Grandir ?

Grandir. En littérature jeunesse, qu’est-ce que ça veut dire ? Gagner 10 centimètres ? Eh bien non, pas vraiment.

Généralement, les héro.ïne.s grandissent quand il y a émancipation de la famille. « Quelle famille ? » me dites-vous. Parce que oui, la littérature jeunesse c’est un peu comme un film Disney : les parents sortent vite du cadre. La perte des parents, c’est un passage fondateur et très clair pour le lecteur. Quoi de mieux qu’un.e orphelin.e ou que quelqu’un qui apprend la vérité sur sa famille pour le pousser à aller de l’avant tout seul ? Comme un grand.

Harry ne décide de croire Hagrid qu’une fois que la vérité sur la mort de ses parents a éclaté au grand jour, révélant ainsi tout un autre monde dans lequel il va plonger et se révéler.

Vous trouvez ça un peu carré comme façon de penser ? C’était ce qu’on m’avait appris en cours de Littérature jeunesse. En soi, ça se vérifie. J’avais été marquée en lisant successivement deux ou trois livres de Carina Rozenfeld de découvrir que le démarrage de ses histoires passait par « Au fait, tu as été adopté ».

Néanmoins, j’ai l’impression qu’on peut trouver de plus en plus d’histoires qui se détachent un peu de ce schéma. Qui, au moins, lancent l’action, sans partir de la perte familiale.

Donc « grandir », qu’est-ce que c’est ?

J’ai envie de penser que faire grandir son personnage, c’est aussi bien le pousser dans la fosse aux lions que lui faire traverser le quotidien. Tortues à l’infini de John Green fait évoluer l’héroïne, Aza, à travers… un monde très ordinaire. Elle grandit parce que ses amis se mettent en couple, parce qu’elle tombe amoureuse elle-même, parce qu’elle se dispute avec eux… Est-ce qu’on cesse jamais de grandir, finalement ?

Il n’y a pas d’âge pour réaliser nos mauvaises habitudes ou se lancer dans un voyage en solitaire. Pas d’âge pour rencontrer des gens qui font évoluer notre façon de penser.

Personnellement, je plaisante souvent en disant qu’un jour j’irai chez le boucher et que ça me fera me sentir adulte. Mais c’est vrai, en fait.

Et vous ? Quel aspect du quotidien vous donnera l’impression de grandir encore ?

Personnages #2 – les décrire… ou pas

Dans le cadre de notre partenariat, l’agence Sélène nous a communiqué une liste des erreurs les plus fréquentes dans les romans en recherche d’éditeur. Nous avons conjointement décidé de vous transmettre chaque conseil de Sélène, accompagné de pistes de réflexion.

Le conseil de Sélène :

On a le droit de ne pas décrire physiquement son personnage ou d’apporter uniquement quelques indications. En effet, un personnage peut s’appréhender par ses traits de caractère et/ou sa façon de parler, la description physique n’est pas une obligation. De plus, il ne faut pas sous-estimer l’imagination du lecteur qui bien des fois ne suit pas les indications de l’écrivain.

Par ailleurs, il existe de nombreuses manières d’amener une description physique des personnages. Il est préférable d’éviter la pause descriptive dans le récit pour détailler un héros ou un personnage secondaire. On peut au détour de nombreuses phrases donner des indications sur le physique de ces personnages : exemple : il passa la main dans ses cheveux bruns. Et cette description peut s’étendre dans le récit. Nul besoin de faire une pause narrative pour un exposé détaillé où vous décrivez la couleur des yeux, la forme des lèvres et les taches de rousseur.

Parfois seuls certains éléments suffisent : taille, couleur de peau. Et le reste peut aisément passer dans des attitudes, des tics ou encore une description brève des vêtements. En effet, il est impressionnant de voir le nombre de pensées qui se rattache à la veste en cuir, au costume, ou aux chaussures abîmées.

