Recto – Mon père, ma mère, mes frères et mes sœurs…

Coucou les plumes,

Aujourd’hui, je vous propose de tester un Recto Verso un peu particulier puisqu’il se décomposera en deux publications. La partie Recto que vous découvrirez dans un instant et la partie Verso qui vous sera proposée le 15 novembre prochain et dans laquelle nous vous proposerons une interview. Comme vous l’avez sans doute déjà remarqué, ce trimestre le PAen s’intéresse à la famille. Recto portera donc sur la diversité de la famille, son traitement dans la littérature et sa place dans le récit. Vous êtes prêts ? Alors c’est parti.

Qu’elle soit grande ou petite, classique ou recomposée, traitée dans son sens le plus strict ou dans une interprétation plus large, il existe autant de représentations de la famille que de familles elles-mêmes. Et oui, elles peuvent bien se ressembler, mais le fait est qu’elles sont toutes absolument uniques. La littérature ne fait pas exception à la règle comme vous pourrez le voir.

Définition de la famille

À l’origine, la famille, du latin familia (« domesticité, maisonnée ») dérivé de famulus, famul (« serviteur, esclave ») désigne l’ensemble des esclaves et des serviteurs appartenant à un même homme. Ce terme évoluera par la suite pour s’appliquer à l’ensemble des êtres sous l’autorité d’un chef de famille, autrement dit, l’intégralité des habitants de la maisonnée sur lesquels le chef a droit de vie ou de mort, ce qui inclue femme, enfants et domesticité. L’esclavage ayant depuis disparu, le terme de famille ne concerne donc plus que la sphère des proches gravitant autour d’un individu.

Alors comment définir la famille ?

Selon notre bon ami, Larousse de son petit nom, la famille c’est : l’ensemble des générations successives descendant des mêmes ancêtres (lignée : Une des plus vieilles familles d’Auvergne). Mais c’est également un ensemble des personnes unies par un lien de parenté ou d’alliance (Famille proche, éloignée). Il la définit aussi comme un ensemble formé par le père, la mère et les enfants (Fonder une famille). Ne nous arrêtons pas en chemin, la famille correspond à un ensemble constitué par les enfants issus du mariage (Être chargé de famille). Toujours selon Larousse, il s’agit du conjoint, enfant, parent avec qui quelqu’un vit (Emmener toute sa famille en vacances). Ou encore la génération, descendance de père en fils, par rapport au métier, à la fonction (Une famille de jardiniers). Et ce n’est pas fini puisque le terme de famille peut aussi convenir à un ensemble de personnes ayant des caractères semblables (Famille littéraire) ou à un ensemble de choses ayant des caractères communs (Arbres qui appartiennent à la même famille).

En résumé, en matière de famille, même le Grand Larousse en perd son latin tant la définition revêt des sens multiples. Bien que le terme soit en constante évolution, si l’on s’en tient à une représentation simple, on peut ramener la famille à une communauté d’individus réunis par un lien de parenté.

 

Plusieurs types de relations

Le thème de la famille revient très souvent dans la littérature. Si l’on s’en tient à une représentation restrictive du terme (en se limitant à la sphère des proches) on peut donc dégager trois axes principaux dans les représentations qui en sont données à travers les interactions entre les membres qui la composent. Bien qu’il existe nombre d’autres angles d’attaque dans le traitement des relations familiales, nous nous limiterons à l’étude des relations entre les enfants et leurs grands-parents, les enfants et leurs parents et les fratries entre elles.

Relation aux grands-parents

Les grands-parents sont sources de transmission. Ils ne nous laissent pas indifférents et la plupart du temps les relations tissées avec eux sont empreintes de douceur. Les souvenirs de ses grands-parents, c’est un peu comme la madeleine de Proust, une petite douceur dans un monde de brute. Outre la relation privilégiée qu’entretiennent nombre d’enfants avec eux, ils sont un trait d’union vers un temps passé, une époque différente dans laquelle les valeurs et les codes n’étaient pas forcément ceux que l’on connait aujourd’hui, un vivier de souvenirs et d’expériences qui nous semblent parfois exotiques mais qui nous enrichissent.

Dans cette optique nous pouvons nous pencher sur quelques livres, tantôt initiatiques, tantôt crus, tantôt plus légers.

Le premier dont nous parlerons met en scène le devoir de mémoire. Il s’agit de Grand-Père de Gilles Rapaport. S’il se destine à un jeune public, il n’hésite pourtant pas à aborder des sujets graves comme la Shoah et tout le malheur qui y est rattaché.

