lui prouvera qu’elle a tort.

La bonne poire :

Katniss Everdeen dans Hunger Games. L’histoire nous dépeint une jeune femme forte, prête à se battre pour sauver la vie de sa sœur, mais qui se découvre une force bien plus grande qu’elle l’aurait imaginée. Une force qui la conduira malgré elle à devenir le symbole d’une révolution.

La boulet(te) :

Sophie dans Les malheurs de Sophie. La jeune Sophie veut toujours bien faire, mais les choses prennent rarement la tournure qu’elle imagine. Curieuse et aventureuse, sa volonté de devenir une petite fille modèle la conduit à enchainer les bêtises. Mais c’est ce qui fait tout son charme.

 

 

Vous l’aurez compris, dans la littérature jeunesse, trouver des héroïnes badasse qui tabassent c’est possible. Nous n’avons présenté ici qu’un infime pourcentage d’exemples, mais il en reste encore tant d’autres comme The Expanse de James Corey, les Fils des Brumes de Brandon Sanderson ou encore La Moira de Henry Lovenbruck, Icarus de Dru Pagliassotti, Blitz de Connie Willis, Les Mystères de Larispem de Lucie Pierrat-Pajot ou encore la série des Uglies de Scott Westerfield. Pour autant, la construction d’une bonne héroïne ne se satisfait pas des stéréotypes.

Si vous souhaitez approfondir le sujet, je vous invite à nous présenter vos héroïnes préférées. Pour ma part, je vous donne rendez-vous le 15 juin pour la seconde partie de ce Recto Verso consacré aux héroïnes avec de nouvelles interviews exclusives.

En attendant, à vous les studios.

Shao.

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