Commentaire de Plume d’Argent :

Il y a les répétitifs qui vous rappellent, à chacune de leurs apparitions, à quoi ressemblent tous les personnages de l’histoire. Il y a les flaubertiens qui peuvent vous consacrer un paragraphe entier sur un seul chapeau*. Il y a les minimalistes qui ne vous diront jamais, ô grand jamais à quoi ressemblent leurs héros – ou alors ils devront vous tuer après. Bref, les approches sont nombreuses quand il s’agit de décrire, ou pas, ses personnages.

Nous allons vous dire ce que nous avons souvent répété tout au long de ces co-conseils d’écriture. Il n’y a dans l’absolu ni bon ni mauvais choix. Ce qui est important, c’est d’avoir conscience de ce que vous voulez transmettre à votre lecteur. Si vous choisissez de décrire vos personnages, c’est donc que leur apparence a de l’importance : est-ce important pour vous ? pour votre perception de la scène ? pour l’intrigue même ? Et surtout, pourquoi est-ce important ? Quelle impression voulez-vous laisser de votre personnage à travers sa description ?

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Personnages #1 – Définir ses héros

Dans le cadre de notre partenariat, l’agence Sélène nous a communiqué une liste des erreurs les plus fréquentes dans les romans en recherche d’éditeur. Nous avons conjointement décidé de vous transmettre chaque conseil de Sélène, accompagné de pistes de réflexion.

Le conseil de Sélène :

Si vous avez l’impression de maîtriser de mieux en mieux votre personnage au cours du récit, c’est que vous avez fait une erreur. Il est important de savoir de qui vous allez parler avant d’en parler ! Vous devez connaître vos personnages sur le bout des doigts avant de commencer votre récit. Si ce n’est pas le cas, ses réactions seront systématiquement caricaturales.

Brosser un portrait de chacun de vos personnages avant de vous lancer. Plus vous pourrez en dire sur eux, plus vous pourrez les cerner et ils perdront cette impression de flou qui gêne chaque écrivain en herbe. Attention, si vous vous devez de connaître votre personnage par cœur, ne vous sentez pas obligé d’en faire une biographie à votre lecteur. Il s’agit de doser les informations que vous jugez nécessaire de transmettre.

Vous devez être capable de brosser un portrait de chacun de vos intervenants. Qui est-il ? Est-il timide, joyeux, colérique ? A-t-il des passions ? Le dessin ? Le sport ? Les mandalas ? Est-il gourmand ? Comment se construit-il par rapport aux autres ?
Rendez-le humain et n’hésitez pas à montrer ses faiblesses ! Ainsi, il vous sera évident de les faire évoluer.

Un petit conseil, commencez par vos antagonistes. Vos héros portent un message qui coule de sens, car ils sont guidés par la gentillesse, l’empathie et la bienveillance. Les Antagonistes au contraire doivent être élaborés avec soin. Rien ne fait une meilleure histoire qu’un grand méchant dont on comprend la logique, même si elle est animée par une dynamique négative.

Commentaire de Plume d’Argent :

Certains auteurs concoctent des fiches « personnages » très détaillées et il y en a d’autres que ça bloque complètement. Dans un cas comme dans l’autre, il existe un phénomène connu de (presque) tous les auteurs : l’émancipation du personnage. C’est cet instant improbable où, malgré tout ce que nous avions prévu pour lui sur le papier, notre personnage fait un choix que nous n’avions pas vu venir. Hop, un pas de côté et nous voilà, auteur, tout déconfit. Peut-être agacé. Attendri, aussi. Mais oui, les personnages peuvent – doivent – évoluer en fonction de la dynamique du récit. C’est parfois en se frottant à l’action qu’ils se révèlent à eux-mêmes, et à nous. Ça fait partie de l’écriture et, pour beaucoup d’auteurs, ça fait même partie du plaisir de l’écriture.

Il y a toutefois deux grands moments où il peut être nécessaire de se poser des questions sur ses personnages. Le premier moment, c’est avant même d’avoir posé le tout premier mot de l’histoire : qui sont mes personnages et pourquoi font-ils tout ce qu’ils font ? Le deuxième moment, c’est quand le personnage est en train d’évoluer en contradiction totale avec ce qu’il était à la base : là, il y a certainement un réajustement à faire quelque part.