L’esprit des glaces de Jean-François Chabas quant à lui nous décrit le parcours initiatique d’un enfant de la ville qui retourne à ses racines en rencontrant sa grand-mère, une femme forte menant une vie solitaire et retranchée dans le Grand-Nord.

Enfin, en matière d’héritage et de secret de famille, on peut citer Oksa Pollock de Cendrine Wolf et Anna Plichota où l’héroïne découvre que sa grand-mère n’est pas la personne qu’elle a toujours cru être. Une identité cachée pour un monde magique, de quoi offrir une belle aventure dans laquelle Oksa devra apprendre à concilier sa vie « normale » et sa vie « extraordinaire ».

 

Relation aux parents

Qu’elles soient fusionnelles ou conflictuelles, les relations aux parents construisent dès l’enfance le caractère de tout individu. Ainsi la structure de la cellule familiale influence beaucoup les relations entretenues entre la parentèle et sa progéniture.

L’adoption, l’abandon, la famille nombreuse, l’absence, la mort d’un parent, d’un enfant, la famille recomposée, la famille choisie, les conflits (ados), la maltraitance, les secrets de famille, les attentes des parents par rapport aux enfants, les parents super héros ou dévalorisés, sont autant d’aspects de la relation parentale que l’on retrouve dans la littérature.

Regardons-en quelques-unes de plus près :

Recomposée

Blanche-Neige des Frères Grimm.

Sarah la pas belle de Patricia McLachlan nous raconte l’histoire émouvante d’un veuf qui retrouve l’amour à travers sa correspondance avec la « grande et pas belle » Sarah.

Deuil

Dans Ma mère est une sirène, où les mots sont parfois comme les poissons, difficiles à pêcher de Benoit Broyard on suit l’histoire de Thomas, un petit garçon qui a perdu sa mère. Face au mutisme de son père, il finit par croire que sa mère est une sirène. Il est donc un demi-poisson, alors pourquoi ne pourrait-il pas nager s’il coulait au fond de l’eau ? Cette histoire traite du deuil tant du côté du parent qui reste que de l’enfant qui n’est pas toujours en âge de comprendre.

Orphelins

Dans Les Désastreuses Aventures des Orphelins Baudelaire par Lemony Snicket, hétéronyme de l’écrivain américain Daniel Handler, nous partageons les mésaventures d’une fratrie, qui touchée par le deuil de leurs parents, se retrouve livrée à la cruauté d’un obscur comte devenu leur tuteur.

Dans un registre un peu différent on peut citer Papa-Longues-Jambes de Jean Webster. Un roman épistolaire traitant lui aussi de l’orphelinat. Judy, orpheline de naissance, reçoit d’un donateur anonyme une bourse pour étudier dans une université et devenir écrivain. En échange son bienfaiteur ne lui demande qu’une simple lettre chaque mois.

Adoption

Le fruit du dragon de Claire Ubac traite à la fois du thème de l’adoption et de la difficulté pour l’adolescent de se construire. Margaux est une fille ordinaire contrainte de supporter une famille adoptive lors de son séjour au Vietnam. Un séjour imaginé par son père, tombé en dépression. Elle devait y découvrir l’Asie, mais elle y trouvera bien davantage.

Maltraitance

Vipère au poing de Hervé Bazin, nous raconte les maltraitances subies par deux frères d’une famille aisée qui en viendront à vouer une haine tenace à leur mère. Un exemple de relations compliquées et toxiques entre parents et enfants.

 

Relation fraternelle

Comme la majorité d’entre nous le savent, avoir des frères et sœurs, ce n’est pas toujours une sinécure. En effet, partager ses parents n’est pas tous les jours facile à gérer, surtout pendant l’enfance, pourtant c’est un apprentissage nécessaire. Parfois source de joie et de complicité, souvent à l’origine de conflits, de tension et de désaccords, une fratrie est comme une micro-société, répondant à ses propres codes. Elle constitue pour l’enfant une première approche des relations sociales qu’il tissera et affinera par la suite au contact du vaste monde. Que la relation entre les frères et sœurs soit conflictuelle ou harmonieuse, elle est toujours riche et fortement représentée dans la littérature jeunesse.

Dans ce domaine, le livre L’omelette au sucre de Philippe Arrou-Vignod nous propose de découvrir le quotidien empli d’aventures et de mésaventures d’une fratrie de cinq garçons qui devront bientôt partager à nouveau leur espace avec un petit frère ou une petite sœur.

Autre bel exemple d’harmonie familiale, Le Petit Nicolas de René Goscinny où nous suivons l’enfance de Nicolas, un petit garçon ordinaire dans une vie ordinaire ponctuée d’apprentissages, et de petits coups de cœur.

