La mythopoeïa

Je me suis franchement demandé par quel bout j’allais aborder un Plume et Astuce en rapport avec le thème de ce PAen. La légende, le mythe, ce sont des sujets passionnants, mais comment concilier ça avec un conseil d’écriture ? Je me suis donc un peu documentée (youhou, mon ami Wiki) sur la question afin de trouver un angle d’attaque et j’ai senti que je tenais quelque chose en lisant ces lignes :

« Dans le domaine culturel, (…) on en est venu à parler de mythologies pour désigner des univers de fiction particulièrement riches et développés qui prennent les mythologies pour modèle et ambitionnent d’en créer artificiellement de nouvelles. » (Source : https://fr.wikipedia.org/wiki/Mythologie)

De fil en aiguille et de liens en liens, j’en suis venue à découvrir l’existence de la mythopoeïa. Non, ce n’est pas une maladie, c’est un mot inventé par le poète Frederic Myers. Il signifie littéralement « fabrication de fables » et désigne la volonté chez un auteur de créer une mythologie personnelle dans son œuvre littéraire. Ça m’a complètement parlé et je me suis dit que je tenais mon sujet !

 

Nous sommes tous des démiurges en puissance

Vous avez créé un monde imaginaire tout beau tout neuf pour votre histoire ? Vous avez passé des heures à gribouiller des cartes, dresser des arbres généalogiques, dessiner un bestiaire, inventer des néologismes ? Vous avez poussé le souci du détail jusqu’à connaître la cosmogonie de votre univers, ses légendes, sa genèse et son apocalypse ? Félicitations, vous êtes un démiurge.

À présent, je m’adresse aux autres. À ceux parmi vous qui pensent être incapables de créer un univers original. À ceux qui ont l’impression de ne pouvoir créer, au mieux, que de pâles dérivés des Terres du Milieu de Tolkien, de l’École de sorcellerie de Poudlard, de la Fantasy urbaine de Twilight ou des dystopies à la Hunger Games.

Vous aussi, vous êtes des démiurges. Si, si. Chaque décalage, chaque modification que présente votre œuvre avec celle qui vous sert de modèle est l’étincelle de votre mythologie personnelle, celle qui ne demande qu’à jaillir.

On pourrait croire, à me lire, que la mythopoeïa est l’affaire des auteurs de Fantasy. Je vous assure qu’’il n’en est rien : c’est une notion beaucoup plus extensible que ça. Votre roman peut, par exemple, se dérouler à Paris : pas le véritable Paris, mais votre vision personnelle, fantasmée ou diabolisée de Paris. Vous vous êtes approprié un lieu existant et vous l’avez métamorphosé en un lieu imaginaire. Ce lieu sera régi par une symbolique qui vous est propre, des lois qui ne seront peut-être pas celles de la nature, des règles qui appartiendront à une société différente.

Nous sommes tous des démiurges en puissance.

 

Comment inventer SA mythologie personnelle ?

Ma conviction personnelle est que ça ne s’invente pas, justement. Du moins pas au sens où vous l’entendez peut-être. Votre mythologie personnelle vous habite depuis longtemps. Elle s’est créée toute seule, à votre insu, depuis que vous avez l’âge de percevoir des sensations et de ressentir des émotions. Vous avez fait des rencontres déterminantes, expérimenté des choses profondément intimes, pénétré dans le monde de dizaines, de centaines, de milliers de livres/films/peintures/musiques qui, toutes, à un degré ou à un autre, sont devenues une partie de votre petit théâtre intérieur. Vous avez développé aussi votre propre symbolique : les objets, les lieux, les sons, les odeurs, les couleurs ont pour chacun d’entre nous une signification unique qui puise sa source dans vos peurs et dans vos désirs. Et chaque nouvelle expérience continue d’alimenter votre mythologie personnelle.

Mais attention, il y a parfois un écart entre ce qu’on croit nous être personnel et ce qui l’est réellement. Je m’explique.

Mode confidence ON // Je me rappelle que pendant mon adolescence, je voulais essayer de représenter mon « mon petit jardin secret » sur un carnet à dessin. J’ai fourré dedans des centaures, des licornes (si, si), des fées, des anges, des géants, des pirates, un temple grec et une pyramide égyptienne. Je me revois en train de me forcer à me convaincre que c’était ça, mon petit monde à moi. Sauf que c’était faux. J’ai juste compilé des symboles que je trouvais classes, mais sur le plan personnel, profondément personnel, ils ne représentaient rien de réellement spécial pour moi. Si j’avais été sincère envers moi-même, plus lucide disons, j’aurais su que ma véritable mythologie personnelle était complètement différente. // Mode confidence OFF

 

Mythopoeïa ou l’art du mélange

J’ai beaucoup insisté sur la dimension personnelle de la mythopoeïa, mais ça ne veut pas dire qu’on doit – ou qu’on peut – créer de toutes pièces un monde absolument inédit. Notre imaginaire personnel puise sa source dans l’imaginaire collectif. Il est difficile, sinon impossible d’y réchapper. Reprenons Tolkien, par exemple : son œuvre se nourrit des contes et de la mythologie germanique, et elle est à son tour devenue la matière première de toute une branche de la culture Fantasy.

Notre mythologie personnelle plonge ses racines, consciemment ou inconsciemment, dans d’autres mythologies. Peut-être que pour vous, les centaures, les licornes, les fées, les anges ou les vampires font partie intégrante de votre symbolique intime. Si réellement ça signifie pour vous, vous n’allez pas vous empêcher de les exploiter, sous prétexte que ça fait cliché.

Là où vous allez commencer à développer votre mythologie personnelle, c’est dans votre façon d’assembler ces symboles, ces figures et ces représentations. Un individu n’est pas la réplique exacte de l’un de ses parents, n’est-ce pas ? Il est à la fois un mélange des deux et une transcendance de ce mélange. Il en va de même pour notre mythologie personnelle. Vous pouvez vous émanciper du recopiage d’un univers qui vous a marqué et mélanger plusieurs univers qui n’auraient jamais pu être amenés à se rencontrer ailleurs que chez vous, sous votre plume, dans votre monde. De cette fusion, et de tous les contrastes qui peuvent en découler, naîtra un tout nouvel univers, unique en son genre : le vôtre.

Chaque individu est unique, n’est-ce pas ? Votre mythologie l’est aussi.

 

Cristal

 

 

2 commentaires à propos de “La mythopoeïa

  1. bonjour , juste pour votre information !
    Ce n’est pas Tolkien qui à inventé ce mot ! Au combien j’aime Tolkien mais pour le coups le terme à été créée par un ancien poète français F. Myers …

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