Dans tous les cas, on peut prendre un instant pour s’asseoir en face de son personnage, le regarder droit dans les yeux et faire le point avec lui. Voici quelques pistes de réflexion pour mieux cerner un personnage, inspirées en partie par l’Anatomie du scénario de J. Truby.

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Dessine-moi… mon adolescence

W.I.T.C.H.

 

EH KIKOU

C’est à ce moment précis que toutes les Plumes et tous les Plumeaux qui sont allés au collège dans les années 2000 se lèvent en hurlant de joie, puisque W.I.T.C.H. agit à peu près de la même façon sur nos cerveaux nostalgiques que Pokemon Rouge, Bleu et Jaune ou un candy’up au chocolat.

En quelques mots

W.I.T.C.H. est une BD d’origine italienne, créée par Elisabetta Gnone et dessinée par Alessandro Barbucci puis Barbara Canepa (ils font ça à tour de rôle, on peut d’ailleurs voir certains changements selon la personne qui illustre). La série commence à connaître un tel succès que le magazine Minnie Mag qui la publie devient W.I.T.C.H. Mag de 2002 à 2012.

L’histoire, dans les grandes lignes

W.I.T.C.H. nous plonge dans deux univers parallèles : le nôtre et celui de Meridian. Alors que dans le premier, cinq adolescentes se découvrent de nouveaux pouvoirs, dans le second, le mal commence à s’étendre de manière alarmante. Finalement, les héroïnes finissent par comprendre qu’elles sont les gardiennes de Kandrakar, autrement dit qu’elles doivent protéger les deux mondes, le leur et l’autre, du mal qui les ronge.
Le nom du groupe vient des initiales de leurs prénoms (Will, Irma, Taranee, Cornelia et Hay Lin), ainsi que du mot witch qui, en anglais, signifie sorcière. Chacune développe un pouvoir lié à un des quatre éléments : Irma celui d’hydrokinésie, Taranee de pyrokinésie, Cornélia de géokinésie et Hay Lin d’aerokynésie, tandis que Will maîtrise l’énergie.

Quand les héroïnes grandissent avec nous

Pourquoi l’avoir choisie pour ce thème « GRANDIR » ? Je n’avais pas envie de parler seulement des personnages qui grandissent, mais de ceux qui vivent et évoluent avec les lecteurs, car ce sont mes préférés.
J’ai découvert W.I.T.C.H. au milieu de mes années collège et je me souviens que dès que la suite sortait, je l’achetais puis je courais chez ma meilleure amie lui en parler. On s’inventait des histoires, on dessinait les héroïnes, on imaginait qu’on avait nos gouttes astrales. Arrivées au lycée, nous avons dû laisser tous ces rêves derrière nous, mais je n’oublierai jamais ces cinq héroïnes qui ont eu des problèmes d’adolescentes finalement très similaires aux miens, qui s’embrouillaient avec leurs copines, qui se demandaient à quoi ressemblait l’amour, qui allaient sauver le monde après le goûter parce que, eh, qui l’aurait fait si elles n’avaient pas été là ?

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Récit #5 – Dialogues

Dans le cadre de notre partenariat, l’agence Sélène nous a communiqué une liste des erreurs les plus fréquentes dans les romans en recherche d’éditeur. Nous avons conjointement décidé de vous transmettre chaque conseil de Sélène, accompagné de pistes de réflexion.

Le conseil de Sélène :

On n’écrit pas un dialogue comme une description. Le dialogue c’est l’oral de votre écrit. Ils doivent sonner juste, en particulier lorsque vos héros sont jeunes et que votre histoire est contemporaine.

Un conseil, lisez vos dialogues à haute voix !

De même, inutile d’associer les dit-il ou dit-elle à chaque tirade. Si votre dialogue est équilibré, alors le lecteur ne se perd pas. Il en va de même pour les : S’écria-t-il, se plaignit, cracha, hurla… Il est mauvais d’en abuser. Chaque dialogue s’écrit dans un contexte et il est inutile de l’alourdir.