Côté complicité, nous pouvons également citer Les Quatre Filles du Docteur March de Louisa May Alcott où l’on découvre la vie quotidienne de quatre sœurs devant se débrouiller seules en temps de guerre de sécession aux États-Unis. Autre exemple, qui oscille entre complicité et rivalité fraternelle, la série Les Chroniques de Narnia de C.S. Lewis, dont certains titres comme Le Lion, La Sorcière blanche et l’Armoire magique qui met en scène l’évolution des relations d’une fratrie sur fond de guerre.

Vous l’aurez peut-être remarqué si d’aventure vous connaissez une partie des livres mentionnés dans cet article, mais certains titres correspondent à plusieurs catégories de relations, preuve qu’en littérature aussi, la diversité de la famille est complexe à caractériser.

La palme de la série la plus difficile à caser dans l’une de ces catégories reviendra à Harry Potter de J.K Rowling. De la famille nombreuse à la famille classique en passant par l’orphelin, la famille puissante ou encore la famille improbable, il y en a pour tous les goûts, à tel point que la saga entre à peu près dans tous les cas de figure que nous avons explorés ici.

Mention spéciale également à La Passe-Miroir de Christelle Dabos, qui nous brosse le portrait de plusieurs familles hautes en couleurs. Dans son roman, le thème de la famille est omniprésent et comme dans Harry Potter, on y retrouve toutes les strates de relations familiales, qu’il s’agisse de relations aux parents, aux grands-parents, à la fratrie, mais aussi aux tantes, cousins et famille dans son sens le plus large. On peut aussi relever la présence de familles influentes, de familles brisées, atypiques, de belles relations et de relations un peu tordues comme celle de Berenilde et du Chevalier.

 

La famille, moteur d’intrigue

Comme nous venons de le voir, la notion de famille bien qu’elle ait évolué à travers le temps passe toujours par une grande diversité de formes. Les membres qui les composent entretiennent des relations très différentes et pourtant, il existe entre toutes ces œuvres un point commun : dans chacun de ces romans, un membre de la famille plus ou moins proche est le moteur et/ou le déclencheur de l’histoire.

Si l’on examine de plus près certains des livres dont nous avons parlé plus haut, le constat reste le même :

Prenons le cas de Blanche-Neige et autres contes comme Cendrillon ou encore Les désastreuses aventures des Orphelins Baudelaire, il s’agit de la perte d’un ou plusieurs parents. Pour Le Petit Chaperon Rouge, il est question d’une visite à sa Mère-Grand. La Passe-Miroir quant à elle s’ouvre sur des fiançailles mouvementées.

Et ce ne sont que quelques exemples parmi tant d’autres. Si un jour vous vous ennuyez, passez en revue tous les livres que vous connaissez et regardez dans combien d’entre eux la sphère familiale joue un rôle dans la mise en place de l’intrigue principale. Vous serez surpris du résultat.

 

Vous l’aurez compris, dans la littérature comme dans la vie réelle, la thématique de la famille est très largement représentée. Il en existe autant que d’individus. Si elle est représentative du vécu de chaque auteur, les codes relationnels décrits nous parlent plus ou moins selon nos propres expériences et nous permettent de nous identifier à ce petit personnage rondouillard abandonné à la naissance qui cherche à découvrir ses origines, ou à cette fille qui rougit à la moindre occasion et qui se voit brutalement privée d’une relation fusionnelle avec sa mère.

Si vous souhaitez approfondir le sujet avec un romancier spécialiste de la famille, je vous conseille de jeter un œil du côté de l’œuvre d’Eric Pessan. Pour ma part, je vous donne rendez-vous le 15 novembre pour la seconde partie de ce Recto Verso consacré à la famille.

2 commentaires à propos de “Recto – Mon père, ma mère, mes frères et mes sœurs…

  1. Eh bé Shao, quand tu traites d’un sujet, tu n’y vas pas de main morte ! C’est fouillé, illustré, imagé et fourni !
    J’apprécie que tu cites Bazin, un auteur un peu oublié, mais sublime.
    Il est vrai que la famille est très présente dans de nombreux livres (jeunesse ou non). Nos racines, connues ou inconnues, s’y sont ancrées un jour et, de quelque façon que ce soit, nous ont nourri et façonné. Bonne ou mauvaise, présente ou absente, aimante ou toxique, la famille nous marque de façon indélébile et il y a tant à dire sur ce sujet !
    Merci pour cette belle source de réflexion, Shao et gros bisous en passant 🙂

  2. Wahou merci pour ce super article, c’est hyper complet ! J’avais jamais vraiment fait attention à tous ces liens familiaux, et c’est vrai que les familles sont souvent très présentes dans beaucoup de bouquins… Et ça fait réfléchir !

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