Personnages #1 – Définir ses héros

Dans le cadre de notre partenariat, l’agence Sélène nous a communiqué une liste des erreurs les plus fréquentes dans les romans en recherche d’éditeur. Nous avons conjointement décidé de vous transmettre chaque conseil de Sélène, accompagné de pistes de réflexion.

Le conseil de Sélène :

Si vous avez l’impression de maîtriser de mieux en mieux votre personnage au cours du récit, c’est que vous avez fait une erreur. Il est important de savoir de qui vous allez parler avant d’en parler ! Vous devez connaître vos personnages sur le bout des doigts avant de commencer votre récit. Si ce n’est pas le cas, ses réactions seront systématiquement caricaturales.

Brosser un portrait de chacun de vos personnages avant de vous lancer. Plus vous pourrez en dire sur eux, plus vous pourrez les cerner et ils perdront cette impression de flou qui gêne chaque écrivain en herbe. Attention, si vous vous devez de connaître votre personnage par cœur, ne vous sentez pas obligé d’en faire une biographie à votre lecteur. Il s’agit de doser les informations que vous jugez nécessaire de transmettre.

Vous devez être capable de brosser un portrait de chacun de vos intervenants. Qui est-il ? Est-il timide, joyeux, colérique ? A-t-il des passions ? Le dessin ? Le sport ? Les mandalas ? Est-il gourmand ? Comment se construit-il par rapport aux autres ?
Rendez-le humain et n’hésitez pas à montrer ses faiblesses ! Ainsi, il vous sera évident de les faire évoluer.

Un petit conseil, commencez par vos antagonistes. Vos héros portent un message qui coule de sens, car ils sont guidés par la gentillesse, l’empathie et la bienveillance. Les Antagonistes au contraire doivent être élaborés avec soin. Rien ne fait une meilleure histoire qu’un grand méchant dont on comprend la logique, même si elle est animée par une dynamique négative.

Commentaire de Plume d’Argent :

Certains auteurs concoctent des fiches « personnages » très détaillées et il y en a d’autres que ça bloque complètement. Dans un cas comme dans l’autre, il existe un phénomène connu de (presque) tous les auteurs : l’émancipation du personnage. C’est cet instant improbable où, malgré tout ce que nous avions prévu pour lui sur le papier, notre personnage fait un choix que nous n’avions pas vu venir. Hop, un pas de côté et nous voilà, auteur, tout déconfit. Peut-être agacé. Attendri, aussi. Mais oui, les personnages peuvent – doivent – évoluer en fonction de la dynamique du récit. C’est parfois en se frottant à l’action qu’ils se révèlent à eux-mêmes, et à nous. Ça fait partie de l’écriture et, pour beaucoup d’auteurs, ça fait même partie du plaisir de l’écriture.

Il y a toutefois deux grands moments où il peut être nécessaire de se poser des questions sur ses personnages. Le premier moment, c’est avant même d’avoir posé le tout premier mot de l’histoire : qui sont mes personnages et pourquoi font-ils tout ce qu’ils font ? Le deuxième moment, c’est quand le personnage est en train d’évoluer en contradiction totale avec ce qu’il était à la base : là, il y a certainement un réajustement à faire quelque part.

Dans tous les cas, on peut prendre un instant pour s’asseoir en face de son personnage, le regarder droit dans les yeux et faire le point avec lui. Voici quelques pistes de réflexion pour mieux cerner un personnage, inspirées en partie par l’Anatomie du scénario de J. Truby.

La fiche personnage

La fameuse. Alors, oui, il y en a que ça fait convulser, mais tout n’est pas à jeter dans le principe de la fiche qui permet de se poser des questions intéressantes sur votre héros.