Commentaire de Plume d’Argent :

Nous n’avions pas abordé la question du dialogue dans notre co-conseil « Action, introspection, description ». C’est désormais chose faite. Chaque auteur accorde une place différente au dialogue dans son texte. Il met en scène l’interaction verbale (et non verbale dans une certaine mesure) entre deux ou plusieurs personnages de l’histoire. Il contribue non seulement à faire avancer l’intrigue de façon dynamique, mais il va aussi beaucoup nous en apprendre sur le tempérament et l’état d’esprit des protagonistes.

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Sommaire du 4e trimestre 2017

Toute l’équipe du PAen vous souhaite une excellente année ! Que la plume (d’argent) soit avec vous pour vous accompagner dans tous vos projets scripturaux ♥ Avec tout ce que nous a réservé fin 2017 et tout ce qui nous attend pour 2018, un petit bilan ne sera pas superflu.

Au cours des trois derniers mois, l’équipe du PAen a publié toute une série d’articles autour de la thématique de la FAMILLE, et plus encore. Si vous avez manqué ça à cause d’un enlèvement par des extra-terrestres, pas de panique, voici la rétrospective !

Sommaire PAen octobre-novembre-décembre 2017

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Récit #4 – Action, introspection, description

Dans le cadre de notre partenariat, l’agence Sélène nous a communiqué une liste des erreurs les plus fréquentes dans les romans en recherche d’éditeur. Nous avons conjointement décidé de vous transmettre chaque conseil de Sélène, accompagné de pistes de réflexion.

Le conseil de Sélène :

LE RATIO DESCRIPTION / ACTION : Bien sûr il s’adapte au type de récit. Cependant, de manière générale, l’action ne doit pas dominer le récit. Les pauses dans l’action sont des éléments indispensables à la mise en place d’un récit.

L’ABSENCE DE PAUSES : Les pauses dans le déroulement de l’intrigue et dans l’action sont essentielles dans l’appréhension des personnages. Il faut laisser aux personnages l’opportunité d’analyser les situations dans lesquelles il se trouve et de ressentir les choses. Il doit pouvoir avoir peur, faire le point sur ses erreurs, progresser, être triste, reprendre espoir, se résigner…etc. Il est important de pouvoir développer des moments où votre héros s’exprime. Car ce sont ces moments-là qui font que le lecteur s’attache à vos personnages.
Sans ces passages, les personnages restent creux.

 

Commentaire de Plume d’Argent :

Il y a quatre grands « moments » qu’on retrouve dans les romans : le dialogue, l’action, la description et l’introspection. Ça n’a, bien sûr, rien d’une loi universelle. Il existe par exemple des full-dialogues et des zéro-description qui fonctionnent extrêmement bien. Mais voilà, dans la majorité des cas, votre personnage fait, parle, voit, sent, ressent, cogite, etc. La place que nous accordons à chacun de ces moments aura des conséquences sur le rythme du récit, sur son atmosphère et sur sa profondeur. Ce sont des techniques d’écriture aussi différentes que complémentaires et nous ne les maîtrisons pas forcément toutes de la même façon. Nous n’aborderons pas ici le dialogue qui fera l’objet d’un conseil à part entière, mais voici quelques pistes de réflexion sur les autres moments du récit.

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Verso – Mon père, ma mère, mes frères et mes sœurs… (suite)

Aujourd’hui dans Verso, nous sortons des sentiers battus pour nous intéresser à ces écrivains de l’ombre qui ont une dimension professionnelle sans réellement l’être, je veux bien sûr parler de nous autres auteurs du web. À cette occasion, nous recevons Danette, auteure reconnue (mais qui souhaite garder son anonymat IRL sous peine de coup de hachette) de Moonshine, Ghost in the Graveyard et bien d’autres, publiée sur le site de Fictions Plume d’Argent.

À travers ses univers riches et pleins d’imagination, Danette nous transporte vers l’inconnu, tantôt effrayant, tantôt déluré, mais toujours incroyablement original et maitrisé. De quoi s’offrir d’excellents moments de lecture, dans lesquels la famille tient une place de choix. Aujourd’hui dans Verso, elle nous livre son point de vue sur le sujet.

 

Alors sans attendre, la parole à Danette :

  • Quelle place accordes-tu à la famille dans tes histoires ? Est-ce pour toi le point de départ d’une intrigue ? 

Je crois que j’essaye de créer des personnages aussi réalistes que possible ; partant de là, dans la réalité, la famille de sang ou de cœur – comme l’amitié, l’amour, les loisirs, le travail… et/ou leur absence/complexité respective (rayez la mention inutile) – est constitutive des individus qu’on devient, que ça nous plaise ou non. Du coup je pense que la famille prend une place importante dans mes histoires mais sans que ce soit une recherche particulière de ma part : le personnage est le point de départ de la création/réflexion, et sa famille fait partie des briques qui le construisent, expliquent son attitude, ses craintes, ses envies…

Après, dépendamment de l’histoire, j’accorde plus ou moins de place à la brique « famille » ; si j’écris de la romance, forcément, je mettrai moins l’accent sur les relations familiales que sur les relations amoureuses de mon personnage. Pour autant, je crois que le rapport d’une personne à sa famille impacte beaucoup de ses autres relations – parce que c’est la première qu’on tisse étant tout petit, celle aux parents, aux grands-parents, à la fratrie ; parce que c’est souvent la plus brute dans le positif comme dans le négatif : je n’aimerai jamais personne aussi fort que ma maman chérie d’amour et je ne haïrai jamais personne aussi fort que nombre de fruits pourris de mon arbre généalogique…

Disons que beaucoup des manques affectifs ressentis vis-à-vis de sa famille peuvent s’exprimer plus tard dans ses relations amicales ou sentimentales, par exemple ; et réciproquement, des relations familiales solides nous apprennent à interagir avec les autres, faire confiance, demander de l’aide… ce qui compte dans n’importe quelle relation. Donc la brique n’est jamais loin, même si elle n’est pas systématiquement au centre du chantier. C’est rare que je n’évoque pas la famille des personnages – et si je ne dis rien à ce sujet, je sais généralement ce qu’il en est en coulisses, même si ça se résume à trois mots.

Pour ce qui est des intrigues, si je dis que la famille n’est pas systématiquement au centre de tout – rarement, en fait ; je ne me dis jamais « je vais écrire l’histoire de cette famille » –, en y réfléchissant, elle est souvent liée à un élément crucial du développement de l’histoire. En fait, plus que la famille en tant que telle, c’est la mémoire qui me fascine ; la famille est une porte d’entrée assez évidente pour aborder ce thème : on a tous entendus des récits de « à ton âge » ou « à l’époque » quand « c’était le bon temps ». Ça nous raccroche au passé, et comme dans mes histoires, le passé a souvent un impact déterminant sur le présent, la famille sert de pont.

 

  • Si tu devais définir la famille, comment le ferais-tu ? 

Ohlàlà, mais quelle question difficile !

Je ne peux pas donner de définition de la famille, seulement ma vision et… je ne crois pas qu’elle soit très positive, ni très claire d’ailleurs… Ce qui est sûr c’est que je ne crois pas que les liens du sang soient fondamentalement plus importants que les liens du cœur, mais du coup ce sont deux environnements très différents.

La famille de sang, on y est attaché pour le meilleur et pour le pire – même en décidant de couper les ponts, ça laisse des marques ; ça peut être un refuge comme un boulet. Elle a un petit côté tribal, cette famille, dans mon esprit : des gens qui connaissent nôtre intimité mais qui ne nous connaissent pas forcément, nous, en tant que personne pleine de complexitude. Des gens avec qui on partage des secrets pas toujours très reluisants, un passif parfois plein de coups tordus et de méchancetés, des traditions, des tas de très vieux souvenirs qui n’appartiendront jamais à personne d’autre qu’à ce petit groupe restreint – la fameuse mémoire. Tout ça constitue un héritage commun qu’on a pas forcément toujours envie de porter, mais qui fait quand même que la secte familiale est ce qu’elle est. Qui fait aussi qu’on existe, et qu’on est pas quelqu’un d’autre.