En voici quelques exemples :

  • Famille : Quelle relation a-t-il avec les différents membres de sa famille (admiration/mépris)? Est-il marié? A-t-il/cherche-t-il un partenaire amoureux? Quelle éducation a-t-il reçu? Quelle éducation transmet-il (s’il a des enfants)?
  • Passé : Quels sont les grands évènements historiques qu’il a vécus et qui l’ont marqué? Se raccroche-t-il à un événement de son passé personnel (rancœur/culpabilité)? Quel(s) secret(s) cache-t-il? Pourquoi et Comment?
  • Caractéristiques : Plus grande force? Domaine où il excelle? Plus grande faiblesse? Plus grande peur?
  • Perception : Comment se décrirait-il? En quoi croit-il? Qu’est-ce qui le hante?
  • Idéal : Quels sont ses idéaux? Quelle est la plus grande désillusion?
  • Centres d’intérêt : Livre/musique/œuvre préférée? Appartenance politique? Le meilleur cadeau qu’il pourrait recevoir?

Le désir du héros

Il s’agit de la motivation principale de votre personnage, l’objectif qu’il souhaite atteindre au début de l’histoire : chercher un être disparu, s’échapper d’une prison, venger la mort de sa famille, devenir le meilleur joueur de ping-pong au monde. Avoir conscience de cette motivation va vous permettre de maîtriser toute la dynamique qui s’ensuit.

Il est intéressant de voir que votre personnage peut aussi n’avoir pas d’autre motivation que « j’étais très bien au début de l’histoire, je voudrais juste continuer à le rester » alors que le reste de l’univers s’emploie à le tourmenter. Votre héros, qui prend dès lors la tournure du anti-héros, peut se voir imposer une mission dont il n’a pas voulu.

L’histoire entière va naître de la friction qu’il existe entre le désir du héros et la force d’opposition qui l’empêche de réaliser ce désir. Ce qui est intéressant, c’est soit de voir le désir du héros gagner en force, soit de le voir évoluer au fil des péripéties.

Car nous allons le voir, le désir n’est que la partie consciente, émergée, de votre personnage.

Le besoin du héros

Il s’agit là de la partie souterraine de votre personnage principal, une motivation inconsciente qui va déterminer l’évolution de la dynamique de sa motivation consciente.

Une façon intéressante pour l’auteur de s’approprier le besoin de son personnage est de se poser la question : qu’est-ce qu’il lui manque ? quelle est cette chose fondamentale qui l’empêche de se sentir complet ?

Par exemple, un personnage peut avoir l’illusion de croire que ce qu’il désire le plus, c’est faire le tour du monde alors qu’en réalité, sans qu’il en ait conscience (au début de l’histoire en tout cas), il fuit sa maison et ses responsabilités. Ce dont il a essentiellement besoin, pour combler ce vide qu’il cherche à remplir d’aventures, c’est de résoudre ce qu’il a laissé inachevé chez lui.

Le besoin de votre personnage reste le même du début à la fin de l’histoire. Son désir, lui, évolue au fil du récit.

L’antagoniste

Comme l’a souligné Sélène, l’antagoniste est un personnage au moins aussi important que le héros. Il va jouer un vrai rôle de miroir face auquel votre personnage apprend qui il est vraiment face à l’adversité. Il peut révéler chez lui ses forces (la bonté, le courage, la détermination) comme il peut exacerber ses faiblesses (l’égoïsme, la lâcheté, l’obstination), ou les deux à la fois.

L’antagoniste est celui qui va créer la plus grande force d’opposition de l’histoire, celui qui va empêcher votre personnage d’assouvir son désir. Et plus la force d’opposition est forte, plus le récit gagne en intensité.

On se le représente souvent sous les traits du grand méchant sans scrupule qui veut dominer le monde, mais il peut être aussi une catastrophe naturelle, un système politique, un rival sportif, un être aimé, voire une facette à part entière du héros. L’antagoniste peut aussi être un personnage caché dont l’identité et la motivation ne sont révélées qu’à la fin, comme dans les romans policiers.

Quoi qu’il en soit, s’il s’agit d’un personnage, connaître ses motivations (conscientes et inconscientes) en fonction de celles du héros sera déterminant pour l’écriture de toute votre histoire. Et si l’antagoniste n’est pas un personnage, il n’en est pas moins intéressant de voir le conflit qu’il créera à l’extérieur et à l’intérieur de votre héros.

Et vous ? Comment vous appropriez-vous votre ou vos héros ? Quelle place accordez-vous à vos antagonistes ?

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