Y a un petit côté absurde et charmant à se dire que ces gens, qui ne se ressemblent ou ne s’entendent pas toujours, décident quand même de rester ensemble – ou plutôt sont poussés à rester ensemble malgré tout. La famille est représentée comme quelque chose de fondateur de nos sociétés, mais ce serait intéressant de voir comment ça se passerait si on y accordait plus autant d’importance, ou si on l’abordait autrement – sans valeur donnée aux liens du sang, par exemple ? Ça donne des envies scribouillardes !

J’avoue, j’ai personnellement un penchant pour la famille de cœur. Celle-là, on la choisit, et du coup, si on est pas trop concon, ça devrait être que du positif – minus petites frictions bien naturelles. Pour moi, elle est là pour nous apporter tout ce que les autres ont oublié de nous donner, ou pour essayer de nous faire oublier ce qu’on aurait pas dû se prendre dans les dents. C’est un genre de gilet de sauvetage et de jardin secret.

Beaucoup de liens très forts se tissent en grandissant, je suppose, mais c’est rassurant de voir que ça peut continuer toute une vie : on découvre de nouveaux grands frères au boulot, on rencontre de nouveaux pépés au parc… alors certes, on a pas tout l’historique depuis les couche-culottes, mais on a quand même le temps de poser d’autres bases, d’avoir une autre intimité, et pour moi une plus grande confiance : je me sens mieux entourée de gens qui décident de rester dans mes parages en connaissance de cause (et à leurs risques et périls) qu’au milieu des pauvres bougres qui se retrouvent dans les pages de mon livret de famille par la force des choses.

Bref, si je devais définir la famille, je dirais que c’est un sacré bordel sacrément passionnant.

 

  • Que ce soit dans The Red Church, dans Moonshine ou encore dans Ghost In The Graveyard, tu nous dépeins le portrait de familles vraiment très différentes, tantôt unies tantôt disloquées. En quoi la thématique de la famille est-elle importante à tes yeux ? T’inspires-tu de ta propre famille ? 

Eh bien oui, je vous avoue que les clans de The Red Church sont la transposition littérale des deux côtés de ma famille : assoiffés de sang, cannibales, pleins de dents et portés sur un catholicisme pas très catholique.

Non, je ne m’inspire pas directement de ma propre famille, parce que j’estime qu’il y a des choses qui doivent rester privées, non mais ! et parce que j’ai mis trop de temps à réparer mes briquettes pour m’amuser à y donner des coups de marteau-piqueur. Cela dit, je pense que l’auteur met toujours un peu de lui-même dans ce qu’il écrit ; donc même si je ne rédige pas mon autobiographie, j’imagine que ma vision pessimiste de la famille sanguine sanglante de sang transparaît un chouïa par-ci par-là.

Ce qui m’importe dans cette thématique, je dirais que c’est surtout la question du conditionnement familial et de l’héritage dont je parlais. J’en ai personnellement beaucoup voulu à ma propre famille de me mettre ce fardeau sur les épaules – on débarque, petit enfant innocent, et subitement il faut encaisser les répercussions d’événements qui datent de plusieurs générations alors qu’on a rien demandé et qu’on voulait juste continuer à torturer tranquillement des bébés chiens. Ça m’intéresse de mettre des personnages dans des situations similaires et de voir comment ils s’en sortent avec leur propre bagage indésirable, que ce soit un secret, un décès, une séparation ou une sombre histoire de trafic d’organes…

C’est important de savoir d’où on vient et ce qui a coulé nos fondations (je file ma métaphore architecturale) mais c’est aussi passionnant de voir comment on s’érige à partir de là ; comment on peut construire une jolie maison douillette sur une cave fissurée (il est peut-être temps d’arrêter le filage). Et puis quand l’image de la famille est d’emblée positive, comme dans Moonshine, j’aime bien creuser un peu derrière les apparences, parce qu’aucune famille n’est parfaite.

La famille fait un bon miroir du monde, aussi : c’est assez facile de mettre une société ou un système en parallèle. Il y a des dominants, des dominés, des outsiders, des choses à cacher, à protéger, à changer… J’aime bien jouer sur ces deux échelles dans une histoire, faire en sorte que les grandes découvertes ou les grands bouleversements trouvent des échos plus personnels, qu’ils s’opposent ou se répondent (le personnage de Jill, dans The Red Church, était par exemple soumis à des enjeux de dualité et d’appartenance dans sa famille comme dans son clan ; dans Moonshine, la famille de sang et de cœur des héros cache des choses assez semblables à ce que peuvent cacher les gouvernements, et pour les mêmes raisons).

  • Mon petit doigt m’a dit qu’il existait entre certains de tes personnages issus d’histoires différentes des liens de famille, indépendamment de leurs relations familiales dans leurs romans respectifs. D’où t’es venue cette idée de dynamique entre les générations dans différentes temporalités ? Est-ce compliqué à mettre en oeuvre ? 

Ton petit doigt est bien informé.

La preuve en image :

Je pense que l’idée me vient de Zola (voilà, comme ça vous pouvez croire que je suis cultivée pendant deux secondes) qui a raconté l’histoire de plusieurs personnages de la famille des Rougon-Macquart à travers une vingtaine de romans, il me semble. Son but à lui était d’illustrer la réalité sociale du Second Empire en se servant de plusieurs générations pour en représenter les évolutions (et aussi de traiter la question des tares héréditaires, je crois, comme la passion pour la boisson, les oies et les morts ridicules).

Du coup, pleine d’ambition, prête à me mesurer aux plus grands, je me suis juste dit « tiens, ce serait marrant que toutes tes histoires soient liées, eheh », et comme je n’avais pas de principe de mondes parallèles et que la plupart desdites histoires se déroulent dans notre univers à peu près à notre époque, les lier par les familles me semblait être le plus logique.

Il y a eu quelques ratés et je compte aujourd’hui quatre futurs alternatifs d’univers qui ne peuvent pas cohabiter, mais avec un peu de gymnastique j’ai réussi à faire rentrer tout le monde. Pour beaucoup, ça n’apporte pas grand-chose : une tante inconnue est mariée à un type inconnu qui se trouve être l’oncle de quelqu’un d’autre. Pour d’autres, c’est un peu plus fun, et j’ai encore plein de branches libres en prévision des prochains romans !

 

Voilà les Plumes, c’est terminé pour aujourd’hui.

Remercions chaleureusement Danette pour son témoignage à la fois complet et très intéressant. Pour davantage d’informations, je vous invite à aller jeter un œil sur son profil FPA.

J’espère que cet article aura éclairé votre lanterne et je vous dis à bientôt pour une nouvelle interview haute en couleurs.

 

À vous les studios !

Récit #3 – Choisir un point de vue

Conseil d’écriture de Sélène & PA

Dans le cadre de notre partenariat, l’agence Sélène nous a communiqué une liste des erreurs les plus fréquentes dans les romans en recherche d’éditeur. Nous avons conjointement décidé de vous transmettre chaque conseil de Sélène, accompagné de pistes de réflexion.

Le conseil de Sélène :

C’est une des erreurs les plus récurrentes.

Si vous avez opté pour un seul point de vue (celui de votre héros), il faut toujours prendre garde à le respecter. On ne saurait soudainement percevoir l’histoire à travers les yeux d’un des personnages secondaires ni à travers ses remarques ou son jugement.

Si au contraire, vous avez plusieurs points de vue, soyez vigilant. Le lecteur doit tout d’abord être capable d’identifier très vite à travers quels yeux il voit l’histoire. Le chapitre commence par le prénom ou nom du personnage, où la scène qui se joue ne laisse place à aucun doute…

Par ailleurs, si vous avez donné la parole au personnage A, ne changez pas pour B sans avertir le lecteur.

 

Commentaire de Plume d’Argent :

Un article ayant déjà été écrit sur ce sujet dans le PAen, nous l’avons repris et adapté ici. Le point de vue est à l’auteur ce que la caméra est au réalisateur : c’est lui qui définit l’angle sous lequel est racontée l’histoire. Vous comprendrez dès lors que selon votre choix, ça changera toute la perspective du récit. Il existe différents points de vue possibles : l’un n’est pas forcément meilleur que l’autre, mais à vous de déterminer lequel servira le mieux votre histoire.

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